Highlight : Nomadland

« Ils auraient pu rester sur place, à tourner en rond, en attendant des jours meilleurs. Ils ont préféré investir leurs derniers dollars et toute leur énergie dans l’aménagement d’un van, et les voilà partis. Ils sont devenus des migrants en étrange pays, dans leur pays lui-même, l’Amérique dont le rêve a tourné au cauchemar. »

nomadland
Par Jessica Bruder, 2019, 320 pages

« Parfois, ils se reposent dans un paysage sublime ou se rassemblent pour un vide-greniers géant ou une nuit de fête dans le désert. Mais le plus souvent, ­ils foncent là où l’on embauche les seniors compétents et dociles : entrepôts Amazon, parcs d’attractions, campings… Parfois, ils s’y épuisent et s’y brisent. » Lien Editions Globe

A écouter sur France Culture La Grande Table 14 février 2019

 

Vivre ensemble à Genève I

Votation du 10 février 2019 – Loi sur la laïcité de l’État.

referendaires_laicite_ge
Source image
Synthèse brève et neutre
« La loi sur la laïcité de l’Etat s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle constitution genevoise, dont l’article 3 pose le principe de la neutralité religieuse de l’Etat, principe auquel sont tenues les autorités tant cantonales que communales, et elle prévoit que l’Etat entretient des relations avec les communautés religieuses. La loi définit les notions de laïcité de l’Etat et d’organisations religieuses, et elle fixe notamment le cadre des relations entre l’Etat et lesdites organisations religieuses, en particulier s’agissant de la perception de la contribution religieuse volontaire et de l’accompagnement philosophique, spirituel ou religieux dans les établissements publics de soins, médico-sociaux, pour personnes en situation de handicap ou de privation de liberté. La loi permet aussi à l’Etat de soutenir des actions favorisant le dialogue interreligieux et la paix religieuse. Enfin, elle pose certaines limites à l’expression religieuse dans l’espace public, les administrations et les établissements publics. » Lien brochure ge.ch

Créer des problèmes où il n’y en a pas ?

Laïcité oui laïcisme insipide fade et clivant non merci !

Ma cité étant plus pragmatique que friande de division stérile, ça devrait bien se passer…

« Collaboration inédite entre communautés juive et musulmane à Genève. » « Un jumelage inédit entre mosquées et synagogues ». « Genève : Un juif et un musulman s’inspirent d’une initiative new-yorkaise et lancent des projets communs pour faire évoluer les mentalités. » Tribune de Genève, 10.12.2018.

« Les touristes du Golfe affluent autour de la Rade. »  « Genève : La recrudescence des visiteurs du Moyen-Orient ravit les hôteliers et commerçants du centre-ville. Les différences culturelles obligent les vendeurs à faire preuve de compréhension. » Tribune de Genève, 05.08.2015.

« Les quotas de travailleurs extra-européens sont bientôt à sec« . « Immigration. Inquiets pour leur attractivité, Genève, Zurich et Bâle-Ville plaident pour une hausse des contingents. » Tribune de Genève, 30.08.2017.

« Papyrus a fait de 1093 sans-papiers des Genevois comme les autres. » « Régularisations : Le bilan à mi-parcours de l’opération lancée il y a un an est positif pour Pierre Maudet, lutte contre le travail au noir comprise. » Tribune de Genève, 20.02.2018.

« La communauté juive a convié les Genevois a fêté la lumière au Molard« . « Festivités : Une célébration publique de Hanoukka a illuminé hier soir le centre-ville. » Tribune de Genève, 27.12.2016.

« Beer : « Il n’y a pas de problème de voile à l’école« . Polémique : Le chef de l’Instruction publique critique avec virulence la proposition d’interdire le voile en classe. » Tribune de Genève, 15.07.2013

Odyssees

Dans un autre monde, on nous avait annoncé la fin de l’Histoire, là-dessus on ne reviendra même plus… On nous avait prédit celle de la Géographie aussi !!! alors qu’elle est tellement tendance. Identité territoriale, fracture territoriale, centre & périphéries, redécoupage territorial, urbanité, racines, origine, appartenance, migrations, mondialisme …

« Je suis de mon enfance comme d’un pays » Antoine de Saint-Exupéry

Retour à Reims, à Forbach, à Yvetot ou en Occitanie… Toute quête initiatique est géographique. Liée aux lieux, au mouvement. Un parcours géographique dont la finalité est la recherche d’un subtil équilibre entre mouvement et ancrage. Pour in fine (ré)concilier ses identités. Pour les embrasser toutes. Maison-racines refuge et maison-monde émancipation. On s’en va, on revient, on cumule les identités. Sans complexes et sans contradiction. Un voyage pour s’apaiser, un voyage pour que nos lieux, in fine, nous façonnent mais ne nous déterminent plus. Il n’est point de lieu complet. Le lieu total est une utopie. Composons, bricolons, circulons, trans-nationalisons, trans-régionalisons, créons des ponts. Réconcilions.

Annie Ernaux – De Normandie à Cergy, « ville nouvelle »

retour_a_yvetot_v

« J’ai toujours pensé que c’était au fond la ville où je devais arriver un jour. Parce qu’il n’y avait plus le poids des héritages sociaux. Vous voyez les villes traditionnelles vous avez le médecin vous avez tous les notables vous avez machin qui vous a connue qui a connu vos parents et on vous situe, on vous place. Et ici justement tout le monde à un moment, arrive. » 21CM, Canal +, 24.10.2019

Lady Bird – De Sacramento à New York « Fly away home »

daily-movies-lady-bird-1

« A California high school student plans to escape from her family and small town by going to college in New York. » Site du film

Faut que je quitte Sacramento (…) parce que cette ville me tue. C’est le Midwest de la Californie.

Y’a pas un truc qui dit « Penser mondial agir local » ? … Je crois que la personne qui a dit ça ne vivait pas à Sacramento !

Salut maman et papa, c’est moi, Christine. C’est le prénom que vous m’avez donné. Et il est très bien. Dis, maman, est-ce que tu as été émue la première fois que tu as roulé en voiture dans Sacramento ? Moi oui et je voulais tle dire mais, on se parlait pas quand c’est arrivé. Tous ces virages que je prenais depuis toute petite, ces magasins et … tout quoi. J’avais envie de te le dire. Je t’aime très fort. Je voulais te dire merci. Merci c’est tout.

Retour à Reims – Retrouvailles

untitled« Le metteur en scène berlinois Thomas Ostermeier cree en français Retour à Reims adapté du célèbre essai du sociologue Didier Eribon.

« Le metteur en scène berlinois Thomas Ostermeier cree en français Retour à Reims adapté du célèbre essai du sociologue Didier Eribon.

Dans son livre, le sociologue français mêle confessions et analyse sociologique pour réfléchir ses retrouvailles avec sa ville natale et sa famille, après la mort de son père qu’il ne souhaitait plus voir, et sa découverte que ce n’était pas seulement son homosexualité qui avait déterminé sa fuite et sa vie mais aussi la classe sociale ouvrière dont il est issu. Cette confrontation avec son propre passé le conduit à réfléchir à cette double honte, sociale et sexuelle, et à travers elle aux angles morts de la société d’aujourd’hui: les mécanismes d’exclusion et la violence inhérente à la réalité d’une classe ouvrière auparavant communiste qui, oubliée par la gauche et privée de ses droits, a rejoint la droite populiste et le Front national qui seuls lui offrent encore une visibilité. Comment les choses sont-elles arrivées là ? Quelle est la responsabilité de la gauche ? Aurait-elle, comme l’intellectuel Eribon lui-même, renoncé à son passé ? Qui défend encore aujourd’hui le projet humaniste et progressiste ? Où et comment ont disparu les représentations de la classe ouvrière ? Et quelles sont les solutions ? Eribon poursuit ces questions dans ce film, partant à la recherche d’indices auprès de sa mère à Reims.

Au fur et à mesure du doublage du film, réalisateur, actrice et technicien sont renvoyé·e·s par le texte d’Eribon à leurs propres choix, à leur responsabilité d’artistes, à leur statut social comme à leur histoire personnelle. » Dossier de presse Théâtre de Vidy

Retour à Forbach

588769

« Régis Sauder revient dans le pavillon de son enfance à Forbach. Il y a 30 ans, il a fui cette ville pour se construire contre la violence et dans la honte de son milieu. Entre démons de l’extrémisme et déterminisme social, comment vivent ceux qui sont restés ? Ensemble, ils tissent mémoires individuelles et collectives pour interroger l’avenir à l’heure où la peur semble plus forte que jamais. » Lien

Alto Braco – Retour en Occitanie

Wet Eye Glasses

« Alto braco, «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du plateau de l’Aubrac. Un nom mystérieux et âpre, à l’image des paysages que Brune traverse en venant y enterrer Douce, sa grand-mère. Du berceau familial, un petit village de l’Aveyron battu par les vents, elle ne reconnaît rien, ou a tout oublié. Après la mort de sa mère, elle a grandi à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot tenu par Douce et sa sœur Granita. Dures à la tâche, aimantes, fantasques, les deux femmes lui ont transmis le sens de l’humour et l’art d’esquiver le passé. Mais à mesure que Brune découvre ce pays d’élevage, à la fois ancestral et ultra-moderne, la vérité des origines affleure, et avec elle un sentiment qui ressemble à l’envie d’appartenance.
Vanessa Bamberger signe ici un roman sensible sur le lien à la terre, la transmission et les secrets à l’œuvre dans nos vies. » Lien éditeur

Retour aux Sources

« Des Suissesses et des Suisses partent dans leur pays d’origine sur les traces de leur passé« 

  • Episode I – Voyage en Angola
  • Episode II – Voyage en Inde
  • Episode III – Voyage au Panama
  • Episode IV – Voyage en Roumanie
  • Episode V – Voyage au Sri-Lanka
A suivre sur RTS

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis – Exil & Image d’enfance

Highlight: Rêveries urbaines…

Même génération, même sensibilité mondialisée, même passion pour les paysages urbains glocalisés, même obsession de la variation sur un thème, même importance donnée aux allers-retours vers une image d’enfance.  Lassés du gris de janvier ? Plongez-vous sans modération dans cette poétique urbaine & lacustre, baignez-vous dans la lumière d’un sentiment de l’été…

sentimentete
Film de Mikhaël Hers, 2016, 1h47

« Comme dans mes films précédents, je suis parti des lieux pour écrire. Berlin, Paris et New-York sont trois villes qui me sont chères, avec lesquelles j’entretiens un rapport affectif très fort. Filmer est toujours l’occasion de réinvestir un lieu que j’ai aimé, comme pour y prolonger une époque et ne pas la quitter définitivement. Je pense que l’on peut aussi faire du cinéma ou écrire pour lutter contre le passage du temps, créer un semblant d’éternité, avec tout ce que cela peut avoir d’illusoire.

On peut éprouver une sensation de ressemblance entre les différents lieux dans le film. Pour les appartements, c’est sans doute à cause de la lumière estivale, qui les noie un peu. Concernant les extérieurs, cela doit venir du fait que je filme souvent des aspects semblables quelle que soit la ville. Je suis en quête du même paysage, perpétuellement. Probablement le paysage de mon enfance, qui mêle des environnements boisés avec des choses plus urbaines, que je traque un peu partout. En cela, Annecy a peut-être une place particulière, en décalage. C’est un peu le poumon, le refuge, l’ancrage, sans doute le rapport à l’enfance aussi. »

Ce sentiment de l’été, Mikhaël Hers, notes sur le film

Highlight : Black Movie 2019

Ma cité, mecque des festivals de films indépendants : GIFF, FILMAR, FIFDH… Ces dix prochains jours, c’est le Black Movie qui nous régale avec sa programmation éclectique, ses nombreuses sections, événements et autres débats. Petite sélection anglée, forcément…

55908_default_landscape
blackmovie.ch

Un maçon chinois déplaçant du sable pour agrandir le territoire de Singapour (A Land Imagined), un jeune Syrien réfugié dans un ancien aéroport allemand (Central Airport THF), des Égyptiens rêvant d’exil européen (Poisonous Roses), un vacher russe phagocyté par la ville et ses faux-semblants (Head. Two Ears), un prostitué captif de sa culture homophobe au Guatemala (José) ou encore des Africains de l’Ouest qui transforment le poisson en farine en Casamance (Poisson d’or, poisson africain), autant de parcours singuliers et courageux d’une poignée d’individus en route pour trouver des conditions de vie plus favorables. Lien Black Movie

ESPRIT DE FAMILLE

Que ce soit un ensemble de générations ou de personnes unies par un lien de parenté ou par une alliance, ou encore un ensemble d’individus ayant des caractères communs, la famille constitue le fondement de toute société. Famille d’élection formée de quatre individus brisés en quête d’ avenir dans une Chine aliénante, (An Elephant Sitting Still), famille nombreuse élevée sans tendresse dans la collectivité d’un kibboutz (Elish’s Notebooks), fratrie se démenant avec les affres d’une économie moribonde (Entre dos aguas), famille monoparentale en lutte avec les inégalités de la société nord-américaine (Life and Nothing More), père disparu au Gabon depuis vingt ans (Rencontrer mon père) ou enfin très vieux couple dans un appartement sans lumière de Beyrouth (The Swing), aucune des familles présentées dans les films de cette section n’est paisible ou harmonieuse mais elles sont ô combien cinématographiques. Familles, je vous hais !

LA QUINZAINE VUE PAR EDOUARD WAINTROP

Délégué talentueux de la très prestigieuse Quinzaine des Réalisateurs de Cannes pendant sept éditions et directeur des Cinémas du Grütli, Edouard Waintrop a contribué avec générosité et inventivité à redessiner la carte mondiale du cinéma d’auteur. Pour cette édition anniversaire il a concocté un programme composé des films qu’il a préférés parmi tous ceux qu’il a programmés. Choix éclectique comprenant un polar indien (Gangs of Wasseypur), une autobiographie imaginaire chilienne (La danza de la realidad), un trip amazonien à la Joseph Conrad (El abrazo de la serpiente), un conte animé japonais (Le conte de la princesse Kaguya), un chef-d’œuvre d’humour noir sud-coréen (Hard Day) et la reconstitution d’une traque argentine (Neruda). Que du lourd !

 

Retrouvez le programme complet sur http://blackmovie.ch/2019/index.php

Highlight : Sète, 1994

Abdellatif Kechiche, tortionnaire de génie, de l’esthétisme, du naturalisme, de la lumière, de la sensualité, de la subtilité des interactions. J’avoue y être allée avec un brin d’appréhension, tant le réalisateur d’ordinaire ne nous épargne pas. Mais pas cette fois…

mektoub
Film d’Abdellatif Kechiche, France, 2017
« Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider. »

 

Cette fois-ci Kechiche nous convie dans un tableau solaire de trois heures dans lequel Amin, l’autre réalisateur auquel Kechiche a confié ses yeux, nous promène. Trois heures dans un portrait méditerranéen, trois heures d’été que j’ai pris un langoureux plaisir à étaler sur une journée d’hiver ensoleillée. Trois heures dans un Sète des années 90′, trois heures à être caressés, régalés avec une Méditerranée comme on l’a rêvée et que ma génération aura connue le temps d’une bonne décennie, au moins (l’incandescence paroxysmique en moins ;-)). Trois heures au bord de ces eaux-là c’est certes bien court mais c’est bien mieux que rien. Au dernier plan me voilà bouleversée, au générique rêveuse. Et pas éprouvée…