La Gazette Décembre 2017

 

Au sommaire de cette Gazette, un soleil parti faire briller les étoiles, des Micro-Nations, des Micro-Maisons, le traditionnel épisode du duel Territoire-Réseau, des juifs et des musulmans qui redonnent du sens au mot Tradition, une histoire manquée de Droit à la mobilité, l’anniversaire d’une région transfrontalière, quelques Christmas Gifts « PG spirit » et une ingénieuse proposition de cohabitation… Et… tous mes voeux pour la nouvelle année 🙂

1er Décembre. Le Monde en trois titres…

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Un Territoire qui ne lâche rien, les arpenteurs du Réseau mis en esclavage, une reprise économique qui on l’espère libérera la Mobilité

Ou sinon ce week-end y’a du local dans toutes les régions de ma ptite contrée…

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Le Localisme va-t-il lui aussi devenir un Nationalisme ?

« Pour le politique Benedict Anderson, la nation est une « communauté imaginée », portée par des symboles, des mythes, des légendes et des représentations partagées, en somme par un imaginaire national. Si la nation est une « communauté imaginée », le nationalisme lui a deux acceptions : à la fois doctrine politique, un État-nation pour chaque peuple, et l’exaltation du sentiment national. » (Des Mots et des Mythes)

Notons que toute Nation n’a pas pour dessein de s’organiser en État-Nation…. tant mieux parce que l’allégeance à ce dernier peut se montrer à peu trop absolue à mon goût… notamment en nous recyclant, nous, modestes citoyens lambda en redoutables agents du fisc. J’en reviens toujours pas d’avoir entendu cette phrase (auteur de bd à chanteur)…. « soit Florent élude l’impôt dans son pays et ne participe pas à l’effort collectif. Et donc je dis soit il élude l’effort que nous devons tous faire pour notre pays, et dans ce cas c’est un salaud et dans ce cas il faut pas l’inviter sur un plateau télé. Soit il ne fait pas ça et dans ce cas tu l’invites et tu parles de sa carrière artistique. » (Philippe Geluck, Salut les Terriens !, C8, 2 décembre 2017)

Sinon dans un registre plus… mobile…

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« Que diriez-vous de tout plaquer pour construire et vivre dans une mini-maison ? C’est le pari fou que font les couples de « Tiny House : mini-maison à emporter ». Véritable phénomène de société aux États-Unis, les « Tiny House » débarquent sur 6ter ! Les « Tiny House » ce sont de toutes petites maisons, le plus souvent sur roues et réalisées en bois, où chaque recoin est optimisé au maximum. Alors, succomberez-vous aussi à la folie des mini-maisons ? » (lien)

La Tiny House, un mode de vie, une philosophie, dont je vous parlais à l’occasion de mon Errance en Enclave, sur lequel on fantasmait avec mes collègues aussi, pas plus tard que dans la Gazette de Novembre... Un nouveau way of life qui a désormais son reality show consacré 😉

Ptite transition… Des Tiny Houses pour des Micro-Nations 😉

royaume_aventureEt comme petite transition bien bancale, lions loca-nationalisme et Tiny Houses avec la prolifération des Micro-Nations partout dans le monde… Ben oui parce que lorsque les confettis seront légions, les souverains seront bien contents de pouvoir loger leurs citoyens dans des mini-maisons… A ce propos je suis re-tombée récemment sur cet article qui avait piqué ma curiosité…

« Empires éphémères et micro-États essaiment partout dans le monde »

Si ça pique la vôtre aussi, jetez-vous sur « Royaumes d’aventure« , l’atlas que l’historien Bruno Fuligni, spécialiste des micro-nations, leur a consacré. Vous y  découvrirez entre autres que pas moins de 400 micronations sont répertoriées dans le monde, dont 150 en France ! Alors faites connaissance ave Kuna Yala, Outer Baldonia, Rockall & Cie et découvrez l’analyse d’un auteur qui fait notamment un lien entre ce phénomène et la crise de l’État. Dans une époque où de surcroît la « liberté individuelle devient souveraineté« , le modèle séduit forcément. Néo-middle-Ages je vous dis ! Alors, ces mini-républiques donneront-elles des idées à nos localistes ? Pour l’instant, les zadistes sont eux sommés de plier bagages. Ben oui parce que pour créer son royaume, encore faut-il le faire sur un territoire qui n’appartient pas à la société…

Le Duel Territoire-Réseau. Acte XXX

Le Réseau d’Emmanuel M. vs Mister T(erritoire). Alors quoi, les deux formules fonctionnent ?????
  • « La croissance de l’économie US revue en hausse à 3,3% au T3« . En savoir plus sur Les Echos 
  • Mais aussi « Un effet Macron sur l’attractivité« …

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Si l’économie intérieure américaine se porte bien, sur la scène politique internationale, les USA = la nouvelle marge. Faut dire qu’il a tellement d’idées Mr. T. Chaque semaine il cherche la bagarre.

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Résolution ONU vs Mr. T. 22 décembre

et PERSONNE n’y échappe…

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Radio Journey

En plein nouvel épisode français d’hystérie autour de la laïcité, avec des patrons de presse qui en sont à vouloir se faire exploser parmi, le livre « Des mille et une façons d’être juif ou musulman » arrive à point nommé. C’est lors d’un trajet en voiture, un de ces moments suspendus que je chéris, que j’entends les auteurs défendre leur vision de la tradition « ce sont nous les progressistes qui sommes les vrais traditionalistes, puisque justement l’histoire ce sont des religions qui évoluent et s’intègrent à la réalité, certaines étaient d’ailleurs moins figées au Moyen-Âge que maintenant« … Me revient alors une phrase entendue récemment, la « fiction comme lieu d’authenticité ». Une fiction figée bien souvent… Sinon pour poursuivre sur le même mode, la Bande originale avait également invité Johan Sfar, venu présenter son Babel Oued, dernier opus du Chat du Rabbin.

migrEt comme le trajet pour rejoindre ma périphérie dure un ptit bout de temps, après la Bande originale de Nagui, j’écoute La Grande table de France Culture, intitulée Les frontières de l’ignorance. J’écoute un peu  Catherine Wihtol de Wenden présenter la thèse de son ouvrage « La question migratoire au XXIè siècle » (Lien), qui fait écho aux propos du PC. Contexte de la dernière mondialisation, perte de souveraineté des États, frontières qui n’ont plus de sens, réaction des États et fermetures des frontières pour reprendre la main, etc.. L’auteur revient sur le Droit à la Mobilité, sacré en 2009 (PNUD) et pointe le grand paradoxe contemporain : si le droit à la sortie s’est généralisé sur toute la planète les droits d’entrée eux diminuent partout. En gros une sortie sans une entrée = un Droit à la Mobilité qui reste lettre morte.

 Happy Birthday Grand Genève !!!!

Le Grand Genève, notre Territoire transfrontalier, fête ses 10 ans, Happy Birthday !!!

http://www.grand-geneve.org/actualites/resultats-de-lenquete-sur-le-grand-geneve-sa-population-et-son-desir-de-vivre-ensemble

En savoir + Article TDG / Etude Andrea Baranzini et Caroline Schaerer

Il est où le soleil il est où, il est où ?

20171206_1247515 décembre. Il est parti faire briller les étoiles…

ormessonJe me suis toujours dit que je le lirai quand je n’aurai plus la chance de l’entendre…

Jean d’Ormesson, le rassembleur, l’esprit du PG

Et moi qui me réjouissais de me lever avec les lumineuses paroles de Jean d’O en hommages à la radio… c’est finalement une chanson de Johnny qui m’a réveillée ce matin…

6 décembre. Départ d’un autre (ré)conciliateur national

« Il est né d’un père belge, il portait un pseudonyme américain, il vivait entre la Suisse et la Californie, et pourtant il était le plus français des artistes français. » (lien)

Alors, pour être un bon « national », faut-il faire allégeance totale ? Johnny, héros national, emblème transnationale = la preuve que non. Rien que pour ça, merci à lui.

Christmas Gifts « PG Spirit »

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Ce décembre, Raphaël Glucksmann fait la tournée des médias pour présenter son « Nouveau » Magazine Littéraire. Il est invité absolument partout pour présenter son projet, une tribune pour permettre aux écrivains et intellectuels de défendre un « idéal cosmopolite » et une vision anti-décliniste.YOORS-Tsiganes-reimp 2012.indd

Et sinon, vous pouvez aussi vous faire vos propres cadeaux. Je vous propose entre-autres Tsiganes de Jan Yoors, pour faire connaissance avec une civilisation du passage.

 

 

 

 

Cohabitation Méditerranée – Charleroi

Rencontre des périphéries ?

Bernard Lavilliers, deux chants, deux cris qui se répondent. A la lecture c’est évident !

« Je vois ma ville portes clouées – Maisons à vendre, abandonnées » Charleroi

« On est venu de loin (…) Du fond de la misère Ne nous arrête pas (…) Nous dormons dans des villes Ombres parmi les ombres » Croisières méditerranéennes

Le Monde est un Jeu suffit de rééquilibrer le Plateau. Nan ? Régions périphérisées, Réfugiés, Exilés urbains, Locaux. Confusion des Mondes et Monde en Mouvement, toujours, tout le temps. Ces différentes « Communautés » exilées des Territoires ou du Réseau, amenées à cohabiter, donneront naissance à d’inédites Sociétés.

Last Brèves du Territoire de l’année

  • « Élections territoriales en Corse : la coalition nationaliste remporte une large victoire » En savoir plus sur Le Monde.fr . « L’indépendantisme est dans l’imaginaire collectif, mais la volonté actuelle des Corses est d’avoir davantage d’autonomie », a assuré à l’AFP Thierry Dominici (cité dans Le Monde.fr)
  • Pape François au Bangladesh, à la fois du côté des chrétiens minoritaires que des Rohingas réfugiés. La foi, la vraie, nous sauvera.
  • L’extrême-droite prend la tête du département de l’Intérieur en Autriche… Et moi je repense à mon arrière-grand-père qui fit 5 ans de camp de concentration dans cette même Autriche parce qu’il avait décidé de résister au nazisme…

 

 

La Gazette Novembre 2017

Il faut imposer la transparence !!!!!!!!

Au sommaire de cette Gazette, comme un avant-bilan de cette année 2017. Des choses s’esquissent, se dessinent par petites touches, certaines lancinantes, reviennent sans cesse, comme un mantra, un message, comme La Route de la Soie

Novembre 2017 – Semaine 1

1er du mois. Attentat à New York. En réponse Mr. T dit plus personne plus de visa. Il faut prendre exemple sur le Japon : plus d’enfants, plus d’immigrés, des robots et… bientôt l’extinction d’une civilisation ? Donc pour régler la question de la mobilité, les robots et pour régler le défi de la cohabitation ben le véganisme voyons !

La surprise du mois. Sortie des chiffres de la croissance européenne. Une croissance française au beau fixe, meilleure que prévu, mais pas question de sortir les drapeaux… montée au créneau de ceux qui disent « On importe trop. On doit être plus autosuffisants. On doit produire chez nous« . Produire localement pour mieux exporter d’ici. Donc le localisme ne serait pas qu’un problème de conscience écologico-sociale si je comprends bien, mais une question de pouvoir géopolitique aussi ?…

L’exposition du mois. Lieux saints partagés – Coexistences en Europe et en Méditerranée au Musée nationale de l’histoire de l’Immigration à Paris (LIEN). Une exposition qui présente les lieux partagés par les trois monothéismes, à l’image de l’île tunisienne de  Djerba. Une variante de l’exposition que j’ai vue au Mucem à Marseille en 2015 (Lien Marseille PC).

Le vainqueur de la décennie. Les États reprennent the power ! Des régionalistes et des capitalistes en prison de l’Espagne à l’Arabie, l’Offshore désigné comme la cause de tous les maux. En ce début du mois de novembre, le Territoire est soooo content 🙂

La Sortie Ciné de la semaine. Human Flow, documentaire d’Ai Wei Wei,  réfugié chinois à Berlin qui donne parole à des frères d’exil plus volontiers réduits au silence. 

Human Flow

Le constat : plus les nations se durciront et moins  elles consentiront à accueillir les réfugiés des autres. Consensus qui ne dit pas son nom. Des réfugiés qu’il s’agit de cacher, mais qui doivent aussi servir d’exemple : regardez ce qu’il vous attend si vous vous mettez en mouvement, si vous ne faites pas diligence à la maison. Alors le remède sera forcément citoyenne. Pas politique, pas nationale. La réponse sera transnationale et pas internationale, elle émanera de la société civile, pas des États. Les réfugiés ne seront pas plus soutenus par les autres États que ne le seront les indépendantistes.

L’évasion de la semaine. Une quête musicale en partage

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Ce week-end dans ma mini Cité-Monde « Le festival couvre une vaste étendue, de l’Espagne à l’Inde, en passant par l’Italie, la Grèce, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran ou l’Afghanistan. Cette programmation d’une grande richesse permettra de confronter des esthétiques musicales très différentes, mais unies par une mystérieuses parenté spirituelle. Les artistes présents sont tous de grands interprètes, engagés dans le renouveau de leurs traditions musicales respectives.«  Laurent Aubert, Directeur, Ateliers d’ethnomusicologie.

Et oui, l’identité c’est pas qu’une question de gouvernance, mais une question de découvertes aussi…

Et pour terminer, le clin d’oeil du Dimanche. Capital, magazine dans l’air du temps. Ce soir dimanche 5 novembre, dans Capital « Alors qu’un salon dédié aux produits fabriqués en France se tient à Paris, jouant la carte de la tradition et de l’authentique, zoom sur cet argument commercial fort. Au sommaire : La guerre des chaussettes. Face au géant chinois, comment les entreprises qui misent sur le made in France tentent-elles de résister ? La revanche des produits du terroir. La gavotte, une crêpe dentelle roulée sur elle-même, ou encore la bière artisanale sont autant de produits du terroir qui ont le vent en poupe. Faux made in France : attention aux arnaques. Vin ou gelée royale, certains produits tricolores a priori authentiques sont en réalité fabriqués à l’étranger. Que valent les labels made in France ? » (M6)

ÉTAT VS RÉGION, ACTE 1ER

Epidémie de fermetures, renforcement de l’autorité, en 15 ans l’État a repris la main et remporté le match qui l’opposait au Monde. Preuve en sont ces millions d’apatrides rejetés, invisibilisés. Preuve en sont aussi nos consciences modifiées. Ca c’est fait comme on dit. Mais qu’en sera-t-il du match ouvert qu’il entame avec la Région ?

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http://www.lefigaro.fr/international/2012/10/15/01003-20121015ARTFIG00624-la-catalogne-joue-avec-l-independance.php

Le régionaliste face à l’État. La parole à l’accusé. Après la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, alors que ses anciens ministres sont déjà incarcérés, Carles Puigdemont est poursuivi par la justice espagnole pour «sédition», «rébellion» et «malversations». Poursuite, et fuite au coeur de l’Union des États européens pour trouver du soutien, une protection.  En exclusivité au 19H30 de la RTBF du 3 novembre, la parole est à l’accusé. Un accusé qui clame la légitimité du gouvernement catalan élu. Qui accuse une justice politisée, au service de l’État. Qui prévient aussi, car pour lui la crise catalane n’est pas qu’une affaire domestique espagnole. Elle est le symptôme d’une crise européenne expliquée par la distance entre l’intérêt des populations pour la question régionale et le manque de soutien d’une Europe des États. Il revient sur le long contentieux entre l’Espagne et la Catalogne et le dialogue impossible demandé pendant des années. Il se demande enfin : est-il possible d’être indépendantiste en Espagne ? Y’a-t-il encore une démocratie digne de ce dans son pays ?

Extraits

Pour donner le ton, Question de la journaliste : « Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle, aujourd’hui quand vous voyez cette situation qui est quand même extrêmement complexe, qui fait peur à une bonne partie de l’Europe, vous pensez que l’idéal qui est le vôtre, mérite tout ça ? Les risques que vous faites courir à l’Espagne quand même, parce qu’il y a un vrai risque de crise aujourd’hui, y’a des risques économiques importants pour la Catalogne, on sait qu’en un mois y’a déjà 1900 entreprises environ qui ont délogé leur siège social, l’image de Barcelone et des autres villes de la région risque d’en prendre un coup, y’a quand même énormément de risques là et de responsabilités sur vos épaules, comment est-ce que vous gérez cela ?

  • Question de la journaliste : « C’est pas un contre-courant des mouvements européens ça ? » Réponse de Carles Puigdemont« Non parce qu’aujourd’hui les indépendances ça veut dire les interdépendances. Parce que l’indépendance d’aujourd’hui c’est pas l’indépendance du XIXe siècle. Ce qui est contre la modernité, ce sont les États-nations. Parce que il n’y a pas qu’une seule identité, il n’y a pas qu’une seule langue il n’y a pas qu’une seule culture il y a plusieurs. Et la Catalogne c’est un reflet de tout ça, il y a beaucoup de langues beaucoup d’identités, beaucoup de cultures. »
  • Question de la journaliste : « Vous ne craignez pas le scénario des Balkans ? » Réponse de Carles Puigdemont. Non il s’agit d’un mouvement pacifiste.
  • Question de la journaliste : « Et dans un an ? » Réponse de Carles Puigdemont « Ce qui est important c’est ce qu’il va se passer avec le pays. Qu’est ce que c’est le pays aujourd’hui ? Ce sont les gens, les populations. Il peut pas y avoir une patrie, sans les personnes ou contre les personnes, ou contre la volonté. Si la seule façon que a l’État espagnol de nous convaincre d’être espagnol c’est la force c’est l’imposition c’est la violence c’est pas très intéressant, c’est pas tout à fait moderne. La Catalogne va être ce que ses citoyens veulent qu’elle soit. S’ils veulent qu’elle soit une partie de l’Espagne, ça va être, mais si la majorité des Catalans veut devenir un Etat indépendant, ça doit être respecté, on doit accepter cette réalité, même si ça plaît pas à la majorité des Etats, mais c’est une réalité, on peut pas la cacher. »

Novembre 2017 – Semaine 2

Poursuivons le mois comme on l’a entamé, y’a pas de raisons 😉

Paradise Papers. Territoire vs Réseau, Round 26658214888

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Elise Lucet, meilleure porte-parole ever for le Territoire, et elle est trop content !

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Un peut dépitée aussi "Mais alors ils auront TOUJOURS une longueur d'avance ??? c'est décourageant !!!". 

Tiens, j’ai déjà entendu ce genre de phrase à propos des migrants… Hé oui on n’arrête pas le mouvement, ni celui des hommes, ni celui des capitaux apparemment, désolée…

Alors que faire pour faire contrôler les capitaux ? « Il faut imposer la transparence ! » clame une des invitées de Cash Investigation. Sinon, pour reprendre la main, y’en a qui ont trouvé une solution radicale. EN PRISON les détenteurs de capitaux !!! Après la purge de Poutine, voici venue celle du prince d’Arabie Saoudite.

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Digression sur les Paradise Papers. Encore une fois, la Grande Bretagne est au centre… du monde ? Qu’elle a colonisé politiquement, démographiquement, culturellement, économiquement…, Et encore en 2017, elle n’a pourtant plus l’air de rien, mais se trouve encore au centre de TOUT, au centre de tous les enjeux contemporains. C’est fou.

Pour résumer. 2017, statut du Mouvement… Les flux financiers ? Cachés –> dans des Lieux fictifs. Les flux humains ?  Cachés aussi –> dans des Non-Lieux.

Chasse au trans-nationalisme ? Dans cette lutte fratricide qui oppose Territoire et Réseau et la chasse que le premier, parfois à raison, livre au Mouvement, il ne faudrait pas que le Mouvement d’ordre lui-même dérive !!! Parce que j’ai parfois l’impression que c’est une véritable chasse aux sorcières qui se joue en ce moment, notamment contre des artistes qui auraient eu recours à l’optimisation fiscale… Vindicte populaire, médiatique et politique. Gare au glissement ! En d’autres temps on assista à d’autres types de chasses aux sorcières. Alors lorsqu’on s’habitue à lire ce genre d’articles « Paradise Papers » : Jean-Jacques Annaud, sept ans au Tibet, vingt à l’offshore (lien), ne devrions-nous pas commencer à nous interpeller ? En fait non car c’est nous-mêmes qui lançons la vindicte… Après avoir fait de chaque citoyen un garde-frontière, nous voici désormais recyclés en agent du fisc… et demain en gardien de l’identité nationale ? En entendant l’autre matin le chanteur Damso assumer son trans-nationalisme à la radio (Boomerang, France Inter, 10.11), en déclarant « Je suis africain, peu importe la nation« , je me suis surprise à penser « Prends garde Damso, si quelqu’un d’un peu radicalisé t’entend tu risquerais de te faire conspué »…

Happy Birthday Mr. T. Allez, haut les coeurs, y’a pas que l’évasion fiscale dans la vie, y’a les anniversaires aussi ! Et en cette fin de semaine toute la presse est concentrée « presque » avec une même application sur les One Year de Mr. T. Et à cette occasion j’ai entendu cette analogie architecturale que j’aimerais vous faire partager : Mr. T  = un Mur vs Obama = un Pont.

L’événement PG du mois. Ouverture du Louvre d’Abou Dabi

Et pendant ce temps-là au Moyen Orient. Ouverture du premier Musée universel du Monde Arabe. Continuons donc dans le lexique architectural avec ce mot-là : Passerelle.

A cette occasion, on a pu entendre un discours d’Emmanuel Macron sur l’islam et la fraternité entre les religions. « Nos religions sont liées. Nos civilisations sont liées. Et que ceux qui veulent faire croire où que ce soit dans le monde, que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs. Et Vous trahissent. »

Ironique retournement. A l’heure où les gagnants d’hier se ferment, Abu Dhabi, monarchie autoritaire, s’ouvre et projette de devenir un carrefour des civilisations. D’Est et d’Ouest. D’hier et d’aujourd’hui. Abu Dhabi, un émirat de culture musulmane qui veut donner une image de tolérance et d’accueil. Et par là même une leçon. Et une nouvelle piste de réflexion. Abu Dhabi importe le monde aussi : hier la Sorbonne from Paris, aujourd’hui le Louvre from Paris, demain le Guggenheim from New York.

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Décidément, en cette fin d'année, le Projet Méditerranée se lie de toutes les façons au Projet Glocal. Irrémédiable confusion. Plus question de les dissocier.

Hâte d’y aller… Mais avant cela, il est temps de se procurer Les routes de la soie – L’histoire au coeur du monde de Peter Frankopan. Tant il est devenu clair pour moi en retravaillant ces Gazettes et en reparcourant l’année 2017, que le monde semble désormais converger vers un point cardinal.  Et que tout semble me mener à l’Est…

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Bref,  pendant ce temps-là, Mr. T pour fêter ses un an signe 250 milliards de dollars d’accords commerciaux avec la Chine, son ennemi rhétorique. Voilà pour les faits. Pour les déclarations, Trump défend « l’Amérique d’abord« , Xi Jinping la mondialisation. En gros chacun sert ses intérêts.

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U.S. President Donald Trump and China’s President Xi Jinping shake hands after making joint statements at the Great Hall of the People in Beijing, China, November 9, 2017. REUTERS/Damir Sagolj

Lors de sa tournée, Mr T rencontre Poutine aussi, avec lequel il se met au moins d’accord sur un point : l’attachement à la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Une Syrie qui résume à elle seule ce début de 21ème. Démulticulturalisation,  renforcement des États et immobilisme face au drame syrien. Le terrorisme, l’EI, le réseau devenu territoire à combattre, comme une bouée de sauvetage pour les autres États, une excuse pour se ranger du côté de la souveraineté.

Balkanisation des courants de l’islam, fuite des chrétiens d’orient, et récemment démulticulturalisation en Birmanie aussi, avec la fuite de l’ethnie musulmane des Rohingas au Bangladesh voisin, Etat musulman. Mon Dieu, mais ça va s’arrêter quand cette plaisanterie ?

Exode urbain. Bon, et sinon y’en a qui fuient à l’intérieur aussi. Ceux-là ne fuient pas les combats ou les persécutions mais la ville, pour retrouver du sens. Alors si nous aussi on veut créer une nouvelle ethnie régionale ça se passe comment ? Éléments de réponse avec Des Racines et des Ailes « Sur les chemins du Massif central » (France 3, 8 novembre),

avec une membre de la cinquantaine d’anciens citadins installés dans la région, qui la sillonne dans son camion du Bio + Local et rénove avec son compagnon un habitat traditionnel. Leur objectif ? « lancer une nouvelle dynamique rurale, recréer quelque chose, réinvestir le territoire personnellement et professionnellement« .

Fuite littéraire. Sinon pour fuir le chaos on peut se réfugier dans la littérature aussi. En se jetant par exemple sur les opus lauréats des Prix littéraires sacrés cette semaine. Quoi que, à y regarder de plus près, pas sûr qu’on s’évade vraiment. Car cette fois-ci, à la fois le Prix Goncourt et le Prix Renaudot ont choisi de consacrer des ouvrages traitant des années 30′ et de la DGM. L’époque a perdu le goût de l’évasion on dirait. L’époque a peur. L’époque veut alerter. Et les auteurs le font avec des angles différents.

Dans « L’Ordre du jour« , Prix Goncourt, Eric Vuillard raconte les coulisses d’un moment d’Histoire particulier, l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. En liant la montée d’Hitler et du nazisme à l’allégeance des capitaines d’industrie allemands, l’auteur se démarque de l’angle habituellement adopté pour traiter de l’époque, à savoir l’opportunisme et la lâcheté du peuple. Alors qui sont les coupables, le peuple ou les entreprises ? Et la gangrène, le populisme ou le capitalisme ? Le duel Réseau-Territoire, ligne de tension indispensable ? Lorsqu’un État autoritaire s’associe avec le capital tout puissant, le drame ? Si ces deux-là cessent d’être dans l’opposition, dans l’inlassable et subtile recherche d’équilibre, danger ? Quelle analogie peut-on faire avec aujourd’hui ? L’association des États en reconquête de souveraineté et des multinationales, dernière barrière à ne pas franchir pour éviter de re-sombrer dans la folie ? 

CommémorationsBref, restons vigilants et observons ce qui se passe outre-Atlantique entre Mr. T et ses industries. Force est d’admettre qu’on a assisté à nul crash boursier depuis son avènement, qu’il fête d’ailleurs ces jours-ci. Déjà un an… Que un an ??? Tout le monde parle de cet anni en ce moment, et on entend à ce sujet beaucoup Douglas Kennedy qui en tournée promo dévie volontiers sur le sujet. L’homme a besoin de s’épancher. Pour l’auteur américain, le sacre de Mr T reflète la révolte des hommes blancs contre la société multiculturelle. Il nous raconte comment grâce au talent de Mr. T, les USA sont désormais divisés en deux pays distincts, deux pays qui se détestent. On parlait de mur et de pont précédemment…. Si le 9 novembre nous rappellera désormais chaque année le matin où on s’est réveillés avec Mr. T, rappelons nous également que le 9 novembre on commémore aussi la chute du Mur de Berlin… Haut les coeurs !

Evasions culturelles

Allez, c’est le week-end, et moi aussi j’ai décidé de prendre l’air. Juste une escapade, pas un exil. Je me rends à Lausanne où se tiennent actuellement deux expositions concernantes pour mon PG.

  • La première « Etrangement familier – Regards sur la Suisse » se tient au Musée de l’Élysée. Elle traite de tourisme, de nation et d’identité. Trois notions étroitement liées, l’identité étant souvent imposée de l’extérieur et l’identité touristique une façon de se présenter au monde, souvent en s’exotisisant, en se folklorisant. Du coup pour ses 100 ans, Suisse Tourisme a voulu faire différemment et fait appel à cinq photographes du monde entier pour contribuer à enrichir son identité touristique.

Présentation

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Monde en mouvement, Suisse en mouvement, images en mouvement

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Zoom sur

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Alors en vrai une frontière ça ressemble à quoi ? A ça

La frontière – Enjeux

  • C’est sous une pluie glaciale que je m’en vais ensuite retrouver une amie au Musée cantonal des Beaux-Arts pour enfin découvrir avec une pointe d’excitation le fameux Ai Wei Wei, ou plutôt l’exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres » qui lui est consacrée.mcb-a_Ai-Weiwei_Affiche-Poster_portrait

« L’exposition réunit plus de quarante travaux, produits entre 1995 et aujourd’hui, témoignant de la richesse de l’œuvre d’Ai Weiwei et de sa connaissance profonde de la tradition culturelle de son pays. Les motifs, les matériaux et les modes de fabrication ancestraux sont détournés par l’artiste, de manière ludique ou iconoclaste, pour formuler une critique du système politique chinois ou des relations internationales. » (lien)

Ai Wei Wei c’est le résistant. Celui qui provoque le pouvoir étatique. Qui combat l’accointance de ce dernier et du pouvoir économique aussi. Artiste chinois internationalement reconnu et désormais réfugié politique à Berlin. Artiste qui ne facilite pas la tâche au spectateur non plus 😉 Alors pour compléter l’impression esthétique et comprendre ses oeuvres, on déambule entre avec l’explication. 

Pour les oeuvres présentées, l’artiste a utilisé des techniques et des matériaux anciens qu’il a détournés de façon contemporaine pour nous parler de l’époque actuelle. Sont exposés notamment :

  • Ses doigts d’honneur (Study of Perspective) qu’il brandit devant des lieux emblématiques à travers le monde, de pouvoir notamment, pour dire « son rejet des icônes et des valeurs établies » et placer « l’individu au centre du monde »
  • Son Sunflower Seeds, qui consistent en cent millions de graine de tournesol en porcelaine symbolisant l’humanité, chacune peinte à la main par 1500 artisans chinois, et qui nous dit que même si toutes les graines ont l’air identiques, « chacune est unique, comme l’individu dans la société« . « Chacune est unique, et a pourtant l’air identique aux autres. L’accumulation de ces graines en fait quelque chose d’autre. »
  • Sa Map Of China, « condamnation de la destruction de la culture traditionnelle chinoise aux dépens du développement économique » mais aussi « récupération poétique de matériaux historiques, datant de la dynastie Qing, dans le but de recréer une nouvelle Chine unifiée, basée sur des possibilités littéralement constructives. »
  • Son père, le poète Ai Qing, opposant politique, exilé par le pouvoir durant 20 ans sous la férule de Mao et sa révolution culturelle…
  • Enfin, ses Six Blue-and-White Porcelain Plates, oeuvre récente qui témoigne du nouveau cheval de bataille de l’artiste, le sort des réfugiés.

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Six Blue-and-White Porcelain Plates : War, Ruins, Journey, Crossing the Sea, Refugee Camps et Demonstrations.

« Les six plats en porcelaine peints à la main forment une sorte de bande dessinée retraçant l’histoire de réfugiés, depuis la menace de mort, telle la guerre, qui les a fait fuir leur pays d’origine, jusqu’à leur arrivée dans des camps en Europe. Le dernier plat clôt ici le récit ne montrant des manifestations et l’expression du pouvoir policier : la boucle tragique est bouclée. Il faut mettre cette série en relation avec les nombreux voyages de repérage effectués par Ai Weiwei depuis deux ans, dans le monde entier, en particulier dans le bassin méditerranéen, en vue de réaliser un documentaire intitulé Human Flow (sortie prévue à l’automne 2017). Ce film possède un caractère éminemment accusateur envers la crise migratoire. Ai Weiwei, qui vit à Berlin depuis 2015, est un réfugié politique. Dans cette série d’oeuvres, il fait le lien entre la problématique des réfugiés et la Chine en choisissant un langage traditionnel : la porcelaine bleu et blanc typique des dynasties Yuan (1279-1368) et Ming (1368-1644). Jadis, des objets de luxe, symboles de richesse, étaient produits dans cette céramique, puis ils furent supplantés par de la vaisselle de fabrication quasi-industrielle, destinée à l’exportation. Le flux des réfugiés serait-il réduit par la classe politique et l’opinion publique à un simple transfert d’objets ?« 

Voilà pour mon escapade. Sinon ce week-end ou pouvait aussi assister au Festival Couleur Café ou à la pièce F(l)ammes dans ma cité, ou si on a la chance d’être à Paris participer à la Nuit transculturelle arabo-occidentale de la Poésie.

Le mirage de la décennie ? Dimanche soir, la désillusion. Je lis que deux journalistes suisses ont été emprisonnés et interrogés durant 50 heures dans le cadre de leur tournage consacré au Louvre à Abu Dhabi. Leur crime ? De s’être écartés du chemin balisé et contrôlé par les autorités en tentant de filmer un camp de travailleurs migrants en périphérie… Ce qu’on cache doit rester caché. Ist es möglich d’avoir droit à l’ouverture et la démocratie please ?!? Ouverture contrôlée, devenue antinomique avec liberté ? Paradoxe du siècle ? Avec tout l’enthousiasme que j’ai exprimé plus haut, suis un peu embarrassée… Vous devez me trouver bien candide. Bon ça c’est pas nouveau. Bon ben là moi j’abandonne hein… en tout cas pour ce soir mais je reprends ma quête dès demain car comme dirait un bon ami « Never Ever Give Up« …

En me couchant résonne en moi la phrase entendue au début d’un reportage sur ce nouveau carrefour de l’humanité. « Ce qui se passe ici aura une influence sur le 21ème siècle. » Alors le Louvre Abu Dhabi, espoir ou mirage dans le désert ?

En attendant de prendre la route vers l’Est et d’accoster dans cette médina d’Arabie, cette agora arabe dessinée par Jean Nouvel, avant de me faire mon idée sur ce centre de rencontres et de tolérance fidèle au progrès auquel est attaché l’émirat, avant de pouvoir pénétrer dans ce briseur de frontières créé pour rassembler les peuples, avant de découvrir ces oeuvres venues du monde entier, en somme avant de pouvoir me faire ma propre idée, je rallume et m’évade déjà du côté de Tbilissi en Georgie (Metropolis, Arte). Cité qui forte d’une identité marquée a décidé elle aussi de (re)prendre la Route de la Soie, en redevenant un noeud de communication, un creuset Nord-Sud-Asie-Europe. Cité hybride assurément. Entre quartiers allemands, passé soviétique, foi orthodoxe ancrée, clubs berlinois et modernité… Allez, bonne nuit !

Novembre 2017 – Semaine 3

Maxime automnale de la semaine. Le bouddhisme c’est le mouvement, le djihad entre autres définitions c’est le mouvement aussi, le judaïsme ? patrie portative du peuple de l’exil, papa François dit aux Chrétiens qu’eux aussi sont définis par mouvement. Pas de religion d’État. Territoire et religion à priori pas associés. Sauf que le Territoire est « in » dernièrement. Même le bouddhisme s’est mis à se définir ainsi en Birmanie. Mais heureusement l’EI c’est bientôt fini. Peut-être l’amorce d’un nouveau mouvement… Et puis surtout heureusement l’art, le baroque c’est toujours le mouvement.

Le Portrait littéraire de la semaine

Ce 15 novembre, La Grande Librairie propose un portrait de la société française en cinq ouvrages.« De l’hexagone à la croisée des mondes… Cette semaine dans La Grande Librairie, quatre écrivains parcourent la France, ses territoires, ses traditions, ses différences. 

Décryptage en compagnie de Lydie Salvayre pour son dernier roman jubilatoire et profondément humain : « Tout homme est une nuit » (Seuil). À ses côtés, Alice Ferney. La romancière signe « Les Bourgeois » (Actes Sud) et retrace les destinées d’une famille conservatrice du XIXe jusqu’au début du XXIe siècle. Également sur ce plateau : Paul-Henry Bizon pour « La louve » (Gallimard), premier roman engagé sur le monde agricole et ses mutations violentes. Mais aussi, Denis Jeambar qui publie « Où cours-tu William… » (Calmann-Lévy), polar politique étonnant où se mêlent pouvoir et littérature. Enfin, La Grande Libraire vous ouvre les portes d’un imaginaire débridé et foisonnant en présence du maître de l’anticipation Enki Bilal pour son nouveau récit orwellien « Bug » (Casterman). » (lien)

Le docu-Identité de la semaine. Et si on est las de lire, on peut aussi courir voir le documentaire « Faire la parole« , quête identitaire du pays basque a-politisée du réalisateur Eugène Green. (lien) arton3263

Brève du Territoire

11 novembre. Fête de l’indépendance de la Pologne

« Ce devait être l’anniversaire de l’indépendance retrouvée pour la Pologne, et c’est devenu l’une des pires manifestations xénophobes que l’Europe ait connue depuis des années. Environ 60 000 manifestants se sont retrouvés samedi dans le centre de Varsovie pour une marche nationaliste, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance, organisée par l’extrême droite. » (lien)

« La teneur des slogans invoquant la pureté ethnique de la Pologne, le « sang propre » et le suprématisme « blanc », selon Reuters et l’Afp, faisait froid dans le dos. « La Pologne pure, la Pologne blanche »… « Foutez le camp avec vos réfugiés »… « Dieu, honneur et patrie »… « Du sang propre »… Ou encore ce slogan répertorié par la CNN : « Prions pour un holocauste des musulmans » » (lien)

Fuite en Avent

Alors on fuit très vite ces nouvelles-là, on prépare notre pâte à biscuits, la cannelle pour le vin chaud, et on agende marchés de Noël ou autre marchés du terroir qui foisonnent à cette période. Les arbres sont nus maintenant alors on recherche un peu de magie et de poésie dans l’Avent.

Avec ma collègue on a bien appris notre leçon, on fait la tournée des producteurs locaux pour confectionner des paniers cadeaux pour le personnel. Puis après le job, je cours en cours où on aborde la mobilité à travers les permis de travail, de séjour, d’établissement. Et oui, la mobilité c’est pas que de la philosophie, mais du concret aussi. Du concret qui détermine nos amours aussi. Ainsi je comprends que pour l’amoureux de mon amie N., français, c’est tout bon, après le mariage il pourra obtenir un permis B via le regroupement familial, et en tant que membre de l’UE, grâce à la libre circulation il va pouvoir chercher du travail sans être soumis à un contingent et à la priorité au marché local. Idem pour Kevyn le mari de mon ami J. qui vient de Washington DC, regroupement familial et permis B. Plus compliqué cependant pour Anas l’amoureux de mon amie M., qui ne bénéficie que d’un permis de séjour dans « son » « pays ». S’il quitte Jérusalem Est, ce sera un aller-retour, il n’aura plus la possibilité de retourner en Israël…

Après les cours, fuite toujours, surtout pas de crochet home, on fuit la tournée des extrême-droites européennes proposée par l’équipe de Yann Barthès et on court au cinéma où décidément les réalisateurs français sont en mode « Vivre ensemble movies » cette année. Après Le sens de la fête et le Fabrice Eboué sur la cohabitation prêtre-rabbin-imam, sort Le Brio, rencontre d’une jeune fille franco-arabe issue de la banlieue bien décidée à prendre sa place, et un professeur provocateur ? raciste ? les commentateurs ne veulent pas trancher. Bref l’important étant de montrer qu’avec un peu d’intelligence et d’envie, of course les mondes peuvent se rencontrer.

20171123_173529Ce soir du reste les mondes se rencontrent à Genève aussi, à l’occasion d’un défilé. Genève, terrain neutre où les cultures du monde peuvent s’exprimer, mais aussi lieu d’une possible réconciliation de l’Europe et la Méditerranée. Genève qui du reste met à l’honneur ce week-end le cinéma sud-américain. Alors on se précipite au Festival Filmar ou on choisit de fuir encore pour une soirée à Lausanne cette fois, pour consoler son ami broyé par la grosse société qui l’emploie. On essaie de le convaincre qu’on a le choix, par notre manière de consommer, en tant que citoyen qui va voter. Qu’on peut faire en sorte que ni nous ni les autres ne deviennent gratuits et ne soyons remplacés par des robots. (Dans la société où il travaille, après avoir diminué les hommes dans tous les sens du terme, ils ont finalement décidé de les remplacer par des machines, et de toute façon quelle différence ça fait quand l’homme a été déshumanisé..) On a le choix de voter pour maintenir l’identité du pays, le choix d’ouvrir ses frontières pour palier à la démographie, le choix de ne pas pratiquer le dumping à tout prix. Le choix de ne pas se contenter de penser communauté nucléaire mais de penser société un peu, aussi.

Et surtout on a le choix de continuer à se parler, de respecter les idéologies des uns et des autres en fonction de leur vécu. Et à ce propos je m’interroge : ne devrions-nous pas opter pour un vote basé sur nos réalités individuelles vs un vote d’idéologie ? Afin que les résultats reflètent vraiment l’état de la société ? Un vote qui ne soit pas déterminé par la peur ou la rumeur ? Je pense à cela car je suis tombée l’autre jour sur le premier volet d’une tournée des extrêmes-droites européennes proposée par le magazine Quotidien (TMC). Ca se passait en Suède, pays envié par le monde entier pour son système social et sa stabilité, ce qui n’a apparemment pas suffi à le protéger du virus. Les représentants de l’extrême-droite interrogés ont été extrêmement clairs : le principe est de jouer sur les peurs des gens…

 

Novembre 2017 – Semaine 4

La Sortie Ciné de la semaine. Souvenez-vous, je me réjouissais déjà en début du mois qu’on soit de plus en plus nombreux à affirmer que le mouvement n’avait rien d’anecdotique, n’était pas anomalie, mais la condition de l’être humain. Et bien figurez-vous que cette semaine le Marseillais Robert Guédiguian le dit aussi à l’occasion de la sortie de son dernier opus, La Villa. Une villa dans laquelle il intègre des enfants migrants. Impossible pour lui aujourd’hui de faire un film sans y intégrer cette actualité, sans y intégrer des réfugiés. Le réalisateur rappelle qu’un seul mot peut incarner tous les types de mouvements, que ces derniers ne doivent être hiérarchisés, le mouvement pas être différencié. Il n’y a pas le mouvement des réfugiés et le nôtre, il y a le mouvement tout court, le mouvement comme histoire de l’humanité.

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Mais quel accueil imaginer dans un monde où chacun veut Sa maison, son mode de vie bourgeois, Son morceau de territoire circonscrit à lui, rien qu’à lui ? Robert Guédiguian n’a pas la réponse, mais y voit une responsabilité : parler du mouvement. Du mouvement qui vient se briser sur ces mondes qui ont atteint l’immobilité. Sur cette villa, laissée à l’abandon, au passé.

 

Alors je prends moi aussi mes responsabilités et je commence par ma collègue de bureau, qui cherche à investir depuis des mois pour investir, pour transmettre, pour posséder aussi. En vain. Pas de bien en adéquation avec son budget. Soit, un prêté pour un rendu. Elle m’a convertie aux paniers locaux, je la convertis à l’habitat nomade. A la maison légère, peu impactante, mobile, à toute une philosophie. Con-quise ! Thrilled ! On est comme des folles devant les photos de Tiny Houses, elle hallucine devant la nouvelle génération de maison-mobile. 20171129_122359

Mais bon voilà, l’habitat léger dans nos contrées, c’est pas encore la panacée… L’Europe pas vraiment adaptée à la mobilité. Pas le droit de vivre dans sa Tiny House ou installer sa maison mobile sur un terrain. Et croyez moi, dans la région j’ai cherché. Pour l’instant du moins, y’a pas moyen…

Epilogue

Novembre, encore une fois, n’a pas failli à sa réputation. Beaucoup de brumes, quelques percées. Même mon bar populaire préféré a fermé… il devrait rouvrir bientôt. Revendu à une graphiste dit-on… Comment on dit déjà, gentrification ?!?

Allez, See you in December

 

La Gazette Octobre 2017

 

Au sommaire de cette Gazette, des escales méditerranéennes, une revue de presse métissée, des plaidoyers pour la circulation, des visions burlesques ou désenchantées, une indépendance avortée, un Mot galvaudé, trois Mots-Résumés, une échappée urbaine, du lait et un film AOC, un Dictionnaire amoureux d’Emmanuel M., une réflexion sur la laïcité, des romans-réconciliation, des poètes en circulation, le Retour de l’année, les incontournables Brèves du Territoire, Les Boutades du mois, la Minute mélancolie, un Dimanche consolation, …

Octobre – Semaine 1

Le docu de la semaine. Fuocoammare, par-delà LampedusaEn septembre il a beaucoup été question de « migrants ». En entamant octobre avec le documentaire de Gianfranco Rosi qui a obtenu l’Ours d’or de la Berlinale en 2016, la transition est toute trouvée. Le documentaire de Rosi renferme la promesse d’une immersion à  Lampedusa, cette petite île italienne perdue en Méditerranée qui tient le haut de l’actualité depuis quelques années. La promesse de faire connaissance avec un lieu dont on ne connaît guère que les images associées à la « crise des migrants ». Mais soyons clairs, si on cherche un guide de voyage sur Lampedusa, on a de grandes chances de ressortir frustrés. Absence de gros plans, de contextualisation, d’images de l’île. Le propos supplante le lieu. C’est Lampedusa, mais ça pourrait être n’importe où.

Fuocoammare

En fait le documentaire propose une double immersion sans narrateur. Parmi des habitants pour lesquels le temps semble s’être arrêté. Aux côté des migrants, dans le mouvement. Deux mondes qui s’ignorent. Ne s’entrecroisent jamais. Et deux films qui n’ont rien a voir, ne communiquent pas, ne se métissent pas. Comme une métaphore du message du réalisateur. Reste le personnage du jeune garçon, qui malgré l’apparente quiétude voire monotonie de son existence, se fait l’éponge des troubles de son île et est en proie à des crises d’anxiété.  Il est celui qui fait le lien entre les deux mondes. Calvaire des migrants, souffrance psychique d’un jeune local, deux maux auxquels le réalisateur donne le même poids et traite avec la même gravité.

L’intérêt principal du film tient dans l’opportunité d’assister à un processus de sauvetage d’un bateau de migrants. Et de ce qu’il nous dit de ces mouvements migratoires. Il n’est pas question de quelques migrants qui auraient trouvé une barque abandonnée au bord d’une plage mais d’une économie à grande échelle. Une économie de la migration abandonnée aux passeurs. Et leurs « Titanic » du 21ème avec premières, deuxièmes et troisièmes classes. Ici, pas de représentant de l’armateur à bord, le but n’est pas que tous les migrants arrivent vivants. Il suffit que certains d’entre eux survivent pour assurer la publicité…

L’album de la semaine. Cette semaine, Bernard Lavilliers, dont le seul nom évoque le mouvement, le voyage, le métissage, fait la tournée des médias pour la sortie de « 5 minutes au paradis« . Dans son dernier album, cet artiste engagé et grand voyageur consacre notamment une chanson aux réfugiés avec Croisières méditerranéennes (texte à découvrir dans Highlights)

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La boutade de la semaine. Invasions dans toutes les directions !!!! Est-ce qu’on s’expatrie pour une meilleure couverture santé ? Certains commencent à se poser la question au moment où les primes maladie de l’an prochain viennent de tomber… Dans notre merveilleux pays où par ailleurs vient précisément d’être élu à l’exécutif un représentant du lobby des assurances maladie…

Le sujet actu de la semaine. L’indépendance de La Catalogne. Comme à Genève où certains ont cru un temps qu’on était riches indépendamment de son intégration au Monde, que les multinationales appartenaient aux locaux, en Catalogne on croit qu’on est plus riches que le reste du pays indépendamment de celui-ci, indépendamment de l’Europe aussi. L’économie déteste l’incertitude et l’isolement. Déjà les banques font leurs valises. Alors les Catalans vont-ils opter pour la reconnaissance pleine et entière de leur Identité dans la pauvreté ? En est-on là du huntingtonisme et de la balkanisation identitaire ? Ca laisse songeurs… Le débat ? Nation vs Régions. Europe, Espagne, Catalogne, une échelle de gouvernance, une échelle identitaire de trop ? Si l’Espagne est déchirée, la Catalogne aussi. Les anti-indépendantistes sortent du bois et se mettent en marche en ce dimanche 8 octobre.

Les sorties ciné de la semaine

The Square, Happy End, Faute d’amour, etc., les films présentés à Cannes déferlent enfin sur nos grands écrans. Si peu d’entre eux ont comme sujet le mouvement ou la cohabitation, ils n’en sont pas moins intéressants par leur vision désabusée, sarcastique sur le monde, sur nos modes de vie. Cette semaine sort aussi le Sens de la fête, « premier film macronien » selon Laurent Delmas de France Inter (On aura tout vu). Mais si le film défend la Loi travail, cet opus écrit dans le contexte des attentats et qui devait d’abord s’appeler Les temps sont difficiles, propose aussi une  métaphore d’un possible vivre ensemble sans naïveté, dans une micro-société diverse et métissée, et confrontée aux défis et difficultés qu’impliquent toute cohabitations. Enfin il est peut-être macronien aussi dans l’envie revendiquée par ses auteurs de montrer le côté lumineux des choses.

La leçon de la semaine. Sinon, dans mes Cours RH, on nous apprend que l’économie c’est d’abord un circuit dans lequel la seule indispensable est que la circulation ne soit pas grippée. Le mouvement, tout le temps, partout jvous dis. On nous apprend aussi qu’il est important que les collaborateurs soient en phase avec les valeurs de leur employeur. Mais face à un prof désabusé par son entreprise dont les valeurs consistent actuellement uniquement à réduire les coûts, je me dis que reste maintenant à rééquilibrer valeur du mouvement et réductions des coûts… au risque de voir disparaître… le mouvement justement.

Ptite revue de presse de fin de semaine. Ce week-end, j’ai enregistré pour vous les talk shows et autres émissions d’actualité, ce qui m’a par ailleurs éviter de me confronter toute la semaine durant à l’actualité politique instantanée. J’avoue que je suis assez friande de la version résumée qui permet déjà un brin de distance. Voici ma petite sélection :

  • One World. Le métissage, on est tous concernés. Cette semaine 300 millions de critiques comme Maghreb Orient Express (TV5 Monde), nous présentent une génération d’artistes de l’autre rive de la Méditerranée qui ont à coeur de métisser leur art pour s’inscrire dans l’universalité et conquérir le monde. tissage de la musique africaine d’abord avec Fally Ipupa (album « Kiname ») et la nouvelle rumba congolaise qui mêle musiques traditionnelles et sonorités urbaines, ou Pierre Kwenders qui fait éclater les barrières en remplaçant le terme Musiques du monde par pop internationale.
  • Métissage de la musique algérienne aussi avec la chanteuse Amel Zen, qui a grandi dans la ville romaine de Tipaza, dans la musique andalouse et transforme en musique toute la pluralité culturelle que porte en elle. Dans son nouvel album, elle a eu envie de découvrir d’autres sonorités, à travers le chaabi, style populaire, patrimoine de l’Algérie, qu’elle adapte à la nouvelle génération et mélange avec de nouvelles sonorités. Son projet ? Faire une musique ethno-pop pour s’inscrire dans l’universalité, ouvrir la musique algérienne sur le monde. Pour donner un message de liberté à la nouvelle génération  aussi et créer des passerelles entre passé et présent. Invoquer l’art pour montrer que la société n’est pas monolithique et lutter contre les obscurantismes, utiliser l’art pour contrer les discours et la visée homogénéisante des islamistes et montrer que le monde arabe est divers. Amel Zen nous présente aussi le Festival Rencontre Arts de Kabylie qui met en scène une Algérie plurielle, de la tolérance, du vivre ensemble. Ce message, ces valeurs universelles de partage, la chanteuse a envie de les perpétuer partout en Algérie, mais sans oublier son identité, parce que revendiquer ses origines est fondamental aussi. 
  • Génération désenchantée. Avec le mélancolique Régis Debré dont le dernier opus « Le nouveau pouvoir » est débattu par les chroniqueurs de 300 millions de critiques (TV5 Monde). Le philosophe et écrivain français y analyse le sacre d’Emmanuel Macron à travers le prisme civilisationnel. Le propos ? Macron est le symbole d’une politique dont le protestantisme et le management anglo-saxon se sont emparés. Moi je me dis qu’il est plutôt rassurant que nos politiques connaissent un minimum le monde de l’entreprise pour faire marcher un pays au temps de la mondialisation. Même si personnellement je n’ai rien contre les intellectuels déconnectés du réel… Reste que je les préfère dans l’analyse qu’aux commandes… A l’extérieur qu’à l’intérieur du ring…
  • Economie = mouvement. Sur le plateau de Salut les Terriens (C8), on est tous d’accord pour dire qu’au-delà de la polémique, de la politique de l’anecdote, du tollé provoqué par les propos maladroits d’Emmanuel Macron sur le « bordel », il faut juger le fond et pas la forme du message du président. De quoi parle-t-il lorsqu’il dit que les salariés pourraient aller  chercher du travail dans la ville à côté ? Simplement que de mobilité économique = une réalité qui concerne l’homme depuis le début de l’humanité. De tous temps on est parti chercher le travail là où il se trouvait. De tous temps les hommes ont bougé pour travailler. Une réalité qui n’est rien de moins que la base de toute immigration. Bouger pour se nourrir, rien d’autre que l’histoire de l’humanité…
  • Immersion dans les périphéries. J’aimerais revenir sur l’enquête d’Anne Nivat (Dans quelle France on vit) invitée cette semaine de Salut les Terriens, et dont je vous avais parlé pour mettre en évidence mon malaise face au caractère ethnologique de l’enquête d’une intellectuelle parisienne sur la périphérie. Ce que j’aimerais mettre en évidence cette fois c’est que cette grande reporter de guerre, qui jusqu’ici s’était intéressée au Monde, aux lointains, est elle aussi « rentrée à la maison », pour étudier la France des périphéries dans son cas. Et puis mettre en évidence le contenu de l’enquête aussi, qui propose un découpage intéressant, consacrant un chapitre par thématique (à découvrir dans Highlights).
  • Le « Vivre ensemble » version déjantée. Finissons ce tour d’horizon par une touche d’humour et la dernière comédie de Fabrice Eboué « Coexister« , qui propose une parodie du concept désormais très galvaudé du « vivre ensemble.

coexiterLe pitch ? Un prêtre, un rabbin, un imam qui partent en tournée. L’humour pour parler de cohabitation comme un créneau français, dans la veine de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, Amour sur place ou à emporter, Le nom des gens ou encore Il a déjà tes yeux…Et pour se moquer un peu aussi d’un concept désormais devenu marketing et un peu démago, selon Fabrice Eboué, qui remarque que pour vendre une marque de couche aujourd’hui on pense qu’il suffit de mettre un bébé de chaque couleur sur l’emballage…

Octobre – Semaine 2

Le Sujet Actu de la semaine :  Région vs Nation

Dimanche : défilé des Catalans pro-unité. Mardi : indépendance ou effet d’annonce ? Une indépendance qui aura duré … 20 secondes… Mais déjà 6/7 grandes entreprises clé déplacent leur siège, les croisières boudent Barcelone et passent par Valence,… enfin ils vont retrouver la tranquillité qu’ils scandaient il y a quelques semaines à peine à San Sebastian. Unionistes majoritaires mais silencieux. Règne du cri, règne des minorités hurlantes. Majorités silencieuses à réhabiliter.

Mais pourquoi pas plusieurs échelles identitaires ? Catalans, Espagnols, Européens… Paraît que l’Europe n’oublie pas les régions (Comité des Régions), paraît que le problème n’est pas le trop d’Europe, le problème est qu’il n’y aurait jamais eu d’Europe, paraît qu’une Europe des régions pourrait constituer une alternative. Et si la Catalogne faisait sécession de la nation mais pas de l’Europe ? L’État de trop ? (Chapitre Etat PC) Le nationalisme étatique a sacrifié des millions de siens par le passé, qu’en est-il du nationalisme régional ? En attendant, l’Europe organisation supra-étatique soutient l’Etat espagnol et la Maire de la Ville-Monde Barcelone n’est pas pour la sécession non plus.

Régionalisme, replis nationalistes, transnationalisme –> le match. Trois mots pour résumer ce prologue de 21ème siècle. Et trois livres pour lire le monde contemporain : Après le colonialisme… d’Arjun Appadurai, Le choc des civilisations de Samuel Huntington, et ... ? des idées, des suggestions ? Il me manque le troisième livre, le Grand livre qui théoriserait le régionalisme contemporain. De Rougemont, non, … Peut-être n’en avons-nous pas besoin. Il est partout le goût de l’ethnicisation régionale contemporain, ce petit goût de retour. Dans les chansons, les romans, dans l’enfance de chacun.

régions
http://lesdefisdeleurope.over-blog.com/2015/04/la-montee-des-separatismes-regionaux.html

En attendant l’avènement du transnationalisme populaire, cette deuxième décennie du 21ème on aura assisté au triomphe retrouvé du trans-étatisme, du transnationalisme des rois. Des rois dont la sur-réaction disproportionnée à leur perte de souveraineté en début de 21ème nous aura conduit à ça : un chef d’Etat turc qui chasse ses opposants partout en Europe ou un gouvernement érythréen qui fait pression sur Genève pour une simple célébration culturelle… Oui le transnationalisme étatique a supplanté le transnationalisme des citoyens. Après ce retour de balancier… équilibre bientôt trouvé ?

L’échappée urbaine de la semaine

Un vendredi (13!) dans ma petite Cité-Monde… Au menu

ici c'est ailleurs

Le Festival Ici c’est Ailleurs

Au Théâtre Saint-Gervais la photographe Ariane Arlotti expose sous forme de photographies et de vidéos les 28000 kilomètres parcourus de la Belgique à la Grèce à traquer frontières et check points (Destination checkpoints). L’association Appartenances présente elle les polaroïds de femmes récemment arrivées dans la cité et qui nous font partager les lieux dans lesquels elles se sentent bien avec leurs enfants (Quel est le lieu de mon quartier où je me sens bien avec mon enfant ?)

 

Après avoir affiché à son menu de midi les célèbres momos tibétains, le centre culturel Foound accueille en fin de journée le Refugee Food Festival et confie les clés de sa cuisine à un cuisinier érythréen. 

Puis avant de retourner au Théâtre Saint-Gervais pour assister à L’échappée belle, résultat d’un atelier participatif mené par Salam Yousry qui tente de répondre à la question « De quelle(s) voix Genève parle-t-elle ?« , petit détour par le bout de la rue de Lausanne pour y découvrir un nouveau café vegan étonnement fermé, se consoler d’un muffin au chocolat dans une boulangerie portugaise de cette rue bigarrée où les commerces ethniques se glissent entre les hôtels, puis découvrir le magasin en vrac des Grottes, un autre commerce bien dans l’air du temps.

Verdict ? Si j’ai déambulé seule dans les allées des expos de Saint-Gervais, j’ai croisé une foule dense entre la gare et les quartiers bouillonnants qui l’embrassent et dû me frayer un passage parmi la queue agglutinée devant le remitances shop de Corvavin. Encore une fois l’occasion de constater qu’à Genève c’est dans le quotidien que se vit finalement le mieux la cohabitation. Pas lors des « events ». Pas d’explosion, pas de conviction ? Plutôt un consensus silencieux, pudique, calviniste… Après avoir passé ma journée dans le quartier Grottes-Pâquis, prototype de l’évolution des quartiers populaires de la Cité du 21ème… en gentrification. Après une journée à mixer mondes « végé » et « ethno », mélange des styles typique de la nouvelle cohabitation desdits quartiers, je traverse mon village en pierre de la campagne genevoise, sa belle église, sa place et ses piliers de rue… Encore un autre monde proposé par Genève 😉

Bon c’est terminé pour aujourd’hui, mais si vous en voulez encore ce mois-ci à Genève on peut aussi assister à un des nombreux concerts de jazz donné dans le cadre du festival transfrontalier Jazz Contreband (lien), s’adonner à la gastronomie japonaise-péruvienne dite « nikkei » au Kampai (lien), ou encore voyager avec Les Nuits du Labyrinthe – Musiques d’Orient et de Méditerranée données par les ateliers d’ethnomusicologie (lien)

Le clin d’oeil de la semaine

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Bon alors Max Havelaar ou Jean-Claude Gaillard, faudrait savoir ???

Cette semaine en tout cas j’ai le vague sentiment qu’on penche plutôt pour Jean-Claude Gaillard, à en croire la sortie au ciné du premier film « AOP », certifié « tourné en Sologne », « L’école buissonnière« …sologne

 

 

 

 

 

 

L’article de la semaine : « La différence dérange un tiers des Suisses » (ATS, repris sur Bluewin.ch, 10.10). Article basé sur la dernière enquête OFS. Mais je croyais qu’on goûtait la différence, la diversité, qu’on recherchait partout l’autre AUTHENTIQUE ?! Ah ben pas « ici » apparemment. Paradoxe, quand tu nous tiens. Evidemment quand tu rentres dans le texte et dans le détail des chiffres c’est plus complexe. Dans le détail, sur les 36% des interrogés qui se disent « pouvoir être dérangée par la présence de personnes perçues comme différentes« , « Six pourcents de la population se déclarent dérangés au quotidien par une personne ayant une couleur de peau ou une nationalité différente, 10% par une religion différente et 12% par des langues différentes. Enfin, 21% se disent gênés par la présence de personnes ayant un mode de vie non sédentaire. » L’étude rappelle que la Suisse est par ailleurs une société tolérante, multiculturelle, avec plus de dix communautés religieuses et 190 nationalités. 56% des interrogés estiment que l’intégration fonctionne bien, et le rapport du DFI sur la lutte contre le racisme sorti en même temps « constate que les opinions hostiles envers les étrangers et les minorités ne semblent pas avoir évolué de façon significative, en dépit de la politisation de l’immigration. » Bref circulez tout va bien.

La lecture de la semaine

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Dont je vous propose une review en mode Dictionnaire amoureux, parce qu’au fond c’est bien un peu ce que nous propose Philippe Besson, à commencer par la lettre A comme Admiration pour Emmanuel M. comme il l’appelle.

  • Complexité. Emmanuel M. veut des « coalitions de conviction » plutôt que d’appareil, se pose « en alternative aux extrêmes » (51), veut « incarner le contraire du fatalisme » (52), martèle qu’il « faut se méfier des simplifications » (129).
  • Courage. Philippe Besson revient sur l’épisode des deux « bourdes » : la qualification de la colonisation comme « crime contre l’humanité » et la déclaration sur l’humiliation subie par les les opposants au mariage pour tous. Pour moi, loin de fracturer, ces prises de position oeuvrent au contraire pour la réconciliation. Une réconciliation de fond impensable sans rouvrir l’Histoire et soigner les plaies, impensable aussi en méprisant les valeurs d’une partie de la société.
  • Espoir. Les autres candidats parlent d’une France sinistrée, une France à calfeutrer d’urgence, Emmanuel M. lui parle d’ouverture et d’optimisme.
  • Essence. Emmanuel M. ? une singularité et une détermination absolues, une intelligence hors norme, le courage de ne pas faire dans la démagogie, une dimension christique, insaisissable, funambule, une anomalie, une sympathie, …
  • Foi. « Entendez-vous le murmure du printemps ? » (212). Emmanuel M. (y) croit. Et il cite René Char aussi « A (me) regarder, ils s’habitueront » (172).
  • Gravité. C’est « la période très grave » qui aurait convaincu Emmanuel Macron a se lancer. (17)
  • Hybridité. Le mantra d’Emmanuel M. ? « Mais en même temps« . Libérer et protéger. Europe et Patrimoine français. Un parcours taillé pour la réconciliation Réseau-Territoire aussi : enfance provinciale, produit de la méritocratie, famille singulière et moderne, compagnonnage avec les forces de l’argent. Emmanuel M. refuse de se laisser circonscrire, enfermer. Hybridité comme prélude à la réconciliation, ce qu’il n’hésite d’ailleurs pas à rappeler lorsque les intellectuels français s’y opposent : « Ce qu’ils détestent, c’est l’idée même de réconciliation » (245).
  • Méprises. Lors de la déclaration des patrimoines « on apprend que les trois champions de la défense des « petites gens » et de l’incarnation de la « France réelle », c’est-à-dire Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, sont les plus fortunés et qu’Emmanuel M., supposé candidat de l’argent et suppôt de la finance mondialisée, fait figure de parent pauvre. Le monde à l’envers. » (174-175). Un monde que Philippe Besson a coeur de remettre à l’endroit, notamment par ces quelques vérités sur Marine Le Pen: la candidate anti-système ? Un Le Pen à la présidentielle depuis 40 ans… La candidate du peuple ? née à Neuilly, élevée à Montretout, cernée de domestiques, n’a jamais travaillé et hérité d’un parti politique… Les mains propres ? Un parti mis en examen, elle-même qui refuse de se rendre à la convocation des juges… Contre l’oligarchie ? ses liens avec la mafia Poutine… (215).
  • Mondialisation. Emmanuel M. peut apporter une réponse au monde en mutation  avec « sa modernité, sa capacité à identifier les opportunités de la mondialisation » (25)
  • (En) Mouvement. Produit de son temps, Emmanuel M. crée une véritable « start-up », composée de « marcheurs » ultra motivés. Il se met très vite « En marche » lui aussi, allant dans un premier temps « au contact » comme il dit, rencontrer ses concitoyens et nourrir son projet de ces échanges. Il se rend tous les milieux. Mais choisit Saint-Denis, banlieue populaire, pour annoncer sa candidature.
  • Nationalisme. « Moi, je viens d’une région de cimetières. Le nationalisme, c’est la guerre » (186). Une seule phrase pour incarner ses arguments…
  • Paradoxe. Pour Philippe Besson, Emmanuel M. aurait ses chances, « Si on met de côté que les Français clament leur foi en l’avenir mais ne cessent de se réfugier dans le « c’était mieux avant », réclament toujours des réformes mais s’y opposent systématiquement dès que quelqu’un s’efforce de les mettre en place, aspirent à la révolution mais élisent un roi, vomissent les partis mais votent pour eux, jouent au loto mais haïssent les individus liés à l’argent » (26).
  • Patriotisme. Emmanuel M. n’entend pas « laisser la fierté française à l’extrême-droite« , qui n’ont « à faire valoir qu’un nationalisme étriqué« , alors que « les vrais patriotes » ce sont eux, les progressistes. (154). Le vrai patriote c’est lui, Emmanuel M., qui aime le patrimoine et les symboles, et choisit de prononcer son discours sur la culture dans un château délabré, mais pas n’importe quel château délabré, celui où François Ier décida d’unifier les langues pour créer une patrie, la langue française. Il y livre un discours inspiré durant lequel il ne cite pas seulement Camus mais Brancusi : « En art, il n’y a pas d’étrangers« . Un discours durant lequel il salue en outre « les refusés, les insoumis, les affranchis » (168). Un discours qui rassemble.
  • Pollution. Philippe Besson est frappé par le discours sur le « vivre-ensemble » du 18 octobre 2016 d’Emmanuel M., qui dans un premier temps oublie de pointer les atouts du pays. Ainsi même l’esprit d’Emmanuel M. est parfois « pollué par le discours dominant », dans un pays où « les questions de diversité ont été confisquées au profit d’un débat hystérique sur l’identité » (58).
  • Pragmatisme. Emmanuel M. se pose comme le candidat du travail, celui de la protection, du plaidoyer pour l’Europe.
  • Progressisme. Le désir d’Emmanuel M. : « faire travailler ensemble les progressistes et renvoyer les conservateurs à leur stérile nostalgie » (25); se veut le « rassembleur des progressistes » (84)
  • Profil. Emmanuel M. est un « enfant de la crise » et un « enfant de la paix » (68).
  • Ralliements. Une campagne qui bascule avec celui du centriste François Bayrou d’abord avec lequel ils partagent « la gravité du moment » (138). Puis multiplication des ralliements de tous bords : le communiste Robert Hue, Daniel Cohn Bendit, des écologistes, des chantres du libéralisme. Emmanuel M., sa vision et son plan économique équilibré parviennent à séduire dans tous les camps. A rassembler. Chapeau l’artiste.
  • Rassemblement. A un moment de la campagne, Philippe Besson sent que quelque chose est en train de changer, observe des ralliements populaires aussi, même parmi ceux qui s’étaient tournés vers le FN.
  • République. Alors qui est le vrai républicain ? Réponse de Philippe Besson qui convoque Victor Hugo et offre un des passages les plus forts du livre : « Quel est le républicain, de celui qui veut faire aimer la République ou de celui qui veut la faire haïr ? Si je n’étais pas républicain, si je voulais le renversement de la République, écoutez : je provoquerais la banqueroute, je provoquerais la guerre civile, j’agiterais la rue, je mettrais l’armée en suspicion, je mettrais le pays lui-même en suspicion, je conseillerais le viol des consciences et l’oppression de la liberté, je mettrai le pied sur la gorge au commerce, à l’industrie, au travail, je crierais : « Mort aux riches ! » En faisant cela, savez-vous ce que je ferais ? Je détruirais la République. Que fais-je ? Tout le contraire. Je déclare que la République veut, doit et peut grouper autour d’elle le commerce, la richesse, l’industrie, le travail, la propriété, la famille, les arts, les lettres, l’intelligence, la puissance nationale, la prospérité publique, l’amour du peuple et l’admiration des nations. Je réclame la liberté, l’égalité, la fraternité et j’y ajoute l’unité. J’aspire à la république universelle. Savez-vous à qui il faut dire : « Vous n’êtes pas républicain »? C’est aux terroristes. Vous venez de voir le fond de mon coeur. Si je ne voulais pas la République, je vous montrerais la guillotine dans les ténèbres et c’est parce que je veux la République que je vous montre dans la lumière la France libre, fière, heureuse et triomphante. » 1848… (216)
  • Responsabilité. Philippe Besson n’entend pas éviter le procès en irresponsabilité à Jean-Luc Mélenchon qui refuse de donner une consigne de vote après sa défaite, refusant de choisir entre nationalisme et capitalisme… L’auteur assiste médusé à cet entre deux-tours, au manque de responsabilité durant ce moment de gravité et cite le patron de l’hebdomadaire Marianne, qui constatant que le rejet de Le Pen semble devenu accessoire par rapport à la haine de Macron pose cette question : « Sommes-nous devenus fous ? » (221).
  • Solennité. Emmanuel M. refuse d’être un président BFM, ne veut pas d’une « présidence de l’anecdote« , mais de la rareté et de la gravité. Il entend s’interdire de tout « commenter, de réagir à chaud » mais au contraire se faire rare, « donner un cap et du sens, porter une vision » (105), offrir aux gens une présence généreuse « désintermédiée« .
  • Soulagement. Au soir du premier tour, Philippe Besson reçoit ce message d’Antoine Leiris, dont l’épouse a été assassinée au Bataclan : « Je suis fier de mon pays. Fier que trois jours après une nouvelle blessure en son coeur, il choisisse l’optimisme, l’ouverture, la liberté. Mais rien n’est gagné. Et la responsabilité est immense. Les frontières de ce que notre pays veut être et devenir se dessineront dans le moment démocratique qui nous attend dans deux semaines à peine. Ne le manquons pas. Il n’est plus seulement question d’Emmanuel Macron désormais. Il est question de la France. Une et indivisible. » (212). En un sms, le bonhomme a tout résumé…
  • Spontanéité. Soulagement pour nous et joie pour Emmanuel M. auquel on va reprocher de la célébrer dans un lieu trop connoté. Sa réponse : « La Rotonde ? J’assume totalement. C’est nous. On fête avec les gens qui ont fait et je les emmerde. C’étaient pas des people, c’étaient des courageux. Je protégerai les faibles et je célébrerai les braves, c’est la France que je veux. Je ne leur céderai rien. Qu’ils aillent à Montretout chercher les châteaux. Chez moi, on fait et on fête. » (214)
  • Tension. Libération et immense joie du 24 avril. Soulagement de courte durée. Tout s’enchaîne durant l’entre-deux tours, qui commence par l’épisode de La Rotonde et une certaine tristesse voire une sidération partagée par Philippe Besson qui constate que « le ressenti a une fois pour toutes pris le pas sur le réel » (213-214). Qui observe une France amorphe aussi, sans réaction face à Marine Le Pen, « comme si tout était normal » (215) (LIEN GAZETTE PC). Moi je revis à travers les pages de l’ouvrage le suspense, la tension, la peur, l’abattement d’avant premier tour, puis la joie immense puis de nouveau la peur, puis l’espoir à nouveau avec le coup de fil d’Obama, etc. Un véritable ascenseur émotionnel.
  • Triomphe. La libération. Et l’épilogue, on le connaît… Au terme d’une campagne qui aura confirmé pour Philippe Besson qu’il est désormais « inutile de raisonner par analogie« , son héros romanesque porté par un souffle épique, « En Marche » inexorablement pour nous offrir de l’espoir, une respiration. Good luck Emmanuel M. Ton avènement signe pour moi le basculement  du PC au PG. Au moment où quelques mois plus tard, son effronterie lui joue des tours, c’est bon de se rappeler…

La rencontre du mois. A travers la formation en Ressources Humaines que je suis depuis la rentrée, j’ai rencontré Fatima, française originaire d’Algérie qui vient de Grenoble, vit à Annemasse et projette de s’installer prochainement avec son mari à Lausanne. Fatima porte des tenues hyper stylées, elle porte le foulard aussi. L’occasion pour moi de m’interroger sur ma vision de la laïcité. Le foulard ? 1. un vêtement à banaliser pour faire société, pour ne pas couper le lien surtout. 2. un vêtement qui peut être culturel, adapté à l’histoire familiale, à un lieu (au pays origine ou à des lieux intra-nationaux. Le signe religieux se fond, s’inscrit, s’adapte à la logique du lieu. Périphéries de la nation ? Propre logique, propre société) Ainsi le foulard peut venir de la transmission culturelle d’un territoire passé, mais aussi d’un territoire d’ici avec ses règles intra-territoriales 3. Le foulard ? une conviction religieuse 4. Le foulard ? une identité qu’on souhaite afficher. Donc s’il attire toute cette attention, c’est que ce bout de tissu syncrétise à lui-seul le subtil compromis à faire entre Société, Communauté et Personnalité. La réconciliation passe par l’hybridité mais aussi par un subtil équilibre entre le droit à la différence et le droit à l’indifférence.

Et en ce qui me concerne, au final ce qui m’importe c’est est-ce que je me sens rejetée ou pas ? Si oui, réflexion why, qu’est-ce que ça nous dit sur notre société ? Pour sûr, un besoin de déradicaliser les esprits des deux côtés. Donc voilà tout ce que je pense de ce bout de tissu. Mais en même temps, quand je parle avec Fatima, je n’en pense rien du tout. Je prends tout simplement du plaisir à échanger avec une camarade avec laquelle j’ai choisi la même voie et ne pense à rien de tout ça.

Octobre 2017 – Semaine 3

Les romans de la semaine. On a trop vite fait à la rentrée littéraire 2017 le procès d’être hantée par le passé, d’avoir peur de s’attaquer au présent. C’est faux, me dis-je, quand je commence à déguster un de ses romans phares, Alma, de JMG Le Clézio et voyage avec lui jusqu’à l’Île Maurice qui jusqu’à présent ne symbolisait pour moi que le lieu dont la diaspora indienne voulait faire sa capitale (Chapitre PC). Un centre pour une transnation. Un centre post-national, un centre métissé. Or je découvre que l’Île Maurice c’est bien que ça, à travers l’histoire que nous raconte Le Clézio. Celle de l’esclavage, des colons, des plantations. Celle de la culpabilité, de la transmission, d’un monde révolu, d’une nature à préserver. Un roman qui aux côté de ceux d‘Alice Zeniter et de ces autres qui nous parlent de l’Algérie en cette rentrée participent d’un momentum. Un présent par lequel on est désormais prêts à passer pour se réconcilier.

Réconciliation du passé et du futur aussi. Qui passera nécessairement par un changement de perception. Grâce aux auteurs notamment, dont Grande Librairie du 19 octobre nous présente deux spécimens et deux immersions à Calais, carrefour des mobilités : version roman avec « Une fille dans la jungle » de Delphine Coulin ou version thriller avec « Entre deux mondes » d’Olivier Norek. C’est bien, on est de + en + nombreux à dire que c’est un mensonge. Que le mouvement n’est pas = à une exception. Que le mouvement = notre condition. Et puis Léo Ferré il dit « Poète circulez » alors…

La sortie ciné de la semaine. « Tous les rêves du monde » de Laurence Ferreira Barbosa (France – Portugal / 2017 / 108 min) s’intéresse à la quête identitaire de la deuxième génération de Portugais en France. A entendre sur (France Inter)

« Paméla est une jeune portugaise de la deuxième génération née ici, en France. Empêtrée dans ses contradictions, ses échecs et l’amour absolu pour sa famille, elle se sent perdue et paraît incapable d’imaginer comment elle pourrait vivre sa vie… C’est sous l’influence de Claudia, adolescente intrépide et insoumise, que Paméla osera faire le choix de l’inconnu et de la liberté« . (Lien)

Le retour de l’année !!! Ce jeudi 20 octobre on se réjouit que Barack Obama sorte de sa réserve pour inviter les électeurs à faire obstacle aux « politiques clivantes« , à l’occasion de l’élection des gouverneurs de Virginie et du New Jersey. Il déplore un retour en arrière politique, sans toutefois nommer Donald Trump : « Les politiques clivantes que nous avons si souvent vues ne sont plus possibles. Elles ont des siècles« . Il ironise aussi : « La politique actuelle… on croyait en avoir fini il y a longtemps… Les gens ont 50 ans de retard! On est au XXIe siècle, pas au XIXe« .

La pépite de la semaine. Cette thèse à laquelle a participé l’ancienne camarade d’un ami : « Néo-nomades, travellers et autres habitants non ordinaires, mobiles et invisibles » (Lien).

Octobre 2017 – Semaine 4

Brèves du Territoire – Revue de Presse de fin du mois

"Le nationalisme est un poison", scande Jean-Claude Juncker, au moment où l'Europe se bat contre tous les nationalismes, infra-supra.
  • Lors du XIXème congrès du Parti communiste chinois, le président Xi Jinping a rappelé qu’il n’était pas question de fermer les frontières.
  • Elections en Autriche. Le  conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, remporte les législatives et envisage une future coalition avec l’extrême-droite (Parti de la liberté).  Une alliance qui pourrait infléchir la ligne europhile du pays et marquer un rapprochement avec les pays du groupe de Visegrad – République Tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie. Ainsi, après les derniers triomphes de la Région, le retour de la Nation, voici le retour de l’Empire 😉 Tiens j’y avais pas pensé à celle-là.
  • Pendant ce temps-là, d’autres perdent leur territoire pour redevenir réseau transnational. Fin annoncée du territoire de l’EI avec la chute de Raqa.
  • Union européenne encore. La discussion sur les travailleurs détachés est lancée. La route pour un possible équilibre amorcée. On croise les doigts.
  • Italie. Référendums organisés par la Ligue du Nord en Lombardie et en Vénétie, deux régions qui se sont prononcées en faveur de plus d’autonomie.
  • République tchèque. Sursaut nationalisme et élection d’un « populiste milliardaire » à la mode Trump.

La Minute Territoire. En cette fin de mois, épidémie d’un nouveau genre dans l’agglomération bordelaise, prolifération d’autocollants « Parisien rentre chez toi« .  Le Maire Alain Juppé qualifie les « attaques anti-nouveaux arrivants » comme une honte. Il défend une ville accueillante et envisage de saisir la justice. Ci-dessous une illustration de cette mouvance identitaire « antibobos », ce rejet d’une invasion qui devrait encore s’accentuer avec le TGV.

 » Ce qui se passe à Bordeaux est grave. Nous assistons, à grand renfort de propagande médiatique, au travestissement de l’histoire de la ville, et au rapt de cette dernière par une classe aisée mobile. Nous avons suffisamment fait le constat que « nos » deux grandes métropoles excentrées, Bordeaux et Toulouse, étaient des freins à la réémergence d’un mouvement culturel gascon et en avons souvent déduit la nécessité d’agir dans les villes moyennes et la ruralité. Ce constat fait, ce n’est pas une raison pour ne pas défendre l’identité profonde de ces villes. Le discours contemporain sur Bordeaux est littéralement à vomir. Tous les pires clichés, assénés au premier degré. (…) Une « ville ensoleillée », où l’on fait son marché aux Chartrons, va boire des coups au Mama Shelter, où l’on mange vegan. Une ville extirpée de son arrière-pays, au profit de l’île de Ré, de la « Nouvelle Aquitaine ». Bref, une ville dont l’identité est travestie sur l’hôtel des fantasmes des bobos parisiens. Face à ce mouvement médiatique absolument dingue, des voix s’élèvent, sur le ton de l’humour dans un premier temps : c’est le cas du FLBP, le Front de Libération Bordeluche face au Parisianisme. Je vous invite à aller voir leur page Facebook. » (lien)

L’instant Réconciliation. Avec les sorties ciné de la semaine d’abord. Dans « L’Atelier » de Laurent Cantet, le héros est un jeune FN. Dans « Lucky Logan« , Steven Soderbergh filme le fief de Mr T.  sans condescendance. Avec La Grande Librairie aussi, où Alain Finkelkraut, le réac’ souvent conspué et trop souvent interrogé sur l’identité politique est cette fois invité à s’exprimer sur l’amour de la langue. Avec l’exposition de Patrick Willocq enfin, qui met en scène la rencontre réussi entre migrants et villageois à Saint-Martory, petite commune de Haute-Garonne, un an après l’ouverture controversé d’un centre d’accueil.

La Boutade de la semaine. En ce 23 octobre, apologie du localisme sur le plateau de l’émission C’est à vous sur France 5. Un invité dont j’ai oublié le nom, venu présenter son livre de cuisine, nous exhorte « à chaque fois qu’on mange à se demander d’où ça vient« .  Quid des restos ethniques alors, leur économie et leur approvisionnement transnationaux ? Moi j’abonde dans son sens, je dis ok pour tout ce qui peut être produit ici. Question de bon sens. Mais à côté de ça, je compte bien continuer à me régaler de mes algues au wasabi sans culpabiliser. Comme un écho, le 26 octobre j’entends à la radio qu’une dramatique sécheresse touche une partie de la France depuis un an, avec des conséquences dramatiques sur les récoltes. Alors surtout n’oubliez pas… protectionnisme et « mangez local » ONLY…

La Minute Mélancolie. Aujourd’hui, vendredi 27 octobre, dans le cadre de la  Déclaration d’indépendance de la Catalogne j’ai entendu « Ce qui compte pour nous c’est de pouvoir être enfin vraiment nous-mêmes« , et puis « On verra lundi« , ils ont dit… Ce soir j’avais d’abord l’intention de visionner le documentaire « Erasmus, notre plus belle année » qui pose cette question : 25 ans après, que reste-t-il de l’idéal européen au moment des replis ? Mais ce soir c’est trop douloureux je ne peux pas. Je me contente de l’enregistrer. Valeurs fondamentales décennie 2000 pas = valeurs décennie 2010 (cf. gazettes 2016). L’Inter a été supplanté par le national puis le local. Mais moi je ne veux pas choisir !!!! Je veux les trois !!!!

Un Dimanche Consolation. Dimanche 29 octobre un million de Catalans défilent en faveur de l’unité à Barcelone… Tandis que pour clore le mois en beauté je vais voir  le documentaire d’Amos Gitai « A l’Ouest du Jourdain » au ciné.

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Dans ce documentaire, Amos Gitai s’attache aux signes d’Espoir en faveur d’une réconciliation israélo-palestienne et dresse notamment un inventaire des petites initiatives de la gauche israélienne. Il interroge des habitants des deux côtés du mur. Un Palestinien témoigne de l’importance de ne pas perdre le contact, et sa tristesse de voir le mur couper les gens, qui désormais ne peuvent plus que se fantasmer, à travers le médias, le politique, le média politique. Un activiste déplore qu’avec le mur, outre l’enfermement, on a arrêté le mouvement. Qu’il n’y ait plus des deux côtés les mouvements naturels d’avant. En forme de conclusion, Amos Gitai insiste sur le partage à travers la culture arabe. Palestiniens et Israéliens, une Culture en partage.

Ma peur à moi ? La ministre des Affaires étrangères, la Marion Maréchal Le Pen israélienne. Digne représentante du Monde d’après, du monde de Samuel Huntington. J’ai toujours pensé que l’espoir était notre génération mais je n’avais pas réalisé que dans l’âme de celle d’après, le choc des civilisations et le paradigme identitaire sont si profondément ancrés qu’ils ne sont plus capables de voir le monde sous un autre prisme.

Epilogue. Des murs et des -ismes

Je dois comprendre, faire le lien. Reprendre Le Projet Méditerranée. Suite logique au Projet Cosmopolis, parallèle indissociable du Projet Glocal. Jérusalem, la pionnière, là où ont pris les trois grandes religions. Là où aujourd’hui le Territoire a triomphé. Tout commence là-bas. La foi en est partie et s’est propagée. Aujourd’hui les murs s’y banalisent et se propagent. C’est là-bas que je dois aller.

Des murs = plus de mélanges, de métissages possibles. Localismes, régionalismes, nationalismes –> MURS ??? Je crois que bientôt les seuls mots en -isme que je vais tolérer sont optimisme, pragmatisme, … L’époque nous redonne décidément le goût des choses simples, du bon sens vs le non-sens des grandes idéologies.

Allez, see you en novembre !

 

 

 

Été. Errance en enclave. Épisode 2/2

Immersion en images dans une Gated Community

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 Quête d’ouverture et de poésie

Aveuglée par mon fantasme, j’ai sans doute fait un choix aux antipodes de mes convictions. Soit, je suis bien décidée à me dénicher un camping de poètes pour l’an prochain. Et parmi la foison de possibilités, j’arrête mon choix sur la frontière dans un premier temps. Il est grand temps d’aller voir de l’autre côté. En parallèle à mon immersion, je me lance donc dans une exploration des campings bis, un repérage version 2017. Au programme : Excenevex, tour du Lac d’Annecy, Thônon, Evian. Constatation : ces campings là sont strictement touristiques et chacun d’entre eux compte une nationalité de prédilection : Allemands, Néerlandais, Belges, Anglais.

En attendant, au plus fort de l’été, je me rends déjà en pèlerinage là où la caresse de l’eau est plus douce, où la poésie suinte derrière les batailles, pour elle, cette plage qui a conservé, englouti un bout de moi, et que j’ai beau supplier, je dois me résigner, elle ne me le rendra pas. Blasée… Les lieux m’ont trop déçue, les lieux m’ont vidée. Je veux trouver un bâtard comme moi et que ça devienne lui ma maison. Puisque la maison n’est plus ici, continuons à butiner, continuons la fuite. Moi qui ne trouve aucun sens à une vie ancrée, une vie immobile. Moi qui quand j’ai épuisé le lieu ai épuisé les gens aussi. L’art de la fuite, c’est la panacée des bâtards comme moi.

Chacun sa sensibilité. Chacun sa relation aux lieux. L’une retourne s’y installer tandis que l’autre simultanément choisi de fuir encore plus loin. S’installer dans un lieu sans affect. Le salut, la réponse du bâtard à l’impossibilité de s’ancrer ? Aller toujours plus loin, continuer à explorer. Choisir de n’être de nulle part, et partout chez soi. Conserver quelques amis ancrage et employer le reste de son énergie sociale à rencontrer d’autres êtres épris de liberté.

A voir ma gueule ils finiront par s’y habituer…

IMG-20170715-WA0000Heureusement l’été a fini par pointer le bout de son nez. Et avec lui la consolation. Les invitations se sont succédé. Mais sauf une exception, les amis de la première maison ne sont pas venus. Ils ont leur vie. Ils courent après le temps. Les amis de la cité d’élection ont eux apprécié l’escapade. Le rosé aussi a été invité. Et moi entre deux barbecs comme on dit j’ai nagé, le matin, l’après-midi, au coucher du soleil, j’ai chillé sur la plage, dévoré le lac des yeux et dévoré quantité de livres sous les pins, travaillé sur le PC, vécu mon trip nature à fond, même les tempêtes, même les araignées… J’ai convoqué des lieux par la pensée et à travers mes études pour le PM, beaucoup voyagé virtuellement en Méditerranée. J’ai embrassé avec joie mon rôle de marraine et pris énormément de plaisir à faire l’hôtesse, ça m’a donné des idées… Et petit à petit j’ai retrouvé ma mobilité, car aussi paradoxal que ça puisse paraître, le camping, en tout cas celui-ci, c’est le royaume des gens immobiles. Un village circonscrit et auto-suffisant où on a tendance à s’assigner…

Donc bilan, si je n’ai rien trouvé de ce que j’étais allée chercher, ni le côté « passage », ni les touristes, ni le retour, j’ai ô combien apprécié pouvoir sauter dans ma voiture au terme d’une semaine de travail, quitter la ville, me réveiller dans la nature, prendre mon café les yeux dans l’eau, multiplier les invitations et profiter à fond de mon été.

Et puis mes voisins ont fini par s’ouvrir, par m’accepter. J’ai noué quelque lien avec Karin la néerlandaise, son mari en rémission et leur joyeuse tribu, avec Eddy venu pour la première fois en … 1963, ou encore ma voisine veuve et ses deux enfants, dont Berni, un autiste pas plus étrange que je ne le fus ici. Et moi par ma présence, et ben j’ai contribué à complexifier un tout ptit le lieu aussi. Rien n’est jamais figé. 

En tout cas j’aurai aussi appris de cette expérience qui ne m’aura pas du tout fait rentrée chez moi mais immergée en terre étrangère à dix minutes de là, que c’est bien l’installé qui a le pouvoir d’intégrer l’ajouté. Quant au véritable errant, s’intégrer est dichotomique avec son projet, chercher à s’intégrer à tout prix revient à se renier. Mais la pression sociale est telle qu’on a tendance à vouloir se faire accepter par l’esprit de clocher, par ceux qui conçoivent le territoire différemment. Le fait-on par défi, par orgueil (?), par refus de juger l’installé, d’accepter que les différences ne peuvent se lier ? Quoi qu’il en soit, agissant ainsi, trichant, c’est là que l’errant commence à se sentir étranger… à lui même !

Divorcer avec la nostalgie

40Ces derniers mois j’ai vécu un choc social, choc culturel, choc personnel. Choc socio-perso-culturel. Je ne m’attendais pas à ça. Traversé une crise d’identité. Désormais fini de se demander qui suis-je pour ceux-ci, qui suis-je pour ceux-là, mais qui suis-je pour moi. Et fini l’imposture de vanter inlassablement la mobilité alors que jusqu’ici y’avait pas plus nostalgique, pas plus incapable de laisser derrière moi, d’avancer. Sans doute faut-il régler quelques comptes avant de pouvoir se laisser surprendre, cesser de vouloir tout contrôler, se définir à tout prix, arrêter le mouvement.

Mon constat : en fait le duo ne suffit pas, deux maisons = deux fois plus d’ancrage. Risque des Deux Maisons ? « l’immobilité ». Besoin d’un triptyque, de continuer à découvrir, à voyager, à se mouvoir, à se complexifier. Possible seulement une fois les bases consolidées. Besoin que tous les ptits fantômes soient en paix pour poursuivre. Être capable de regarder son mur photos dans les yeux pour pouvoir avancer.

Des années à fantasmer un retour, à vouloir s’affirmer « là-bas ». Mais le « là-bas » n’était que chimère, le lieu en mon absence ne s’était pas figé, de maison il n’y en avait plus, peut-être n’y en avait-il jamais eu. Une maison volée, voilée, dès le début. Alors finalement, c’est où la maison ? Chez soi n’est pas forcément chez soi. Chez soi c’est la somme des lieux qui nous constituent, nous ont forgés et où l’on ressent le besoin de péleriner régulièrement. Chez soi ça peut-être « chez eux » ou chez personne. Chez soi c’est là où on l’a décidé. Pas besoin de retourner. Pas besoin de se ré-ancrer. Se contenter d’y passer sereinement. En touriste. Se sentir en paix avec ça.

Temps de retourner aux horizons. De goûter à d’autres lieux. De prendre acte que plus de deuxième maison. Multiplier les maisons. Intégrer la première, cette partie de nous, dans notre identité sans heurts, sans blessure, sans nostalgie. La deuxième maison peut être une image, la deuxième maison peut être un souvenir. La deuxième maison peut être synonyme de réconciliation. La deuxième maison parfois te faire payer ton départ aussi. Le monde est en transit. La société elle a besoin d’avancer.

Finalement cette expérience aura servi à divorcer avec la nostalgie, la passée et la future. Divorce avec la nostalgie… et rebond vers un nouveau chapitre de mon errance. Le non-retour, un passage obligé. Mon ptit acte de poésie s’est heurté de plein fouet au principe de réalité. On ne trouve jamais jamais jamais ce qu’on était venus chercher. Et c’est bien ainsi. Retour avorté pour exorciser, clore un chapitre, épuiser le sujet et avancer. Le cheminement géo-identitaire ? Une route initiatique qui répond à des séquences imposées…

Cet été j’aurais aussi compris qu’on peut fantasmer tout ce qu’on veut, dans la vraie vie, un lieu n’existe pas indépendamment de sa démographie. Une démographie qui peut éventuellement vider le lieu de sa poésie. En un mot, toute géographie est humaine. Il n’existe pas d’espace, de paysage, sans territorialité.

Prochaine escale ? Acte IV…

La suite ? Et bien se servir de ma maison mobile pour continuer l’exploration et défier l’immobilité, risque de la deuxième maison « ancrée ». L’avantage de la caravane,  justement d’avoir l’opportunité de bouger chaque année. En en attendant de le dénicher le fameux camping de poètes,  je me vois déjà bien au bord du Lac d’Annecy l’été prochain. Mes amis de ma maison d’élection aussi :-).

Cette année est placée sous le signe de l’hybridation. J’expérimente le modèle, j’exploite le filon à fond. Ainsi après le choix de la double vie géographe – RH, j’ai opté pour les deux maisons en mode hybridité aussi. J’ai fait un choix hybride, en choisissant un retour « à moitié », qui au final n’en fut point un, a échoué, s’est heurté au principe de réalité. Reste que ça n’a pas entamé ma conviction : pour moi les « Deux Maisons » restent un idéal. Je ne renonce pas à être chez moi dans plusieurs lieux et à le faire accepter par la petite, moyenne ou grande cellule fermées, modèles consacrés en ces temps secoués.

Fin septembre. La saison est terminée. La caravane a gagné ses quartiers d’hiver. Retour au local, départ pour le Projet Glocal. Sentiment d’une parenthèse de six mois. Hors du temps. Sentiment d’irréalité. Comme si je ne l’avais pas vraiment vécu, que ces mois n’avaient pas vraiment existé. Troublante sensation. 

Avec cette immersion a refait surface mon projet de documentaire sur l’image d’enfance avorté. Et dans la foulée a ré-émergé cette question de mon mentor aussi : « T’es où toi dans cette histoire ?« . A l’époque je n’ai pas compris, sans doute pas prête, je me suis braquée. J’ai fui. Aujourd’hui, le temps est venu de divorcer avec la nostalgie, d’utiliser l’expérience du non-retour comme épilogue au documentaire et l’achever. De lier 2010 et 2017. La boucle est bouclée. La page est tournée.

L’été du passage. Le passé au passé. En route pour de nouveau projets, en route pour le mouvement. Après la terre d’élection, après les VM, après le « retour »… prochaine escale la découverte de la frontière et de la Genève non plus locale mais du mouvement 😉 To be continued…

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La Gazette Septembre 2017

 

J’adore l’automne si je sais que dans un quelque part accessible dans le Monde, simultanément, existe la possibilité d’un été :-)…

A lire en filigrane : Errance en enclave

Tous les ouvrages, films, etc. sont à retrouver dans la page HIGHLIGHTS

Au sommaire de cette Gazette : un retour d’enclave, beaucoup (question) de migrants, une Rentrée littéraire, des confidences de pape, des paroles de président, une élection, une marée de nationalismes régionaux, …

Youpi C’est la Rentrée !

Celle du Pape François pour commencer…

Le « premier pape de la mondialisation » se confie dans un livre d’entretiens avec Dominique Wolton. Il y est évidemment question de migration, LA problématique au coeur du 21ème siècle pour le Pape François. D’ailleurs, en août, il proposait 21 mesures pour l’immigration (*** A découvrir en fin de Gazette)

Pape

Extrait

Dominique Wolton : « Vous avez dit, à Lesbos, en janvier 2016, une chose belle et rare: « Nous sommes tous des migrants, et now sommes tous des réfugiés ». A l’heure où les puissances européennes et occidentales se ferment, que dire, en-dehors de cette phrase magnifique ? Que faire ?« 

Pape François : « Il y a une phrase que j’ai dite – et des enfants migrants la portaient sur leur tee-shirt : « Je ne suis pas un danger, je suis en danger. » Notre théologie est une théologie de migrants. Parce que nous le sommes tous depuis l’appel d’Abraham, avec toutes les migrations du peuple d’Israël, puis Jésus lui-même a été un réfugié, un immigrant. Et puis, existentiellement, de par la foi, nous sommes des migrants. La dignité humaine implique nécessairement « d’être en chemin ». Quand un homme ou une femme n’est pas en chemin, c’est une momie. C’est une pièce de musée. La personne n’est pas vivante. » (lien Figaro

La rentrée littéraire évidemment

Ma ptite sélection pour le PG :

  • Un personnage de roman de Philippe Besson, pour mieux faire connaissance Emmanuel M le désormais président.
  • Une fille dans la jungle de Delphine Coulin, parce que son récit fait partie de l’actuelle foison de projets docus et littéraires pour faire connaissance avec les « migrants ».
  • L’art de perdre d’Alice Zeniter, parce qu’il y est question de parcours identitaire et de la réconciliation de la troisième génération, en l’occurrence celle des harkis algériens.
  • Alma de Jean-Marie Gustave Le Clézio, parce qu’il y est encore question de quête d’identité ici, d’Île Maurice et de réconciliation, mais en l’occurrence avec l’Histoire et les ancêtres cette fois-ci.
  • Les Routes de la Soie de Peter Frankopan, à lire comme un miroir au grand projet du président chinois Xi Jinping –> A lire http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/05/15/chine-le-president-xi-jinping-deroule-ses-routes-de-la-soie_5127773_3216.html

Bonnes lectures en perspective, et dans notre quête d’hybridité on oubliera pas non plus de se précipiter au cinéma pour voir le thriller rural « Petit Paysan »...

La rentrée cinématographique aussi

Avec la très glamour Mostra de Venise, festival international qui aborde évidemment lui aussi le thème de la migration. Notamment à travers l’artiste Ai Weiwei venu présenter son documentaire Human Flow.

Documentaire sur les réfugiés silencieux écrit par un réfugié qui a la parole, artiste dissident chinois mondialement connu. A sortie prévue pour 2018, documentaire qu’il faudra visionner en miroir avec la lecture d’Un Monde de Camps, dans lequel  Michel Agier fait la démonstration que les camps sont loin d’être anecdotiques et, prises dans leur globalité, les minorités y vivant loin de constituer un accident de la mondialisation. Il est sans doute temps de rétablir ces espaces invisibilisés et les considérer comme des lieux, habités certes par des êtres a-nationaux qui justement pour cette raison ont des choses à dire sur un ordre dont la nécessaire imposition par la violence questionne forcément le sens. Il est temps de s’intéresser de plus près à l’émergence de ces lieux singuliers, sur ces nouveaux mondes qui se construisent dans le mouvement, hors patries. Il est temps de comprendre que plus le modèle étatique actuel se durcira, plus les invisibles seront nombreux, créant un contre-monde parallèle que le futur ancien modèle (?) ne pourra longtemps continuer à invisibiliser… Un monde parallèle qui sera peut-être rejoint par des volontaires, des utopistes, voire des exilés de « souche » des futures patries occidentales en voie de territorialisme démulticulturalisant… Un monde parallèle à la périphérie des nations mais aux périphéries des villes aussi dont Slums Cities of Tomorrow affirmait qu’il constituait non pas un problème mais une solution. Un monde parallèle qui finira par s’opposer et se retourner contre le modèle dominant s’y pas intégré par ce dernier… Un 21ème siècle où il sera question de réconcilier pour faire cohabiter ces deux mondes. Affaire à suivre donc…

En attendant, on surnage dans un monde mouvant où on est très loin du « réjouissant exil » évoqué par Etienne Daho dans ses Remèdes à la mélancolie (France Inter 10 septembre). Un monde mouvant où les « hors-la-loi » qui aident des migrants se voient condamnés pour « Délits de solidarité« , un monde où en allumant la radio on a parfois l’impression d’être projetés dans l’ambiance de l’un des over nombreux films actuels sur la DGM… (7 septembre Série France Culture Délits de solidarité).

Mais dans un monde mouvant territorialisant qui fourmille d’initiatives en faveur d’une authentique cohabitation aussi, à l’image de We are City Plaza, hôtel désaffecté d’Athènes où se réunissent locaux et migrants et qui rappelle un autre lieu réhabilité dont on avait parlé dans le PC, le quartier Metropoliz à Rome.

Et si on redéfinissait la notion de communauté ? une communauté qui ne serait plus addition/agrégation des mêmes mais addition des différences. Communauté de statuts, pas de « sang », tribu du 21ème siècle, celle du mouvement. Dans l’Hôtel Plaza, pas de regroupement par nationalité, contrairement à ce qui se fait dans la Jungle de Calais, les bois de Melila ou autres lieux-étapes auto-organisés. Et lorsque l’accueil se fait avec les locaux, pas non plus de passeurs, comme on l’a vu précédemment dans Un Paese di Calabria.

La rentrée d’un Président

Tout commence toujours avec des Mots. Et Emmanuel Macron a eu l’occasion d’en prononcer des capitaux en cette rentrée. Après avoir donné le ton avec son projet pour l’Union Européenne, il récidive le 19 avec son discours devant les Nations Unies. Discours en faveur du multilatéralisme qualifié de religieux, de lyrique « et en même temps » de pragmatique et raisonnable que les observateurs ont opposé au braillement nationaliste de Mr T.

Extrait du discours : « Le réfugié, le déplacé, ou celui qu’on appelle tristement le « migrant« , est en réalité devenu le symbole de notre époque. Le symbole d’un monde où aucune barrière ne pourra s’opposer à la marche du désespoir, si nous ne transformons pas les routes de la nécessité en route de la liberté. » (…) l’exil, quand les défenseurs de la liberté sont les premières cibles des pouvoirs en place. La protection des réfugiés est un devoir moral et politique dans lequel la France a décidé de jouer son rôle (…) en ouvrant des voies légales de réinstallation au plus proche des zones de conflit (…) la priorité est de lutter contre les trafiquants qui font commerce de la misère. (…) les causes profondes, morales, civilisationnelles, si nous voulons les relever, c’est par une véritable politique de développement que nous pouvons le faire.« 

Grâce à ses Mots, à sa vision, la France est de nouveau le pays vers lequel on regarde, la patrie forte et ouverte qui inspire le monde. Mais on aurait tort de réduire Emmanuel Macron aux ailes, ce qu’il nous prouve le 18 avec la nomination de Stéphane Bern en Monsieur Patrimoine. Emmanuel Macron c’est l’Europe, la mondialisation « et en même temps » le Patrimoine français. Emmanuel M. c’est la réconciliation…

Et la mienne enfin… En mode « 35 », lectures, docus et nouvelles explos

Mi septembre… La fin de la saison a sonné, les nuits d’été ont déserté, tout le monde remballe en emportant derrière lui sa Deuxième Maison. Déjà l’heure de quitter l’enclave, de boucler l’ultime (?) étape de ma réconciliation identitaire, réconciliée avec la nostalgie… Bref vous pourrez suivre toute cette escale estivale dans l’article « Errance en enclave« .

L’heure de poursuivre la quête. Vers de nouveaux horizons,… une traversée de la frontière, une immersion dans les mondes de ma cité. En attendant, objectifs établis, objectifs dus. A peine le temps de célébrer mes 35 ans au bord d’un autre lac, frontalier celui-ci, et la boucle bouclée, me voici de retour à la maison….

… où je reprends mes explorations urbaines. Ce mois-ci on célèbre entre autres la Chine et le Tibet dans ma Ville-Monde d’élection.

Mais moi j’ai décidé que célébrer le multiculturalisme c’était bien mais c’était plus suffisant. Qu’après mon escale en enclave je débutais une nouvelle phase à la rencontre des expats et des touristes notamment… Exploiter les possibilités ! Mais voilà qu’à peine mon enquête genevoise entamée, je découvre que les projets adoptunexpat et Geneva Greaters ne sont plus :-(…

Bref, de toute façon il commence à faire froid, alors soit, rentrons chez soi où l’exploration prendra un tour plus intérieur, avec un dimanche docus notamment. Au programme

  • Chasing Asylum d’Eva Orner,
  • Calais les enfants de la jungle,
  • C le débat France 5 Migrants. Une crise sans fin ?,
  • Clandestins, d’autres vies que les vôtres.

Première escale. Australie, défense d’entrer. Je me souvient avoir mentionné le projet des îles prisons australiennes dans le PC… Cet après-midi, l’entrefilet prend corps dans un documentaire, et il questionne, forcément : Mais qu’est-ce qu’on est en train de faire ? Quel monde est-on en train de créer ? Comment en est-on arriver là ? La tendance c’est de ne plus laisser les mobiles s’approprier la Ville-Monde et y recréer un autre monde, mais de les cacher, les enfermer, les punir. Parce qu’ils bougent, on en fait des an-nationaux. L’Australie va au bout de cette logique et c’est terrifiant. Mais s’il est possible de créer artificiellement une île prison ça doit forcément être possible de  créer une île-utopie où des exilés globaux cohabiteraient non pas du fait de leur nationalité, mais de  leur statut. Des a-nationaux qui pourraient créer et inspirer de nouveaux modèles de société, d’habiter et de cohabitation, sur des bases extra-territoriales.

Violence de la réalité, besoin de respiration… Pendant ma pause d‘Australie défense d’entrer, je tombe sur le magazine 66 minutes Grand Format, qui chaque semaine propose une évasion avec la rencontre d’une communauté française expatriée dans le monde. Cette semaine l’émission porte le titre « Nouvelle Zélande, le nouveau rêve français ». Gros malaise… Implacable hiérarchie des mobilités…

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Deuxième escale. Calais, les enfants de la Jungle. Les Mots : droits, passeurs, réseaux criminels, économie à grande échelle, enfants, dangers, proies, peur.

Troisième escale. C’est le débat, France 5, Migrants, une crise sans fin ?

Une soirée débats découpée en plusieurs thématiques dont celle-ci : « Pape, machine arrière sur l’immigration ?«  Alors, retournement de celui qui nous rappelait quelques lignes plus haut que l’humanité c’est le mouvement ? Peut-être pas… Il faut distinguer la philosophie du mouvement du Pape, son idéologie de la mobilité, et les pratiques de l’accueil encadré, dans le contexte actuel où l’immigration = retour à une gestion par l’État (vs par les réseaux transnationaux). Un type de gestion qui pose la question des places d’accueil pour les migrants. Il faut donc distinguer la place géographique de la place dans la société. Place dans la société qui suppose une nécessaire intégration des migrants.

Le débat propose également un reportage sur Calais. Quelques minutes après avoir visionné « Les enfants de la Jungle », je me retrouve exactement au même endroit. Même contexte, même situation, mais autre angle, autre narrateur, autre point de vue. Du côté politique, Calais vue à travers les yeux du policier vs les yeux des Mineurs Non Accompagnés et de leur porte-voix. Leur constatation : on n’arrêtera jamais le mouvement, quelles que soient les mesures qui seront prises (ah oui, pas même en Australie ?) Si ainsi soit-il, alors ouvrons grand les frontières comme le suggère Rutger Bregman dans ses Utopies Réalistes.

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Le débat propose également une intrusion dans la salle surchauffée d’un village en repli au discours insupportable. Peut-être que pour conjurer leur peur que s’ils accueillent dignement ils viendront « tous », les zones envahies devraient travailler en collaboration avec les migrants eux-mêmes et leur poser ces questions. Que pensent-ils de ce fantasme ? Que feraient-ils à leur place ? Je crois que le rejet vient aussi et surtout de la bataille pour les deniers et la prise en charge de l’État : car les uns pour logement, etc. –> l’Etat / les autres –> le Marché, la compétition, etc. Donc les autres angry contre les uns.

Quatrième escale. Dans Clandestins, d’autres vies que les vôtres, six résidents français témoignent et ne s’inventent pas. Nous ne sommes pas des réfugiés et pourtant nous aussi on a eu envie de bouger. Nous sommes des migrants économiques, sociétaux, politiques, idéologiques, etc. qui demandons juste à ne plus avoir besoin de nous cacher. A ne plus seulement avoir le droit de cotiser mais à revendiquer le droit à la régularité. Car quoi que vous en pensiez, nous sommes décidés à rester. Les Mots : peur, faux papiers, proies.

Heureusement pour le moral, explorer les productions sur la mobilité, c’est entendre une pluralité de voix et découvrir d’autres biais aussi, plus loufoques ou plus incarnés…

La mobilité façon grande fresque historico-familiale avec Iraqi Odyssey. Documentaire passionnant sur fond d’allers-retours de l’Histoire et des protagonistes. Entre chassés-croisés et parcours à étapes multiples, les mouvements de cette tribu nomade se confondent avec l’histoire de l’Irak et du monde. Bien construit, bien rythmé, les trois heures de ce documentaire n’ont pas suffit à me rassasier. Autre point fort : le point de vue. Différent de ceux généralement exploités lorsqu’on traite de mobilité. On ne se situe ni du côté du pays d’accueil ni d’associations ou de migrants eux-mêmes. Dans Iraqi Odyssey, le narrateur, à la fois partie prenante et enquêteur, centralise le grand récit familial. Avec carte des déplacements et arbre généalogique à la clé. Iraqi Odyssey, enquête en forme de voyage dans l’espace et le temps qui nous transporte jusqu’à cette scène finale, où les membres du réseau familial global se retrouvent le temps d’une réunion diasporique. Le temps de faire le point et d’apprécier la pluralité des situations. Entre nostalgie, envie de construire « là-bas » ou passé laissé derrière soi, Samir nous convainc encore une fois de la subtile complexité et l’infinie diversité engendrées par le grand mouvement.

La mobilité façon humaniste-burlesque avec Le diptyque d’Aki Kaurismäki

Le Havre. C’est l’histoire d’un poète cireur de chaussures qui avec le soutien des commerçants de sa ville et d’un commissaire, aide un jeune garçon béninois de passage à rejoindre sa terre d’élection. Dialogues façon dessins-animés/sitcoms. Mise en scène façon théâtre. Économie du mot. Film totalement d’actualité mais vidé de son actualité, a-temporel, avec pour décor un Havre d’un autre temps.

L’autre côté de l’espoir. Après le Havre, le réalisateur nous propose une nouvelle rencontre entre deux solitudes. Cette fois un homme en transition existentielle va aider un jeune Syrien à rester à Helsinki. A nouveau sobriété, parcimonie des dialogues, froideur du décor, un peu farcesque, arrière plan sombre. On y fait la  rencontre des « libérateurs de la Finlande », d’une Finlandaise qui s’en va parce qu’ Helsinki est bien trop calme,… On suit un héros plus si affable quand après lui avoir été signifié son renvoi à Alep parce que décrétée ville sûre, il rentre et découvre les images d’une Alep en phase d’anéantissement, il choisit la clandestinité à la mort programmée. Et va intégrer une sorte de famille recomposée de bras cassés. Loufoquement attendrissant.

Devoirs de rentrée

Un mot d’ordre, une rentrée en mode « réconciliations ». Objectif : tendre l’oreille à tout ce qui sonne « let’s cohabitons » !

Mais avant de se jeter dans le grand bain de la rentrée, vite, vite, il me faut achever mes lectures d’été. Et c’est la page 432 de L’Amie prodigieuse III qui servira de transition entre les saisons. Oui à la page 432 du troisième volume de cette saga, je découvre émue quelques lignes sur l’Esprit Saint, qui serait un symbole pour réfléchir au « vivre ensemble ». Alors oui, je creuserai aussi ça, je convoquerai tout, l’Esprit Saint, le village, le quinoa, les féministes arabes, etc., pour démontrer que c’est possible, de cohabiter. Il n’est décidément pas de plaisir plus grand que la recherche intellectuelle…

Je retrouve aussi mon émission littéraire préférée où j’entends Alice Zeniter présenter L’Art de perdre, où il est question pour l’héroïne d’un retour aux racines. Évidemment, revenue du mien ya une semaine à peine ça résonne. Mon état ? Impression d’irréalité. Mon ressenti à chaud ? Tout retour est nécessairement raté. Sert à sortir de notre torpeur, fantasme, claque, pour revenir à la réalité, pour clore les trois phases du parcours identitaire géographique, pour avancer. Consolidés. Affermis. Décidés. Apaisés. Sans mouvement aucune identité apaisée possible. Parcours identitaire phasé pas seulement géographiquement mais historiquement. A la deuxième génération processus de réconciliation de nos maisons pas encore achevé, question de l’identité encore d’actualité.(Lien CONTES POST-MODERNES PC). Réconciliation se fait à la troisième pour les enfants du silence comme Alice Zeniter.

Dans cette Grande Librairie de rentrée, Alice Zeniter était entourée notamment de Tobie Nathan, l’ethno-psychiatre qui tente de soigner les migrants par la culture, et dont je vous avais déjà parlé dans le PC. Membre de la Troisième génération, Alice Zeniter a vécu le mouvement en différé, celui des Harkis d’Algérie, Tobie Nathan lui fait partie du mouvement d’émigrés chrétiens d’Egypte, émigration qu’il a vécu comme une deuxième naissance.

Quoiqu’il en soit, le roman d’Alice Zeniter s’inscrit dans une grande tendance des romans de cette rentrée : le retour sur l‘histoire franco-algérienne. Le temps semble enfin venu. De dire les choses et se dire les choses. Comme Kerry James, qui dans sa pièce « A vif » pose cette question à son pays : l’État français est-il responsable de la situation des banlieues ? Bref, y’a qu’en se disant les choses clairement qu’on peut avancer (lien vers ch pc). Et c’est seulement une fois la réconciliation actée et le parcours identitaire historico-géographique achevé, que le discours néopostmoderne et la position post-identitaire, hybride, d’une Leila  Slimani devient possible (qu’on a entendue dire qu’elle ne veut plus entendre parler d’identité !!!!)

Sinon, en cette rentrée… J’ai repris le chemin de l’école aussi. Comme j’ai certainement déjà dû vous en parler, je me suis infiltrée dans les Ressources Humaines, d’abord un hasard, qui très vite s’est transformé en conviction. Le monde de l’entreprise globalisée a dégoûté et détourné nombre d’âmes déçues, et c’est de l’intérieur qu’on peut faire changer. Bref, dans la formation que je viens d’entamer, on nous explique d’entrée le positionnement des RH dans les sociétés : au centre. Entre la droite et la gauche, entre la direction et la salariés, les RH font le balancier pour les concilier. J’aime cette position.

Et je me lance dans la rédaction du Projet Glocal… Fini les barbecs sous les pins, on reprend toutes ses notes de l’année et on s’embarque pour l’aventure du PG. Whaou en travaillant sur 2017, je me souviens dans quelle ambiance on était il y a encore quelques mois… cf. gazette janvier… Alors merci Macron, pour le souffle, la respiration que tu nous a donnés, la tendance que tu as fait naître. Whaou quand je relis la Gazette de janvier, ça rigolait pas hein, je crois que je n’étais pas vraiment encore dans le ton du PG ;-)…

La rentrée des Brèves du Territoires

En vrac : le « CouscousGate » et l’implosion du Front National en France – L’élection d’un lobbyiste au Conseil Fédéral en Suisse qui a préféré renoncé à sa double nationalité – Le créneau  de campagne de Laurent Wauquiez pour la présidence du parti Les Républicains : « Sa région contre Paris« . Paris… où il réside justement. lol. Parfaite illustration… Rhétorique populiste, effet d’annonce vs réalité…

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Elex Allemagne CDU, parti d’Angela Merkel gagnant, et entrée de l’AFD, parti d’extrême-droite, au parlement avec 13%. Quand les populistes sont déjà qualifiés d’office au deuxième tour en France ou en Autriche, quand Trump, Brexit, etc., 13% dans un pays qui a accueilli 1 million de migrants, pas si mal… Vu le climat ambiant, on se serait presque préparés à un 1933 bis, et ben non…

Et du côté du nationalisme régional ? 25 septembre Référendum indépendance Kurdistan et fin de campagne tendue autour du Référendum pour l’indépendance de la Catalogne. Affaires à suivre…

Epilogue

Connotation du mouvement : on a vu tout au long de cette Gazette, à travers le sort réservé aux réfugiés qui osent quitter leur nation, des migrants brimés qui ne sont plus définis que par leur mouvement, à travers le choix de ce candidat au Conseil fédéral qui a préféré renoncer à sa double nationalité pour accroître ses chances d’élection, à travers le « CouscousGate » aussi : que celui qui bouge, consomme ailleurs, consomme de l’ailleurs ou ait deux nationalités ait honte de sa mobilité… Donc, un seul objectif : RÉHABILITER LE MOUVEMENT !!!!!

Je vous laisse méditer là-dessus… France. Sommes-nous en 1789 ou 1939 ? (Débat Salut les Terriens du 30 septembre)

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Tandis que je me réjouis en découvrant le message de ces professeurs de lycée des environs d’Aix qui s’intéressent au PC et me demandent le droit d’utiliser mon chapitre sur Marseille pour illustrer un cours transdisciplinaire sur la perception des espaces… Youpi c’est la rentrée !!!

****

  1.  Développer les «possibilités d’entrées sûres et légales» dans les pays de destination: notamment par «l’octroi de visas humanitaires» délivrés selon un mode «étendu et simplifié» et favoriser «le regroupement familial».
  2. Multiplier les «corridors humanitaires pour les réfugies les plus vulnérables» pour éviter les filières illégales.
  3. Créer un système de «visas temporaires spéciaux» pour «ceux qui fuient les conflits dans les pays voisins».
  4. Ne pas recourir aux «expulsions collectives et arbitraires» de réfugiés et de migrant non «adéquates» surtout quand elles renvoient des personnes dans des pays qui «ne peuvent garantir le respect de la dignité et des droits fondamentaux».
  5. «Toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale»: par conséquent «former adéquatement le personnel préposé aux contrôles de frontière» pour que le «premier accueil» des migrants et des réfugiés soit «approprié et digne».
  6. Trouver des «solutions alternatives à la détention pour ceux qui entrent sur le territoire national sans autorisation».
  7. Dans le pays de départ, créer un système d’immigration légale pour agir «contre les pratiques de recrutement illégal» par des filières.
  8. Dans le pays d’arrivée, «assurer aux migrants une assistance consulaire», le «droit de toujours garder sur soi les documents d’identité personnels», un accès à la justice, «la possibilité d’ouvrir des comptes bancaires», la «garantie d’une subsistance minimum vitale».
  9. Que soit accordée dans le pays d’arrivée «la liberté de mouvement, la possibilité de travailler et l’accès aux moyens de télécommunications».
  10. Pour ceux qui désirent rentrer dans leur pays la mise en place de «programmes de réintégration professionnelle et sociale».
  11. Protéger les «mineurs migrants» en évitant «toute forme de détention» et en assurant «l’accès régulier à l’instruction primaire et secondaire»
  12. Octroyer une nationalité à tous les enfants «à la naissance»
  13. Lutter contre «l’apatridie» de migrants et réfugiés en créant une «législation sur la citoyenneté»
  14. Accès sans limite des migrants et des réfugiés «à l’assistance sanitaire nationales et aux systèmes de pension» et «transfert de leur contribution en cas de rapatriement».
  15. Garantir à «tous les étrangers présents sur le territoire la liberté de profession et de pratique religieuse»
  16. Promouvoir «l’insertion socio-professionnelle des migrants et des réfugiés, garantissant à tous – y compris aux demandeurs d’asile – la possibilité de travailler, des formations linguistiques et de citoyenneté active».
  17. Prévenir les «abus» du travail productif de «mineurs migrants»
  18. Favoriser «le regroupement familial – y compris des grands-parents, des frères et sœurs et des petits-enfants – sans jamais le soumettre à des capacités économiques».
  19. Renforcer l’attention et le soutient aux migrants, réfugiés, demandeurs d’asile «en situation de handicap».
  20. Aider davantage les pays en voie de développement qui accueillent des réfugiés
  21. Intégrer «sans supprimer» chez les migrants leur «identité culturelle» par une «offre de citoyenneté» qui soit «dissociée des capacités économiques et linguistiques» et par une «offre de parcours de régularisation extraordinaire pour les migrants qui peuvent faire valoir une longue présence dans le pays»

La Gazette Juillet-Août 2017

A lire en filigrane « Errance en enclave ».

Tous les ouvrages et oeuvres cités sont à retrouver dans la page Highlights.

Au sommaire de cette Gazette : Duel Territoire – Réseau. Monde post-Brexit & post-Mr T. Divisions & Réactions. Hybridation, Repli & Réconciliation. Evasions et invasions. Tout est mélangé ! C’est ça le PG.

DUEL TERRITOIRE – RÉSEAU

Bon puisque j’ai promis, alors listons.

I. Divisions territorialistes –> Réactions

Villes-Monde vs Nation. Mouvement de résistance « Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump risque de changer le visage du pays à jamais. Alors que la Californie a entamé une procédure pour devenir indépendante, la ville de San Francisco montre l’exemple de la résistance en se proclamant « ville sanctuaire ». Plus de 200 villes en ont fait de même !«  (lien)

Réaction au Brexit aussi… d’artistes très inspirés, à Leeds. (Magazine Metropolis, Arte, 2 juillet).

Réaction encore, de multinationales, comme Starbucks, qui embauche des réfugiés. Libérer et protéger. Sans ouverture, pas de commerce. Sans commerce, pas d’inclusion. D’abord le commerce donc, ensuite l’inclusion. CQFD.

Réaction toujours, des principaux intéressés. Sondage du 16 juillet. Seulement 36% des Américains sont favorables à l’action de Mr T. Beaucoup s’interrogent sur les capacités mentales du président pour conduire le pays…

Réaction des dirigeants mondialistes Merkel et Macron enfin. « Le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi que Paris et Berlin partageaient la même vision sur « le libre et juste commerce » et la lutte « contre le protectionnisme », mais aussi sur le climat et sur Donald Trump.«  13 juillet 2017. (lien)

Des réactions et des tentatives d’explications aussi. A ce propos, intéressante l’idée avancée par Edward Snowden dans le documentaire « Meeting Snowden » (Flore Vasseur, 2016, diffusion Arte 11 juin) qui interroge entre autre l’état de la démocratie. Ou comment la corruption des démocrates ainsi que nos propres renoncements ont pu permettre l’avènement de Mr T. Mais plus intéressant, l’idée que ce qui a fait triomphé Mr T c’est son authenticité. Dans un monde précisément en quête de cette valeur-là, ça se défend… Authentiquement scandaleux peut-être, mais authentique. Donc le sacre des territorialistes serait appuyé par la corruption des partis, nos propres renoncements, mais aussi par les arrangements avec l’autoritarisme que font nos dirigeants, notamment pour contenir le mouvement. Arrangement avec la Turquie pour contenir les migrants, avec la Syrie pour contenir les terroristes, pour ne citer que ceux-ci.

Et moi ? Moi j’ai regardé Trump Saison 1 sur TMC et je n’en dirai rien, voilà. Fidèle à la ligne, à la promesse du PG. L’optimisme vs la pollution. Quant au reportage Trump, mon nouveau président (« Pour comprendre comment Donald Trump a réussi à l’emporter, et comment ses partisans ont vécu les trois premiers mois de sa présidence, David Muntaner s’est rendu dans l’Amérique profonde, celle qui l’a élu« ) et bien je l’ai carrément effacer, sans même le visionner. Je ne veux plus me faire l’écho de tout ça, d’autres s’en chargent bien mieux que moi.

II. En simultané. Reax au Réseau et quête d’authenticité

75322571_147089402017 est marquée par La révolte des premiers de la classe aussi (Jean-Laurent Cassely, éditions Ardhé, collection vox, 182 pages).

« Le hipster pâtissier est aujourd’hui plus valorisé que le cadre sup’ de la Défense » (Le Monde, 17 juillet).

Génération en quête de sens. De faire du commerce (avec) un récit. De retourner à l’artisanat « et en même temps » de le poétiser et lui donner un récit. De mixer artisanat et poésie.

 

Mais sous d’autres latitude le localisme = une autre signification…

« Hong Kong, Génération rétrocession ». Ici le localisme ne se rapporte ni au trend nationalisme ni à l’écologisme. Il s’exprime contre l’État tout puissant. Pour la démocratie et l’identité mondialisée, pas contre la mondialisation. Le Mouvement des Parapluies vs Nuit Debout, même génération, autres revendications.

« A Hong Kong, une génération de jeunes gens politisés se mobilise pour préserver le statut particulier du territoire. Nés à la fin des années 1990, à l’époque de la rétrocession, ils ne se sentent ni Anglais, ni Chinois. Dénonçant l’autoritarisme croissant de Pékin, ils sont prêts à se battre pour imposer la démocratie face à ce qui est ressenti comme une volonté de domination d’un nouvel occupant« . (Alain Lewkowicz, 2017, 55′, Diffusion Arte, 4 juillet 2017). (Lien Hong Kong PC)

51 05.07.2017

Et moi pendant ce temps-là ? Et bien je lis sous les pins… A la recherche de clés pour réconcilier.

III. Lectures d’été

Je termine d’abord de lire Les Gens dans l’enveloppe dont je vous parlais en juin.

« Lorsqu’en 1976 s’ouvre le chantier de l’autoroute, Clerval vit un autre âge d’or. C’est l’époque où commence mon roman. Les  gens ont du travail, les filles se marient avec les ouvriers du chantier autoroutier, les familles ont un peu d’argent puisque s’est transmis, avec les héritages, le sens paysan de l’économie.

J’imagine des années jupes courtes, légèreté et belles voitures. Je me demande si Michel-« Serge » savait en profiter.

Peut-on dater le jour où la poussière est venue jusqu’à tout griser ? Comme la vieillesse vous tombe dessus un jour sans prévenir, tout a changé à Clerval. Le village qu’ils me racontent ressemble à un homme déclinant. Jadis vigoureux, il sent ses forces l’abandonner, il doute de lui, la tristesse le prend d’un coup.

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Aujourd’hui est un combat perdu d’avance. Les magasins ferment sans trouver de repreneur. Les gens vont au supermarché à quelques kilomètres. Les sous-traitants automobiles se sont multipliés, employeurs fragiles pour salariés précaires. Le kirsch vient de Pologne. De grosses entreprises se sont bien installées sur le territoire, avec leurs capitaux mondialisés – une fromagerie, qui collecte le lait 50 kilomètres à la ronde, et une usine de plasturgie. Au total près de 1 000 personnes travaillent à Clerval mais toutes ne trouvent pas à s’y loger puisqu’on n’a pas investi dans le logement. La mondialisation inquiète, dont on ne sait pas très bien si elle niche dans les capitaux étrangers et impalpables des actionnaires trop lointains, chez les quelques familles turques qui se sont installées ou dans ces prénoms, bizarres aux oreilles des anciens, apparus dans les faire-part de naissance, ces Lilas, Lilou ou Rosie-Lola. Certains finissent par se sentir perdus chez eux. Aux élections européennes de 2014, la liste du Front national est arrivée en tête, avec presque 40% des voix. Dans l’air flotte l’idée de l’effritement, un sable invisible qui enraye tout.«  (279-280)

Réactions et contre-réactions donc. Réactions à la mobilité. Réactions à la réactions à la mobilité. Tout est lié, tout le temps. Tout est constamment sur un fil.

Mais Réconciliation possible. Des deux côtés. Volonté perceptible dans le récit d’Isabelle Monnin. On sent dans ses Mots une profonde tendresse pour cette périphérie. Ce lieu fermé, c’est notre papa, notre grand-papa diminué dont on dit qu’il a tourné réac, cet être aimé qu’on n’a pas compris. Un lieu qui rejette le monde qu’on représente souvent par sentiment d’être lui-même rejeté par ce dernier. On l’avait déjà vu en juin, réconciliation possible avec les mots, avec les récits, etc. mais avec la tendresse et l’empathie surtout. Avec le coeur tout simplement.

Je lis « Le Pays qu’habitait Albert Einstein » aussi. Et comme avec Colette, je retrouve dans l’époque du génie plein d’analogies… Cette fois, le héros est un apatride et antinationaliste convaincu, amoureux du mouvement, en quête perpétuelle d’une formule d’unité. Qui cherche dans la science un remède pour triompher des aberrations de la politique.

Extraits

« Il en va des hommes comme il en va du vélo: c’est seulement quand on bouge qu’on peut confortablement maintenir son équilibre. » (12)

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« Comme j’aimerais qu’il existe un île peuplée uniquement d’hommes sages et de bonne volonté ! On m’y verrait devenir, moi aussi, un fervent patriote« . Et cette patrie, c’est à l’Hôtel Métropole qu’il la trouvera. Ca ne s’invente pas… Une patrie d’esprits scientifiques frères, avec laquelle il partage la joie de penser en toutes les langues. « Compatriotes d’un pays situé au-delà de l’histoire et de la géographie » (187) « C’est à Bruxelles, dans ce QG du cosmopolitisme scientifique naissant, qu’Einstein fit son entrée officielle et triomphale dans sa communauté de coeur ». (185). Un cosmopolitisme très vite ramené à la réalité, chacun de retour dans son pays où « aux antipodes de l’esprit qui venait de souffler à l’hôtel Métropole, la patrie n’était jamais que le sol, l’ancrage, les racines, l' »origine », irrémédiablement, définitivement. » (188)

L’esprit libre et le dictateur. « (…) l’univers étant en expansion continuelle, il deviendrait un jour trop grand pour un dictateur (…). Malheureusement, sur Terre, les nations n’ont pas les dimensions requises (…) : nulle n’est protégée, par la seule étendue de son territoire, contre la violence qu’un pouvoir tenterait de lui imposer. L’Allemagne était en passe d’en devenir la meilleure preuve. Einstein et Hitler étaient deux hommes radicalement incompatibles, appartenant à deux galaxies antipodiques. Dès que le second accéda au pouvoir, le premier décida de renoncer pour la seconde fois à la nationalité allemande. La patrie d’Einstein, si elle existe, ne saurait être qu’une terre de liberté. » (214)

Albert Einstein l’exilé. Accusé « d’intellectualisme culturel, de trahison intellectuelle et de débauche pacifiste ». » (216) et d’anti-patriotisme « au motif qu’il avait choisi un paquebot belge plutôt qu’allemand » (204). Il traversera l’Atlantique parmi les « migrants, pauvres et riches venus des quatre coins de l’Europe pour rallier le Nouveau Monde » (204). Il s’installera définitivement aux États-Unis, devenant « un réfugié dans une nation de réfugiés. » (228). Etienne Klein, sur les traces du génie, visitant le musée de la Red Star Line ne peut s’empêcher d’y voir une analogie avec aujourd’hui. « Me frappa la ressemblance de ces femmes et ces hommes avec les réfugiés syriens, libyens ou afghans qui fuient aujourd’hui la misère, les guerres et les persécutions. Tous ces êtres au bord du monde… Le temps a beau s’écouler irréversiblement, l’histoire s’évertue à repasser certains plats. » (204)

La quête scientifique de sa vie : la recherche d’une théorie unifiée. « L’unité correspond à une nostalgie tenace, à un appétit d’absolu, à une impatience ontologique que la diversité en apparence irréductible du monde semble toujours contredire. » (206). Quête vaine aux yeux de ceux pour qui « l’homme ne pouvait rassembler ce que la main de Dieu a dispersé. » (208)

Chapitre 19. The No Land’s Man.

« Je suis véritablement un « voyageur solitaire », et je ne me suis jamais senti pleinement chez moi, ni dans mon pays, ni dans mon foyer, ni avec mes amis, ni même dans ma famille proche. » Albert Einstein.

Invariance des lieux. Tout lieu étant égal par ailleurs. « Il semble que l’identification d’une personne à une région de l’espace-temps ne veuille pas s’user : tout homme serait d’abord d’un pays, d’un « endroit dans le temps » pour parler comme Charles Péguy, « où tenir sa place, où habiter pour vivre, en sa finitude, une vie d’homme en chair et en âme. Albert Einstein en fut un contre-exemple. Il incarna même une sorte de « génie du non-lieu« . (229) Sous adresse, il inscrivait « Aucune ». Pour lui, « L’endroit où l’on s’installe, ce n’est pas important. En tant que parfait déraciné (…). L’idéal, pour un homme comme moi, est d’être chez soi n’importe où » (230). La géographie fut le cadet de ses soucis « Les coordonnées n’ont pas de sens physique, tous les systèmes de repérage dans l’espace-temps sont équivalents. » Pratiquant un « genre de travail qui peut se faire n’importe où » (232) , « ce qui avait lieu dans son esprit était beaucoup plus important à ses yeux que les coordonnées du lieu où il se trouvait être. » (231). Alors qu’Etienne Klein va précisément à la rencontre des idées du génie dans des lieux bien déterminés, a contrario Einstein ne précise jamais le lieu où lui est venue telle idée, « Comme si elles avaient glissé avec lui dans l’espace-temps, sans s’être laissé marquer par les paysages ou l’environnement, (…) comme si le monde était agéographique. » (232)

« Einstein ne fut l’homme d’aucun pays, ni d’aucune nation. A n’en pas douter, la notion « d’identité nationale », sous les feux de tant d’attentions, l’aurait agacé. » (…) Pour cet homme citoyen du monde, de l’univers même, le nationalisme était la « pestilence des pestilences » (…) Dans un monde agéographique, on n’est d’aucun pays. Pourtant Einstein fut d’un pays, celui de l’imagination. » Un pays inassignable. » (232-233)

Einstein, en gros, le premier transnationaliste extrémiste hi hi. Mais un parti-pris qui nous forcer à re-penser notre rapport aux lieux.

Je lis « Zinc » enfin, récit d’un drôle de territoire ayant changé XXX fois de nationalité. Moresnet-Neutre, « premier État au monde à adopter l’espéranto pour langue officielle« , Moresnet-Neutre et son « point des quatre pays », Moresnet lieu tampon tout désigné, au carrefour des liaisons ferroviaires transcontinentales, à la jonction de trois domaines linguistiques. Moresnet pas si neutre et ses habitants ballotés avec hébétement entre les nationalismes environnants…

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« Et le voilà, Emil, au milieu de soldats allemands et d’anciens nazis, lui qui a donné à son fils le prénom du roi des Belges, et dont la femme a refusé le Mutterkreuz. Le voilà, lui, l’homme qui a participé à l’occupation de l’Allemagne sous l’uniforme belge et à celle de la Belgique sous l’uniforme allemand, lui, l’enfant adultérin, l’homme dont l’identité, tel un bloc de minerai de zinc, a été fondue et refondue si souvent qu’il en est résulté détachement et résignation. » (65)

IV. Réconciliations

Je lis donc. Et me gave de tout ce qui sonne « réconciliation ». Docu, actu, films, …. Parce qu’il n’y a pas que les voix des gens de l’enveloppe qu’il est urgent d’écouter pour se réconcilier… Pour coller à la volonté du PG, je choisis de me plonger dans des productions de tous les partis.

Je vais au cinéma voir le documentaire encensé à Cannes « Visages, Villages« . Projet conjoint de la cinéaste Agnès Varda et son nouvel ami le photographe JR. Un Voyage dans les villages pour poétiser, a-politiser les périphéries. Louable projet. Dommage qu’il soit mal exploité, que le documentaire fasse trop de place à la rencontre des deux artistes. On reste sur sa faim. Pour le coup, bien qu’il colle à l’intention du PG, l’hybridité des deux récits – mise en lumière d’une rencontre artistique et mise en lumière des périphéries – ne fonctionne pas. Trop d’égos, pas assez de voix.  Récits qui n’ont rien à voir. Enchaînés, mais pas fondus-enchaînés.

Je regarde le film « Les Héritiers« , et cette rencontre me fait pleurer. Pas d’angélisme, cadre posé, radicalisation des communautés. A l’intérieur de cette réalité-même, une possibilité…

Le 11 juillet, je regarde les imams marcher contre le terrorisme, et ce mouvement me fait du bien.

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Je m’astreins également à quelques spécimens cinématographique pile dans l’air du temps, le  trend du retour aux cultures régionales, à la nature, à l’authenticité. Je pars donc en Provence avec « Avis de Mistral« et tente de m’intégrer dans « Un Village presque parfait » aussi, en tentant de faire abstraction de son raz de marée de clichés.

Enfin je mixe les Routes de la migration et le village et enchaînant le film Hope de Boris Lojkine, et le documentaire Un Paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella. Le premier, une fiction, conte l’errance de Leonard le Camerounais et de Hope la Nigériane pour atteindre l‘Europe promise. Au menu : les différentes étapes, la découverte des terrifiants « Chairmen », le racisme intercommunautaire, un peu de répit, de la violence, la fin/faim qui justifient les moyens. Le deuxième conte l’histoire du petit village italien Riace, terre d’exil et d’accueil calabraise, terrorisée non par les passeurs cette fois-ci mais par la mafia. Au menu : le départ mis en perspective avec les arrivées, une ambiance pré-électorale dont le résultat pourrait signer le glas du programme d’intégration-réhabilitation, des migrants vus non comme des dangers mais des alliés dans la lutte contre un ennemi plus grand. Riace ou l’histoire de deux « périphéries », deux oubliés de la mondialisation, qui s’unissent pour renaître.

Après avoir visionné Hope et Un Paese di Calabria, je me dis que s’il y avait plus de Riace, Leonard et Hope n’auraient pas eu à subir toute cette souffrance… On n’arrêtera pas le mouvement, mais la criminalisation de ce dernier a donné naissance à un large réseau transnational criminel, une économie de la mobilité criminelle organisée… qu’on peut opposer aux grandes migrations transatlantiques du 19ème, encadrées, organisées, villes-étapes contrôlées.

Et après après avoir visionné Un Paese di Calabria et Un Village presque parfait, j’ai mixé les deux et imaginé les villages du futur : des locaux, des réfugiés du territoire et de l’exode urbain, familles bobos exilées volontaires en quête de sens et d’espace pour la famille et pour le potager qui exporte la permaculture et la dynamique de la ville. Nouvelle dynamique ? Nouvelle poétique ? (Conclu PC)

L’été

24 29.03.2017L’été, la saison des amours. Et les couples cosmos se multiplient autour de moi. Mica présente son amoureux palestinien à trois couples d’amis dans la même situation. Couple Suisse-Vénézuélienne mariés et installés à Genève, parents d’un petit garçon, couple Turco-Suisse et Italienne fiancés et installés à Berlin, couple Suissesse-Brésilien mariés et installés à Genève, attendant leur deuxième enfant. Quant à ma soeur, elle s’apprête à convoler avec un Français toulousain installé depuis quelques années à Paris et qui s’apprête à émigrer dans un petit village lacustre helvétique. C’est précisément ça qu’il veut, la nature, de la simplicité, une atmosphère de petite communauté… En voilà un qui idéalise la vie de village… Dans celui-ci j’y ai moi-même vécu… Mais il a l’air décidé à tout faire pour s’intégrer, alors ainsi-soit-il.

L’été, la saison de l’évasion, pour les docus du moins. Règle à laquelle les 66 minutes Grand Format ne dérogent pas. Chaque épisode est  l’occasion de suivre une communauté française expatriée dans un coin du monde. Ce 23 juillet, rencontre avec les Français de Tel Aviv, l’occasion de visiter l’endroit où Mica a rencontré son amoureux palestinien. S’agissant de la France l’exil israélien a surtout le vent en poupe chez les bi-culturels franco-juifs ces derniers temps. Mais il semblerait qu’on ne tienne plus en place dans l’hexagone. Bordeaux est notamment prise d’assaut par l’exode urbain. Bordeaux à la croisée entre la région authentique et la cité dynamique. Combo gagnant de l’époque néo-post-moderne. Une invasion citadine bien facilitée par une France qui rétrécit encore cet été avec l’inauguration de deux nouvelles lignes de TGV.

L’été, la saison de l’invasion aussi. Le trend cette année ? Les contrées « exotiques » accusées d’avoir perdu leur authenticité sont boudées. Peur de l’islam, du terrorisme, du virus zica. Ruée vers l’Islande. Et appel à l’aide de la Tunisie. Une solution pour le tourisme tunisien ? Etre moins offshore, + incluant. Surfer sur le trend authenticité et immersion culturelle.

Trend anti-touristes aussi. Et triste actualité simultanée… Tandis que se prépare à San Sebastian une grande marche anti-touristes, mouvement qui touche toute l’Espagne, le 17 août la saturée Barcelone est touchée par une attaque terroriste de grande ampleur. Plus besoin de marcher pour faire fuir les intrus… D’autres déjà lorgnent sur la cité… dans leur revendication, l’EI, évoquant la période Al Andalous, proclame que Barcelone fait partie du Califat…

L’été, l’heure des séries sur le mouvement. Cet été la RTS, chaîne nationale suisse propose un triptyque : Bonjour la Suisse (qui propose une vision périmée de l’intégration en mode ère néo-post-modernité, avec des migrants qui doivent jouer le jeu de l’intégration organisée et étatique. Une reprise en main politique et des sourires qui sonnent faux), Des Suisses à New York (14 000 Suisses sont installés dans la Ville-Monde) et Bye Bye la Suisse (en 2016, + de 30 000 Suisses ont quitté le pays). En dépit d’un ton légèrement soporifique et un manque certain d’intrigues, regarder ces séries permet de se rappeler que le mouvement ça va ça vient, qu’on a des Invasions dans toutes les directions !!! (lien chapitre PC).

C’est l’été, moment de célébration dans ma cité de Calvin. Une célébration, si j’écoute le discours de ma cheffe Genevoise de souche sur les Fêtes de Genève, qui serait boudée par les locaux et réservée aux touristes. Un snobisme, un communautarisme revendiqué exactement aux antipodes de mon projet de confusion des mondes. Du coup moi, le 12 août, aux Fêtes, j’y fais fisa, me mêler avec un bonheur non dissimulé aux touristes justement… Suspension du quotidien, occasion de mélanger une période d’immobilité avec le mouvement… des autres. Bouger par procuration sans bouger. Se rencontrer. S’offrir une respiration. Un instant d’évasion. Vive ma cité ! (VIDEOS)

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Mouvements. Successions de flashes made from everywhere sous l'Horloge fleurie.

Retour du Réseau –> Hybridation T-R & perte de repères…

20 juillet. Sortie des chiffres de l’immigration en Suisse, qui n’ont jamais été aussi bas depuis 2010. Et débats à se tordre de rire. Particulièrement en les mettant en miroir avec ceux qui précédèrent l’initiative de 2014 « contre l’immigration de masse ». Nulle réjouissance, encore de l’anxiété. Et des interrogations : pourquoi la Suisse a perdu son attrait, la Suisse va-t-elle mal, risque de pénurie de main d’oeuvre qualifiée, etc. des peurs, encore des peurs.. Euh, non, juste une question d’offre et de demande, comme je l’avais écrit au moment des débats pré-9 Février. La panique vs … la panique. Faudrait savoir à la fin ! C’est vraiment surréaliste, jamais contents

Y’en a un qui sait ce qu’il veut au moins, et qui propose une vision et un discours cohérents.

  • 7 juillet. Appel d’Emmanuel Macron pour attirer des chercheurs internationaux.
  • 26 juillet. Mesures d’Emmanuel Macron en faveur du tourisme. A contre-courant du trend anti-mouvement ambiant, facilitation des visas en faveur de dix pays.
  • 27 juillet Annonce mesures Emmanuel Macron concernant les migrants.

Et l’ouverture ca peut payer

Mais le combat est loin d’être gagné… les préoccupations populistes loin d’avoir émigré…

54 25.07.2017

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Toujours la même chanson… Ouverture et réactions. Fermeture et réactions. Exemples

Le 1er août Genève organise une Fête nationale conjointe avec le Bénin... Esprit d’ouverture et communion majoritairement salués. Mais vitupérante  réaction du parti populiste Mouvement Citoyen Genevois et pétition lancée dans la foulée. « Deux visions distinctes. La question oppose deux conceptions sociétales. D’un côté, celle d’une ville structurellement multiculturelle et ouverte sur le monde. De l’autre, des citoyens patriotes, identitaires et centrés sur leur culture. » (lien)

Le 25 août, pour protester contre la xénophobie, un supermarché de Hambourg, Edeka, vide ses rayons des produits étrangers…

"C’est si vide une étagère sans étrangers"
« C’est si vide une étagère sans étrangers »

A la même période, nos trois fast-foods chinois ferment à Genève, faute de permis pour ses cuisiniers… why now ? contexte favorable.

Mike Wong a fermé…

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« Certainement vous avez appris par la presse que vos Mike Wong à Genève sont fermés. La seule et unique raison de cette fermeture est que le PCTN (police de commerce et travail au noir) n’est pas entrée en matière pour la candidature de notre administratrice au poste d’exploitante, (…) Il est inadmissible que le PCTN s’arroge le droit de choisir la personne qui dirige une entreprise privée, (…) Ils accusent et condamnent Mme Turtschi, par avance de servir de prête-nom, elle, qui est déjà administratrice et propriétaire de la société. Les autorités n’ont aucun état d’âme sur le fait d’envoyer plus de 60 personnes au chômage uniquement pour raison de formalités. Nous avons toujours employés certains cuisiniers sans autorisation de travail parce que nous n’en trouvions pas, ni en Suisse, ni dans la zone frontalière. Ces cuisiniers étaient payés dans le mêmes conditions que ceux avec autorisation, y compris charges sociales et impôts. Toute l’administration, inspecteurs et syndicats étaient au courant. Certes, il y a toujours des gens qui disent que n’importe qui peut faire la  cuisine asiatique, si tel était le cas, nous ne courrions pas le risque d’employer des gens au gris.( et pas au noir ) À un moment donné nous avons voulu prendre des apprentis cuisiniers mais ça n’existe pas pour la cuisine asiatique. Nous avons également pris à l’essai des cuisiniers européen mais ils ont tous rapidement abandonné. Il est important de noter que ces cuisiniers sans autorisation travaillent chez nous depuis 10-15 ans, ils ont leur famille, leur enfants à Genève. Ils méritent de sortir de la clandestinité, ce qui est possible maintenant, grâce à Monsieur Maudet, dans le cadre de l’opération papyrus. Mais la légalisation ne se fait pas en deux jours et peut seulement se faire si les personnes concernées ont un travail. D’où l’importance de garder notre société en vie. Il se peut que nous fassions une manifestation pour montrer au public et aux autorités à quel point c’est important de maintenir à flot une société saine avec autant d’employés. ». (lien)

Heureusement pour Chloë, elle est née à Genève ;-)… Le localisme, c’est chic.

Bref, le Territoire et le Réseau vivent encore une cohabitation tendue…. Et surtout ce monde-là est quand même bien ancré…

55 23.07.2017

Des « chasseurs de migrants » ou la xénophobie sans limite de Mr Orban.

De Sang et de Lumière

« Je viens de terres brumeuses Qui sentent l’odeur chaude des siècles, La teinture et le houblon. Je viens de terres que je ne connais pas, (…) Le Nord industrieux, (…) Le Nord qui sent la poudre aussi, Champ de bataille depuis des siècles. (…) Terres d’assaut, de fuites, (…) Je viens d’un jeune homme qui comptait les jours qui le séparaient (…) de ces terres du Nord qu’il avait peur d’oublier. Je viens d’un monde qui n’existe plus. (…) C’est le petit peuple de Chaumont, (…) Les enfants sont partout, ils poussent comme des champignons. (…) Et (…), en plus de la misère, (…) Il y a la guerre. (…) Il faut partir. L’exode, sur les routes de France. (…) 9782330075927

L’Europe est née là, De ces ruines que l’on a voulu un jour transformer en projet. (…) Je viens de ce vieil abattoir que fut notre continent, Jusqu’au jour où ce mot fut prononcé : Europe, (…) Avons-nous oublié ? Je viens de ces terres qui savent de quoi l’Europe les a sauvés. (…) L’Europe pour en finir avec un patriotisme aux mains rouges. (…) L’Europe Qui, aujourd’hui, a des airs de vieille dame frileuse. Chacun fait ses comptes, Chacun se demande s’il y aurait moyen d’avoir un rabais, Payer moins que celui d’à côté. On veut bien ouvrir ses frontières si cela fait rentrer l’argent, Mais à tout prix les fermer devant les réfugiés. L’Europe sans joie, sans élan, sans projet Comme un bâtiment vide. L’Europe, Et ma génération qui la croyait acquise Sera peut-être celle qui l’enterrera.

Je viens de terres où je suis étranger, De terres où je ne suis pas né, Dont je ne parle pas la langue, Et qui sont miennes, Pourtant, Parce qu’aimées.

Je suis né d’un regard posé sur la Méditerranée, Cette mer déchirée, Qui fit toujours commerce (…) De tout. Et les mélanges, (…) Les miracles dans le mariage des formes, (…) J’ai ses lumières en moi. (…) Je ne peux pas imaginer qu’il n’en reste rien. (…) J’ai dans les yeux ce Sud Que je n’ai plus jamais cessé d’aimer, de contempler, Ce Sud qui m’est étranger Et m’enivre. (…) la rue vit à pleines dents. (…) Le Sud, Où tout se chevauche, (…) Tout est là, depuis toujours, l’argent, La rivalité, (…) L’hospitalité, (…)

L’Europe et la Méditerranée. Les deux saignent, hésitent et tremblent. Je viens d’un combat permanent, De sang et de lumière. Le monde entier regarde l’Europe avec envie, Elle seule ignore qu’elle est riche Et s’enferme, peureuse, Avec des hésitations de vieille égarée. La Méditerranée a visage de cimetière. Chaque jour on meurt en tentant de la traverser. Depuis des siècles, Chaque pays a connu ses réfugiés. Grecs, Turcs, Algériens, Siciliens, Pieds-noirs,Ceux qui fuyaient l’Andalousie d’Isabelle la Catholique, Ceux qui partaient en Israël, Les Libanais, Je viens de cette foule pressée par l’Histoire, (…) Je suis fils de blessures, de contractions Mais de la vigne et de l’olivier. Nous sommes vieux comme le monde, Héritiers de villes rasées, de peuples en mouvement, Du désir fou de bâtir pour l’éternité, D’offrir des temples, des statues, à ceux qui nous suivront.

Nous sommes les fils de l’incendie. Et notre devoir est de contenir les flammes Chaque fois, le même combat renouvelé, Les contenir, Pour qu’elles rayonnent Plutôt que de tout brûler. »

Terres du Nord, guerres, Europe, économie en mouvement, Méditerranée, tout est lié. Rencontre du Projet Glocal et du Projet Méditerranée.

Oui, rencontre possible entre les terres abandonnées et les hommes en mouvement qui fuient le trop dur et le trop plein. Ré-équilibrage tout trouvé. Alors pourquoi pas cohabiter ? Migrants, touristes, réfugiés… Sinon, on continuera à voir des Hope et entendre les pleurs déchirants d’une Golshifte Faahradi, actrice franco-iranienne qui se confiant sur  l’impossibilité d’avoir à nouveau des racines et de la solution qu’elle a opté : des ailes le + larges possibles, fut prise d’émotion à la radio (émission Vertigo, La Première, 9 août 2017).

Oui il devient urgent de cohabiter. Et en visionnant On the Milky Road, le fantasque dernier opus du réalisateur serbe Emir Kusturica, je m’interroge. Peut-être que le peuple occidental désirera bientôt le combat. Car à les observer, nos sociétés hyper-policées ont des airs de cocottes prêtes à exploser ! Ils n’en peuvent plus d’être aussi raisonnables et formatés. Raison, aseptisation, principe de précaution… Une impression amplifiée par mon immersion dans cette « gated community » entièrement piétonne où j’observe ces jeunes enfants alémaniques faire du vélo tout équipés, casque compris… Si petits et déjà si interdits ! Besoin de folie, de poésie, allez-y les gars, lâchez-vous, ça peut aider. L’homme est fait de pulsions, assumons. Pulsion de vie comme remède tout désigné à la  pulsion de haine.

Une réflexion qui s’inscrit dans un contexte de foisonnement d’émissions, de films et de livres qui traitent de la  période 1914-1945. Mises en garde, prévention. Mais aussi accent sur une des clés du basculement : le besoin de dépassement, d’émotions, de se sentir vivant… Dans cette veine, ce mois d’août France Culture proposait une série consacrée à l’intellectuelle juive-allemande Hannah Arendt, qui avec ses amis intellectuels ont formé un peuple de l’exil. A travers la vie d’Hannah Arendt, la série aborde la guerre, l’exil, la création, l’amitié, le besoin des hommes de faire la guerre, la force de la vie d’exilés…738_043_dpa-pa_1451_38577339

Bref, il devient urgent de retrouver goût à la cohabitation, si on veut pas finir à cohabiter avec des robots… J’ai vu un reportage (Magazine Temps Présent, RTS, 17.08.2017) sur la misère sexuelle et la chute de la reproduction au Japon. Dans un pays allergique aux mélanges, aux mouvements, un pays aux règles sociales figées, les poupées gonflables remplacent les femmes et les robots les travailleurs qu’on se refuse à importer… Mais rien ne remplace les sens, et c’est un expatrié français qui vient au secours des Nippons en créant délibérément des couples mixtes. Vous voyez, la mixité c’est toujours la solution. Et bien plus sexy que des robots !

Fin août. Réseau, défaite par K.O 😦

Le duel Territoire-Réseau, Un duel qui ne fait que commencer… Il faudra encore patienter avant la victoire de la happy cohabitation, car le territorialisme est décidément bien ancré…

Ainsi la fin de l’été est marquée par l’émergence de nouveaux réfugiés huntingtoniens… Durcissement du nationalisme bouddhiste en Birmanie, chasse des musulmans Rohingyas et nouveau point chaud à ajouter à la carte géopolitique des replis nationalistes/identitaires/religieux… Un trend qui ne connaît ni religion ni lieu et dépasse pour le coup toutes les divisions.

Nationalisme chrétien aux USA, en France ou ailleurs, orthodoxe en Russie, musulman en Turquie, bouddhiste à Myanmar, hindou en Inde, … Et des événements birmans qui peuvent se lire à la lumière d’un documentaire sorti à point nommé, Le Vénérable W du réalisateur Barbet Schroeder. Un docu choc qui pour le coup casse les clichés du bouddhiste serein et tolérant et de l’intégriste musulman portant l’épée dans le sang… La division n’est pas l’islam contre le reste du monde, elle est d’un autre ordre, s’il est encore utile de le répéter. Le repli huntingtonien ne connaît aucune frontière, aucune nationalité, aucune religion. Le huntingtonisme est transnational et transreligieux… En attendant, 600 000 Rohingas ont trouvé refuge au Bangladesh musulman voisin, participant ainsi à la démulticulturalisation d’une nouvelle nation. Après la fuite des chrétiens d’Orient, l’alya des Juifs de France, la tentation du califat, etc. A mesure que les nations se démobilisent, les citoyens se meuvent pour rejoindre leurs semblables. (LIEN PC)

Et si vous avez l’âme assez bien accrochée pour voir Le Vénérable W, repassez-vous Gandhi simultanément pour vous consoler… ou vous souvenir de l’existence d’une possibilité… Que reste-t-il de Gandhi et de sa grève de la faim pro-réconciliation Hindous/Musulmans à l’heure des terroristes et du nationalisme hindou ? tout résonne, tout le temps…

EPILOGUE. Du Mouvement, Deux Maisons & un Récit

Tout en recopiant le poème de Laurent Gaudé, je repensais à Ella Maillart et au documentaire sur ses voyages désormais qualifiés d’extraordinaires et je me disais que décidément, tout résonnait cet été. Peut-être que si Emmanuel Macron n’avait pas été élu, aurais-je moi aussi comme Ella en son temps fui l’Europe pour l’Est. Partie lier le Projet Glocal et le Projet Méditerranée. Relier le Passé et le présent. Ella a raison, il faut revenir construire là d’où l’on vient,… si l’on peut. Mais fuir ce « là » lorsque c’est une nécessité.

Mais avant la fuite, il faut déjà épuiser toutes les possibilités. Et la création d’un Récit en est une. Même le développement durable en a eu besoin. Oui, on a toujours besoin d’idéologies et de Récits, besoin d’un récit même pour justifier le bon sens, appuyer et nourrir l’évidence. Les récits et leur puissance. Il y a les récits qui nourrissent les convictions des bios et ceux qui inspirent les nationalistes. Alors soit, prenons exemple, inventons, glamourisons et martelons le grand Récit du Métissage. Et surtout, POÉTISONS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Gazette Juin 2017

 

Au Sommaire de cette Gazette : Emmanuel Macron ou le temps de l’Hybridation, l’entame d’un savoureux duel entre Territoire et Réseau, des Vignes, des Couch Surfers, des lectures sous les pins, des Racines & des Ailes, le Label hybride du mois, des tips pro-Réconciliation et les traditionnelles Brèves du Territoire.

A lire en filigrane : « Errance en enclave »

Le Retour du Réseau

Que de rebondissements !!! Dans le monde néo-post-moderne du « retour », on le croyait perdu… épidémie de la maladie du siècle, j’ai nommé la Nostalgie, historique ou géographique… certains pleurant leurs racines, d’autres leur passé. Retour en force du Territoire avec les victoires des nationalistes. Enfin coups fatals portés par les extra-territorialistes terroristes.

Mais voilà qu’en mai, au moment où on n’y croyait plus, avec le sacre du mondialiste Emmanuel Macron le Réseau a marqué son flamboyant retour sur le devant de la scène 🙂 Et maintenant ? Et maintenant, le temps de réconciliation, de l’hybridation, du « En même temps » a sonné, l’ère de la cohabitation a commencé. Cohabitation à tous les niveaux (Lien Intro PC). Entre nos désirs d’ancrage et de mobilité, entre les communautés, nos identités, entre le Territoire et le Réseau. Et ça se compose comment ? Le Bazar c’est sûr et un duel Réseau-Territoire qui promet d’être savoureux.

Allez, on accroche son pacemaker et on apprécie la démonstration. Je vous ai prévenu, le PG c’est la réconciliation, alors retroussons-nous les manches, et savourons les mélanges ! La Gazette de juin sera anglée ainsi, tout s’y mélange et … tout se fond !

Duel Réseau-Territoire

Ca commence fort. Le 2 juin Mr. T annonce qu’il sort des accords de Paris… Droit dans son nationalisme. Au slogan « Make Amerika great again » Emmanuel Macron oppose un « Make World great again« . Réseau 1 – Territoire 0.

Du « Casse-tête chinois » aux vignes…

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Après être passé de « L’Auberge espagnole » à « Europe she loves » et de la Sibérie aux chemins noirs, le trend retour-nostalgie se poursuit. Pour le coup, c’est Le réalisateur des ambiances urbaines lui-même, le réalisateur qui nous a fait aimer la mondialisation et sauter dans des avions, j’ai nommé Cédric Klapish, qui se détourne de la Ville-Monde et signe un retour fracassant dans le terroir.

 

(Couch) surfer du réseau – Réfugié du territoire

Mais la communauté post-moderne de « l’Auberge espagnole » n’a pas dit son dernier mot. Loin s’en faut. Illustration avec Yousef, qui se fait appelé « Michael » sur les réseaux sociaux, un opposant politique iranien qui a pu fuir son pays et obtenu son statut de réfugié et un permis de séjour grâce à la communauté mondiale des Couch Surfers… Problème, il a obtenu asile dans un autre Territoire, la Suisse, où le voilà assigné à un seul canton, Berne, celui où il a été admis. Réduit aussi à devoir se trouver une nouvelle famille, car l’Iran c’est fini pour lui. Pourtant il l’aime son pays, dont il me raconte l’immense diversité. Il l’aime aussi sa famille. Mais sa maman, désormais, il se contentera de la croiser à Istanbul. Mais Yousef ne se laisse pas abattre, la famille c’est le monde, ce sont les gens comme lui. Ce soir-là je n’ai certainement pas dîner avec un réfugié, mais un mec plein d’énergie, qui veut réussir, pour autant que notre monde accepte encore des héros, des courageux.

Lectures d’été

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Sinon en ce mois de juin j’ai beaucoup lu sous les pins… et dans mes lectures de l’été, j’ai découvert que notre duel racines-mobilité ne date pas d’aujourd’hui. L’époque foisonne d’histoires de la PGM, de l’entre-deux-guerres, de la DGM. Par peur et par mise en garde. Mais en y regardant de plus près, on n’a rien inventé. Entre leur époque et la nôtre, beaucoup d’analogies. « Colette et les siennes » aussi ont été rattrapées par la nostalgie et l’appartenance à la terre. « Entre Mariette et Claudine, la ressemblance saute aux yeux, de même que frappe l’évocation nostalgique de la province, à la fois aimée et oppressante, qui condamne au premier regard et se montre si peu indulgente aux moeurs quand elles sont différentes. » (85). Elles aussi naviguaient entre leurs provinces et la Ville-Monde. Colette se choisit du reste un mari qui tient tout autant qu’elle « à son enracinement provincial » (60). Un mari qui possède un fief en Corrèze où il « a passé son enfance et revient y séjourner autant que sa vie trépidante le lui en laisse le loisir » (60).. ou le principe des Deux Maisons résumé dans cette seule phrase. Solution des Deux Maisons pour lequel Colette et les siennes vont toutes opter. Chacune son terroir et ensemble à Paris, lieu confluence des régions, et bientôt du Monde. En fait non, c’est carrément pour le tryptique qu’elles vont opter : Paris, une région et la mobilité. « Ces femmes libres, ou luttant pour l’être, qui n’hésitent pas à voyager et mènent leur existence avec fougue, ont chacune le désir de se rattacher à un paysage solide, à une maison fidèle, dont la porte reste ouverte sur le monde extérieur. » (388). Elles aussi dans une époque où le patriotisme triomphait. Un patriotisme qui conduira à la guerre, un patriotisme guerrier qui les taxera de traîtresses. « L’Action française et La Libre Parole (tu m’en diras tant), lancées dans une campagne contre ce pacifisme susceptible de menacer l’honneur du drapeau national, dénigrent avec violence tout ce qui pourrait porter atteinte à leur idéal farouchement nationaliste. Dans ce mouvement, soutenu par des idées de revanche et de haine anti-boche, les deux organes s’en prennent vigoureusement à Annie de Pène, visant à travers elle la tête même du journal qui la publie, Gustave Téry. Ils l’accusent de vouloir affaiblir le moral des familles françaises et de faire ainsi le jeu de l’Allemagne. En somme, de trahir la patrie. » (273-274).

Dommage cette ambiance de repli. Car ni Youssef ni Colette et ses amies ne sont des traitres à leurs patries. Ils ont juste cherché leur équilibre et choisi l’Hybridité. Mouvement et conciliation des Deux Maisons… pour autant qu’on le leur permette, en commençant par bannir les mots « fuite » et « traîtres »…

En nous forçant à choisir, on nous plonge dans la nostalgie. On se ferme. Alors que le remède pour une bonne santé identitaire est aisé : le cheminement passe par la géographie. Il faut oublier le duel, ouvrir les vannes si on veut des hommes construits. Et les artistes nous le disent aussi aujourd’hui. Edouard Louis le dit, il a fui son Nord pour « En finir avec Eddy Bellegueule« , fuite qui lui a permis d’exorciser et se réconcilier. Monica Bellucci aussi a fui la circonscription mais invoque ses racines. Et à chaque fois que j’allume la radio j’entends de tels récits. Fuite encore des Gens de l’Enveloppe dans un roman que je viens d’entamer. Fuite partout fuite toujours.

Les Bâtards du mois

Andreas Altmann, Parisien d’adoption, découvert dans l’émission Métropolis sur Arte. Cet auteur le clame franco, il ne veut pas « s’assimiler », devenir autre. Il le revendique « Je veux rester un étranger ». Ce qui évidemment n’empêche pas de s’intégrer. On peut le retrouver ici.

Abderrahmane Sissako c’est le « cinéaste aux semelles de vent« , pour qui le monde est fait de rencontres. Il prépare un film sur la rencontre de la Chine et de l’Afrique. En s’intéressant à la fois à l’immigration africaine à Canton et aux Chinatowns en Afrique.

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Des Ailes &… des Racines

Comme on l’a vu avec Colette, flotter dans les airs n’est jamais suffisant. Comme on l’a vu avec Sylvain Tesson ou Cédric Klapisch, le parcours initiatique géographique se complète avec un retour à la maison et une composition de nos mobilités et de nos ancrages.

C’est ce que je tente de faire depuis ce printemps… mais voilà mon « retour en enclave » communautaire pas tout à fait à la maison pour l’instant est un fiasco. J’ai bien besoin de me consoler de cette expérience d’exclusion sociale, alors Les Voyages extraordinaires d’Ella Maillart voilà pile ce qu’il me faut. 

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Et Ella Maillart la nomade confirme mon intuition. Je retiendrai deux choses de ce documentaire. Avant la DGM et son long séjour en Inde, Ella Maillart cherchait les différences. Ensuite, elle s’est employée à chercher les ressemblances. En Inde, elle a compris que si on a un destin, il faut l’accomplir là d’où l’on vient, et elle est rentrée. Du reste, si elle n’a jamais perdu le goût du mouvement, elle va définitivement s’ancrer à Chandolin, sa Maison Ancrage d’élection. Parce que cette dernière n’est pas nécessairement celle d’où l’on vient…

Alors, Remède (à la mélancolie) ? Les Deux Maisons (lien PC TRANSNATIONALISME) je vous dis !!!!! Il faut partir pour construire, revenir, construire, apporter une nouvelle énergie ! Il faut ouvrir les vannes et encourager les circulations !!!! Il faut de l’Hybridité !!!

Le Label Hybride du mois

La Bretagne et son label « Made in Bretagne ». La Bretagne, une région à l’identité forte « Et en même temps » tournée vers l’extérieur. Son slogan ? Entreprendre, exporter, voter progressiste. La Bretagne où j’ai d’ailleurs compris grâce à la marée qu’on n’arrêterait pas le mouvement (LIEN PC)…

Et de la marée au Raz de Marée…. 11 juin. Les élections législatives françaises offrent une confortable assise au parti La République en Marche du nouveau président Emmanuel Macron.

Le Label Hybride, c’est décidément ma génération. Ca se confirme encore fin juin au ciné avec le documentaire suisse Bounty – Noir dehors, blanc dedans ? Qui traite de l’identité hybride d’une génération à la fois « Noir et Suisse : depuis quelques années, on assiste à l’émergence d’une génération combinant tant bien que mal ces deux identités. A travers le quotidien de cinq personnages aux profils très différents, une culture hybride se dévoile« . (Lien)

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Réconciliation. Question de ton, de vision

Mais voilà, les identités hybrides et la multiplication des maisons ne suffiront encore pas à asseoir la réconciliation. Manque un ingrédient essentiel, le ton, la vision…

14 juin. « Révélations » du Canard Enchaîné sur le Gouvernement Macron. Jusqu’à quel point la tyrannie de la transparence doit primer sur le principe de responsabilité  quelques semaines seulement après être passés à côté d’un possible basculement du monde ? Vous vous rêvez en héros du scoop, laissez-nous cette respiration tant méritée. Sinon dans cinq ans, faudra pas venir pleurer…

Le journaliste Jean-Baptiste Malet sort son enquête « L’empire de l’or rouge« , démonstration à charge contre le libre-échange. Plongée sur-réaliste dans les coulisses mondiaux de la production de la sauce tomate. Je préfère une autre façon d’angler, de parler de la mondialisation et file me replonger dans les « précis » d’Erik Orsenna, plus poétiques que la dénonciation idéologisée dans le trend anxiogène proposée par ce jeune journaliste.

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Du côté des romans, la palme du printemps revient à Vernon Subutex III de Virginie Despentes. Le journal Le Monde le voit carrément comme Le roman du XXIème siècle. Moi j’y vois Une vision du XXIème. Pas la mienne. Autre génération. Celle de Madame Despentes c’est la Génération désabusée vs ma Génération précarité,… euh mondialisation pardon 😉 Ma vision n’est pas noire, le « mieux avant » jconnais puisque j’ai pas connu cet avant… Et mes prédictions à moi c’est la voix d‘Arjun Appadurai, qui nous annonçait déjà il y a 20 ans le chaos ambiant, chaos nécessaire, chaos phase de transition.

Donc voilà, si on veut se réconcilier, on  n’a pas le choix, il faut 1. choisir ses combats 2. poétiser la mondialisation.

Mais on peut aussi y participer dans le quotidien. Pour diminuer la colère, on peut agir aux RH par exemple. En étant à la fois + socialiste et en même temps + ouvert à la diversité. En veillant à l’équilibre des profils et des nationalités aussi.

Attaques du du Territoire

Brèves du Territoire. Et oui, la réconciliation c’est notre responsabilité à tous, et c’est maintenant, pas demain. Parce que faudrait surtout pas l’oublier celui-là…

17 juin. Campagne de régulation des frontaliers clandestins dans le Grand Genève. Chasse aux faux résidents suisses en France.

Je parle pas d’attentats et de Mr T sauf quand… les tentatives de division mènent à la communion. Attentats de Londres et de Manchester suivis le 4 juin du Concert One Love Manchester.

Consécration du Territoire identitaire . 19 juin. Bernxit. La ville suisse de Moutier sort du canton alémanique de Berne pour se rattacher à celui du Jura.

Territoire identitaire, certains en reviennent déjà… 23 juin. Le Brexit, un an après. Dans l’opinion anglaise, l’économie prime désormais sur les frontières… Une évolution de l’opinion dans le trend de cet embryonnaire basculement grâce au nouvel élan insufflé par Emmanuel Macron qui se confirme lors du premier sommet de l’UE.

Réconciliation avec des Mots aussi. Ceux des discours d’Emmanuel Macron : réconcilier, bataille culturelle, goût de l’optimisme. Et réconciliation en réécrivant le récit national aussi. Vers un nouveau récit national français ? Un Monsieur Histoire engagé à l’Elysée. Dans la foulée sortie de l’essai « Histoire mondiale de la France ».

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La réconciliation Réseau-Territoire, on y croit

Bref, le monde re-bascule, le monde va mieux. On y croit. Malgré leurs attaques, ils ne nous auront pas.

Illustration avec cette Revue de Presse signée France Inter du 14 juin : Fin du Mouvement 5 étoiles en Italie / Affaiblissement du UKIP en Grande Bretagne suite au  Brexit / Vague La République en Marche en France  et diminution du Front national

Le Monde va mieux, le monde respire en ce mois de juin, je n’aurai peut-être pas besoin de trouver refuge au Canada finalement… (LIEN PC TORONTO)

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Décidément je parle trop, je suis vraiment désolée. Pourtant je m’étais jurée jurée promis de ne pas faire de démonstration, pas expliquer, pas ajouter de transitions. De me contenter de lister.  Je ne peux décidément pas m’en empêcher… Du coup jsuis sûre jvous ai de nouveau noyés… Allez, on y croit, un jour j’y arriverai. A lister. Et vous laisser découvrir des points percutants. Parlant. Et voilà, me revoilà repartie dans un bla bla… nan mais j’y crois pas.

 

 

 

 

 

 

Printemps. Errance en enclave. Épisode 1/2

Embarquez avec moi pour une expérience singulière, une immersion « à moitié » de plusieurs mois dans une communauté lacustre, de retour « à moitié » dans un ancien chez moi (on a le goût de l’hybridité ou on ne l’a pas ;-)). Suivez-moi dans l’ultime étape d’un parcours géo-identitaire qui se soldera par un divorce avec la nostalgie…

Dans les épisodes précédents…

2013 - 21 sept 3 (2)Après avoir vu l’Auberge espagnole, avoir sauté dans un avion, fui un lieu magnétique, un champ de bataille aussi, après m’être installée dans la cité par gourmandise et nécessité de dépasser le complexe d’infériorité et le manque de dynamisme qui plombent nos périphéries, après y être retournée à moitié pour retrouver mon autre moitié, après avoir trouvé ma maison d’élection, après avoir testé beaucoup de logis, après m’être lancée dans un projet de documentaire avorté inspiré par La Jetée sur l’image d’enfance et le lieu-nostalgie, …

Après que ma deuxième maison soit partie en fumée et avoir été arrachée à mon image d’enfance, après m’être installée pour de bon dans ma cité d’élection, après avoir été en proie chaque automne et chaque printemps à des crises de nostalgie, après avoir compris que j’étais définie par mon hybridité, après avoir décidé de retrouver une deuxième maison…

Après n’avoir d’autre choix que de me plier à une temporalité imposée, après m’être envolée pour le PC, embrasser le monde, exorciser, temporiser, après avoir transformé le projet de documentaire avorté en chapitre sur la nostalgie…

Après avoir retrouvé une sécurité, après les jalons posés, après être partie en pèlerinage-repérage, après un coup de foudre et une autre année à fantasmer, … me voilà, à l’aube de prendre possession de ma mini-maison à deux pas du lieu où j’ai grandi.

Les Deux Maisons, un mantra, une théorie

Pour ceux qui auraient zappé Le Projet Cosmopolis, petite séance de rattrapage. L’idée peut se résumer en un mot : le TRANSNATIONALISME (lien vers le PC), ou la nécessité d’habiter plusieurs lieux, de revendiquer plusieurs identités pour s’épanouir dans un monde mobile et globalisé. Par extension, le transnationalisme ne se limite pas aux multi-appartenances transfrontalières, mais s’étend à toutes sortes de combos identitaires. Ainsi, on peut goûter la cité, ses mélanges et son énergie et en même temps conserver ses ancrages, son lieu-refuge, choisir de ne pas se couper de ses racines, d’une part de soi. Il est des lieux qu’on a dans la peau. Ca ne s’explique pas, ne se théorise pas. C’est comme ça. Aujourd’hui la politique tente d’instrumentaliser la géographie, de diviser les lieux et les générations. Foutaise, on est à la fois de là-bas et ici !

La deuxième Maison : une nécessité

Lac 2011 16Ainsi, pour être complet dans un monde urbain, mobile et globalisé, on a besoin d’embrasser ses Deux Maisons. Au risque de voir un Monde en mal d’identité(s) s’embraser. On est complet que lorsqu’on est parvenu à composer avec les lieux qu’on se choisit et ceux qui nous ont constitués. On est serein que lorsqu’on accepte sa propre Hybridité. Sa dualité. Il suffit ensuite de transformer ce joyeux duo en Triptyque, en y ajoutant une bonne dose de Mobilité : maison-racines + maison d’élection + errances vers les horizons. Et voilà, le tour est joué !

Pour résumer, la théorie des deux Maisons = multiplication et composition des Lieux et des Identités = un Lieu Racines + un Lieu d’Élection + le Monde, le Mouvement, pour les compléter.

La maison mobile : une rêverie, une fascination

Ma fascination pour ce mode de vie vient sans doute pour partie de mon goût pour la littérature, pour l’histoire, pour la géographie. Pour moi la caravane évoque les caravansérails, les époques de grandes découvertes, les premières mondialisations, l’érudition, les voyageurs aventuriers. L’Est, La Route de la Soie. Les communautés éphémères. La solidarité qui se tisse dans la curiosité. Mais ça évoque mon enfance aussi. En camping, j’y ai grandi, fabuleux terrain d’aventures pour l’enfant que j’étais. Monde parallèle aussi, sur le mode ancrage-passage, champ de possibles circonscrit. Le camping comme maison et comme loisir aussi, à la sortie de l’école, on saute dans la voiture, et on fait le tour des campings pour aller livrer des mini-maisons. Des échappées qui m’ont donné goût au mouvement et nourri mon imaginaire. Une sensation que je n’ai cessé de rechercher depuis.

La maison mobile : une philosophie, une alternative

J’ai la conviction ancrée que pour fluidifier notre 21ème siècle en voie de territorialisme et en proie à une crise du logement, la territorialité mobile est une des solutions. Et mon militantisme ne s’arrête pas au Projet Cosmopolis. En 2009 déjà, je participais à un reportage télévisé qui avait pour but de modifier notre image de ce mode d’habiter et baptisé « Opération Camping« . Car soyons honnêtes, aujourd’hui le camping est encore trop souvent associé tantôt aux gitans, aux réfugiés, aux victimes de la crise, aux vacances démographiquement caractérisées rosé-pétanque-barbecs, ou plus récemment au Glamping, son alternative bobo-citadine… Mais rarement présenté comme véritable alternative. Comme nouveau mode d’habiter. Mini maison, mini jardin, proximité avec la nature, liens qui se tissent entre résidents ancrés et touristes de passage. Ancrage limité. Moi j’imagine un camping-monde aussi, où on réinvente la cohabitation. Un camping qui rime avec poésie. Un lieu hors-monde qui propose du temps en suspens aussi. Au choix. 

Pas encore une alternative ancrée, mais déjà bien une réalité. Lisez Un Monde de Camps. Visionnez le documentaire Slums Cities of Tomorrow. Pensez à ces nouveaux nomades qui depuis la crise aux États-Unis ont choisi de vivre en RV ou ont opté pour des Tiny Houses. Deux modes d’habiter en passe de devenir là-bas de véritables modèles de société. On y consacre même des séries de télé-réalité. Plus près de chez nous, on utilise des campings pour loger des réfugiés. J’ai la conviction que la mentalité achat-d’un lopin-érection-de-barrières-réservé-à-la-famille-nucléaire-prière-de-ne-pas-rentrer ne peut pas constituer une alternative écologique et politique dans un monde où la territorialité est  à repenser.

Je ne suis pas dupe. Le chemin est long. A commencer par ma cité d’élection où j’ai longtemps cherché à concilier vie en camping et immersion dans la cité. Mais malgré une grave crise du logement, s’installer en camping reste interdit. Why ??? J’ai abandonné temporairement l’idée. Ce sont d’abord les regards qu’il faut changer. Car l’habitant de la mini maison est associé à marginalisation. Une image véhiculée par les médias et qui nourrit l’imaginaire collectif. Le retraité nomade lui fait rêver. Mais reste une anomalie. Un droit lorsqu’enfin acquis celui de sortir de la conformité. Ajouté à cela, on rencontre encore une fois un défaut d’hybridité. Le plus souvent, les campings résidentiels s’opposent aux campings touristiques. On a décidément tort de ne jamais vouloir hybrider.

Une année à fantasmer

Bref, let’s see. L’été dernier je m’étais promis que quoi qu’il arrive cette année il serait le dernier à patauger à la piscine municipale du quartier. Cette saison, je vais la passer les pieds dans l’eau et sous les pins 🙂 Cet été je vais retrouver ma région et jouir de toutes mes passions : nager dans mon lac, jouer à l’hôtesse, me gaver de lectures, écrire à foison, faire des siestes, me retrouver, rencontrer, m’infiltrer en territoire inconnu et pratiquer le reportage en immersion, le tout en plein air et dans la nature. What else ?! Produit de mon époque et projet idéologique aussi, ce trip camping incarne tous les trends du moment : écolo, identitaire, etc. Une saison au camping pensée comme un acte poétique, sociologique, écologique, nostalgique.

Attachement à la région, à la famille d’élection, attachement à la terre qu’on ressent dans sa chair, besoin de revenir donc. Témoin d’une lutte fratricide pour un micro-territoire,  vu la folie gagner les gens pour un bout de terrain, vu le lieu s’embraser. Réfugiée dans la cité, « errance » identitaire, besoin de concilier terre d’origine et d’élection, de réconcilier les deux maisons, de revenir sur le mode non ancré, sur le mode du passage, de revenir à moitié donc.

Pour le choix de ma deuxième maison, j’ai donc écumé tous les campings de ma région racines. Et pour être au plus près de mes aspirations j’ai pris l’option camping touristique et caravane, une maison qui roule, qui ne s’ancre que provisoirement, compromis parfait pour une hybride en mouvement. Pour le reste, le choix du lieu s’est fait à l’instinct. Pour le coup, le coup de coeur a supplanté la raison.

« Retour à Forbach »

Avril. Ca y est !!!!!!! J’arrive, je reviens. La ptite merveille est posée. Plus qu’à prendre mes quartiers sous les pins. Sur la route la radio diffuse l’interview du réalisateur de « Retour à Forbach« … J’entends ces mots-là : retour vers une part de soi, Front national, réconciliation, héritage, frontières, charbon, abandon, périphérie, dead zone, mono-industrie, crise, mettre le lieu en récit, faire l’histoire du lieu, etc. Ca résonne en moi. Et pour cause, à peine arrivée à la station du coin, voici comment je suis (a)ccueillie par le discours ambiant « Nous on doit encore payer notre essence, on n’a pas notre carte de réfugié » (…?…). Voilà voilà, ça promet… J’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi dans ces zones périphériques la teneur des discours est inversement proportionnelle à la qualité de vie. Matériellement plus avantagés que dans la cité, et pourtant plus amers aussi. Candeur polluée.

Atterrissage à côté

On m’avait prévenue, mais comme je suis très très très obstinée et que j’ai une vision d’un monde possible dans ma tête alors je peux me faire très entêtée. Mon mantra ? C’est pas parce que ça n’existe pas que ça ne peut pas exister. J’ai donc rejeté successivement les mises en gardes de Mr. H, sorte d’Albert Einstein pour qui ni la maison ni les lieux ne signifient rien. J’ai fait la sourde oreille aux avertissements du marchand de caravanes aussi : ce camping est un territoire 100% suisse-allemand où on vit les uns sur les autres, dans la promiscuité et où les résidents, des « apparts people », y transposent exactement les mêmes modes de fonctionnement et les mêmes travers territoriaux qu’à la maison, calculant minutieusement pour être certains qu’on ne leur vole pas le moindre centimètre de terrain. Des résidents qui « passent » ici depuis 20 ans, sont donc chez eux et comptent bien le rester. J’ai rejeté cette réalité : la Suisse et l’Europe ne sont pas adaptées à la vraie mobilité.

Oui on m’avait dit tout ça. Mais ces pins j’en ai rêvés depuis une année. Le coup de foudre… Un camping au bord du lac à quinze minutes d’où j’ai grandi. Un terrain de 600 places qui à la haute saison se transforme en véritable petite ville éphémère. Pas d’ancrage possible, une fois la saison terminée, le lieu doit être rendu. Un lieu populaire aussi. Un lieu tout trouvé pour les férus de lac, de nage, de barbecues, de lectures, de nature et de… sociologie ! Où j’imaginais avoir l’opportunité de rencontrer des touristes de passage. Alors pas question de me laisser polluer. Je devais le faire, succomber à ces tentations. Et pour toutes les raisons sentimentales et identitaires déjà évoquées aussi.

Le retour avorté

C’est Pâques, je m’étais réjouie d’inviter mes vieux amis et leurs familles, j’imaginais déjà les adultes attablés, les enfants jouer… Ils m’avaient dit se réjouir de m’avoir à nouveau « par là ». Oui mais voilà. Retour « home » remuant et seule chez moi (?). Il semblerait que je sois partie depuis trop longtemps. Il semblerait qu’il n’y ait plus de place pour moi dans leurs vies. J’aurais dû préparer ce retour moitié-moitié. Notre époque a tué la spontanéité.

We de Pâques. Le camping fourmille de familles. Le vide. Mais qu’est-ce que jfais là ?!? J’ai froid ! Je suis seule et j’ai froid ! Je touche la « maison » du doigt. Je me cache dans les bois. Ca n’a aucun sens ! Après le désir ardent, la chute du désir. Natel éteint, pas le courage d’attendre mon ami prévu pour le lendemain. Je me hâte de rentrer dans ma cité d’élection. Fuir le vide. Et cette autre moi. Oui autre moi there. Retrouvailles… avec cette pauvre chose… Retrouvailles avec une part de moi et pas la meilleure version…

Retourner sur la terre d’enfance, là où la famille n’est plus… Trouble… Paradoxe… No sense ? D’où l’on vient = là où on a grandi ? Ici n’est pas chez moi, et chez moi la famille n’est plus… Dans une enclave, étrangère, à dix minutes d’où j’ai grandi. Étrangère un jour étrangère toujours ? Étrangère chez moi, étrangère ici.

Immersion dans une Gated Community

Photos-reportage : cycle de vie d’un village éphémère et  scènes de la vie quotidienne.

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En fait je ne suis pas de retour chez moi mais je me retrouve immergée dans une enclave où personne ne parle ma langue. Troublant. Une enclave suisse-allemande que je dois quitter pour que ouf au village d’à-côté, j’entende parler ma langue et que cesse mon sentiment d’irréalité.

En gros voilà comment j’avais imaginé le lieu : du passage, pas de clôture, pas d’ancrage, village éphémère, micro-société –> Non ! Communauté ! Communauté d’habitués. Et Communauté labellisée « familiale » comme on dit. Scission qui oppose familles et bâtards ? Je les mets mal à l’aise dans ce camping. Pas de place pour les poètes (de passage) ici. Et dans les villages à côté, je ne me reconnais pas/plus non plus. On est en 2017, plus en 2010… Le monde néo-post-moderne a supplanté le monde transnational. Le monde d’Huntington a vaincu celui d’Arjun Appadurai. J’ai dû rester crocher. Terminé le Projet Cosmopolis, place au Projet Glocal. On sort des villes et on se réconcilie.

Ainsi dans ma périphérie en 2017 on retourne chez soi, on fait à nouveau plus d’enfants, la « valeur famille » revient à fond. J’interroge mes amis restés ici, qui me confirment qu’il y a beaucoup de jeunes dans le village. Dans leur majorité, les jeunes sont restés ou y sont retournés pour faire famille, pour la qualité de vie comme on dit. Pour l’identité sans doute un peu aussi. Je me ballade avec eux au marché, dans leur vie… J’apprécie la sympathie et la simplicité mais beaucoup moins la misogynie, la façon dont la femme est déterminée par sa situation matrimoniale… Peut-être ma fuite avait-elle inconsciemment  quelque chose de féministe aussi…

Régions périphérisées, uniformité des styles de vie ? Pas de places pour la singularités, les destins en différé, les pas de côté ? En tout cas, pour la première fois de ma vie, dans ce camping, je ressens un sentiment d’exclusion sociale. Pour moi c’était un acte poétique ce caravaning sous les pins… seulement il semblerait qu’il n’y ait pas beaucoup de poètes ici… Comment transformer un sentiment de rejet en art ? Va savoir… J’ai tout l’été… En attendant je me console en me répétant que TOUT est expérience et que je ne vis d’ailleurs que pour ça.. Et pis y’a la nature aussi… Je pensais goûter la compagnie de touristes… j’ai failli pleurer l’unique fois où j’ai entendu parler anglais. L’esprit du passage ne souffle pas sur ce camping. Ici c’est instinct de territoire, esprit de communauté… Une communauté de laquelle je me sens exclue.

En fait j’ai un peu honte de l’avouer, mais je découvre en quelque sorte le monde suisse-alémanique ici. Je me suis toujours sentie plus étrangère outre-Sarine qu’en Ville-Monde. Pour ne parler que de mes escales de l’an dernier, le vrai exotisme pour moi ça a été Kandersteg, pas Hong Kong. J’avoue aussi que je me sens plus proche d’un Singapourien sumatrais que d’un Suisse-Allemand. Question de langue et de mentalité. Enfin, je dois signaler m’être sentie moins rejetée en villes-monde musulmanes que dans cette enclave familiale tout ce qu’il y a de plus helvétique.

Pour faire face, je m’évade par la pensée… et mon évasion me conduit à Montréal, où le combat des Québécois prend désormais sens pour moi. Entre Québécois et Romands, le parallèle est tout trouvé. Et je suis en proie, en lutte avec un sentiment que je n’avais pas connu jusqu’ici : le racisme. Ses causes ? Démographie déséquilibrée, sentiment d’invasion, sentiment qu’on rejette mon mode de vie aussi, barrière de la langue, voisins considérés trop « territoriaux ». Un constat : dans ce pays, on ne se connaît pas. Et une interrogation : patriotisme suisse ? Un consensus politique. Nationalisme suisse ? Les Suisses ne feront jamais la guerre, culturellement trop différents. La Suisse, un consensus politique vs un patriotisme culturel. La clé de sa neutralité ? No sé. En attendant, mes premiers liens, je les noue avec ma voisine néerlandaise, qui comprend bien ce que je peux ressentir dans le coin…

Donc si je résume mes toutes subjectives observations, ce camping n’est pas le lieu de passage d’une société éphémère mais celle d’une communauté ancrée et démographiquement homogène. Un lieu fermé. Un lieu fabriqué. Par des membres dont je réalise qu’il leur serait impossible dans leurs bourgades respectives d’évoluer dans une telle homogénéité. Homogénéité culturelle, sociale, linguistique. Oui, ce camping looks ni plus ni moins like a Gated Community.

Ce n’est certainement pas la démographie que je m’attendais à retrouver, moi qui ai grandi dans le genre de petite bourgade où on vit vraiment mélangés, contrairement aux grandes villes où c’est un peu chaque couche sociale et culturelle son quartier, où finalement on se contente de se croiser dans les lieux ponts. Une petite bourgade juste à côté, où on a l’habitude de gérer la complexité d’un monde mélangé. Où du reste je me souviens qu’au moment de l’éclatement familial déjà, ce n’est pas la bourgeoisie locale qui nous a soutenus mais les immigrés.

A SUIVRE…

La Gazette Mai 2017

 

A lire en miroir « Non retour en enclave » & « Élections présidentielles françaises« 

On va faire court !

Hambourg, Marseille, caravane, campagne, en mai je fais ce qu’il me plaît ! Ce mai-ci suis en escapades, suis en campagne, suis en enclave 🙂

4-7 mai. Séjour à Hambourg avec fréro. Choix de la destination, atteints nous aussi par le virus du « retour » ? Je ne saurai le dire… Ce que je sais en revanche c’est qu’Hambourg avant nos origines c’est d’abord un port, un port qui de surcroît célèbre ce week-end-là la plus grande fête portuaire du monde. Un port. Quel endroit plus tourné vers le dehors, l’ailleurs, les échanges, le commerce, qu’un port ? Un port dans une ville hyper dynamique dans un pays qui a accueilli l’an dernier plus d’un million de réfugiés. Pas mal comme racines non ?

Carte d’Identité de cette Ville-État, deuxième métropole d’Allemagne qui compte près de 1.8 million d’habitants et fut un des membres fondateurs de la Ligue hanséatique, une appartenance apparemment encore revendiquée et caractéristique de son identité.

« Plus vaste métropole d’Allemagne après Berlin, plus puissante économiquement que la capitale, la ville-Etat de Hambourg produit un visage bien singulier pour une cité allemande. Plus nordique que germanique, hanséatique que continentale, la porte sur le monde distille les essences improbables de ses voisines : un air de Londres, Copenhague, Amsterdam flotte aux quatre coins de ses ruelles. Ce n’est pas en un décor muséal ancré que l’on navigue, mais bien au gré d’une agglomération mouvante, sulfureuse et affairée. Cette ville moderne se vit plus qu’elle ne se voit, elle tempête, s’éprouve, s’agite, s’hume au travers de son Quartier rouge ou de son port. Bourgeoise et lascive, hospitalière et recluse à la fois, Hambourg entretient une multiplicité mutine autour d’une identité truculente à découvrir sans tarder…

Hambourg la marchande, la bourgeoise, la marine, l’ouvrière, la dépravée, l’immigrée, la pluvieuse, l’avant-gardiste; Hambourg déploie une telle panoplie de visages qu’elle pourra faire vibrer des cordes bien différentes. » (Hambourg 2017 Petit Futé)

Bon Hambourg a beau être la ville la « plus multiculturelle » d’Allemagne, je n’ai pas particulièrement trouvé la fréquentation de ces célébrations portuaires démographiquement très métissée. Par contre j’ai retrouvé ce côté un peu désuet et un peu suranné que j’associe à l’Allemagne… Et si je n’ai pas ressenti la connexion particulière que j’aurais peut-être dû avec le lieu, je suis toujours aussi fascinée par les ports, les paysages industriels. D’Allemagne ou d’ailleurs.

Sinon, ailleurs, en ce joli mois de mai… après la victoire d’Emmanuel M., le trend politique positif se poursuit : le 19 mai le modéré Hassan Rohani et sa politique d’ouverture et de libéralisme mesuré sont réélus en Iran avec 57% des voix et ont réussi à affaiblir les conservateurs et leur campagne populiste. « Le peuple iranien a choisi la voie de l’entente avec le monde » (Hassan Rohani).

Et le 16 mai y’a aussi eu l’Annonce du Gouvernement Macron. Au casting on retrouve entre autres Gérard Collomb l’artisan du Grand Lyon, Françoise Nyssen, présidente des éditions Actes Sud, François Bayrou le « premier Macron », Nicolas Hulot qu’on ne présente plus, des personnages plutôt convaincus et convaincants... enthousiasmant. Sans oublier Edouard Philippe, un Premier Ministre Maire du Havre, décidément c’est le mois des ports….

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En mai aussi, j’ai super froid le soir dans ma caravane et je me demanderais presque ce que je fais là haha. Alors pour me réchauffer je m’offre une escale à Singapour avec « Ilo Ilo« . Et après avoir vu cette histoire d’amitié entre une nounou philippine sans droit et un jeune garçon singapourien c’est certain, de retour dans ma banlieue-village genevoise je ne verrai plus jamais du même oeil le convoi de nounous que je vois descendre du bus pour se rendre dans les quartiers de villas chaque matin… Les réseaux transnationaux, un concept bien concret quand tu vis dans une Ville-monde, la mondialisation, une réalité.

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Bon allez, je suis gelée, je rentre chez moi mater le premier On est pas couchés post-élex Macron, pour prendre la température. Et oh surprise le ton est bienveillant envers le nouveau président et son Gouvernement. Finalement les gens sont peut-être contents du nouveau discours. Même mon fréro m’avoue avoir réfléchi et s’être renseigné depuis nos débats à Hambourg et être devenu Macron-posture-convaincu….

Bon l’Hybride va quand même avoir du taf s’il veut convaincre tous les gens rentrer à la maison que cette dernière se conjugue aisément avec le monde aussi… Dans le même ONPC, le grand voyageur désormais parti sur les chemins noirs Sylvain Tesson (lien Gazette) nous fournit l’explication de son « revirement » « Il n’y a pas de contradiction entre le réactionnaire et le grand voyageur. C’est justement parce que j’aime trop les différences que je ne peux pas aimer le métissage… »

Il aime trop les différences pour aimer le métissage... Bon tant pis ou tant mieux pour lui. Tournons-nous vers des Etonnants Voyageurs (moi aussi suis nostalgique, … de mes errances ) pour clore ce beau mois de mai, qui publient un nouveau manifeste adapté à l’époque.

« Nous sommes plus grands que nous »

Chaque jour nous le rappelle, s’il en était besoin : il n’est pas de question plus urgente, ici, au plus près de nous, comme à l’échelle du monde, que celle de la démocratie. Partout menacée, comme si nous avions perdu ce qui lui donnait sens, et qu’il s’agit de retrouver, pour la défendre. Parce qu’elle engage une idée de l’être humain et de sa liberté.

Pourquoi les fanatiques, s’acharnent-ils à détruire, à Palmyre et ailleurs, les manifestations du génie créateur de l’être humain? Parce qu’elles témoignent d’une dimension, en nous, qu’ils veulent à toute force nier et dans laquelle la plus immense diversité exprime une immense unité. Retrouver l’élan démocratique, aujourd’hui, exige de retrouver le sens de cette grandeur.

Etat d’urgence

Qui ne la sent pas venir ? Comme une fatigue de la démocratie, une moindre envie d’être ensemble, la tentation, liée, d’une montée aux extrêmes qui nous débarrasserait, croit-on, du chaos menaçant, permettrait de retrouver un monde simple, ordonné. Et cette impression d’un corps social devenu le théâtre de nos irritations réciproques, sans capacité de réaction lorsqu’ailleurs – mais ailleurs, seulement ? – se déploie une haine radicale, absolue de la démocratie, une guerre à mort décrétée par tous les intégristes.

Fatigue, mais aussi impatience.

Fatigue d’une démocratie perçue à bout de souffle, quand vient le sentiment de n’être plus «représenté». Et impatience, attente, désir d’une démocratie renouvelée, retrouvant chair et âme. Comment ne pas voir qu’elles vont souvent de pair, et que cette attente travaille la société en ses tréfonds ? La démocratie, restituée à ses fondements, peut être une idée neuve. Et la seule réponse aux intégristes et aux prophètes de la peur.

Qu’est-ce qu’un être humain ?

Qu’est ce qu’un être humain ? La question nous est brutalement posée par les migrants, quand la Méditerranée devient un immense cimetière, aux portes de nos démocraties, et nous savons bien que c’est une certaine idée de nous-mêmes, de ce que nous pouvons faire ensemble, de ce que nous pouvons être ensemble, qui meurt un peu plus chaque jour, avec eux. Qu’est-ce qu’un être humain ?

En cette période électorale, il aura été débattu de tout, sauf de l’essentiel: de nous-mêmes. De l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, autrement dit des autres. De cette dimension en chacun, pour reprendre les mots d’Edouard Glissant, que n’épuisent pas le «produire» et le «consommer» à quoi on prétend le réduire, de cette dimension «poétique» qui fait la richesse de la vie, affirme notre fondamentale liberté.

Démocratie-littérature : même enjeu

La démocratie, sauf à devenir coquille vide, ne peut se réduire à des institutions, des règles et des lois – qui ne gardent sens et force qu’en s’arrimant à l’idée qui les fonda.

Et il n’est pas de «pacte citoyen» qui tienne, s’il ne se nourrit pas de cette habitation du monde, de cette idée de soi et des autres, portée par les milliers d’œuvres qui forment une culture, où se reflètent les autres cultures, et qui témoignent ainsi des possibles infinis de nos imaginaires. Sans échange, sans ouverture, la culture est une asphyxie lente et inexorable. Nous devons, pour notre survie, ouvrir notre esprit aux autres cultures: loin de nous menacer, elles nous apportent sang neuf et respiration. Il ne suffira plus désormais de voisiner avec les cultures entrantes, nous devons changer en échangeant, devenir autres, éduquer nos enfants dans cette pluralité relationnelle.

Pas plus que la démocratie ne se résume à Rome, à Athènes, ou à la simple loi de la majorité: elle est ce pari fou, impossible, fragile, toujours en péril de se perdre, mais qui peut-être tire sa force de sa fragilité même, d’une possible communauté des êtres humains fondée sur la reconnaissance de la radicale singularité de chacun, de sa capacité à transcender ce qui prétend le déterminer et le contraindre, de sa fondamentale liberté d’être et de devenir.

Pari impossible ? C’est pourtant le «miracle» dont témoignent le poème, le roman, l’œuvre d’art, expressions de la singularité d’un artiste, et qui n’en éveillent pas moins en chacun des échos, le reconduisent au sentiment de sa propre grandeur, créent de l’être-ensemble…

Aucune pensée des temps nouveaux, aucune politique ne vaudront si elles ne se bâtissent pas sur cette idée plus vaste de l’être humain. 

Gagner la bataille de la culture

Ouvrons les yeux : nous sommes en train de perdre la bataille de la culture. Il ne suffit pas de brandir, tel un talisman, le mot «culture» face à la barbarie: toutes les cultures ne se valent pas. Il y eut une culture nazie, des philosophes nazis, des écrivains et des artistes nazis. C’est d’un combat à l’intérieur de la culture qu’il s’agit. Ce qui suppose, sans rien oublier des horreurs de l’histoire, que l’on retrouve cette idée de l’être humain qui fit notre génie. Et que cesse ce vertige du dénigrement, de la haine de soi où puisent si généreusement aujourd’hui ceux qui nous ont déclaré la guerre.

Mozart n’est pas Hitler, nous ne sommes pas les universels coupables de tout. C’est au nom de cette idée plus grande de l’être humain qui fit le flamboiement de notre culture que tant se sont levés pour résister, combattre, prendre la défense des droits de l’homme partout où ils se trouvaient bafoués, et d’abord au plus près, dans l’espace colonial. C’est au nom de cette idée, que partout, dans les pays totalitaires, ou sous le joug des fanatiques,  se battent ceux qui revendiquent aujourd’hui leur liberté – à commencer par les femmes.

Crise de la démocratie ? Urgence de la littérature, face aux monstres qui menacent. Pour nous rappeler, contre tous ceux qui, jour après jour, prétendent nous rapetisser, que nous sommes plus grands que nous.

Par Michel Le Bris, Erik Orsenna, Patrick Chamoiseau, J.M.G. Le Clézio, Tahar Ben Jelloun, Yann Queffélec, Laurent Gaudé, Jemia Le Clézio, Jean Rouaud, Boualem Sansal, Atiq Rahimi, Carole Martinez, Kamel Daoud, Simone Schwarz-Bart, Paule Constant, Hubert Haddad, Enki Bilal, Raphaël Glucksmann, Bertrand Tavernier, Björn Larsson, Jean-Marie Blas de Roblès, Abdennour Bidar, Ananda Devi, Lieve Joris, Anna Moï, Velibor Colic, Zéno Bianu, Yahia Belaskri, Louis-Philippe Dalembert, Yvon Le Men, Bernard Chambaz, Sami Tchak, Patrick Raynal, Makenzy Orcel, Frankétienne, Georges-Olivier Châteaureynaud, Sorj Chalandon, Christine Jordis, Pierre Péju, Didier Daeninckx, François Bon, Jean-Luc Coatalem, Colette Fellous, Pierre Haski, Koffi Kwahulé, James Noël, Jean-Pierre Perrin, Olivier Weber, Michèle Kahn, Nicolas Idier, Jean Hatzfeld, Abdourahman Waberi, Malika Boussouf, Nedim Gürsel, Christophe Bataille, Ousmane Diarra, Jérôme Garcin, Gary Victor, Gisèle Pineau, Marcus Malte.

(A retrouver ici)

 

 

Libérer, protéger, réconcilier. Chronique d’une présidentielle

26 01.04.2017

A lire en filigrane : Gazettes

Suspense, trahisons, surprises, rebondissements, peur, anxiété, passions tristes, violence, hystérie de la transparence, vacuité… Respiration, Réconciliation, parenthèse inattendue… Elections françaises : entre fin d’un monde, révélation et duel postmoderne, c’est tout de suite dans le PG.

Le Décor

D’emblée Marine Le Pen donne le ton. Le clivage?  « patriotes » vs « mondialistes ».

Euh nationalistes = patriotiques ?!? Nationalistes ONLY ? Prise d’otage…

Réponse d’Emmanuel Macron à l’intéressée :

« Identité française, sécurité, défense. L’extrême droite présente l’opposition Macron-Le Pen comme une opposition entre mondialistes et patriotes ; que répondez-vous? Je ne suis pas un mondialiste multiculturaliste déraciné. Le Pen et Fillon réduisent la France à une identité rabougrie. Ma relation à la patrie et à la culture est ouverte ; elle ne se situe pas dans le rejet de l’autre. Je me construis dans le rapport à notre langue, notre héritage et la fierté que nous en avons ; et en même temps, dans l’aspiration constante à l’universel et l’insoumission. Ce sont des nationalistes ; nous sommes des patriotes. » (JDD, 19.03.2017)

Forces en présence

  • Jean-Luc Mélenchon : souverainiste populiste
  • Benoît Hamon : socialiste
  • Nicolas Dupont-Aignan : souverainiste
  • Jean Lassalle : localiste
  • Emmanuel Macron : libéral-démocrate
  • François Fillon : identitaire-capitaliste (?)
  • Marine Le Pen : souverainiste populiste

euh… et les Verts ??? Pourquoi y’a pas de verts –> troublant ce décalage entre le débat sociétal et la représentation politique…

Tendances

  • Benoît Hamon : nouvelle économie
  • Emmanuel Macron : pragmatisme

Tendance générale : anti-Europe, anti-finance, pro Identité, pro autorité.

Les slogans

  • François Fillon : Une volonté pour la France
  • Nathalie Arthaud : Faire entendre le camp des travailleurs
  • Philippe Poutoud : Nos vies, pas leurs profits
  • Jacques Cheminade : Se libérer de l’occupation financière
  • Jean-Luc Mélenchon : La force du peuple
  • Benoît Hamon : Faire battre le coeur de la France
  • Emmanuel Macron : La France doit être une chance pour tous
  • Jean Lassalle : Le temps est venu
  • Nicolas Dupont-Aignan : Debout la France !
  • François Assileneau : Un choix historique
  • Marine Le Pen : Remettre la France en ordre

Débats

Comment suivre une campagne quand on est totalement saturée, qu’on ne peut vraiment vraiment mais alors vraiment plus se faire polluer par le ton des débats politiques ? Mon parti pris ? suivre la campagne sans en écouter. Me contenter de bribes saisies au vol. Marché succinct et subjectif. Capter uniquement ce qui me semble concernant pour le PG.

Je me suis quand même branchée sur le grand oral organisé  par France 2 le 20 avril, série d’entretiens individuels et occasion pour les candidats de parler enfin de leurs programmes. A trois jours du premier tour, on n’y croyait plus…

Côté débat, l’unique que je me suis imposée c’est la formule imaginée par le talk On n’est pas couchés le 15 avril, qui a proposé une analyse de la campagne par les chroniqueurs de l’émission, avec retour de tous les anciens.

L’occasion d’apprendre par Eric Zemmour que je suis « l’idiote utile du capitalisme mondialisé« , un peu vexant quand même. Tout ça parce que je me refuse à considérer que l’humanité est vouée à vivre dans la haine de l’autre, qu’au contraire j’ai la conviction qu’on vit mieux dans la foi en l’autre. Tant pis j’assume. Je préfère être une imbécile apaisée qu’un aigri désabusé. Ce Monsieur refuse l’idée même de compétition et de mérite. L’idée d’interdépendance et des lieux et du monde. Pour lui la différence se situe entre celui « d’ici » et celui qui vient d’ailleurs, pour moi entre les cons et les autres.

Echelles en colocation. J’arrive facilement à m’imaginer Monsieur Zemmour prononcer la phrase « Au moins c’est quelqu’un de chez nous ». Ok mais comment on circonscrit le « chez nous », quelle échelle ? la nation ? la région ? la ville ? le village ? la rue ? le pâté de maison ? Faux débat, fausse division, leurre de l’égalité. Même dans lieu circonscrit privilèges pas également répartis. T’auras beau enfermer des gens dans des communautés de plus en plus circonscrites, la cohabitation ne sera jamais dénuée de tensions. Vous mettez deux cons ensemble dans un village, ils ont beau venir et être localisés au même endroit, ils s’invectiveront.  Rétrécis l’échelle autant que tu veux, tu trouveras toujours une hiérarchie… c’est ainsi.

Identités politiques. Village, Ville, Région, Nation, Supranations, Mondialisation : je n’oppose pas les échelles, je suis convaincue que le défi du 21ème c’est de parvenir à les faire cohabiter. Subtil jeu d’équilibre.

L’avant premier-tour, prise de température

Mon ami G ne saurait plus pour qui/pourquoi prendre parti si on avait un duel M. Le Pen – F. Fillon. Il en serait presque à espérer le cataclysme, un raz-de-marée qui seul permettrait une révolution.  Deux jours avant le premier tour, voilà que ma R. croit en Mélenchon. Non mais sérieux, vous pensez vraiment qu’il n’y a rien à sauver ? Pourtant vous vivez plutôt bien. Sinon mon ami N. vote Hamon. Moi j’aime bien Hamon aussi. Mais pas momentum. Le jeune Hamon représente l’ancien monde. Le gentil Hamon est pris dans le drame de la tribu, de la « famille de sang », empêtré dans des liens obligés vs Emmanuel Macron et sa famille d’élection, où les membres se sont réunis autour d’un projet commun. Communion d’énergies.

23 avril 2017 Premier Tour

Depuis 2012, mes premières larmes politiques de joie. Mon enthousiasme, mon émotion. Je rallume ma tv, n’en ai pas assez. Enfin la tendance va s’inverser !!!

Un week-end passé/placé sous le signe d’un mot qui ressemble à un légume oublié : bienveillance.

Thrilled pour le monde, qui prend un nouveau rythme, passionnant passionnant passionnant. Ca m’a réveillée !!! Nouvel élan passionnel pour mon monde.

Macron et Le PC / PG

J’imagine vos réactions… Pour comprendre ma joie, il faut se replacer dans le contexte : j’ai passé six ans à tenir une chronique de démobilisation…. Jusqu’au sacre de Mr. T. Croyez-moi, c’est douloureux. Et d’un coup, voilà qu’un Emmanuel Macron gagne en partageant la vision de mon PC. Imagine, il dit tous les mots du PC, mais lui n’est pas isolé, en + il a les mots de l’économie. Me suis sentie consolée, réhabilitée après m’être passionnée pour une campagne et un personnage en tous points emblématiques de notre post-modernité. C’est toute l’aventure du PC cristallisée, incarnée dans ce personnage et ce moment. Alors pour moi la victoire de sa vision, c’est un peu la consécration du PC. C’est vraiment mon projet. Le PC. Moi aussi je prends tout, je goûte le « en même temps ». Je veux les deux mondes, réfute la division fabriquée de nos sociétés. C’est pourquoi désormais le PC c’est le PG.

Macron – Le Pen, duel en trois oppositions

  • Un candidat qui rassemble / une candidate qui divise.
  • Le Réseau vs le Territoire.
  • Un mouvement vs des partis.

Analyses

J’ai entendu que ce sont les gagnants de la mondialisation et leurs enfants qui ont voté Macron. Houuuu sale élite pas bien… Et si on levait les yeux ? Et si on rêvait un peu ? Et si l’énergie, la foi, l’optimisme, le sérieux accouchait de nouveaux gagnants ?

Chiffres : Emmanuel Macron 24.01%  – Marine Le Pen 21.30 %

Cartes : https://www.rts.ch/info/monde/8564839-la-carte-detaillee-du-premier-tour-de-la-presidentielle-francaise.html

Régions nationalismes/identités : Bretagne pro-Macron. Corse et Méditerranée pro-Marine.

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« Deux candidats, deux France. Le discours d’Emmanuel Macron, libéral en termes d’économie et de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d’affaires. Celui anti-immigration et anti-Europe de Marine Le Pen attire les classes populaires, les ruraux, les « invisibles » et capte le ras-le-bol des Français victimes d’un chômage endémique. » https://www.rts.ch/info/monde/8566103-emmanuel-macron-face-a-marine-le-pen-deux-programmes-aux-antipodes.html

Extrait du discours du premier tour d’Emmanuel Macron. « Mes chers concitoyens, il n’y a pas plusieurs France, il n’y en a qu’une. La France, la nôtre. La France des patriotes, dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder ! La tâche sera immense, j’y suis prêt à vos côtés ! »  (Lien)

Pour Jacques Attali, Emmanuel Macron est le « candidat qui pense que ça peut être mieux demain« . S’il échoue, ce sera « L’extrême droite ou l’extrême gauche, mais ce sera en effet l’extrême. » (lien)

Zoom – Portrait d’Emmanuel Macron

  • Macron c’est « En même temps« .
  • Pro-européen assumé, à contre courant.
  • Macron pas l’idéologie, mais le rythme, l’énergie, le bon sens, l’envie, la foi, l’optimisme, la folie, le romantisme, la preuve par l’exemple, le goût du compromis, …
  • Macron c’est le pragmatisme suisse, le lyrisme et le souffle en sus.
  • Un social-libéral . Libérer et protéger. Commencer par le premier pour pouvoir réaliser le second.
  • A décomplexé l’hybridité et nous a offert une respiration !!!!
  • Macron le « en même temps », même pour la culture, il aime le Puy du Fou et la FIAC.

Elex 2017 – Quelques considérations

Fin dualité droite-gauche. Enfin une élection qui reflète nouveau clivage, coupure, enjeux du Monde : Mouvement vs Immobilisme (passéisme). Réseau vs Territoire. Progrès vs Conservation (retour décontextualisé). Avec deux réponses totalement à l’opposé face au mouvement : État fait tout –> autoritarisme vs inclusion société civile.

Si E. Macron est élu, il va devoir réconcilier l’autre moitié. Déconstruire la fausse opposition centre -périphéries. Ces populations périphériques c’est nous tous puisque c’est là que se trouve notre deuxième Maison (cf. théorie des deux maisons), nos parents, notre famille, nos ancrages, notre jeunesse, nos racines, ou notre futur pour ceux qui fuient la cité ou pour les ajoutés qui seront accueillis en périphérie faute de place dans la cité.

Eux (électorat Le Pen), c’est l’autre moitié de nous (électorat Macron). Yin & Yang. Interdépendants. Voilà pourquoi on est passé du PC au PG. Sinon la prochaine fois ce sera eux vs nous.

Je soupçonne nombre de mes amis d’avoir opté pour Mélenchon, chouchou des anti-mondialistes, des bobos aussi ? En tout cas pas de peine à rallier les déçus… La souffrance au boulot, la vision du boulot, partout autour de moi. Quant à ma collègue française dégoûtée par le non-choix du deuxième tour, elle votera blanc… ça craint.

Les régions délaissées... Mais dans l’Histoire l’économie a toujours bougé ! Rien n’est figé. Bien sûr que c’est triste, que la nostalgie temporelle est aussi douloureuse que la nostalgie géographique. Mais on peut soit développer une énergie positive constructive pour avancer, se réinventer. Ou une énergie négative pour être contre et s’enfoncer, se voiler. On n’arrête pas le mouvement. Pas plus hier qu’aujourd’hui ou demain. Toute vie, tout monde est flux, circulation. Autant se faire une raison.

Le Projet Glocal ? Ne plus parler que de mobilité(s) mais aussi d’immobilité(s), choisie ou subie, mais trop laissée à l’écart par le grand mouvement, en colère –> une immobilité désorientée.

Deuxième Tour – Show

Droit à l’indifférence. 2002 – 2017…. Dans le PC, je vous parlais de consciences préparées (LIEN) – Mobilité, mondialisation et libéralisme conspués… –> résultats : FN au deuxième tour totalement intégré. Des citoyens juste étonnés que MLP soit pas mieux placée. Et des médias davantage concernés par la … joie affichée par Emmanuel Macron et très consternés par les trois asperges qu’il a avalées dans une brasserie trop connotée.

Après le « dîner », on redevient sérieux, ouf.

Enfin… pas sûr que ce soit mieux… Pour les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, le choix c’est fascisme-libéral vs fascisme-nationaliste, ils voteront blanc… Exactement le débat que j’ai eu maintes fois depuis 2015 –> quel combat de priorité ????? Où est aujourd’hui à ce stade de démobilisation notre responsabilité ???

L’affaire Whirlpool. Marine Le Pen, des selfies, de la démagogie, des sourires forcés. Emmnauel M., des huées, le courage de la vérité « mouvementée », obligé de jouer. Scène tragicomique parlante d’un monde en décadence. Dictature des images vides. Du buzz, des cris, des ruées, pas de réflexions. Scène affligeante difficile à regarder.

Reax Macron. Un « Pas ça, pas ça, pas ça » exalté. Extrait du discours. 

« Ici, à quelques kilomètres d’ici, ma famille pour moitié est enterrée, dans une vallée triste que je n’ai visitée que pour les enterrements et où mon arrière-grand père était maire. Ce pays où nous sommes, il a connu toutes les guerres de l’Europe. Les guerres de Flandres, les guerres qui ont décimé le Moyen-Âge, les deux grandes guerres qui ont fait notre siècle ou qui ont failli le défaire. Nous avons été au cœur à chaque fois. [..]  Mais au nom de quoi toutes ces femmes et ces hommes sont tombés ? Des discours de haine, de la bêtise humaine, d’un choix fait à un moment par des dirigeants de manière folle, de dire ‘nous valons mieux que le voisin, alors allons le détruire. Mais allons le détruire avec al chair des autres’. Madame Le Pen et ses amis, ils seront réfugiés au Château de Montretout, mais ce sont vous et vos enfants qui iront la faire, la même guerre, qui en a fait tomber tant et tant. Alors ne cédons pas à cela, alors ils ne passeront pas ! Alors moi je n’en veux pas ! Alors que toutes celles et ceux qui aujourd’hui ont décidé d’être les somnambules du 21e siècle, honte à eux ! Nous, nous sommes debout ! Nous, nous sommes en marche, et nous irons au bout avec responsabilité, mais je veux autre chose, avec vous, pour mon pays. Mais pas ça ! Pas ça ! Pas ça ! » (Lien)

Maintenant qu’on est calmés, écoutons Emmanuel Macron le 27 avril au 20H de TF1. Lui, c’est le PC avec les Mots pour l’économie. Alors si diabolique, ses propositions ?!? Réconcilier les Frances sur des années. Celle qui fonctionne, la mise de côté, en colère. / Bon sens, pragmatisme, optimisme vs émotion et révolte, agressivité. C’est ça les Mots qu’on veut, des petits pas des grands -isme (lien conclu PC)

Week-end à Marseille pour l’anniversaire d’une amie. Je me nourris des débats, n’interviens pas. J’entends un « Les humanistes devraient s’unir« . Une autre fois je tente un « Macron suis fan », pour tester. Je me prends un « Tu plaisantes ? »… aussi honteux d’être libérale today que FN ?!?

Cette réaction fait écho à une autre phrase entendu dans cet entre-deux tours « Entre un banquier et une fasciste je ne choisis pas« … Non mais c’est un gag ?!? Et puis Macron n’est pas banquier. Macron = un infiltré. Principe de l’expérience, de l’immersion, maîtriser les champs pour mieux les … changer ?

Au retour, lecture du magazine Society spécial Elex France dans le TGV .  Macron l’inspiration. Robert Hue le compromis.

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Deuxième Tour, ultime débat Macron / Le Pen. Violence, brutalité, … Et bien moi pendant ce temps-là, j’étais en Thaïlande avec Faut pas rêver 😉

En fait si faut rêver, car cet ultime débat aura si j’en crois les commentaires permis de révéler le sérieux d’Emmanuel Macron.

Pendant toute la campagne on a insisté sur le rôle et la nécessité de la Culture pour sauver notre époque… au terme de la campagne mon émission culturelle préférée Au fil des mots émet son clap de fin précisément… 😦

Last week-end à Hambourg avec fréro. Je ne saurai dire si on a choisi Hambourg parce qu’on a succombé nous aussi au trend, au trip retour aux racines, mais passons, en attendant le but du we c’est de ne rien entendre des derniers jours de la campagne. On entend de loin les échos mais on débat beaucoup. Moi j’ai clairement choisi mon parti. Mon compagnon de voyage me traite d’idéaliste. Il relaie le discours ambiant. Je dois céder sur le constat. Mais j’insiste sur le fait qu’il prend la chose à l’envers. C’est peut-être effectivement comme ça mais ça pourrait être autrement. Dans tous les cas, le résultat de dimanche fera basculer le monde d’un côté ou de l’autre. Rien moins que ça.

« Notre tâche est immense »

J’ai connaissance du résultat à ma descente d’avion. Emmanuel Macron est élu avec 66.1% des voix. J’arrive juste à temps chez moi pour assister au sacre de ce nouveau président qui a pris la mesure de sa responsabilité et affirme gravement avoir 5 ans pour que ces 11 millions n’aient plus envie de voter pour la peur. Et il choisit Le Louvre pour scander que « Notre tâche est immense« . Il martèle ce mantra dans un lieu qui symbolise à la fois l’audace et l’identité en mouvement.

Cinq ans…

Au lendemain du sacre d’Emmanuel Macron, Marion Maréchal Le Pen annonce son retrait politique. Se consacrer aux « siens » et, c’est certain, back pour 2022. Pour lancer l’assaut de la Génération de l’identité vs l’ancien parti d’une tante trop 68. Oui, décidément, nous avons 5 ans pour donner le goût de l’identité en mouvement.

5 ans pour qu’il n’y ait plus qu’une société post-moderne. Emmanuel Macron a remporté 90% des voix à Paris. On retrouve le même clivage villes-périphérie que lors du Brexit ou l’élection de Mr. T.

5 ans aussi pour réconcilier les deux rives de la Méditerranée. France méditerranéenne vote FN. Tourne le dos à son identité, l’autre rive, pour se retrancher. Mais ça, ça concerne un autre projet, le PM…

Pour commencer. Un nouvel élan

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  • Pour l’Europe. En attendant, sa victoire vient déjà renforcer une petite voix européiste en gestation et donner un nouvel élan pour l’Europe.
  • Pour la bienveillance. Passation de pouvoir : bienveillance de François Hollande à l’égard de son successeur. Et tandis que… 

… le nouveau président se rend à l’Hôtel de ville écouter le discours d’Anne Hidalgo sur la nécessaire alliance entre la Ville-Monde capitale et l’État et prononcer sa vision de la Ville-Monde « Paris, palimpseste de l’Histoire; Paris sismographe des événements du Monde » et dire un mot sur l’accueil que s’est résolu à mettre en place la cité pour les réfugiés en l’absence de volonté de l’État.

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… un hommage est rendu à l’ancien président au QG du PS rue de Solférino. L’occasion pour ses partisans de lui rendre justice, Monsieur Hollande a été « le président le moins populiste que nous ayons eu, et peut-être que dans quelques temps, les gens s’en rendront compte« . Et bien moi, je l’avais déjà défendu François Hollande dans le PC. Là (Chapitre Etat PC) et pis là aussi (chapitre Paris PC).

Authentique = de son temps. Il a de l’humour François Hollande. Mais il a failli à coller à son temps. Piégé entre deux époques. Emmanuel Macron fera peut être la même politique économique que son prédécesseur, mais sans mensonge, clair dès le début. Libéral, européiste, assumé. Ne se revendique pas d’un socialisme fabriqué. Ne pleure pas les valeurs d’un monde révolu. Fait des propositions connectés avec le monde réel. Et la réalité, c’est qu’aujourd’hui, les ouvriers, ce sont nous tous, salariés du sectaire tertiaire.

Epilogue

J’aurais voulu faire partie de cette aventure. Moi qui n’ai jamais voulu intégrer aucune communauté, j’ai envie de faire partie de celle-ci. Communauté de marcheurs post-modernes qui intègre le présent pour mieux le recomposer et se tourner vers le futur. Communauté en mouvement qui compte aussi parmi ses adeptes des personnalités de toutes les générations, dont Erik Orsenna, un de mes mentors intellectuels.

Avec son « En même temps« , Emmanuel Macron nous a permis de décomplexer notre Hybridité. De la complexifier aussi. Grâce à lui, on n’a plus honte d’aimer Yann Barthès « et en même temps » le journal de Jean-Pierre Pernaut.

Ces derniers mois j’aurai beaucoup tremblé. Jusqu’à l’attentat des Champs Elysées. Jusqu’au bout les forces de divisions des deux bords se seront mobilisées. Véritable ascenseur émotionnelle cette campagne. Pas de répits. Epilogue heureux. Comme si je n’étais plus seule dans mon combat…. Nul n’est parfait. Ce nouveau président évidemment non plus. Mais c’est davantage le symbole que l’homme qu’il faut saluer aujourd’hui. Emmanuel Macron nous a offert une mise à distance du danger. Une Respiration. Nous offre ce que je souhaite ne soit pas qu’une parenthèse inattendue.

Cette dynamique a besoin de relais partout, le PG en sera un.

En attendant j’ai bien besoin de souffler et de me remettre de mes émotions moi. Et pour cela, rien de tel qu’un retour dans ma  région périphérique où j’ai grandi, ma « deuxième maison ». L’occasion de découvrir que ma « famille d’élection », sont eux aussi des macronistes convaincus. Des hybrides eux aussi. Régionaux et mondialistes. Youhou tout n’est pas perdu.

 

 

 

 

 

La Gazette Avril 2017

 

A lire en en filigrane articles « Election présidentielle française » et « Errance en enclave »

Au Sommaire de cette Gazette, une soirée jazz métissée, des Festivals, un roman, un rendez-vous en terre pas si inconnue, une anecdote, un album, des voix, un cri, une nouvelle revue, des publications, les Brèves du Territoire, La Minute Identitaire et une ptite fulgurance pascale…

En Vrac. Avril =

Une soirée Jazz métissée au Cully Jazz avec au programme…

  • Seun Kuti & Egypt 80 (Nigeria) Oluseun Anikulapo Kuti, dit Seun Kuti, est le fils cadet du légendaire créateur de l’afrobeat Fela Kuti. A l’âge de huit ans, il apprend le saxophone et le piano, et commence à jouer dans l’orchestre de son père, Egypt 80, comme choriste à l’âge de neuf ans. Lorsque Fela Kuti meurt en 1997, Seun Kuti n’a que 15 ans mais décide d’assurer la relève en prenant les rênes de l’orchestre. Dès lors, il écume les scènes internationales avec les 15 musiciens d’Egypt 80 et sublime l’héritage musical et politique du Black President tout en y apportant ses propres compositions teintées de styles différents comme la soul, le rap, le calypso et le funk. Tout y est: le geste, le phrasé, la solidité des cuivres, les percussions hypnotiques et les voix puissantes. Talentueux et charismatique comme son père, Seun Kuti fera résonner le Chapiteau de son afrobeat à l’énergie funk bouillonnante.
  • Mulatu Astatke (Ethiopia) 1975, Addis-Abeba. Le cœur de la capitale éthiopienne bat au rythme de l’éthio-jazz, véritable révolution musicale avec, à sa proue, Mulatu Astatke. Après une formation musicale dans les plus grandes écoles britanniques et américaines – le vibraphoniste est le premier étudiant d’origine africaine à user les bancs de la New England Conservatory –, il retourne au pays les valises chargées de nouvelles idées et d’une vision téméraire qui chamboulera la scène musicale éthiopienne des années 1970. Mélangeant musique traditionnelle et jazz, le musicien introduit les instruments occidentaux (vibraphone, saxophone, trompette, instruments électriques etc.) sur les scènes de son pays. Depuis, l’artiste a parcouru le globe, rappelant à chacun de ses passages que la musique n’est pas un simple bien de consommation, mais exige un engagement profond au-delà de son esthétisme apparent. (Lien)
cully
https://www.rts.ch/info/culture/6713640-record-de-frequentation-pour-la-33e-edition-du-cully-jazz-festival.html

… du bon son dans un décor de vieux village vigneron vaudois, de raclettes et de vin blanc… L’occasion de débattre avec mon ami G sur la tournure que prennent les élections françaises. Et d’être interpellée par son discours. En gros pour lui, si Marine Le Pen vs François Fillon, ne saurait plus vraiment pourquoi (pour qui ?) prendre partie… Houuhou on se réveille les gars, le symbole, le message, le risque de basculement. En fait mon ami G n’a pas été contaminé par la rhétorique du repli nationaliste mais par le localisme. Durant la même soirée, il m’avouera culpabiliser à consommer du quinoa, aliment pas produit « ici »…

Cerveaux pollués, consciences préparées, convictions… oubliées ? Pour l’aider à y voir plus clair, peut-être G aurait-il dû partager un autre débat sur les populistes auquel j’ai pris part ce mois-ci lors de l’EVJF de mon amie Silvia, et entendre le témoignage de Martina, qui nous a beaucoup parlé de la Lega, de l’atmosphère délétère qu’elle fait régner sur son Tessin natal, qu’elle a décidé de quitter…

Des Festivals

Mais je crois bien que le combat de G c’est d’abord l’anti-capitalisme Et après Moi, Daniel Blake, La loi du marché ou encore Merci Patron, ce mois-ci est sorti le film Corporate. Pas étonnant que mes potes virent mélenchonistes…. Et moi qui suis encore fascinée par les Villes Monde, j’ai décidément un boulgour de retard lol. Je me rappelle l’an dernier être passée de Hong Kong à la cérémonie de clôture de Cannes 2016, qui sacrait le film de Ken Loach, contraste…  Passons donc de Cannes 2016 à la conférence de presse autour de la sélection du Festival de Cannes 2017. Pour Thierry Frémaux une sélection reflète toujours le pouls de l’état du cinéma mais également du monde. Ainsi la sélection 2017, il la veut axée sur le Vivre ensemble, dans un monde en plein bouleversement. Pierre Lescure lui a mis l’accent sur le contexte de grande interrogation entoure ce Festival qui débutera sous une nouvelle présidence…

Cette sélection, je vous la laisse la découvrir ici (Lien Cannes). Au niveau Mobilités, pas grand chose à se mettre sous la dent. Plus concernante pour le PG la sélection du Festival Visions du Réel avec des films comme « Adieu à l’Afrique« , « Destierros« , « I pay for your story », « Land Vessels », « Taste of cement », … Des films qui traient beaucoup de mobilités, mais dans un angle assez désenchanté… (voir Highlights 2017) (Lien Festival).

Un Roman

Pas mal d’agitation en ce mois d’avril donc, tandis que Jean-Christophe Ruffin continue la promo du Tour du Monde du Roi Zibeline, son dernier roman qui nous parle du 18ème siècle, un temps, un monde où la rencontre des mondes était encore possible autrement que sous le mode de la domination. Récit d’une occasion manquée, de quelque chose qui aurait pu se passer autrement. Bascule vers une colonisation qui écrase pour asseoir sa domination.

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Un rendez-vous en terre pas si inconnue

Oui ça aurait pu se passer autrement. Mais ça s’est passé comme ça. Dans la verticalité mais ça s’est passé. Du coup pas un coin du monde qui n’ait été brassé (Lien Arjun Appadurai). Tous mélangés, tous hybrides, en quête pour certains d’un passé pas contrôlé … Comme l’atteste ce Rendez-Vous en Terre inconnue du 18 avril. Dans l’ère du retour, même l’émission des tribus préservées s’est penchée sur une tribu touchée par ce passé. Une tribu en quête de retour sur la terre de ses ancêtres. Pas une tribu en extinction, pas une tribu figée, mais une tribu dans la nostalgie d’un monde inconnu. En mode hybride. En mouvement quoi 😉

« Frédéric Lopez emmène la comédienne Cristiana Reali à la rencontre des Aborigènes d’Australie.  Les côtes sauvages du Kimberley, au nord-ouest de l’Australie. Dans cet éden entre terre et mer, au coeur de paysages à couper le souffle, elle part à la rencontre d’une famille aborigène du clan des Worrorra. Gary et les siens ont ainsi décidé de quitter leur communauté créée de toutes pièces, et souhaitent depuis peu revenir aux sources et apprendre une existence simple, dans la nature. Des hommes et des femmes qui cherchent leur place dans l’Australie d’aujourd’hui et ont décidé de revenir sur la terre de leurs ancêtres. Fuir les villes et revenir aux origines se présente comme un espoir, une façon de retrouver fierté et dignité… » (Lien) (Lien)

Une anecdote

Oui c’est cela des hybrides en quête d’un passé pas contrôlé ou… plus contrôlé. Dans l’ère du retour, en quête d’authenticité, on veut faire revivre ses traditions. Ma collègue m’a raconté que dans sa famille qui vit en Corse, où la langue régionale est désormais enseignée à l’école, les petits-enfants, génération de la nostalgie nés dans le monde néo-post-moderne du « retour », peuvent désormais communiquer avec leurs grands-parents, ce dont sont privés leurs parents, génération de la modernité, désormais étrangés générationnels dans leur famille, leur région.

Un album

On se trouve à un moment charnière, il y en eu d’autres avant, et aujourd’hui une nouvelle chance nous est donnée… que des artistes comme Mathieu Chedid saisissent sans faire de bruit mais en nous offrant du très bon son,  avec son Amomali. Un album de symbiose, un album sur l’altérité, mais pas intellectualisé, vécue de façon naturelle, des rencontres, de la pure poésie, un moment suspendu entre France et Mali….

Mathieu Chedid, un artiste qui réagit à sa façon à ça : extrait documentaire Les Intellectuels du XXIe siècle – Penser l’identité (voir plus bas).

Une cause de la recherche identitaire nationale au 21ème. Pour Patrick Chamoiseau, les anciens dominants assaillis par le divers mais plus en position dominante sont déstabilisés par l’horizontalité car ils n’ont plus la possibilité d’assimiler. Apparaît donc chez eux un discours identitaire monolithique de fermer portes et fenêtres. Renversement de situation mais qui est toujours le signe que la relation progresse (Lien article PC).

Les réactions sont différentes donc, mais qu’on soit métissés assumés ou en quête d’authenticité, on le voit, on est tous hybrides désormais.

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Des voix

Si certains sont perdus, dans ce contexte « mouvementé« , les miennes de convictions s’affirment. Pour avoir une chance que la rencontre du 21ème réussisse, il faut se mobiliser ensemble, questionner les voix de la division.

Et c’est en regardant Au Fil des Mots (TF1, 18 avril) que ça m’a fait tilt. Hiam Abass et Rayhana Obermeyer étaient venues défendre leur film « A mon âge je me cache encore pour fumer« , une de ces oeuvres « anti-islamistes » qui foisonnent dans l’obscurité, et à cette occasion elles ont déclaré que la peur n’avait pas cours, car l’artiste a une responsabilité. Alors j’ai repensé au mépris que gueulent des Zemmour ou autres aboyeurs du genre envers la possibilité d’une société multiculturelle apaisée, à leur violence, telle qu’elle devrait nous laisser cois. Et bien non. Ils cherchent à engendrer la peur. Quand certains cherchent consolation dans la nation, ceux-là les idéologisent, les instrumentalisent, les radicalisent, s’en font les porte-voix qui divisent. Les musulmans prennent la parole, ils partagent la même souffrance, sont des victimes comme nous de la terreur, il n’y a pas d’opposition. Et si on s’attachent à ces voix et faisons taire les aboiements, on peut se consoler mutuellement. Pour ma part, je me souviens qu’à la fin de l’aventure du PC, sans job, j’ai eu peur de mon engagement. Aujourd’hui, j’y vois moi aussi une responsabilité.

Un cri

Oui, il faut unir nos voix. Prendre une nouvelle voie. On n’a plus le choix. Ou la division  engendrera des mouvements sans fin. Le drame de l’exil s’accentuera parallèlement avec la démulticulturalisation. Et nous touchera. Voilà ce que crie Patrick Chamoiseau dans « Nos frères migrants« . Sa proposition ? la poétique pour nourrir les nouveaux imaginaires politiques.

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« Drame majeur de notre temps, la question des migrants n’a trouvé aucune réponse dans notre monde actuel, comme si celle-ci s’avérait réellement impossible à concevoir à l’heure de la mondialisation marchande et du repli sur soi. Ce sont ainsi des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont abandonnés à la mort, transformant la Méditerranée en cimetière et nos frontières en murs de sang. Une catastrophe humanitaire, politique mais aussi poétique, souligne le grand écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992 pour «Texaco». A l’occasion de la parution de son nouveau livre «Frères migrants», publié aux éditions du Seuil, il explique à «L’Obs» pourquoi la poésie doit en effet d’urgence revivifier nos systèmes de représentation afin de renouveler notre vision du monde, réinventer le sens de nos frontières et organiser une solidarité des souverainetés nationales. Dans une vibrante «Déclaration des poètes» qui clôt l’ouvrage (extraits à découvrir ici), il formule aussi les grands principes humains qui pourraient nourrir ce nouvel imaginaire et conduire à la «mondialité» voulue par son ami Edouard Glissant. Une ode à la liberté, à la tolérance et à l’accueil. Un souffle inspirant face à l’inadmissible« . (Par Marie Lemonnier, publié 7 mai 2017, lien)

« Au cours de la soirée « Poétiques de Résistance : Itinerrance » (organisée par l’Institut du Tout-Monde à Paris, Maison de la Poésie le 1er février 2017), Patrick Chamoiseau a lancé un vibrant appel de soutien et de solidarité envers les migrants, qui conclut son manifeste Frères migrants, publié au Seuil. » (Lien

Manifeste à découvrir ici et à retrouver dans les Highlights du PG (Lien)

Une nouvelle revue

Plein plein de réactions depuis qu’on est entré dans le « monde d’après », dans l’inconnu… Pour compléter album, manifestes ou films qu’on vient d’évoquer, François Busnel et Eric Fottorino proposent eux la revue America, nouvelle revue lancée en réaction à l’élection de Mr T.

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« America racontera, l’Amérique au temps de Donald Trump. (…) America durera quatre ans, le temps du mandat de Trump dont les écrivains seront les mémorialistes. » (Lien)

Des publications

En ce mois d’avril Reporters Sans Frontières a sorti son rapport aussi. Le constat ? La dictature augmente, la liberté de la presse diminue. Rien à ajouter…

Et dans la foulée, voyons où pour certains chanceux il fait bon se réfugier en 2017… grâce à la banque HSBC qui vient de publier le classement des meilleurs pays pour une carrière d’expatriés, basé sur son dernier rapport « Expat Explorer« . And the ten winners are : Suisse, Allemagne, Suède, Emirats arabes unis, Norvège, Singapour, Autriche, Hong Kong, Royaume-Uni, Bahreïn. Les critères ? Facilité pour vivre, travailler et fonder une famille. Progressions de carrière, équilibre entre le travail et la vie personnelle, avantages sociaux, salaires, entre autres (Lien) .

Les Brèves du Territoire

J’avais promis que le PG ne serait pas = à une chronique de « démobilisation ». Menu de printemps léger donc…

Turquie. Victoire du référendum donnant les pleins pouvoirs à Erdogan.

Monde. 3ème guerre mondiale ? J’entendais en sourdine tout le bruit autour de Trump/Corée du Nord. Pris ça pour un gag. Pas de substance, pas d’enjeux, un jeu pour enfants, de la fumée, de la télé-réalité. L’occasion de fournir leurs grilles pour les médias. Perso ne m’y étais même pas intéressée. Mais bon les cris de mes amis + les débats tv sur l’éventualité d’une 3ème guerre mondiale ont fini par me faire me retourner…mais pas retournée…

Hongrie. Guerre de Viktor Orban contre le milliardaire George Soros. Dont il veut fermer l’université. L’Université d’Europe centrale (CEU), une uni étrangère…

La « Minute » Identitaire

Oui je sais je sais je sais que j’avais promis qu’on parlerait moins d’identité… Mea Culpa. Décidément, peux vraiment pas m’en empêcher. En fait le documentaire « Les intellectuels du XXIe siècle – Penser l’identité » diffusé sur France 5, est l’occasion idéale pour faire le point sur ce qui a été dit précédemment (LIEN PC) avec en bonus quelques manière inédites de l’appréhender. 

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Ce que ces intellectuels nous disent :

Principes

  • Les identités sont plurielles, multiples, liées aux interactions, toujours en mouvement, fonctionnent par principe d’ajouts, de transformation.
  • On peut se désidentifier, s’arracher à une identité sociale qui ne nous convient pas, refuser l’identité. 
  • L’identité peut être associée à une revendication politique à travers une essence culturelle.
  • L’identité pour un historien = ça ne veut rien dire car l’histoire = la science du changement.
  • L’identité = concept individualiste venant de la psychanalyse et étendu au groupe.
  • L’identité est liée à la puissance d’habiter, c’est l’habitation, représente moins un problème quand dans le confort.

Revendication / Assignation

  • L’identité est au carrefour entre revendication et assignation.
  • L’identité est liée aux groupes auxquels on a envie, on se sent appartenir. On la construit en choisissant ses appartenances.
  • L’identité peut être assignée et en dichotomie avec notre ressenti.
  • Les identités sont parfois conflictuelles.
  • On peut se revendiquer d’une identité et rejeter l’assignation qui est faite de l’extérieur de cette même identité, de la façon de la désigner.

L’identité nationale

  • N’apporte pas grand chose.
  • Violence de l’identité politique imposée, souvent excluante et pas inclusive.
  • Possibilité d’appartenir à plusieurs communautés, en changer.
  • Désolation par rapport à la perte d’identité permanente en France.
  • Définie par des critères d’adéquation, de conformité, pour rentrer dans ladite communauté.
  • Question identitaire vient au premier plan durant les périodes sombres, indicateur de tensions extrêmement vives, liée à la peur de la transformation, de l’avenir du collectif, réponse du repli au lieu de projet commun d’avenir.
  • France : identité nationale d’abord liée à identité culturelle, « exception française » dans années 80, pas idéologique, ensuite concept a vrillé.
  • Dérive de la récupération politique : laisse croire aux désemparés qu’ils pourraient devenir patriotes d’eux-même en prenant une identité qui leur serait accordée par le pouvoir. Mauvaise ruse, il ne faut jamais croire que nous sommes un territoire. A l’idée de nation s’ajoute une foi religieuse, radicalisant dans une foi pour prétendre répondre à une foi radicalisée (Pascal Guignard)
  • L’identité nationale sert quand il y a exil de masse, perdus ailleurs, notamment à travers la langue.
  • L’identité dans son usage politique est un leurre et un mensonge, elle nie les individus se construisant par multiplicité, ajouts, bâtardises, et ramène à une définition restreinte, un concept simple qui rassure en période de peur.
  • Danger de lier nation, identité et culture. Association qui nie cultures des groupes intra-nationaux. Peut conduire à dangereux glissement. Exemple : chasse aux Juifs allemands si profondément intégrés, si profondément allemands que ça a conduit à folie de rechercher une quintessence juive pour persécuter. Peur = pas du manque d’intégration, mais de l’existence de la culture juive dans la nation.
  • Potentialité dangereuse de l’identité nationale en essentialisant et opposant les groupes.
  • Dans roman national le problème c’est pas national c’est roman. les être humains adorent les histoires, très difficile de lutter contre les récits.
  • Pour construire nation apaisée, faire politique de la citoyenneté et pas de l’identité.

Dérive de la recherche d’une essence culturelle nationale. Idée du grand remplacement = quelque chose d’absolu. Principe : tout fermer, renvoyer et créer une essence pure en pensant que ceux qui entrent sont aussi des absolus qui vont nous renverser.

Une cause de la recherche identitaire nationale au XXIème. Pour Patrick Chamoiseau, les anciens dominants assaillis par le divers mais plus en position dominante sont destabilisés par l’horizontalité car ils n’ont plus la possibilité d’assimiler. Apparaît donc chez eux un discours identitaire monolithique de fermer portes et fenêtres. Renversement de situation mais qui est toujours le signe… que la relation progresse.

Identité européenne. Ont échoué à l’inventer, ou si existe est liée à la nostalgie.

Pour conclure. Lecture de Pascal Guignard : « Bendard a écrit dans la deuxième pithique Deviens ce que tu es (…), non ne deviens pas ce que tu es, ne deviens pas idem, ne cherche pas à être différent des autres car l’envie d’être différent des autres c’est cela s’adapter aux usages du plus grand nombre des rivaux. Faire l’intéressant c’est avoir envie d’être identifié, ne fais pas l’intéressant, ne t’identifie à rien, ne deviens pas identique à toi-même, ne va pas vers toi.«  (Lien article PC)

En écoutant ce documentaire, j’ai réalisé que la « communauté Erasmus » = peut-être la seule communauté identitaire que l’Europe ait su créer (LIEN chapitre PC)

En dessert : ptites fulgurances pascales

A défaut du Vivre Ensemble, on a intégré l’immobilisme et cessé de se mobiliser.

Ce n’est pas le mouvement qui créé le chaos mais la résistance au mouvement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Gazette Mars 2017

 

A Lire en filigrane : Présidentielle France 2017

Le vent serait-il en train de tourner ?

Au sommaire de cette Gazette, une républicaine en combat, un intellectuel camusien, une fable d’aéroport, de « l’ethnographie locale », une quête d’amour européen, des discours identitaires, de nouvelles voi(x)es et pour terminer en beauté un florilège de ptits trends encourageants…

Ce mois-ci j’ai été tour à tour

Émue devant...

Le portrait de Latifa Ibn Ziaten, « Latifa, une femme dans la République » (Jarmila Buzkova, 2016, France 2, 7 mars 2017). « Mère du premier militaire assassiné par Mohamed Merah lors de sa cavale meurtrière en mars 2012, Latifa Ibn Ziaten prend la parole pour évoquer son deuil et le combat qui l’anime. Convaincue que la prévention est une solution face à la violence, elle s’emploie à sensibiliser le jeune public au risque djihadiste. Quelques jours après le drame, elle s’était rendue sur les traces du bourreau de son fils Imad.« 

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Latifa Ibn Ziaten c’est une nouvelle figure de tolérance républicaine. C’est la sincérité, la preuve par l’exemple, le franc-parler. Du coup les gens l’écoutent Latifa, elle est respectée.  Latifa ne victimise pas ses auditeurs. Elle leur dit : « Vous êtes , vous êtes nés ici » – ils lui disent « Regardez où on habite, enfermés dans le ghetto » – Elle insiste « Investissez ici, pour rendre vos enfants heureux ici au lieu de vous contenter de l’être là-bas un mois par an et rendre vos enfants malheureux ».

Elle dit : il ne s’agit pas d’oublier d’où l’on vient, ni notre religion, mais de le vivre avec modération. Elle-même ne manque jamais les vacances au Maroc, le retour aux racines, l’occasion de transmettre la culture. Elle dit encore « Noirs ou blancs, musulmans ou chrétiens, des banlieues ou d’ailleurs, « Vous êtes tous les enfants de la République ». Elle dit « L’État ne doit pas non ce sont vous les parents qui devez prendre soin de vos enfants, vous les jeunes qui devez poussez les portes, vous imposer« . Elle rectifie la confusion entre identité, croyance et nationalité. « L’Islam n’est pas une identité, pas une nationalité« . S’oppose aux parents qui passent leur identité à leurs enfants, et à ceux qui lui confient « Mes parents me disent n’oublie pas d’où tu viens » elle répond « mais non tu viens d’ici, eux d’où ils viennent, mais pas toi » et aux parents « Moi j’oublie pas d’où je viens, mais je dis à mon fils tu es français« . S’adresse à l’école républicaine aussi, « quand on parle d’immigrés pour parler d’enfants français… Immigrés de où, de quoi ?« 

Elle s’insurge enfin, contre l’enfermement communautaire, imposé « Comment on peut enfermer des gens dans des ghettos sans mixité et leur demander de s’intégrer ??? S’intégrer à quoi, à qui ??? Il faut ouvrir les ghettos et mélanger les gens » ou choisi « Vous devez pratiquer un islam républicain, bien sûr que ça nécessite des compromis, mais la solution c’est quoi, être tellement strict dans sa pratique que l’unique voie est de rester chez soi tout seul à prier ?« 

Bref, Latifa, elle prêche pour la mixité, le bon combo entre Ici et Là-bas.

Bluffée par…

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Parole de tolérance aussi chez Abd Al Malik venu parler de sa rencontre avec Albert Camus… (France 24, 22 janvier 2017, A l’affiche) Extraits

« Ma feuille de route ça a été cette préface de « L’envers et l’endroit » où Camus parle du fait qu’il s’agit toujours de resté connecté à ses origines, d’où l’on vient, mais avec cette idée non seulement d’aller vers l’autre, mais dans cette idée de dire finalement que je suis moi par l’autre, grâce à l’autre, cette idée d’universel, et dire qu’il faut quoi qu’il advienne, même si le monde autour est obscur, il faut rester droit il faut pas se laisser contaminer par l’obscurité. »

« Ok, je parle de mon histoire propre, personnel, de ma communauté, mais c’est toujours une métaphore, une allégorie de la communauté humaine, c’est à dire l’idée c’est de dire que l’universel est fait de tous les particularismes, et voilà ce que m’a enseigné Camus et ce que m’enseigne Camus au quotidien. »

« L’art permet de transcender sa condition mais aussi de créer des passerelles, d’échanger avec les autres, des gens de milieu socio-culturels différents, et voilà, échanger et grandir et au fur et à mesure c’est devenu quelque chose de vital à la fois pour nous mais aussi dans cette idée de dire que la vraie subversion aujourd’hui elle se trouve dans la capacité qu’on aura à faire du lien avec les autres différents, la capacité qu’on aura finalement à être dans l’échange et à parler … je vais dire un grand mot un gros mot pour certains même mais à parler d’amour véritablement. »

« Si on traverse une crise c’est une crise référentielle, une crise de modèles en fait. Parce qu’on a besoin du regard de l’autre pour devenir soi, mais on a aussi besoin d’une certaine manière de se voir en mouvement, et se voir en mouvement c’est voir des personnes qui partagent nos idéaux, des personnes qui viennent du même milieu que nous et qui ont réussi à faire quelque chose de leur vie. Et c’est vrai que quand on vient de cité, on a souvent des modèles négatifs, … »

Sur la radicalisation, le djihadisme. « Moi ça fait plus d’une dizaine d’années que je parle de ça, que j’explique qu’il est important que la France puisse connaître et comprendre toutes les religions qui la composent aussi et c’est vrai que laisser les gens de banlieues en périphéries au sens physique et concret c’est à dire finalement on s’intéresse pas ou peu ou pas assez à eux et ben d’une certaine manière il se passe des choses qu’on ne saisit pas qu’on ne comprend pas. Et en vérité cette radicalisation-là elle vient de ça elle vient du fait que non seulement dans la société on n’a pas tant de modèles positifs que ça qui nous ressemblent on n’a pas de personne finalement qui vantent de manière pertinente et intelligente ces notions de laïcité qui sont vitales et importantes pour le bien vivre ensemble et ces personnes qui nous disent que la spiritualité c’est quelque chose d’intime et de personnel et que ça doit pas être instrumentalisé. »

A suivi une autre voie « Parce que justement non seulement je rencontre des figures, je parle de ces enseignants, mais la littérature, quand on fréquente des gens comme Albert Camus à longueur de temps et ben forcément on fait fonctionner notre intelligence et on comprend que la notion de débat, d’échanges, d’idées contradictoires c’est important et du coup on grandit et puis on comprend que la religion quand elle est pas nourrit par l’intelligence, par la spiritualité véritable ça devient quelque chose de vide, c’est une coquille vide. Et on comprend finalement qu’on peut être éminemment spirituel sans être nécessairement dans une religion quelconque, et c’est dans ce sens-là que Camus est un être éminemment spirituel même s’il ne croit pas en Dieu. »

A participé au doublage du film The Birth of a Nation. « Ce film parle de l’esclavagisme mais ce film parle d’aujourd’hui. Les thématiques abordées il nous parle de la racialisation de l‘instrumentalisation de la religion il nous parle de la victimisation des victimes et finalement il nous parle de la pertinence aussi du cinéma aujourd’hui, sa capacité à être à la fois dans le divertissement mais à la fois aussi dans une démarche prise de conscience et de comprendre finalement qu’on doit être capables de déposer nos sacs de douleurs et regarder notre passé, aussi difficile qu’il soit le regarder dans les yeux et dire il s’est passé ça, maintenant travaillons ensemble pour aujourd’hui et demain pour évidemment que ces choses ne se produisent pas mais surtout qu’on reste vigilants parce que rien n’est acquis. »

A lire : Qu’Allah bénisse la France (2014) / Camus, l’art de la révolte (2017)

 

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Dubitative devant…

Après « Tour de France » sort l’enquête « Dans quelle France on vit » de la grande reporter Anne Nivat. Ces brillants journalistes, animés sans doute par la bienveillance et la bonne volonté, ne seraient-ils pas cependant entrés dans le piège de Français qui feraient de l’ethno sur d’autres Français ? Présentation de l’éditeur : « Pour cette immersion dans six villes de France, à l’heure où les journalistes sont parfois taxés d’arrogance, la reporter de terrain se place à hauteur de ces femmes et de ces hommes côtoyés durant des semaines, chez qui elle a vécu. » D’accord… (lien)

 

Transportée par

Le film Bird People. Fable contemporaine sur la poésie des espaces standardisés, uniformisés, des non-lieux globalisés et de ceux qui les traversent les « habitent ». RER, aéroports, chaînes hôtelières aseptisées… Bien sûr on s’interroge sur la solitude, sur le sens de ces existences… Mais la poésie se cache partout pour qui veut ouvrir les yeux. Et de/entre ces fuites interconnectées, quelque chose se créé… Lien, renaissance, possibilités…

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Nostalgique devant…

Le film « Europe she loves« …

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« Europe on the verge of social and economic change. A close up into the shaken vision of 4 couples, daily struggles, fights, kids, sex and passion. A movie about the politics of love. » (lien)

 

 

 

2001-2016 De « l’Auberge espagnole » à « Europe she loves« … De … réunis par l’espoir à séparés par la crise. D’une vision solaire et optimiste à une vision désenchantée et gloomy. On est plus dans le même monde. Changement d’ère, de récit, de paradigme de société… Xavier prenait l’avion pour embrasser les opportunités de la mondialisation, ces amoureux-ci pour fuir la crise qu’elle a engendrée… Entre ces deux avions… 15 ans.

Génération Erasmus, une page est tournée (article PC) Pour un de mes couples de cosmopolites l’épilogue est déchirant.  Pour faire leur adieu très cosmopolite au nomade Karl, des jeunes gens ont pris l’avion du monde entier. Beaucoup de larmes et autant de langues…

Attristée aussi par…

Le repli culturel et nationaliste. Alors que plusieurs régions françaises adoptent la Clause Molière – qui consiste à imposer aux entreprises qui obtiennent des marchés publics d’employer des ouvriers qui maîtrisent le français – Mr T annonce une réduction de budget de 30%  pour les Organisations internationales.

La transnationalisation géopolitique, à défaut d’être culturelle… La Turquie se brouille avec la Suisse qui annule un meeting en faveur du référendum, avec l’Allemagne aussi, où une partie de la diaspora fait défaut d’allégeance… Mais il a aussi ses adeptes, des pro-régimes territoire dans une terre ouverte.

La transformation des Villes-Monde économiques en citadelles du pouvoir, d’un pouvoir endurci, citadelles contrôlées, « ennationalisées ». Aujourd’hui Istanbul déjà, demain NYC ?

Dans ce contexte d’évolutions politiques, de renforcement du protectionnisme, c’est légitimement qu’après la diffusion d’un documentaire sur le Port du Havre (LIEN PC), Marina Carrère d’Encausse s’interroge sur l’avenir des échanges et en débat avec ses invités.

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Ils débattent plus particulièrement sur le sort du transport maritime qui pour Paul Tourret, directeur ISEMA Institut supérieur d’économie maritime,  n’est que le miroir de nos échanges.

Quand à l’avenir, « Alors là c’est la grande interrogation pour tout le monde. C’est à dire que le transport maritime c’est fait pour l’hyper globalisation, et donc il s’est formaté pour quelque chose. Alors il s’est surformaté avant la crise de Lehmann Brothers et la crise de 2008 ce qui fait qu’il était déjà en difficulté. Aujourd’hui il arrive à retrouver un point d’équilibre, le seul problème c’est que le monde est en train de changer. Est-ce que les échanges de demain seront comme ça ? Donc on a un vrai problème sur cette économie maritime qui est peut-être formaté sur un monde qui est en train de disparaître, peut-être il faut pas le souhaiter mais en tout cas on a de grosses interrogations, les élections américaines, demain les élections en Europe aussi, enfin on voit bien y’a un mouvement en tout cas dans les démocraties n’est pas favorable aujourd’hui à un hyper libre-échange, alors que des régimes comme la Turquie comme la Chine y sont plus favorables, c’est un des paradoxes de notre époque. »

Ce grand méchant commerce mondial, bientôt over ?…

Revigorée par…

Une nouvelle voix. Dieu merci, l’Europe, la mondialisation, certains y croient encore. Comme Emmanuel Macron. Pro UE avec politique sociale-libérale. Progressiste. Jeune. Moderne. Après le Brexit et le sacre de Mister T, comment ne pas se laisser séduire ?

Une nouvelle voie. Les échanges se poursuivront. Ils prendront juste d’autres voies. Ils reprendront sans doute la Route de la Soie…

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Quoi, de nouvelles routes on n’en veut plus ? Mais si, c’est juste que pour éviter au monde de se rétracter, il faut d’abord qu’on se réconcilie avec le monstre. Demandons déjà leur aide aux romanciers, comme Véronique Ovaldé que j’ai entendu évoquer dans la Grande Librairie (2 mars) que dans le mot commerce, elle entendait aussi lien, relation à l’autre. Et si on revenait aux racines du mal, on s’attachait à retrouver l’authenticité non pas seulement des identités, mais du commerce aussi ?

Eclairée par

Oui le monde est en pleine mutation. A défaut de se lamenter, il faut déjà tenter de le comprendre. En écoutant par exemple les discours qui nous éclairent sur le virus identitaire globalisé. Pour ce faire je me branche sur la Grande Librairie où l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert retrace l’itinéraire éclaté d’une famille juive pendant la Shoah avec «Avant que les ombres s’effacent» et Maryam Madjidi raconte l’exil d’une famille iranienne en France dans son premier roman, «Marx et la poupée» (Grande Librairie du 16 mars). Quant à Louise Erdrich (Grande Librairie du 23 mars) elle nous parle de Renaissance indienne, nous raconte ces jeunes Amérindiens soucieux de faire re-vivre leurs traditions. Comme ceux que j’ai découvert au détour d’une exposition à Toronto (Lien Toronto PC).

Qu’est-ce que nous disent ces auteurs ? Que le parcours identitaire est cheminement, qu’il comporte des étapes, souffrance, revendication, réappropriation, la voie peut prendre du temps avant de goûter au métissage heureux. A la position post-identitaire d’une Leïla Slimani. Une quête d’identité qui touche tous les citoyens d’ici, de souche ou d’ailleurs. Mais les artistes nous susurrent aussi que la réconciliation ne se fait pas forcément dans cette terre du Nord en plein questionnement en ce moment. 

Gaël Faye lui a quitté la France pour le Rwanda il y a deux ans. Pour lui, « Faire pays c’est voir ce qui nous lie entre nous et le porter.«  Et la France ne fait plus trop pays en ce moment. Exilé une fois exilé toujours, depuis l’âge de 13 ans et sa fuite du Burundi, l’artiste n’a jamais retrouvé un endroit où il avait l’impression qu’il habitait véritablement le lieu. Il a donc décidé d’errer  jusqu’à retrouver un lieu où il trouve sa place. Opter pour une errance qui lui convient car il se sent citoyen du monde. En attendant, il essaie de faire de ses écrits des pays dans lesquels il se repose l’espace d’un instant. Gaël Faye nous dit aussi que l’appétence pour la mondialisation est question de perception. La jeunesse du Rwanda croit en l’avenir, en contraste avec une riche France désilusionnée. Il compare leur foi en l’avenir avec la façon dont est dépeinte la France pendant cette campagne présidentielle. Une foi qui engendre des idées qui font avancer les  choses. (Emission Boomerang, France Inter, 29 mars).

Et pour terminer : le moment Good News

Petits trends politiques encourageants : victoire de la CDU de Merkel lors des élections régionales en Allemagne, résultats des élections aux Pays-Bas, des élections législatives cantonales en Suisse où en Valais comme à Neuchâtel on a assisté à une débâcle de l’UDC, échec du référendum anti-migrants en Hongrie, multiplication des ralliements à En Marche, solution suisse au vote populiste du 9 février 2014, c’est déjà pas mal non 🙂 ?

Et si vous en voulez encore, le mois de mars a marqué le retour de Barack Obama et avec lui, de l’optimisme. Il nous a présentés sa Fondation dont la jeunesse et la citoyenneté sont au coeur du projet et a réaffirmé sa détermination à militanter pour l’engagement des jeunes. «La chose la plus importante que je puisse faire est d’aider à préparer la prochaine génération de leaders à prendre le relais pour tenter de changer le monde», un engagement politique qui implique d’abattre es obstacles «Si on y parvient, tout se passera bien. Je suis toujours incroyablement optimiste». (Lien)

Oui le Monde est en pleine mutation. D’ailleurs j’écris cette Gazette dans le café bio-local-hipster « Roaster », anciennement « La Petite Italie »… Le monde est en pleine mutation, ma foi c’est ainsi. Recherchons la poésie partout, dans la nouveauté comme dans la nostalgie…


 

La Gazette Février 2017

 

A lire aussi pour ce mois de février : En Mode Global – Kuala Lumpur & Dubaï

Fin février, back from World-Cities

Alors je sais pas si je dois y voir un signe mais à peine débarquée de mes dernières escales en Villes-Monde, déjà envie de parler de tourisme… Naaan, en fait je viens de tomber sur un reportage sur l’explosion du tourisme en Islande et son ton a de suite piqué ma curiosité. On y entend des habitants se sentant victimes de leur succès. Prix qui flambent, bulle immobilière, bouleversement de cette terre tranquille… Décidément, quelles qu’elles soient, angle de vision contemporain des mobilités : une menace, un danger.

Du coup soyons sympas et laissons les Islandais un peu respirer et laissons un peu les Espagnols aussi qui défilent pour clamer qu’ils sont saturés. Faisons plutôt un véritable acte de résistance et précipitons-nous en masse dans d’autres pays qui pleurent eux aussi… chez les Egyptiens qui pleurent les 60% de touristes qu’ils ont perdus, dans les resorts ultra-sécurisés des Tunisiens, qui font tout pour développer leur jeune démocratie, ou encore soutenir nos cousins stambouliotes que notre compagnie aérienne boude pour la seconde année consécutive. Bon c’est vrai qu’avec l’autre dictateur c’est tendu ok. Mais y a encore plein d’autres pays méditerranéens.

Alors oublions un peu ces questions de religion, car croyez-moi, pour avoir goûté par le passé à ces escales méditerranéennes et revenir à peine d’une errance dans deux Villes-Monde musulmanes, on y est très bien reçus.

Le monde n’est autre qu’un grand plateau de jeu sur lequel il s’agit d’équilibrer les mouvements, quels qu’ils soient. Equilibre démographique, mais également géographique, culturel, religieux, …. Le truc c’est qu’aujourd’hui derrière cet équilibre toujours précaire se trouve toujours la question identitaire

Tourisme, ceux qui pleurent, ceux qui saturent

Documentaires

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Tourist Go Home – Venise, Barcelone, Dubrovnik : les ravages du tourisme de masse de Antje Christ – Arte, 2016, 55′, diffusé le 18.04.2017

 

Venise, Dubrovnik ou Barcelone ne veulent plus voir des paquebots géants déverser leurs hordes de touristes car « certes c’est bon pour le commerce mais désormais ils craignent de perdre leur identité« .

Mots du doc : état de siège, sentiment de faire partie d’un décor, invasion, masse, foule, submergés, dépossédés, résistance, perte d’authenticité, entreprise-ville, caisses vides, mono-activité, appauvrissement des compétences, ville devient un hôtel et administrée comme tel, musée à ciel ouvert, parc d’attraction, spéculation immobilière, problèmes de logement, coûts pour municipalité, gestion des déchets, environnement, bouleversement du tissu social, mythes, figurants, ville qui se vend à des groupes étrangers, évasion fiscale, peu de gagnants hormis les gros consortiums internationaux, nécessité de choisir un « modèle » de tourisme de concertation avec les citoyens, de + en + de gens veulent/peuvent voir ces trésors, comment le leur reprocher ?

D’autres voix : Diana Marlais, 26 ans, créatrice Escape Room à Dubrovnik. « Ce sont surtout les personnes âgées qui se plaignent de l’affluence touristique. De leur temps ces gens-là gagnaient leur vie en faisant toutes sortes de métiers. Désormais l’activité principale c’est le tourisme et les personnes âgées ont du mal à accepter ce changement. En fait elles aimeraient que tout reste comme avant mais nous les jeunes nous trouvons ce changement très positif, nous sommes contents des occasions que la mondialisation nous donne. Les jeunes sont contents quand ils peuvent travailler. »

Elisabeth Casanas, Barcelone, Portail « Pro Viviendas Turisticas ». « Sur notre site Pro Viviendas Turisticas nous rappelons que pratiquement 50% des personnes qui vivent de la location d’appartements pour touristes sont des femmes. Pour toutes ces femmes, comme pour moi-même, cela représente une occasion de travailler en indépendant, et de concilier notre activité professionnelle et notre vie de famille. » (…) « Je ne pense pas qu’on puisse résoudre les problèmes des uns en mettant des bâtons dans les roues des autres. A mon avis, la Mairie ne résoudra rien avec ce genre de stratégie. Au contraire, elle risque de renforcer non pas la touristophobie mais la xénophobie.« 

Commentaire : « Barcelone est actuellement en plein paradoxe, les touristes suscitent une hostilité grandissante mais de nombreuses banderoles souhaitent la bienvenue aux réfugiés. Le tourisme de masse n’est pourtant pas apparu par hasard. Il est le résultat d’une politique qui des années durant à chercher à attirer toujours plus de visiteurs sans chercher à investir dans des appartements accessibles et des logements sociaux destinés aux habitants.« 

Venise, David Bravo, architecte. « Il faut être conscient que ce que nous appelons le droit à la ville implique l’idée que l’espace public appartient à tout le monde, aux gens qui vivent sur place, et aux étrangers. Si nous oublions ce principe, nous risquons de nous engager sur un terrain extrêmement dangereux, celui de la xénophobie, du rejet des immigrants, et de tout ce qui vient d’ailleurs. Il est donc très important de comprendre cette idée, l’ennemi ce n’est pas le touriste, ce sont tous ceux qui soutiennent un système touristique qui concentre les profits sur un petit nombre de personnes et qui payer les pertes à l’ensemble de la ville. »

Délicate question : l’identité, le purisme, la purification… ou l’économie, la muséification, la saturation ? On y répondra sûrement pas mais en attendant je vous propose un deuxième docu, à visionner en miroir avec celui-ci. Vous allez voir, c’est finalement pas forcément là où l’on croit que la culture du visitant semble poser problème.

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Tourisme et terrorisme : Tunisie, Egypte, Turquie « Trois pays dans la tourmente » de Eberhard Rühle, Arte, 2016, 55′, diffusé le 18.04.2017

 

Des souks vides à Djerba, au Caire, à Antalya, à Istanbul… Triste vision.

Tunisie. Une économie basée sur l’extérieur, le tourisme, la rencontre. Désarroi et  misère qui menace à Djerba. Nouvelle démocratie mise à mal par la crise économique et la crise sociale qu’elle a engendrée. Des mosquées-associations caritatives viviers de recrutement pour les islamistes.

En Égypte, les allées des sites archéologiques de Louxor sont bien parsemées, heureusement les touristes des pays arabes sont en augmentation, par solidarité nous dit-on. Les Chinois aussi, depuis la visite de leur président. En bord de mer, une niche pour plongeurs tire son épingle du jeu. Leur solution, miser sur les voyages individuels vs les voyages organisés, le tourisme de masse. L’Égypte est redevenu un État policier. La sécurité avant le retour à la démocratie. Et dictature = sécurité. Pour le Ministre du Tourisme, pas question de laisser couler ce qui a été « le premier pays touristique du monde ».

Ahmed Noubi, chef du Bureau d’information du gouvernement à Louxor. « C’est un patrimoine qui appartient à l’humanité toute entière, nous devons tous ensemble préserver et restaurer toutes ces strates de civilisations. Les Grecs ont rapporté d’Égypte Antique la philosophie, la médecine et les sciences. La Grèce a été l’un des piliers de la civilisation européenne, notamment lors de la Renaissance. Et la civilisation américaine s’est construite à partir de la culture européenne. Vous voyez, tout est lié à l’Égypte. »

A Istanbul, la fréquentation a chuté d’un tiers après les attaques de 2016 qui ont été  suivies du coup d’État de juillet, et d’une répression politique trop musclée. Antalya a perdu 75% de ses emplois. Erdogan – Poutine réconciliés, les touristes russes reviennent un peu. Mais il faut compenser les Européens qui fuient non seulement à cause des attentats mais aussi à cause de la situation politique. A Antalya on pense à changer de modèle touristique, développer un tourisme culturel et des boutiques-hôtels vs un tourisme de masse. Une idée, à en croire les fermetures d’établissements stambouliotes, qui n’est pas forcément la solution… Les professionnels du tourisme accusent un gouvernement autocratique qui instrumentalise la religion et glisse vers la dictature. Ils sont en colère contre la politique étrangère du Gouvernement mais aussi contre les Européens qui les laissent tomber et leurs médias qui en font des tonnes. Pour combler le vide, ils nouent de nouvelles relations commerciales, se tournent vers l’Est, l’Iran, l’Asie, les Pays du Golfe. (Route de la Soie ?)

Conclusion documentaire : « Pour l’heure, les chances de retour des visiteurs européens en Turquie semblent compromises. La démocratie turque est menacée, et les tensions sociales s’accentuent. Pour la seule année 2016, le pays a connu une dizaine d’attentats islamistes ou kurdes. En Egypte, la population s’accommode du gouvernement militaire. Elle l’accepte comme un mal nécessaire convaincue le rétablissement de la sécurité se traduira par un retour progressiste des touristes. La Tunisie est le pays qui a le plus progressé en investissant dans la protection des touristes et dans l’avenir de sa population. Si la démocratie perdure, et si les jeunes y trouvent leur compte, elle pourrait se développer dans la stabilité. »

En route vers le printemps 🙂

En ce moment, à défaut d’importer des touristes européens, le président turc Erdogan, qui a lancé un référendum pour obtenir les pleins pouvoirs, exporte sa campagne en Europe où il chasse, menace, fait de la propagande, créant des tensions avec l’Allemagne, les Pays Bas ou encore la Suisse…

Bien malin qui pourra prédire comment tout ceci évoluera. En attendant, clôturons ce mois sur une note positive.

Outre le climat printanier, une autre bonne nouvelle : après Mr. T, le Brexit, la victoire trop vite annoncée de MLP, pour la première fois un sondage donne l’Européiste-mondialiste anti-repli Emmanuel Macron gagnant de l’élection présidentielle française de mai prochain.

2 26.01.2017

Emmanuel Macron ne cesse de gagner des soutiens. Le match au sommet opposera donc bien le Parti des origines au Mouvement hybride. La rhétorique identitaire au pragmatisme. La mondialisation au néo-Middle Ages. Le Territoire au Réseau (lien). Moi j’aime bien Benoît Hamon aussi, sa proposition de taxer les robots, son faciès bienveillant. Mais il court pour le PS, un parti qui fait diagnostic commun avec les partis populistes, comme l’a finalement admis mon ami d’étiquette socialiste… On a besoin d’OPTIMISME, de lumière, d’énergie, de défi…  ils nous dépriment ces dépressifs.

Une autre façon de l’être, optimistes, c’est de s’attacher au local. Ainsi cette semaine on pourrait parler de la pragmatique Genève et son opération Papyrus (http://ge.ch/population/actualites/operation-papyrus) campagne de régularisation de « résidents sans-papiers« , de « travailleurs clandestins« .

Genève en plein trend d’ouverture, Genève, qui voit son parti populiste reculer. Genève, où dans une de ses banlieues ce week-end on célébrait la solidarité.

9 25.02.2017

Reste le projet du Grand Genève qui peine encore à décoller… Une exposition vide, des collègues en quête de boîtes aux lettres locales pour conserver leur permis, mais sans réelle volonté de travailler à une identité commune. Commençons par là, ensuite l’admin suivra…

La Minute identitaire

Et pour conclure ce mois, je sais que j’ai promis que le Menu Identités serait moins copieux dans le PG, mais je n’entends pas résister à partager avec vous des visions toujours singulières de l’identité, pour celles-ci entendues dans la Grande Librairie du 23 février.

Shumona Sinha, romancière née au Bengale, à Calcutta, en 1973, et arrivée à Paris en 2001 pour enseigner l’anglais, publie « Apatride« , son quatrième roman. Le thème ? Entre Inde, France et va-et-vient, trois femmes dans le labyrinthe de la quête d’identité. A travers elles, l’auteure explore la condition féminine en Inde et en France et les fractures sociales, politiques, communautaristes et religieuses françaises. Une femme « de couleur » exposée à la banalisation des propos racistes, au discours national binaire. Pour l’auteure, originaire d’une Inde encore fortement sous l’emprise de la culture britannique, choisir la France fut une pure folie. Ainsi l’exil ne fut pas douce évolution mais brutale rupture. Effrayante et jouissive, grâce à la rencontre avec une nouvelle langue. Sa vision de l’identité ? Le premier territoire est le corps. Les violences faites aux femmes = les déloger de leur propre territoire –> les rendre apatrides.

Dans cette Grande Librairie s’exprimait aussi le philosophe et sinologue François Jullien, qui a beaucoup écrit sur les identités culturelles. Pour cet auteur, parler d’identité culturelle, associer identité et culture est faux. La culture ne cesse de changer, il n’y a donc pas d’identité possible. D’autre part la culture est collective. On confond ainsi deux choses, l’identification du sujet et puis ce qui serait une identité objective de la culture. Il appelle à abandonner ce faux débat pour un autre, autour des ressources culturelles. En France plane un repli identitaire qui voudrait faire croire qu’on s’identifie à une culture, alors qu’en fait la culture ce sont des ressources, qu’on explore, qu’on exploite, et qu’on n’est pas amené à posséder. On ne possède pas sa culture, qui au contraire représente la capacité de se dépayser en soi-même. Si ce refuge, discours identitaire s’est installé, c’est donc sans doute parce que beaucoup de choses se réfugient en lui…

Pour clore ce mois de février, citons Caryl Férey « Être plouc c’est d’être de quelque part« . Une phrase qui colle pile poil à l’esprit du PG.

 

 

 

 

 

2017. « Portes ouvertes, esprits ouverts »

Après la mythique NYC, la régionale Montréal, l’authentique Toronto, l’utopique Singapour, la convalescente Paris, la communautaire Londres, l’euro-méditerranéenne Marseille, la régionaliste-mondialiste Bretagne l’effrénée Hong Kong, il est temps pour moi d’aller prendre le pouls de deux Villes-Monde musulmanes avec cette question : les VM se veulent a-géopolitiques, sont-elles aussi a-turnmoil-religieux ? Quelles nouvelles compositions inédites Kuala Lumpur la sud-est-asiatique et Dubaï la moyen-orientale me réservent-elles ? Quel combo ont-elles sorti de leur chapeau pour concilier Histoire, culture, environnement, mondialisation ? Can’t wait…

World Cities eager…

J’en aurai jamais fini avec les Villes-Monde (?) …

Kuala Lumpur et Dubaï seront-elles fondamentalement différentes des autres VM que j’ai foulées ? Types de gouvernement, gestion de la diversité, de l’espace public, de la « laïcité » ? Quelle influence de la notion d’accueil qu’on trouve dans l’islam ? J’ai choisi deux villes certes de même religion, mais dont la comparaison s’arrête peut-être là. Culturellement, les Emirats arabes unis et la Malaisie sont aussi éloignées que… je sais pas moi, la Pologne et le Portugal ou le Québec et le Brésil… Démontons une fois n’est pas coutume la théorie de supposés blocs civilisationnels bloqués et attachons-nous à démasquer la diversité dans l’uniformité de façade, de compromis, des Villes-Monde.

Sens au diapason

Peut-être avons nous chacun un lieu avec lequel on se confond, un lieu avec lequel on est au diapason, un lieu consolation ? Dans les mégalopoles sud est asiatiques, il y  a quelque chose dans l’air qui me console. C’est impalpable, pas explicable, irrationnel, c’est juste comme ça. Alors imaginez l’excitation en ces temps de campagne présidentielle française et l’atmosphère médiatico-politique dans laquelle on est enveloppés, piégés. Une fuite heureuse ! Je fuis l’Europe musée barricadée pour l’Asie enthousiaste et tournée vers l’avenir. Ils ont l’innovation, on a le principe de précaution. Je prie pour que ces terres n’aient pas encore été trop contaminées… Je peux fermer les yeux et sentir la chaleur, l’humidité, l’odeur des marchés, l’effervescence du pavé, … L’Asie du Sud-Est, terre bénie des Dieux. Outre les éléments propres à toutes les VM – effervescence, frénétisme, foisonnement, amoncellement, émulation, profusion, bouillonnement, etc. – je me languis de retrouver sa gastronomie, son climat, sa vitalité, sa torpeur, son énergie, son mélange des cultures, des époques et des tons, son spirit, son optimisme, son inventivité, son ptit côté chaotique parfois aussi…

On est en janvier, je ne tiens plus … Dans un mois je vais vivre dehors, à moindre coût, enfiler ce rythme qui me sied, me noyer dans la masse, fondre et disparaître dans la densité, laisser s’exprimer ma natural kindness et mon cynisme dans la valise, et m’adonner à la randonnée urbaine, mon sport préféré.

Mon évasion anglée…

A part le retour aux « sources » et le questionnement de l’influence de la religion sur la VM, je compte profiter de ce voyage pour faire le point sur mon expérimentation de l’hybridité : bi-travail alimentaire-projets en indé, bi-fonctions au travail, bi-maisons, bi-identités. Équilibre possible ? Vu l’état de déliquescence dans lequel j’entame et aborde ce voyage-fuite, à ce stade, serais presque contrainte de pencher pour l’échec présumé.

Enfin, last but not least, le séjour sera placé sous l’angle de la double immersionDSC_8591 (2)Immersion parallèle sur le bitume et dans l’espace médiatique. La mondialisation = un espace réel, on peut la sentir en VM. La mondialisation = aussi un espace dématérialisé, médiatique mondial, à métrique géopolitique. Ma réalité de Ville-Monde en journée vs la réalité géopolitique importée France 24 en soirée… Et là c’est mode Mr T, il  est partout. Il terrorise. J’entends de trop près les échos et les suites de son décret anti-musulmans, les échos journaliers de toutes les nouvelles idées folles qu’il aura pendant mon séjour aussi.

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En mode avocate des Dieux

On leur faire trop souvent le procès d’être agressantes, saturées et aseptisées…. Mais les Villes-Mondes sont loin de n’être que ça… Elles rendent la rencontre possible. Imaginez autrement la possibilité d’une femme seule dans le désert, chez les bédouins… Alors qu’une femme seule en Ville-Monde émirati, c’est en tout cas une possibilité, presque une banalité…

Certains amis moquent mon appétence pour ces grandes villes capitalistes, on me raille avec mes visites de ces villes libérales et impersonnelles, eux et leur recherche d’une présumée « authenticité ». Si je pouvais les rallier à ma cause ;-). Mon postulat ? C’est justement dans les VM qu’on la trouve l’authenticité la vraie, celle du 21ème siècle.

En tout cas ces escales sont cohérentes avec mon projet, mon goût de l’hybridité, des gens mélangés. Moi je ne voyage pas à la recherche de différences mais pour trouver ce qui rassemble. Nos compositions du même. Je ne voyage pas pour le personne mais pour le plein d’autres. Une posture assez mal comprise dans ce monde en phase obsessionnelle de recherche « d’authenticité pré-fabriquée ».  Mon trouble ? que d’un côté on cherche l’authenticité voire des parodies culturelles ailleurs, qu’ici on aurait tendance à se folkloriser ou se créer des néo-communautés, et qu’en même temps on conspue la communautarisation des autres. Sans voir la contradiction. Sans réaliser que les uns et les autres succombent au même trend, au même mouvement. Alors quoi, on veut de la diversité ou de l’assimilation ? Parce qu’il faut quand même être un peu cohérents…

Kuala Lumpur. « Catch up » World City

KL en trois lignes. Kuala Lumpur, « Confluent vaseux » s’est d’abord développée grâce à l’exploitation des gisements d’étain. Une bourgade dans la jungle au 70 à 80% de taux d’humidité qui a connu une croissance fulgurante ces dernières décennies pour devenir jungle urbaine où la moyenne d’âge de la population est de 27 ans. KL, mégalopole tolérante qui aime vivre et laisser vivre.

Environnement

Histoire, culture, géographie, religion... Chaque Ville-Monde s'inscrit dans un environnement. Climat équatorial, islam, colonisation britannique, ouverture à la mondialisation ou KL symbolisée par ces deux lieux : Bukit Nanas, le plus vieux morceau de jungle protégé en Malaisie et Merdeka Square, ancien centre de l'administration coloniale britannique et lieu de la déclaration d'indépendance en 1957. Derrière Merdeka se trouve Masjid Jamek, plus ancienne mosquée de la ville, actuellement encerclée par les chantiers.En arrière-plan s'élèvent la tour HSBC, emblème d'une colonisation économique que la Malaisie a su faire sienne, la tour Menara KL et les Petronas Tower, symboles de modernité d'influence architecturale islamique. 

J’ai bien feuilleté le Lonely Planet dans l’avion, mais très vite, j’ai renoncé à me rendre dans les anciennes villes coloniales de Melaka ou George Town, en gros au « Musée Unesco »…mais plutôt opter pour l’option immersion et immobilité. Demeurer là où se trouve l’énergie et le présent.

Je vais donc séjourner dans Bukit Bintang, quartier de diverses consommations, quartier un brin « agress » aussi. Hi miss, hello miss, massage miss, massage miss, happy hour miss, eating here miss… Bukit Bintang c’est principalement quatre espaces identifiés. En résumé depuis mon hôtel je traverse la rue des bars et restaurants occidentaux, la rue des massages, la rue du ravitaillement et ses cantines aux mille saveurs asiatiques, avant de déboucher sur la grande artères des centres commerciaux.

Paysage urbain

Au programme pour commencer : marcher, se perdre, sans a priori. Yeux frais. 

Itinéraire du séjour : Golden Triangle : Bukit Bintang, Jln Alor, shopping malls, KLCC dominé par les Petronas Tower, tours jumelles de 452 m qui furent six ans durant les plus hautes du monde. Leur base est constituée d’une étoile à huit côtés, écho à des motifs arabes. Les influences islamiques sont également représentées par les cinq côtés des tours, références aux cinq piliers de l’islam et le mat qui les couronne, leur « minaret »; Chinatown, Brickfields, Lake Gardens, Islamic Arts Museum, Little India, Kampung Baru, Chinatown, …

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Premières impressions. KL = la version chaotique de Singapour. Moins d’organisation, plus de sollicitations, walking aïe, gentillesse top, chantier géant, trous géants. Lourdeur de l’air et chaleur des habitants, toujours prêt à orienter celle qui se perd sans cesse sur la carte

A ma décharge, si celle de gauche ne nous dit rien, celle de droite ne dit pas non plus que la cité est en complète mutation, un immense chantier, …

Depuis quelques années, le gouvernement a mis en chantier un plan de développement d'infrastructures majeur, dont la construction d'un métro et le projet de réhabilitation des bords du fleuve baptisé River of Life.

KL : Pedestrians unfriendly city, so friendly people

A KL malgré le fait qu’on risque sa vie à chaque fois qu’on traverse la route, les gens ont l’air gais. Malgré les travaux aussi. Partout. KL donne le sentiment de mener une course pour rattraper les fleurons de la mondialisation. Avec un train (ou disons une rue piétonne…) de retard, elle qui en est au stade du développement d’un réseau de transport performant. Une course qui semble perdue d’avance, les grandes soeurs entamant déjà la phase « ville durable ». Pour compenser KL semble adorer les vitrines. Mettre en avant ses fleurons architecturaux, sa modernité, ses buildings innovants. Mais peut-être que cette course est ce qui donne à cette cité son côté attendrissant. Sa force c’est sa sympathie, son accueil, KL est une ville qui ne juge pas. Ses inconvénients ? avoir une autoroute à traverser pour se rendre dans un parc, si si juste à côté sur la carte, mais mettre six heures pour l’atteindre… KL n’est décidément pas le bon parc pour randonneurs urbains.

Donc après une première journée à risquer ma vie à chaque fois que j’ai tenté de traverser la route ;-), j’allume la télé, et si j’ai cru une journée avoir pu échapper à l’agitation du monde, j’ai dû me résigner. Le monde est encore en pleine reax du décret anti-musulmans de Mr T. Gardons la foi. Même si le bonhomme pourra éventuellement un temps gagner avec ses mesures protectionnistes, gageons que la société civile lui le fera payer. Boycott du tourisme, choix de consommation. Baisse du soft power. Société civile vs géopolitique, on a notre mot à dire, il passe par l’économie, par nos mouvements aussi.

Donc la télé nous ramène à une certaine réalité à laquelle on aime à échapper dans cette ville où l’islam n’est pas associé qu’au terrorisme mais aussi célébré au Musée des Arts islamiques. Mais comme je vous l’ai dit, la carte ne nous en dit pas plus que la télé, ainsi elle ne me dit pas qu’il fallut traverser plusieurs autoroutes et cinq heures pour y arriver 😉

Like Singapour… ?

Petit rappel : Singapour et la Malaisie = des destins liés, juste à côté, histoire similaire, climat similaire, composition ethnique aux mêmes accents, mêmes multiculturalisme et multi-confessionnalisme, mais différent groupe démographiquement et politiquement dominant et différente religion majoritaire. Singapour fit d’ailleurs un aller-retour dans la Fédération de Malaisie, de laquelle elle fut exclue assez rapidement, en raison du risque de déséquilibre que la dominante chinoise faisait peser et sa décision de ne pas privilégier l’ethnie malaise. Même donnée de base, choix politiques et routes différentes. Mais way of life ressemblant… Comme à Singapour, on se presse dans les malls climatisés, on voue une passion à la gastronomie et arbore fièrement sa skyline. Sinon, KL est plus messy que Singapour, meilleur marché, sollicite plus volontiers.

Une société de communautés

Démographie. Comme à Singapour, la nation est divisée en trois communautés principales : Malais, Chinois, Indiens. Mais ici le groupe dominant sont les Malais et la religion d’État l’islam. Au niveau national on compte 58% de Malais, 26% de Chinois et 8% d’Indiens, mais à Kuala Lumpur cette proportion est de 45% de Malais, 43% de Chinois et 10% d’Indiens. Ville d’immigrants, KL compte parmi sa population de nombreux Indonésiens, Pakistanais, Bangladeshis, Népalais, Birmans, Vietnamiens, Indiens, Chinois, Philippins, une population du Moyen Orient et une petite population d’Occidentaux. J’y ai croisé peu de francophones mais rencontré des gens des Philippines, de Dhaka, du Bhoutan, de Myanmar, d’Inde, etc.

Cohabitation

Ce qu’on en dit. La démographie, bouleversée par les colons anglais, a conduit à une répartition du pouvoir déséquilibée entre Chinois et Malais, ces derniers se sentant marginalisés dans leur propre pays. Une supériorité économique chinoise dans un pays politiquement malais, aboutisant aux émeutes de 1969. En 1971 a donc été introduit le Bumiputra, « Les fils du sol », politique de discrimination positive envers les Malais et depuis les années 1970 il existe en Malaisie une volonté politique de forger une société multiculturelle et tolérante. Si les tensions ethniques et religieuses ne sont pas exemptes, les communautés cohabitent pacifiquement mais se mélangent peu. Par exemple, contrairement à Singapour, chaque communauté fréquente sa propre école. A côté de la cohabitation intra-citoyenne, le racisme envers les immigrés économiques et les réfugiés serait plutôt vivace et les lois contre les illégaux se durcissent, notamment depuis 2002 et le nouvel Immigration Act. Une politique migratoire qui varie cependant en fonction du niveau de qualification. En Malaisie, la religion d’État est l’islam, un islam tolérant et une pratique enrichie de nombreuses influences. Si l’islam radical ne s’est pas implanté en Malaisie, le conservatisme religieux aurait augmenté ces dernières années. Ainsi ma terre promise ne serait pas non plus exempte de tensions et du turnmoil ambiant. Après tout est question de degré…

Ce qu’on ressent. Gens détendus, cohabitation détendue. Facile de communiquer, le minglish de KL étant plus compréhensible que le singlish de Singapour. Population moderne et ouverte. Les jeunes filles enjouées portent des foulards colorés. Dans les malls, la rue, les places, on croise toutes les communautés. J’ai eu l’occasion depuis de discuter avec une connaissance qui rentrait d’un séjour de six mois en Asie du Sud-Est (Vietnam, Birmanie, Thaïlande, Malaisie, Laos) et qui m’a expliqué que ce multi-confessionnalisme, ce multiculturalisme est présent dans toute la Malaisie, pas l’apanage de la VM. Elle a constaté que les gens se mélangeaient naturellement, dans une harmonieuse cohabitation. Elle m’a du reste confié je la cite que « ça faisait du bien de voir des Musulmans en vrai« … et a également apprécié la présence de la communauté chinoise, par ce qu’ils apportent à cette société multiculturelle malaisienne, se disant justement séduite par ce qui avait pu l’agacer chez les Chinois en Chine. Importance de la mixité, tout le temps… Mélange, équilibre des cultures et des tempéraments…

Quartiers ethniques

Brickfields, « Little India officielle », « Little India », l’autre Little India, Kampung Baru, le village malais, Chinatown, comme à Singapour, à KL il y a des quartiers communautaires aussi.

Retrouvailles avec Irvan

Souvenez-vous d’Irvan, mon ami Singapourien de Sumatra !

La multiculturalité, une affaire de point de vue. Avec Irvan on a partagé nos impressions sur Hong Kong, y ayant chacun été récemment. L’occasion de  réaliser que la diversité avait une signification différente pour nous deux. Au coeur du débat, quelle cité, de Singapour ou de Hong Kong est la plus multiculturelle ? Pour moi Singapour assurément, pour Irvan Hong Kong évidemment, car pour lui la diversité est synonyme de la présence d’Européens, pregnante à Hong Kong du côté de Causeway Bay, de Repulse Bay ou encore de Lantau.

Pas prêt à s’ancrer. Si Irvan aime la vie à Singapour, cette dernière est cité où s’installer, cité « too easy » lorsque le moment n’est pas venu. Irvan veut encore bouger, éviter de regretter d’avoir pris racines trop jeune. Où aller ? Le Canada est trop froid. Il rêve d’Europe et va candidater pour des MBA là-bas. Mais s’il souhaite par la suite y revenir et s’y installer, il lui faut d’abord obtenir le permis de résident à Singapour. Bref, il lorgne sur l’Europe dont il a évidemment parcouru, à l’instar des autres Asiatiques qui y pratiquent l’express travel, plus de pays que moi. Ce qu’il en voit ? Une Europe down, un « passé » qui a besoin d’Asiatiques pour cheer up. Une Europe à la meilleure qualité de vie aussi : plus facile de se déplacer, de vraies saisons, une grande beauté. Une Europe qui n’a pas conscience de ses atouts et s’invente des worries..

Couple mixte. Quel que soit l’endroit où il sera amené à rencontrer sa moitié, mon ami ne veut pas s’engager avec une Indonésienne, il se projette dans un couple mixte et aspire à fonder une mixed family. Il trouve les Coréennes trop superficielles, admire les Japonaises, s’entend très bien avec les Chinoises, même si celles-ci l’intimident encore un peu. Irvan veut un couple égal et une femme indépendante, lui qui contribue financièrement pour que sa mère puisse garder sa maison depuis qu’elle a perdu son mari. Une mère sans autonomie et à ses yeux, amère.

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Après avoir quitté la ville pour visiter les impressionnantes Batu Caves (sanctuaire hindou niché dans des grottes à deux pas de la ville), nous nous sommes baladés à Bukit Bintang un samedi soir, où Chinois, Malais, Arabes, Western se mélangeaient avec naturel dans l’espace public, dans une apparente habitude de se côtoyer. Voilà la vertu des quartiers touristiques et commerciaux, le possible mélange de tous, avec ensuite retour éventuel dans des quartiers communautaires respectifs. On a croisé peu d’Indiens cependant. On a ensuite dîné et passé le reste de la soirée au son des feux d’artifice marquant la fin des festivités du nouvel an chinois, dans la rue de bouche et de boissons occidentale sur laquelle s’alignent des bars allemands, anglais, espagnol, italien, une rue où l’alcool coule à foison, connue et prisée par la jeunesse malaise et jusqu’en Indonésie. Dans cette terre musulmane, on trouve même un restaurant nommé Marvellous Pig, no comment, un peu de respect tout de même…

Foi, identité. Durant notre week-end, Irvan m’a parlé de sa foi aussi, qu’il a perdu un long temps. Mais depuis peu, il fait des choses, se trouve dans des situations où il ne se sent pas totalement lui-même. Il veut désormais trouver le juste milieu, se réconcilier, ne pas être dans le rejet d’une partie de lui.

Irvan cherche le bon compromis identitaire. Pas 100% au diapason dans le quartier malais, pas 100% au diapason dans le quartier occidental non plus. Mais à le voir détendu et en phase dans le centre moderne et mélangé, on dirait bien qu'il l'a trouvé...

Sentiment océanique dans une piscine loin de l’océan.

Une fin d’après-midi au bord de la piscine j’étais tellement heureuse, presque souhaité qu’une compagnie amie s’installe ici, avec moi. Dans ce coin du monde où je m’épanouis, où suis ravie par la chaleur, DSC_7779 (2)le foisonnement, le multiculturalisme, la rencontre réussie de l’Est et de l’Ouest, l’énergie, la simplicité, la gaieté, le mix de tradition et d’ultra modernité, l’accueil des gens, la gastronomie, le coût de la vie… Je déguste un opus de Sylvain Tesson (Dans les Forêts de Sibérie) après avoir fait quelques brasses, suivant le conseil de l’auteur (se plonger dans des lectures qui propulsent aux exactes antipodes de son environnement immédiat), je lis donc la Sibérie sous les Tropiques. Sylvain Tesson parlons-en justement. Evoqué dans ma Gazette au sujet du virus du « retour à la maison » (http://leprojetcosmopolis.com/la-gazette-du-pc-2016iii-automne/), je découvre qu’il s’était beaucoup interrogé sur le rapport au territoire, aux racines, lors de ce voyage immobile, effectué après avoir couru le monde. Courir, se poser, s’interroger, rentrer : parcours type de l’être mondialisé ?

Je lève les yeux, j’observe les clients. Dans cet hôtel, un bon melting pot également. Italiens, Russes, Suédois, Allemands, etc. Diversité autochtone, diversité des visitants. Et un personnel qui semble ne pas déroger à la règle de KL, où tout travailleur semble venir d’ailleurs. Ce matin dans un café en ville j’ai rencontré une femme des Philippines et un homme du Bangladesh, ce soir les deux serveurs du bar sont de Bornéo, ici respectivement depuis 16 et 17 ans. Je jouis de ma DSC_7516parenthèse ici. J’apprécie aussi cette escale dans un pays musulman. Enfin ici une femme avec un foulard n’est rien d’autre qu’une femme avec un foulard, sans l’idéologie et les débats toxiques qui accompagnent le port de ce bout de tissu. La cohabitation semble à priori harmonieuse. Moi je me sens apaisée. Oui en cette fin d’après-midi au bord de la piscine pour la première fois j’ai réfléchi, j’ai fantasmé. je pourrais vivre ici, goûter pour un temps à tout cela. Oui un instant j’ai succombé à cette chimère de croire qu’on est temporairement fait pour un lieu alors qu’on y est en vacances. Mais on nous a appris à arrêter de rêver. Arrêter l’exil avant même de l’entamer. Je me sens coupable de mes pensées. Contaminée.

IMG-20170219-WA0002Digression. Sommeil et voyages.  Quoi qu’il en soit, je n’ai toujours pas dormi. Peut-être suis-je en train de délirer. Hier ma nuit a consisté en une sieste d’une heure entre 20 et 21h, une nuit que j’ai terminée ce matin après le ptit déjeuner pris à 7h, affamée. Sauté sur la diversité du buffet, oeuf-pastrami-saucisse, croissant, porridge asiatique, pancakes, gauffre, fried noodles, omelette au fromage ou laksa, j’ai le choix… Toujours une raison de ne pas dormir: préoccupée, jet laguée, excitée, angoissée, affamée, pleine d’idées, envie de mon café… En résumé je ne dors jamais. Quelques heures par ici par là, je m’en contente, ça me suffit. Mon temps est compté. Pas le temps justement pour récupérer du décalage horaire et les nuits perdues durant le voyage. Mes nuits sont blanches et je me contente de nuits du matin. Pas si grave, si je m’accroche à cet article lu à l’aéroport juste avant de monter dans l’avion: la prescription-injonction contemporaine des huit heures d’affilées n’est pas la panacée, culturellement elle sert surtout à fabriquer l’homme productif et uniformisé, alors qu’historiquement les sociétés ont connu plein d’autres façons de dormir. Ah je retrouve le bonheur des sciences sociales, même notre rapport au sommeil peut être déconstruit… Allez, ce soir je vais lutter contre mon envie de sieste et goûter déjà à une nuit réparatrice. Peut-être rêver de mon lac, cet été…

Réhabilitation, futur, composition, hybridation, uniformisation ?

J’ai fini par trouvé le sommeil… La veille du départ, je m’interroge. Quelle évolution pour cette KL en mutation ? Les habitants de KL sont inquiets. La cité est-elle en train de perdre son âme dans sa course à la modernité ? On peut se poser la question en voyant pousser les condos comme des champignons, des verrues dans l’environnement ?, en se baladant à Brickfields, littéralement encerclée et écrasée par les buildings environnants, en se promenant à Kampung Baru, village englouti par les tours du district financier et dont même la réhabilitation inquiète, à cause du risque de gentrification…, ou encore en déjeunant dans la nouvelle halle aseptisée dévolue au mythique Imbi Market…

 

Dubaï – « Portes ouvertes, esprits ouverts »

Dubaï en trois lignes. Dubaï fait partie des Emirats arabes unis (Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn), un des États les plus riches du monde. Territoire sous contrôle britannique depuis la fin du XIXème devenu fédération en 1971. Evolution économique : de l’industrie perlière au pétrole à la diversification des activités : hub pour hommes et marchandises en transit, finance, tourisme, immobilier, savoir, …

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Dubai Creek. Le fleuve, pilier du développement économique. En arrière-plan le Vieux Dubaï, ses souks, ses minarets, à droite une vieille connaissance... HSBC.

Arrivée. Le smog. Le ciel ressemble à celui de mon monde six mois par an, presque cru que j’avais oublié de faire escale… A travers le brouillard, je ne perçois d’abord guère plus que des (auto)routes entrelacées. Première impression : des trous, du vide, du gris. Quelques échappées verticales.

L’étonnement géographique. Ma cheffe et ma collègue de bureau ont « détesté » Dubaï, les écolos sont consternés, quant à mon amie Mica pourtant world open, elle se dit tout simplement « pas intéressée », …  but come on guys, it’s not about loving or hating Dubaï, it’s about being étonnés, parce  que franchement, en terme sociologique, géographique, politique, urbanistique, en tant que laboratoire multiculturel post-moderne, Dubaï se révèle juste être un lieu fascinant. A l’uni, on avait abordé Dubaï comme la plus grande anomalie environnementale du siècle. Dubaï, c’est le turning point, la cité qui a attisé la colère des Dieux. Et la cité, si j’en crois le magazine Zone Interdite, où je ne vais pas pouvoir beaucoup « m’amuser », vu mon budget et mes inclinaisons. En tout cas j’ai hâte, après KL, de découvrir une autre terre d’islam, ouverte sur le monde. En attendant, dès mon arrivée, devant le gigantisme, au vu des distances et des autoroutes je comprends que j’ai à faire à une autre VM « unpedestrian friendly ». Du coup je ne vais même pas tenter de m’étonner à pieds… Par chance ici le réseau de transports est très performant.

Impressions. Parc d’attractions à ciel ouvert et fermé. Mégalo, démesurée, fascinante, surprenante, vide ?, expérimentale, laboratoire. Ville de superlatifs only : ici on trouve le port artificiel « le plus grand du monde », la tour « la plus haute du monde », … Dubaï, labo de l’innovation et des projets tous azimuts : on a media city, cerveau city, internet city… construction d’un nouveau canal, extension de la marina, … Dans ce royaume des superlatifs, des « world …est », je traverse le world biggest mall au pied duquel je contemple le world biggest skyscrapper. What else ?

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Itinéraire : Dubaï s'étend de part et d'autre de la Sheikh Zayed Road, colonne vertébrale de la cité qui court jusqu'à Abou Dabi. La cité est découpée en quartiers, avec de gauche à droite : le Vieux Dubaï composé de Deira et Bur Dubai, leurs souks, leurs rues historiques, le Musée de Dubaï, Dubaï Creek et ses boutres / Downtown Dubaï avec le Dubaï Mall, le Burj Khalifa, Souk al-Bahar, le Financial Center / Les quartiers résidentiels de Jumeirah qui longent la mer, leurs centres de soin, centres médicaux, le centre commercial d'inspiration italienne, l'hôpital iranien, la mosquée de Jumeirah / Madinat Jumeirah, l'artificielle "Venise d'Arabie", non loin de là la voile du Burj al-Arab, le Mall of Emirates et sa station de ski / Palm Jumeirah, l'île-palmier artificielle, ses gated communities et son mythique hôtel Atlantis / Enfin Dubaï Marina, sa promenade (si si ;-)), ses croisières, la Jumeirah Beach Residence de plus d'un kilomètre, ses plages, ... Enfin sur la route de la Marina Dubaï Internet City, Dubaï Media City et Knowledge Village.

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Un jour à Dubaï, cité hors monde ? Aujourd’hui après avoir traversé ébahie cette ville expérimentale, le soir, fidèle à mon projet de confronter bitume et espace médiatique, je retrouve l’espace mondial dématérialisé. Ce soir donc, c’est tv made in France. On y parle du retour à la production « Made in France » justement, des circuits courts qu’on oppose aux diaboliques circuits mondialisés, des valeurs écocitoyennes qui luttent contre l’uniformisation globale des niveaux de vie, on parle de l’urgence de relocaliser pour mieux… exporter (!) mais d’ici hihi… Si j’avais voulu, je n’eus pas pu trouver programme en plus grand décalage avec le lieu depuis lequel je le visionne. J’adore l’ironie. Ensuite cap sur la Suisse où là on parle du suicide des paysans et de l’importance du « local » pour les sauver… Pour finir heureusement, mon moral est sauf grâce à une bande de Kurdes irakiens hipsters progressistes sur je ne sais quelle chaîne d’infos en continue… Merci je vais pouvoir aller me coucher rictus au coin. Spleen remis à distance, retour à l’expéditeur, retour au vieux monde en déclin ???? Mais non en Europe aussi on a encore des en-vies, pour preuve cette interview d’Aurélien Bélanger sur laquelle suis tombée à KL, venu présenter son roman sur Le Grand Paris, un projet ayant vraiment existé.

Plus généralement, en ce moment, dans l’actualité, deux mondes s’affrontent. D’un côté celui de Mr T et ses potos : Poutine, Netanyahou, Le Pen, etc. De l’autre celui de l’UE qui ratifie un accord avec le Canada de Justin Trudeau, ou promulgue une loi contre les sites de désinformation sur l’avortement. Puis entre les deux, y’a le « gentil mathusianiste » Cyril Dion qui nous parle de son mouvement Colibris… Les anciens maîtres crient, font la une des couvertures géopolitiques, pendant qu’ici, au Canada, à Singapour, en Malaisie, on vit, on s’active, on échange… sans bruit. Sauf pour notre ami Justin obligé désormais de monter au créneau. Et oui, depuis le sacre de Mr T il y a urgence pour les progressistes à sortir du bois. Les gars trouvez les mots, rien n’est acquis. Ainsi aujourd’hui Justin Trudeau faisait un speech post accords Cepta à l’UE, retranscrit avec le bandeau « Trudeau, l’apôtre du libre-échange. »

En tout cas, suis soulagée d’avoir fui l’atmosphère médiatique toxique de la campagne française. Veut pas y retourner !!! Je me souviens de mes larmes au retour de Hong Kong y’a deux ans… Les VM ne sont pas qu’écrasantes, elles sont aussi des bouffées d’oxygène.

En France ça crie et ça craint, et pendant ce temps là, au pays de l’accueil, j’ai entendu un ministre canadien s’opposer à l’enfermement systématique des repentis de Syrie, la Syrie ayant pu représenter une terre d’élection pour des hybrides se sentant à la fois étrangers sur la terre de leur naissance et étrangers dans leur terre d’origine. Le ministre pose cette question : devraient-ils aller en prison pour cela ? La Syrie, un territoire possible pour les hybrides culturels donc… Mais Dubaï aussi, et Dubaï meilleure option. Dubaï terre d’accueil pour les bi-culturels, bi-nationaux européens/arabes. Terre arabe, mais ouverte. Les fermés ne sont pas forcément là où l’on croit.

Il semblerait que la route des hybrides pointe vers l’Est, bientôt celles des routes commerciales et de l’Europe aussi. Grâce ou à cause de Mr T on va reprendre la Route de la Soie, encouragés par un certain président chinois… Dors et crie Donald avec tes potes aux visages durs, le mythe est mort.

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Utopie dubaïote. Dubaï, la VM proto-utopique ou uto-prototype.

Laboratoire urbain. Dubaï, immense terrain de jeu, feuille blanche sur laquelle on aurait convoqué les plus conquérants architectes et urbanistes du monde entier à qui on aurait dit : « Espace vierge, terrain neutre, budget illimité, architectes et urbanistes de tous pays, éclatez-vous !!!! » Désormais, Dubaï n’est plus tout à fait une toile vierge, mais une toile aux contours qui laisse de la place pour de nouvelles nuances. Urbanistiquement, une cité composée d’unités éclatées, cohérence ? Dubaï la fabriquée, Dubaï le paroxysme de la dysneylandisation, une dysneylandisation assumée. On y trouve Media City, Knowledge City, Internet City. Ici tout est fake, le canal est fake, la neige est fake les îles sont fake les lacs sont fake, les souks aux airs d’hier sont d’aujourd’hui.

En gros, à entendre les guides, ici tout a dix ans. Durant la dernière décennie pas moins de 300 gratte-ciels ont émergé, mais aussi des autoroutes, un métro, un tram, une marina, etc. Des projets fous en cours à foison. Dubaï c’est un projet, une vision, un terrain de jeu géant, Sim City dans le désert. Un paysage qui donne l’impression qu’ils ont d’abord construit les routes puis remplissent progressivement les espaces entre. Dubaï, une utopie, pas encore une ville ? Il va maintenant s’agir de remplir les vides, et pas que spatiaux. Que ça prenne, ça s’encrasse, ça se patine, ça se complexifie. Why ?

Démographie

Les données. Dubaï compte près de 90% d’étrangers répartis en 200 nationalités. Groupe de tête (moitié de la population étrangère) : Inde, Pakistan, Bangladesh ; viennent ensuite les Philippins, Coréens, Thaïlandais, Sri Lankais, Soudanais, Afghans, Iraniens; enfin les migrants arabes (Égyptiens, Yéménites, …) et occidentaux. Les migrants du sous-continent indien constituent l’importante main-d’œuvre non qualifiée engagée principalement dans le bâtiment ou les services. Les Occidentaux constitutent eux la masse des « expatriés ». En théorie, perpétuation du kefala, système de parainage inspiré de la tradition d’hospitalité bédouine. En pratique, l’immigration = un commerce, mené par des agences qui régulent les flux en fonction de l’offre et la demande. Système de migration temporaire et délivrance de visas de courte durée pour éviter l’installation et la fusion. Pas d’assimilation avec la population locale donc et une précarité permanente avec la nécessité du renouvellement constant du droit de « passer ». (Dictionnaire des migrations internationales)

Le bitume. J’ai rencontré des Indiens, des Français, des Africaines, des Népalaises, des Marocaines, un franco-Marocain, … Entre Dubaï et Toronto, les ajoutés peuvent expérimenter  un différentiel de 88 degrés… Pas étonnant qu’ils parlent beaucoup météo… Obsédés tantôt par les -40 tantôt par les 48 degrés ! Sinon, en parlant aux ajoutés économiques, l’essentiel des Dubaïotes donc, on apprend qu’ils sont ici d’abord par nécessité. Ne sont pas forcément contents, s’en contentent. Comme cette Marocaine qui a décidé de « bouger là où se trouve le job », après s’être retrouvée à traîner à la maison au terme de ses études, désoeuvrée dans un pays en manque d’opportunités. Ou ces Népalaises rencontrée dans les commerces nombreuses à devoir renouveler leur permis tous les deux ans, jusqu’à ce que le retour s’impose comme seule possibilité. Ou encore comme les cousins de mon futur beau-frère, qui n’aiment pas spécialement Dubaï, mais y vivent depuis sept ans sans intention de rentrer en France. Ils vont donc non pas où leur coeur les porte, mais où l’économie les conduit.

Les ajoutés dubaïotes préféreraient-ils l’Europe, à l’instar d’Irvan, qui ne l’idéalise pas, comprend bien son spleen, mais pense justement que leur état d’esprit peut contribuer à apaiser les angoisses européennes ? L’Europe reste-t-elle une option, parce qu’outre l’absence d’extrême climatique, comme le mentionnait un article dont j’ai oublié l’auteur, contrairement à ces nouvelles terres promises, l’Europe est habituée à la démocratie, n’est pas que malls et inégalités démesurées ?

Quoi qu’il en soit, si à Dubaï on importe beaucoup d’hommes, on en exporte peu. On émigre principalement pour effectuer des études de troisième cycle. Mais tout comme on a importé la neige, les lacs et Venise, on a aussi importé les grandes universités étrangères, plus besoin de sortir en fait… Dessein de fabriquer un « lieu total » ? Importera-t-ton bientôt les également les saisons ?

Cohabitations & hybridations culturelles.

Au pied du Burj Khalifa, on peut s’acheter une tenue islamique après avoir dégusté un afternoon tea chez Shakespeare. La force d’une VM, savoir mixer passé et présent ? Me revient cette phrase d’un Japonais rencontré à Singapour : « In World Cities we enjoy, we make business, we don’t care about politic » and… history ? Mixer le présent avec le passé et se le réapproprier, le faire sien ?

Vision de l’intégration des Dubaïotes, des seulement 11.5% d’émiratis, de locaux (recensement 2010) ? Représentation de l’espace public ? Comment le vivent-ils ? Est-ce qu’on les dérange ? Non on n’a pas l’air de les déranger…

Taxes supprimées pour attirer étrangers et investisseurs. Dubaï veut attirer le Monde. Cohabitation apparemment pacifique entre émiratis et celui-ci. Et à les voir se croiser, les mondes n’interagissent pas si mal ensemble à priori. Tous ces gens venus en si peu de temps et cette pacifique cohabitation, how ? Cohabitation vient d’en-haut ? Émir de Dubaï, a une vision, donne une ligne, des consignes.

Zoom. Émir visionnaire

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Cette présence demande évidemment des compromis culturels de la part du gouvernement et des citoyens. Mais quand on se sent bien reçus à priori, qu’une envie, qu’une option ? bien se comporter et respecter les traditions. Manière d’intégrer à l’inverse qu’en Europe. Règles fixées dans un à priori bienveillant et accueillant vs pas oser imposer de règles dans un à priori excluant, intolérant. Autre clé, une bonne économie ? Un peuple bien dans son identité ?

Des règles claires surtout. On l’a vu précédemment, apparemment aux EAU, il n’est pas question de fusion, d’assimilation. Du reste les expatriés ne peuvent pas devenir propriétaires dans tous les quartiers. Mais un espace d’expression culturelle leur est laissé, en tous les cas aux Westerns qui ont aussi leur monde à Dubaï.

Troublante cette cohabitation Islam/Occident quand on prend conscience que l’Arabie Saoudite se trouve juste à côté. On touche la terre de la culture wahhabite, celle-là même qui inspire les salafistes qui ont essaimé dans le monde entier pour nous terroriser. Sur le Walk, femmes peu habillées et Émiratis en costume traditionnel se croisent sans animosité. On dirait qu’on se tolère et se fiche une paix royale ici comme dirait l’autre.  Au terme d’un congrès à Madinat Jumeirah, on entend un « See you in Japan » adressé par des Japonais à leur hôtes émiratis. Sur les plages, différentes longueurs de vêtements se croisent. Des couples, des familles, des groupes d’amies de différentes cultures, parures mises à part, sont-ils vraiment si différents ? Le mode de vie des devises l’emporte-t-il sur le culturel ? Ou est-ce d’abord leur ouverture sur le monde qui les rassemble ?

Babel Live

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Société dubaïote ? En tous les cas, dans tous les espaces publics, le spectacle est fascinant. Une pièce de théâtre post-moderne à laquelle je ne me lasse pas d’assister, allant jusqu’à consacrer une journée à observer les gens transitant au pied du Burj Khalifa et du Dubaï Mall. Locaux, travailleurs, touristes, est-ce tout cela la « société dubaïote » ?

BABEL LIVE

En me repassant les vidéos du Monde de/à Dubaï, je m’interroge. Les Villes-Monde = futures oasis dans un désert d’uniformités localos-régionalos-nationalistes et de diversités essentiellement folkloriques, de « diversité Unesco » ? Au moment où le monde se dé-mobilise et dé-multiculturalise, Dubaï, future oasis dans un désert de diversité fabriquée et d’uniformités ? Dubaï, comme si Dieu nous avait donné ce coin de désert pour en faire un laboratoire de cohabitation du 21ème siècle…

DSC_8556 (2)Quant à moi, je n’ai subi de regards préjugeant so far. Mon corps de femelle occidentale solitaire ne suscite ni particulièrement d’intérêt ni particulièrement d’interrogation. Seul un British m’a demandé interpellé pourquoi une jeune femme voyageait seule… Ici, débarrassées des biais religio-identitairo-nationalos femmes occidentales et émiratis peuvent s’approcher. Et c’est plutôt de la bienveillance à mon égard que je ressens dans leur regards. En tout cas croyez-moi, se battre poeur des strings chez Victoria Secret avec des femmes portant la tenue traditionnelle, voilà qui rapproche et balaie tous les clichés ;-). Quand j’observe mes alter egos émiratis dans la rame de métro réservée aux femmes, je leur trouve une sacré allure. Leurs mises sortent du lot comparées à celles des westerns ou des extreme-eastern. Me voilà prise de mimétisme, après quelques jours je commence à adopter leur élégante démarche, leur port de tête, à me parer….

Digression. Les Utopies urbaines. « Il ne s’agit pas de projets pharaoniques qui, comme celui de la ville nouvelle de Dubaï, Masdar, entendent défier les conditions climatiques du désert et devenir le symbole d’une architecture soucieuse des hommes et de l’environnement. » https://www.futuribles.com/fr/revue/414/les-utopies-urbaines/

Hybridité. Économie et religion

DSC_8587 (2)A Dubaï on prend tout. L’économie et la religion. La religion et l’économie. Compromis et contradictions… Entre appel à la prière et malls démesurés. Appel à la prière dans les malls démesurés. Ptits arrangements avec les Dieux aussi. Tandis que les rich se pintent dans les hôtels de luxe les autres… mangent ça ha ha. Non ici il n’y a pas de cantines de rues…

Aseptisation. Dubaï, un Décor. Encore too policé, too shiny, too new pour les aspérités ? Ou ne pourront-elles pas s’exprimer, trop contrôlées ? Où sont les marchands de rue ? Dubaï, cacher, invisibiliser ? A l’instar de ces travailleurs du sous-continent indien qui comme au Qatar vivent dans des camps hors de la cité ? (lire « Qatar. Vie quotidienne et intimité dans un camp de travailleurs migrants » dans Un Monde de Camps de Michel Agier).DSC_8396 (2)

Dubaï, son hybridation entre modernité et religion remet en cause l’affirmation que l’uniformité mondialisante conduirait à ce qu’il n’y ait plus qu’une seule façon d’être riche dans le monde. Mais n’y aura-t-il pas bientôt qu’une seule façon d’être pauvre dans le monde, la mise à l’écart et l’enfermement ?

Mais sorte de contrat, quand on vient ici, c’est pour adhérer à TOUT ça ? Contrat aussi signé par les locaux ? Dubaï un projet à consensus, consensuel ? Bref, je ne sais pas trop quoi en penser.

Rien à faire à Dubaï, vraiment ? En conclusion, ma carte postale « What’s app » ressemblait à peu près à ça : « Je fais un peu de ski, un peu de bateau, un peu de chameau aussi ;-)… » Bref, un récit en mode parc d’attraction. Dubaï, certes parc d’attractions géant, mais parc d’attractions qui n’oublie personne, y’en a pour tous les goûts. Va falloir revenir, car plus à faire qu’il n’y parut, à côté des attractions, y’a l’environnement à explorer aussi. L’environnement naturel, avec le désert, mais aussi l’environnement culturel, avec les visites organisées par le centre culturel. Encore tant d’envies : s’enfoncer dans le Vieux Dubaï, Dubaï by night, Abu Dhabi, mais surtout creuser pour mieux saisir la complexité de cette cité décidément hors normes. Vivement !

 

Kuala Lumpur & Dubaï

KL & Dubaï, des emblèmes en partage. Des malls ultra-modernes, une skyline insolente, des autoroutes trop présentes, plein de gens mélangés. Les Petronas Tower vs le Burj Khalifa, un championnat de verticalité. Un immense chantier, mais tantôt sur un espace saturé, tantôt sur un espace clairsemé. KL, la Ville-Monde busy to catch up et qui aime mettre sa modernité en vitrine. Côté touchant. Dubaï l’utopie,  la cité qui provoque les Dieux : une Babel reconstituée, des tours qui vont tutoyer les cieux, la technique et l’argent pour défier la nature. Réinvente la cité, invente la nouvelle cohabitation.

KL & Dubaï, unsustainable cities. « Nouvel ancien » monde. Mais quand momentum, toujours des solutions ?! Momentum, énergie, innovation, investissements, … Tandis qu’en Europe on débat, ici on innove, on agit. En Europe, on débat beaucoup sur les questions d’environnement et de durabilité, beaucoup sur l’impossibilité de Dubaï aussi, à Dubaï on est pris dans un flux d’action et sans doute trouvera-t-on des solutions.

Villes-Monde et Islam. Finalement qu’est-ce qui diffère des autres VM que j’ai foulées ? Une cohabitation exempte des sempiternels débats sur l’impossible cohabitation avec l’islam donc plus apaisée, pas d’alcool durant mon séjour, la possibilité d’un contact avec des dames vêtues de noir, la présence de wagons réservés aux femmes dans le métro, la direction de la Mecque indiquée dans les hôtels, l’appel à la prière et les salles de prières dans les malls, les gares, les restaurants, pas de porc, des magasins de mode pour tenues longues, de nombreuses mosquées,…

VM toujours le même mot d’ordre : Hybridités / Glocalisation

Voyager pour un autre regard. KL et Dubaï, deux villes musulmanes, une empreinte britannique, des tours HSBC, de l’énergie, la glocalisation de la mondialisation. La comparaison s’arrête peut-être ici. Une religion, mille cultures. Le « monde » musulman pas un bloc monolithique. La théorie de Samuel Huntington encore une fois mise à défaut. Une même religion, une histoire, une culture, une politique, un environnement et des influences différentes –> des cités chaque fois uniques, des tenues adaptées. Le sable et le désert vs la jungle et l’humidité.  Deux Villes-Monde, deux pays musulmans, deux  façons d’intégrer les différents éléments, encore deux façons totalement inédites de composer avec la mondialisation.

 » Enduring traditions. Most UAE citizens wear the tradional dress; for men the dishdasha (the long, flowing white robe) so practical for this climate; for women it’s still customary to wear the black abaya that covers them from head to foot. (…) Even so, the wearers of these centuries-old garnments still shop in the most fashionable boutiques and drive the latest car (…). All this may sound incongruous to visitors before they arrive but, in fact, the seamlessness of combining the old with the new is the memory that lingers« .  (Dubai. Gateway to the Gulf).

German Döner Kebab, British style curries, ski et voile, marque japonaise adaptée, la glocalisation c'est tout adapter, revisiter, mixer, la glocalisation c'est l'authenticité post-moderne.

 

Digression. Diversité-Légèreté. En VM, la diversité est aussi dans l’assiette. Le ventre met tout le monde d’accord. Yummy. Petit florilège de mon escapade gastronomique.

Meilleures nouilles ever à Chinatown, Dims Sums, Lassi Mango, boil food, gold cake, red bean ball, café-thé frappé, poppiah, cheese tarte, souper thaï, lunch malais, lunch indien, sushis, mezze, chawarma, etc. A la maison, impossible de digérer une crevette, à KL, zéro souci avec un crabe en bâton acheté à un vendeur de rue !

Pour conclure…

Intégration / Cohabitations. La Malaisie et les Émirats ont une vision pragmatique de l’immigration, une approche régulée et liée à la demande de main d’oeuvre.  Des « travailleurs immigrés vus uniquement comme une variable conjoncturelle » (Dictionnaire des migrations internationales). Une vision en opposition avec la vision romantique de l’Ouest. A Dubaï le contrat est clair, les choses bien séparées, là pour bosser, pas pour s’intégrer ou intégrer. Soit, mais une fois que les travailleurs sont là, il faut bien cohabiter. Une cohabitation qui demande des compromis culturels, idem que dans nos contrées. Les compromis, c’est valable aussi de ce « côté ».

Mais si il y avait davantage chez les Émiratis que ce refus clair d’assimiler les étrangers, si « the renowned Arab hospitality. The ancient custom of the desert, where every visitor or traveller is considered an honoured guest, is still every bit as true today » faisait que certes l’ajouté reste un guest, mais un guest pour lequel on a les meilleurs égards ? Un accueil rendu possible grâce à la sérénité offerte par la religion qui aux UAE n’est pas décorative mais « provides guidance in every aspect of life« . Et toujours d’après cette présentation, « This is perhaps the key to the outstanding success of the UAE. From deep inner security springs the ability to welcome the stranger, no matter where he or she is from, and to deal with the challenges of change. Ahlan wa sahlan. Welcome from the heart. » (Dubai – Gateway to the Gulf, p. 19).

Cohabitation intime. Ma relation avec la solitude a encore évolué durant ce voyage. C’est seulement après cinq jours je me suis finalement poussée à donner quelques nouvelles. Du reste le voyage est aussi un apprentissage et moi plus je voyage plus j’aime ça. Plus d’ennui, plus de vide. Je commence à aimer voyager seule. Avant je le faisais d’abord pour apaiser ma curiosité, nourrir mes recherches, avant c’était d’abord un passage obligé. Désormais, et particulièrement en Asie, je vais chercher le futur et goûter à toutes ce que j’ai évoqué plus haut. Je fuis l’hiver, change d’air, je retrouve une personne qui m’est chère et qui m’a échappé dans la conformité forcée du quotidien : moi. Je pars loin pour retrouver la plus stricte intimité, la proximité avec ma poésie intérieure. Et la cohabitation avec le Monde.

Point de situation sur ma vie hybride. Passé tout mon séjour en étant persuadée qu’au retour, je n’aurai plus de boulot. Pas plus échappé à mon état qu’à l’état du monde et à la souffrance des autres travailleurs mondialisés dont j’ai eu les échos à la télé, le soir. Je m’interroge : VM = mondialisation = concurrence mondiale = devoir être « gratuit » et brisé pour avoir droit à tout ça ? vaut la peine ? passage obligé ? Dans un monde de gratuité devrait-on nous aussi par induction être gratuits pour nos sociétés ? possibilité de goûter à tout ça SANS la souffrance ? Sûrement… Partie avec une boule d’angoisse, du brouillard dans l’âme, l’air hagard, revenue en ayant compris le noeud de la boule. Tout n’est que passage. Perdu le contrôle de ma sérénité intérieure, de ma philosophie, de ma joie. Escapade pour comprendre. M’étais perdue. Encore une fois. En voulant m’accrocher, faire des plans, trop m’installer. La vie est faite d’allers-retours et d’ajustements constants. La vie est faite de mouvement. Là-bas ou ailleurs je finirai bien par le trouver… cet équilibre toujours provisoire 😉 Et même si ça demande beaucoup d’énergie et une ptite dose de schyzophrénie, pas question d’abdiquer, je re-signe pour l’hybridité. Un job qui paie les factures et le PG en indé. Une vie équilibrée. Vouer son âme à sa passion. Ne pas la prendre au boulot au risque de la perdre.

Une fois n’est pas coutume, See you Soon 😉 Les VM je les aime toujours autant, j’aime le son et la poésie des termes pour les qualifier : frénétiques, effervescentes, exaltantes, foisonnantes, excitantes, bourdonnantes, bouillonnantes, vibrantes… et je dois m’en gaver, on sait jamais comment la « renationalisation » du monde va évoluer…  Mais cette fois au retour je ne pleure pas, prête à affronter l’anxiogénité du vieux monde. Non cette fois-ci j’ai des préoccupations aussi superficielles que la cité que je viens de traverser. Ainsi ce que je pleure c’est la moitié de mon nouveau maillot de bain…si je n’ai égaré que ça en route, alors tout va bien…

 

Un peu de littérature pour continuer le voyage

La Gazette Janvier 2017

 

Au sommaire de cette Gazette, le départ d’un grand aficionado du métissage Territoire-Réseau, la prise de fonction d’un Territorialiste jusqu’au-boutiste, des bobos, des boubours, des Huntingtoniens, TF1, un président chinois, des Marches, des décrets coups-d’arrêt, des gens Debout, un candidat En Marche, …

2017. Le Monde d’après (?).

4 05.02.2017

2010 – fin 2016. Le PC est désormais bouclé

Bon soyons clairs, je ne suis ni la reine de la promo ni des réseaux sociaux. Reste que même si ça reste dans une certaine confidentialité, ce projet, il m’est nécessaire de le partager, et je suis plus qu’honorée d’avoir pu le faire jusqu’ici avec les plusieurs milliers d’internautes qui l’ont visité, encore plus touché des échos de certains d’entre eux, messages d’étudiants reconnaissants, de professeurs curieux, ou de lecteurs me confiant le suivre régulièrement :-). (Découvrez le PC)

Chronique d’une démobilisation, le PC prend fin avec l’élection de Mr. T. Mais bien évidemment le voyage se poursuit. Une passion, je vous dis, ça ne s’émousse pas comme ça. Je veux continuer à croquer, à chroniquer, à dénicher, à explorer, à témoigner, à expérimenter, à goûter. Esquisser le portrait subjectif d’une époque, qui prend sens sur le long terme. Et dans la pratique, ça se passe comment ? je déconstruis, je suis l’actualité, je cherche, je lis, je m’investis, j’y consacre un bout de ma vie.

Je poursuis donc, mais je vais angler différemment. Souvenez-vous, dans son introduction, je présentais le postulat du PC : la bataille entre le Réseau mondialisé et le Territoire national (LIEN). Fin 2016, le Territoire a à nouveau triompher. Alors dans le « Monde d’après », il ne s’agit plus d’opposer Territoire et Réseau, mais de les réconcilier, oeuvrer pour l’hybridation des désormais deux moitiés de nos Sociétés.

Le PG sera aussi synonyme d’un autre changement : un sage m’a dit un jour que lorsqu’on parle du monde on parle toujours de soi, alors assumons, ainsi le PG sera plus incarné. Une incarnation pour être dans l’honnêteté d’un projet qui se veut non-académique. Dire qui parle. Avec une envie : partager, échanger. Maintenant je veux aussi m’amuser, donc pour la théorie, je vous renvoie au PC, l’essentiel a été posé. J’y reviendrai sans doute constamment, par évocation.

Allez, c’est parti, plongeons-nous dans ce gris mois de janvier.

10 janvier. Bye bye Barack. Dernier discours de Barack Obama.

https://www.rts.ch/2017/01/11/08/45/8299836.image

Il est désormais l’heure de dire au revoir à celui qui incarna cette ère de transition entre consécration du Réseau et retour du Territoire. Celui qui a toujours su n’être qu’une étape dans l’Histoire. Barack il incarnait la réconciliation. Président mondialiste mais aussi on en a peu parlé un des plus interventionnistes que l’Amérique ait connu. Il a réconcilié ses racines, et par son action a montré qu’on peut être à la fois pro-Monde et pro-Nation. Mais de cela, on en a peu parlé… Barack, un président pas communautaire, pro Tafta et pro industrie USA, ouvert au monde, réconcilié avec Cuba, avec l’Iran, avec l’écologie. il a clivé. Contre son gré. Et su rester humble face à cela. Affirmant ne constituer qu’une étape, que l’essentiel était de continuer à progresser. J’ai eu la chance de passer un peu de temps à ses côtés en  consacrant un chapitre à ce grand homme dans le PC.

Si le coeur vous en dit je vous laisse le découvrir (LIEN). Pour l’instant plongeons nous  dans son dernier discours, que Barack Obama a axé sur un état des lieux de la démocratie. Une santé démocratique étroitement liée à l’économie qui pour Barack ne doit pas seulement être « libre » mais « juste« .  Extraits.

Bilan « Si je vous avais dit, il y a huit ans, que l’Amérique dépasserait une grande récession, que notre industrie automobile redémarrerait et que nous assisterions au plus grand nombre de créations d’emploi de toute notre histoire, si je vous avais dit que nous ouvririons un nouveau chapitre avec le peuple cubain, que nous arrêterions le programme d’armes nucléaires de l’Iran sans tirer un coup de feu, que nous éliminerions le cerveau des attentats du 11 Septembre, si je vous avais dit que le mariage pour tous serait une réalité et que 20 millions de nos concitoyens supplémentaires seraient couverts par l’assurance maladie, vous auriez dit que tout cela n’était pas possible. Mais c’est ce que nous avons fait. C’est ce que vous avez fait !« 

Réconciliation. « Nous devons donc être attentifs aux attentes des Noirs et des autres groupes minoritaires, aux réfugiés, aux immigrants, aux pauvres, aux transgenres… Mais aussi à l’ouvrier blanc de la classe populaire dont le monde a été bouleversé par les forces économiques. Nous devons faire attention et écouter. »

« Il faut se rappeler que les stéréotypes sur les immigrants d’aujourd’hui étaient presque mot pour mot ceux qui circulaient sur les Irlandais, les Italiens et les Polonais, qui, disait-on, allaient détruire le caractère fondamental de l’Amérique. L’Amérique n’a pas été affaiblie par la présence de ces nouveaux venus. Ces nouveaux venus ont embrassé les valeurs de cette nation, et elle en a été renforcée. »

Tout le texte est un vibrant plaidoyer pour la démocratie, l’engagement « politique ».

La foi. « À vous tous, tous les supporteurs de cette aventure, le jeune électeur, le bénévole, dans de petites villes, dans des familles diverses, vous êtes les artisans de cette démocratie. Vous avez changé le monde. Vous pouvez encore le changer. C’est pourquoi je reste formidablement optimiste. Permettez-moi de vous dire, et c’est un message à cette génération qui vient – elle est altruiste, créative, patriotique –, que vous avez raison de croire en une Amérique juste. Vous êtes les gardiens de cette démocratie. Et grâce à vous, je sais que l’avenir du pays est entre de bonnes mains. »

Et il termine ainsi. « Yes ! We can ! Yes, we can ! Yes, we can ! Merci. Merci. Que Dieu bénisse l’Amérique. Merci ! »

Yes We Can ! Et on a besoin de grand homme comme lui. Je partage son optimisme. Mais trop vite je tombe sur un reportage sur le Mirail, quartier « indésirable » de Toulouse et sa société parallèle. Alors ne serait-il pas trop tard pour le « We » ? Trop tard parce qu’on a laissé les uns dans les cités, les autres dans les périphéries ? Parce que les uns et les autres, écartés, fantasmés, se sont fantasmés, radicalisés, sentis rejeté et rejeté à leur tour la société nationale, la société mondiale ? Avec comme principale vision le funeste paradigme du choc des civilisations, comme principale moyen de réaction le détournement du discours racines des cosmos ?

Mot du réalisateur de Quartier impopulaire, : Au printemps 2013, je me disais : « Si l’association des mots quartiers populaires, pauvreté et délinquance est assez bien comprise, il s’en diffuse une autre, qui relie quartiers populaires, Islam, arabes, délinquance et terrorisme. Elle est beaucoup plus confuse. Cette confusion ne peut que renforcer le sentiment d’un danger intérieur latent. Le danger d’une association de malfaiteurs… » C’est devenu le point de départ de ce film, tourné dans le quartier du Mirail à Toulouse, entre le printemps et l’automne 2015. Débuté après les attentats contre Charlie Hebdo, QUARTIER IMPOPULAIRE se termine après ceux du Bataclan… (lien)

Présentation Infrarouge : Quartier impopulaire, diffusé le mar. 03.01.17 à 23h05.société | 65min. Toulouse le Mirail est un des plus grands quartiers sensibles de France. Délinquance, émeutes et terrorisme font partie du quotidien de cet ensemble, et il semblerait que l’incompréhension règne en maître de part et d’autre du ghetto. (lien)

Pas très encourageant… Faudrait que je lise « Le Grand Paris » d’Aurélien Bélanger, paraît que y’avait un super projet d’inclusion des banlieues pour Paris…

20170925_200545 (2)15 janvier. La nation serait-elle devenue confettis de sociétés parallèles ? Une autre société en tous les cas, celle d’autres périphéries se sentant mises de côté, a malheureusement pour sa réhabilitation élu une bien opportuniste porte-parole. Dans le documentaire « La dernière marche » qui lui est consacré, la clivante Marine Le Pen présente la fracture nationale ainsi : le vrai clivage politique divise désormais la société entre patriotes et mondialistes. Et quand elle exhorte la nation française, c’est des patriotes qu’elle veut parler. Moi je perçois plutôt cette nation comme un ensemble de régions – aux cultures marquées, qui du reste pour la plupart tirent leur épingle du jeu entre identité forte et pôles connectés – polarisées vers un espace de convergence, géographique, historique. Vers la capitale consensus, centre de convergence des régions devenu centre de convergence des mondes aussi.

Alors vous entendez faire quoi MLP ? Quitter Paris pour gouverner depuis la Province ? Comment comptez-vous rassembler en tournant le dos au seul espace neutre, en prenant comme terre d’élection une région, donc si je je puis me permettre, tout sauf un « coin de « nation » indifférencié ». Vous choisirez  une région « oubliée », au risque de diviser davantage, en opposant régions périphériques et régions dynamiques ?

Tout ça n’est pas sérieux, mais ce qui est plus inquiétant ce sont les interventions de Marion Maréchal Le Pen, qui fait passer sa tante pour une grande progressiste, une soixante-huitarde romantique. Elle se dit de la génération qui a soif de racines, de localisme, de nation, anti-mai 68, issue du paradigme chrétien. Une génération Huntington en gros. Une génération qui a grandi après 2001 et dont la conscience, tout comme celle des gamins de banlieues, a été façonnée par le choc des civilisations (LIEN PC).

Sauf que cette soif de racines, sa tribu n’est de loin pas la seule à en avoir envie. Heureusement au sein de cette génération, il existe diverses façons de l’exprimer. A côté des deux bouts radicaux ou radicalisés, les bobos, les transnationaux ou les régionaux aussi ont soif de racines, soif d’identité. il existe mille voies pour se chercher sans rejeter,… chanter la Bretagne, habiter deux maisons, (–> Highlights). Moi aussi d’ailleurs je suis eux, … sans l’idéologie de la pureté. Moi je ne veux pas choisir, je prends tout, les racines et la VM. Moi je prône pour La Théorie des Deux Maisons. Soyons gourmands, localistes, régionalistes, nationalistes, mondialistes, quartiers-istes si vous voulez, additionnez, composez comme vous voulez 🙂 !

Donc la Marion c’est un peu la cheffe de file des Boubours. Quoi, vous connaissez pas encore « Le boubour, nouvel ennemi 
du bobo«  ? « Il est jeune, aisé et ne dédaigne pas la barbe branchée réglementaire. Le boubour 
(ou bourgeois bourrin), un cauchemar sorti directement de la cuisse 
des bourgeois bohêmes. A force d’installer des bars à cornflakes dans des quartiers multiethniques et partager des saucisses véganes grillées avec ses congénères, le bobo ne l’avait pas vu venir. Qui? Le boubour, ou bourgeois bourrin, son alter ego négatif, soit un branché disposant du même capital que lui, mais aussi intolérant à ses aspirations d’égalité, mixité et justice sociale qu’un allergique au gluten. » (https://www.letemps.ch/societe/2016/12/16/boubour-nouvel-ennemi-bobo)

Ha ha moi je préfère rigoler avec Camille Chamoux et « L’esprit de contradiction« , mis en scène par Camille Cottin. « Il est ex-ce-ptionnel mon quartier. Y’a un mix très étrange. Y’a une épicerie…végan, une crêperie… alternative, un magasin de burqa et une crèche israélite. Bon ben forcément moi j’adore hein ; c’est ça l’esprit bobo; le goût de la mixité. Mixte, c’est le mot pour dire y’a des Noirs et des Pakis, … et je trouve ça cool. » (lien article PC Paris).

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Bon parlons plus sérieusement, parlons du concours de Miss France (et ben quoi, je vous ai toujours dit que mes références étaient très éclectiques, moi suis la Bobo Pop, la bobo populaire, je kiffe tous les décors et déteste le snobisme, le communautarisme excluant, quel qu’il soit…) Je disais quoi déjà ? Ah oui, en dépit des réacs de 20 ans et des boubours, cette année cinq des finalistes de Miss France étaient métis. Alors évidemment dès le lendemain certains ont hurlé à « l‘imposture cosmopolite« . Je préfère de loin cette imposture-là à celle qui consiste à nous faire croire que désormais ce serait une Marion MLP qui incarnerait le populaire… Alors vive le TF1 populaire, et adieux aux clichés.

Le PG = réconciliation = urgence de redonner la parole à l’autre moitié = si aversion pour certains de leurs médiateurs, dont Mr T, empathie pour ceux qui l’ont élu.  En attendant Mr T, pas encore « investi » semble déjà déterminé à user et abuser de son pouvoir de nuisance, menaçant les entreprises étrangères, insultant à tout va via les réseaux sociaux, déclarant la « guerre » à l’UE qui l’appelle à faire « Exit ». Si cet homme est l’incarnation au populaire, c’est faire honte au concept. Les gens populaires ne sont pas vulgaires, incultes et violents… Quel triste porte-parole, ils doivent avoir bien honte. Good new cependant, la campagne française bat son plein, et avec elle un espoir, Emmanuel Macron, un mec « En Marche », en mouvement…

Mr T se prépare donc à régner, du coup on ne le verra pas du 17 au 20 janvier au Forum de Davos, même si en filigrane il est présent dans ses enjeux en ces temps de trends protectionniste et autoritariste. Le grand gag, c’est que celui qui va endosser le rôle de porte-parole du mouvement mondialisé est… le président chinois, Xi Jinping, maître d’un État autoritaire et « communiste », venu montrer par l’exemple l’incontournabilité du combo hybride État fort – économie mondialisée. Il est aussi venu nous parler de la Route de la Soie. Pourquoi pas, après tout, la voie atlantique a bien perdu de son éclat, la folie de Trump signe bel et bien la future érosion du soft power américain…. « Davos est dès lors une plateforme idéale pour le Président Xi Jinping, en l’absence de représentants de l’administration américaine, pour présenter sa vision du nouveau monde actuel et un programme qui profiterait du vide laissé par le possible repli protectionniste américain. » (Lien).

Et puis arrive finalement le 20 janvier. Vague de froid. Il fait gris. Au moins Mr T évacue New York, c’est déjà ça de pris. Sa place se trouve légitimement dans un lieu de pouvoir national, certainement pas dans une Ville Monde… D’ailleurs elles en sont où les Villes-Monde en ces temps de populisme, de radicalisation du pouvoir, de trend de l’autoritarisme ? Elles ont fait figure de résistantes, d’îlots de respiration. En 2016, année du Brexit, Londres a élu un Maire musulman. New York a son passeport pour les sans-papiers (voir la page de IDNY), apatrides at least considérés comme citoyens de la Ville-Monde, à Zurich on y pense aussi. Quant à Genève elle a voté des budgets en faveur des multinationales, exposé sa « gueule » métissée dans un grand projet collectif, paradé multiculturellement pendant la Fête de la musique, et appelé à plus de permis de travail pour les extra-européens. Reste que certains font les frais du qui se joue entre VM et nations, dégringolant de l’envié statut d’expatrié à celui de sans-papier (voir l’histoire de ce Suédois à NYC)

Thousands Attend Women's March On Washington
http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/21/la-marche-des-femmes-contre-donald-trump-a-washington-en-passe_a_21659844/

Et moi je vous redis que le grand enjeu et ce sur quoi va se concentrer le PG, c’est la cohabitation entre le Monde (incarné dans les VM), les Régions (à la fois ancrées et en mouvement) et les Nations (empêtrées dans leur sursaut identitaire). Ca promet d’être passionnant, même s’il faut bien l’avouer, ces derniers mois ça a été plutôt effrayant. Passons.

En attendant, on marche globalement partout en ce 21 janvier et une banderole « Resist » fait de l’ombre à la Maison Blanche…

https://www.lesechos.fr/26/01/2017/LesEchos/22370-051-ECH_greenpeace-nargue-donald-trump-a-la-maison-blanche.htm

Allez, je vais me coucher, mais juste avant, je vais regarder le documentaire « Nuit Debout » sur France 5. « Durant plus de quatre mois, une foule d’anonymes silencieux s’est assise le soir venu place de la République. Tous étaient là pour partager leur colère la même envie, refonder la politique loin des partis établis. Né contre la loi El Khomri, le mouvement a surpris par son ampleur et résonné jusqu’au plus haut sommet de l’État. Ce document met des visages sur ce mouvement protéiforme et complexe.« 

https://nuitdebout.fr/blog/2016/08/30/pour-federer-nuit-debout/

Verdict ? Si je ne partage pas leur combat « anti entreprises » sans proposition, pas tout compris leur projet (nouvelle démocratie ? révolution ?), je partage leur idée de Mouvement vs les immobiles partis,, de communauté éphémère aussi, de lieu institutionnel éphémère aussi, leur mouvement pour faire se rencontrer les autres dans la grande cité, leur foi en la capacité d’action de la société civile.

Y’a pas que sur la place de la République qu’on est debout, l’élection de Mr T après avoir sidéré le monde, l’a réveillé, en cette fin janvier, c’est simple, on marche et on se (re)mobilise partout. Et on partage la foi de Nuit Debout, comme avec ce hashtag qui exhorte la société civile à résister #grabyourwalleboycottcampaign.

Malheureusement, il va quand même falloir un temps devoir  composer avec Mr T. Qui en une semaine avec son mur a engagé un guerre avec le Mexique, renié les accords Pacifique, annoncé la fin des subventions en faveur de l’ONU, apporté tout son soutient à la colonisation en Israël, menacé les multinationales, signé un décret contre l’ObamaCare, déclaré la guerre aux médias… le tout avec beaucoup de violence. Les gens veulent la démocratie, le populisme, le pouvoir au peuple donc, mais élisent l’ultra-autoritarisme, contradiction ?

En ce début de 21ème, à défaut d’avoir su donner goût à la cohabitation, on assiste au triomphe du Malthusianisme. Quand je suis entrée à l’uni, en 2007, on nous exposait cette théorie comme un vilain mot, tout juste osait-on la chuchoter, un peu honteux. En même temps à mon entrée à l’université c’était encore la Géographie culturelle qui gouvernait »Thomas Robert Malthus, au début du XIXe siècle, considérait déjà qu’il fallait réduire la fécondité pour éviter d’épuiser des ressources qui sont limitées.«  (lien) Et quand je l’ai quitté, ce sont les Sciences de l’Environnement qui avaient pris le flambeau. Aujourd’hui dans le journal je lis que Barcelone prend de nouvelles mesures pour freiner l’invasion touristique. Les êtres humains n’aiment plus trop le trop plein d’autres êtres humains, qui menacent les identités et la planète, mais paradoxe, dans les pays dits développés, on a pas fait autant d’enfants depuis longtemps, … on déteste surtout les enfants des autres en fait…

Les Autres gênent, le mouvement donne des palpitations, aujourd’hui ce qu’on veut c’est de la diversité, de l’unicité, de l’identité. Ce soir Envoyé Spécial déplorait l’uniformité et mettait l’accent sur l’existence de lieux identiques partout, même en Corée du Nord. Rappelons-nous quand même que ces lieux uniformisés sont indispensables pour se rassurer, se rencontrer, créer un premier contact, un premier lien. Aéroports, rues marchandes, chaînes d’hôtels aseptisées = des SAS.

Notre paysage alpin s’est lui aussi bien uniformisé, pour les conforts des familles, vite vite, folklorisons le ! Je reviens justement d’un week-end à la montagne, deux jours dans la vie de mes amis. Et j’ai un peu compris pourquoi les dictateurs populistes sont contre l’avortement et friands de campagnes natalistes. Croyez-moi, quand tu es occupée à élever des enfants en bas-âge, pendant un temps, tu n’as plus guère le temps d’accorder de crédit aux ptits jeux politiques.

21 27.03.2017

Et donc ce week-end mes amis se fichent éperdument que la droite populiste européenne soit réunie à Coblence. Quant à moi, je leur dis les gars, vous perdez votre temps. Écoutez ma petite patrie, précurseure du retour, de la fermeture, du populisme qui prend corps dans les urnes (les résidences secondaires, le 9 février, l’initiative contre les minarets, de nombreux trends ont été lancés ici…). Si les trends ont été lancés, les solutions difficilement trouvées pour les appliquer dans la vraie vie. Trop tricky, ma ptite patrie en est revenue. Revenue des effets d’annonce. Ca fout une sale ambiance et au final en sus on s’appauvrit. Alors on a décidé de faire davantage confiance au pragmatisme de nos élus qu’à nos contre-productives passions.

En sus à peine triomphant bientôt déjà has been. Car pendant que vous conspirez contre le mouvement, un mouvement se renforce autour de Macron. Allez, plus que l’histoire de quelques mois. On va pas se laisser abattre. En plus l’ouverture paraît que ça paie, si on en croit les résultats de la croissance allemande tout juste publiés.

1 26.01.2017

Et en rentrant de mon week-end, j’ai terminé la lecture du truculent La septième fonction du langage de Laurent Binet, dans lequel on y parle entre autres de Venise, du baroque, et le baroque c’est le mouvement... « Le Baroque est ce courant esthétique qui pense le monde comme un théâtre et la vie comme un rêve, une illusion, un miroir de couleurs vives et de lignes brisées. (…) Le Baroque préfère les courbes aux angles droits. (…) Insaisissable, le Baroque se déplace d’un pays à l’autre, d’un siècle à l’autre (…) Le Baroque ne connaît pas l’unité, ne connaît pas l’essence des choses fixes, ne connaît pas la permanence. Le Baroque est mouvement. (…) Le mouvement perpétuel comme réponse à la vanité du monde. » (417-419).

Séduisante vision. Mais parfois le mouvement peut aussi être synonyme de repli. A l’occasion de la sortie du livre « Juifs de France, pourquoi partir ?« , on apprend que l’année 2016 a enregistré un nombre record d’Alyahs. Identité menacée, insécurité, attentats, Serge Moati nous éclaire sur les causes de cette fuite, du retour à la terre promise, à une promesse de racines. Apparemment 30% reviennent, déçus de leur exil. (Lien) (Lien)

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Quant à moi, je sens qui si j’entends encore le mot Identité je vais flancher… Bon, comme j’ai enregistré le film « Alyah« , j’y vais….et là, youpiiiii ! Rien d’identitaire dans le choix de départ de notre héros. Une vie qui part à vau l’eau. Une opportunité. D’abord un nom juif. Ensuite apprendre l’hébreu. Y aller ok, mais pas faire l’armée. Bref, on suit le processus de notre anti-héros qui croise ses amis qui en reviennent et lui disent que le mieux c’est d’y passer, pas s’y installer.

 

 

Bon pendant que certains font leur Alyah donc, une nouvelle génération grandit, celle de nos enfants, porteurs d’espoir, la première génération des enfants Erasmus. A lire à ce propos ce joli article du Courrier International « Certains ont plus de 20 ans, d’autres sont encore des bébés, mais ils ont pour caractéristique commune d’être les premiers à concrétiser l’idéal d’intégration européenne, alors même que l’Union européenne fait eau de toutes parts. Ce sont les “enfants Erasmus” : 1 million de descendants des couples [estimation] qui se sont formés grâce à ce programme d’échanges interuniversitaire. » (…) « Comme le prêchait Erasme, le philosophe qui donne son nom au programme, “pour l’homme heureux, tous les pays sont sa patrie”. » (Lien). Reste qu’entre nous et eux, il faudra compter avec la génération Huntington. Soit, nous arriverons au pouvoir avant elle…

30 janvier, le mois touche à sa fin et pour le finir en beauté, Mr T. sort le « Muslim Ban » de sa moumoute, décret interdisant l’entrée des USA à certains pays musulmans, mais PAS à l’Arabie Saoudite, voilà voilà. Réaction courroucée de Starbucks et d’autres multinationales. Réaction de Justin Trudeau aussi.

3 30.01.2017

Pauvre Mr T, il va avoir du taf, s’il veut nettoyer son monde de toute hybridité. Je viens de tomber sur le magazine d’invasion euh oups d’évasion Échappées Belles et découvert qu’aux USA on trouve des communautés dans les lieux les moins soupçonnés, des mini-mondes comme New Glarus et Mount Horeb dans le Middle West, Wisconsin…

Affaires à suivre donc.

Allez, je vous laisse, il est l’heure pour moi de partir en terre mondialisée, de gagner l’Asie du Sud-Est en A380, une terre où je me sens bien, une terre pas encore totalement contaminée. Le bouddhisme et son rapport au mouvement y serait peut-être pour quelque chose ?

 

 

 

 

Après Le Projet Cosmopolis

Je suis raviiiiie de vous retrouver !!!! Après l’aventure du PC , de retour pour un blog, plus léger, plus incarné, plus funky, plus punchy, plus spontané, plus instantané, avec deux missions : participer à la réconciliation et louer la Mobilité avec une subjectivité… totalement assumée ! Monde de 2017… Monde d’après…. On a besoin de joie, d’optimisme, de poésie, de légèreté, de voi(es)x inspirées… C’est parti !

Le PC ? Projet bâtard et in(dé)finissable, réflexion globale sur la mobilité, théorisation, chasse aux hybridations.

Le PG ? Le goût de la/les Mobilité(s) et de l’/les immobilité(s). Parole aussi à l’immobilité, choisie ou subie, souvent laissée à l’écart par le grand mouvement. Immobilité en colère parfois, immobilité désorientée.

Le PG ? Le Voyage et l’Ancrage, le Territoire et le Réseau, le Monde et les Racines. La théorie des Deux Maisons en mouvement.

Au programme : des Gazettes, des errances en villes et en périphéries, des immersions,  la mise en lumière d’autres voi(x)es, néo-post-modernes cette fois-ci, du local, du global, du Glocal, bref un fourre-tout forcément, mais une ligne, sûrement.

Un angle, une Vision. Pas d’apitoiement, pas d’opposition, pas de division, plus de revue de presse de démobilisation, instead, une chronique de remobilisation

Une envie, une Mission : Poétiser vs politiser la Mobilité. Donner la parole aux majorités silencieuses et la sourdine aux minorités hurlantes. 

Un souhait aussi : création d’une communauté bâtarde et éphémère & construction d’un grand récit du métissage. Besoin de récits, d’absolu, de « pureté » ? Combat perdu d’avance, Monde mobile en quête perpétuelle d’équilibre… Equilibre trop booooring ??? Inventons le récit d’une absolue quête d’équilibre entre Territoire et Réseau !!!

Mouvement, pouls du monde… Alors au coeur de l’intrigue forcément, l’Identité toujours, tout le temps. Identités en constantes recompositions. Et, forcément, un défi pour le Triptyque du PG : Monde, Nations, Régions doivent tenter de faire cohabiter leurs Identités. Ecoeurés par le mot même d’identité ??? La promesse du PG, traiter les mobilités sur un pied d’égalité et dés-idéologiser les identités.

Allez, En-Vol !!!!!!