HIGHLIGHTS 2021

C’est reparti pour une nouvelle année de découvertes, pépites, échos de mobilités, échos d’Ici(s) et d’Ailleurs… D’ailleurs 2021 s’annonce comme un grand cru. Et puis, c’est pas parce qu’on est enfermés dedans qu’on doit cesser de se passionner pour le dehors. Mieux, on peut profiter des containments pour comprendre ce qu’il nous arrive et affiner son analyse du contemporain. Alors hauts les coeurs on sera bientôt libérés. En attendant, on va déguster… !

PAR UNE ESPECE DE MIRACLE – L’EXIL DE YASSIN AL-HAJ SALEH. Document de Justine Augier, 2021, Actes Sud

 

Pendant une année, Justine Augier fait l’aller-retour entre Paris, où elle habite pour la première fois depuis la fin de ses études, et Berlin où elle rend visite à Yassin al-Haj Saleh, un des esprits les plus libres et les plus lucides de la dissidence contre le régime d’Al-Assad, pour remonter avec lui le fil de sa vie syrienne, de son exil forcé, d’une histoire personnelle intimement tressée à celle, violente, de son pays (seize années dans les prisons du père avant de rejoindre la révolution contre le fils). Accompagnant son apprivoisement de ce nouveau temporaire berlinois, elle arpente avec Yassin son trajet de lecteur, étroitement lié à l’expérience carcérale, et sa rencontre par les livres avec la pensée et les écrivains européens de l’après-guerre, au premier rang desquels Hannah Arendt et Walter Benjamin. Par une espèce de miracle nous ouvre ce dialogue fécond qui explore les points de résonance entre la tragédie de la Syrie et le passé de l’Europe, avec la volonté urgente de croire que la justice pourrait rendre au peuple syrien la dignité que sa révolution écrasée a tenté d’arracher, et dessiner une alternative au désespoir. Lien Actes Sud

ET SI ON REDESSINAIT LE MONDE ? Album de Daniel Picouly & Nathalie Novi, éditions Rue du Monde

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« Moi, si je redessinais le monde, je le ferais s’éclore comme un livre… » Et toi, comment le dessineras-tu ? Comment t’y prendras-tu pour gommer la faim, repeindre la haine ou crayonner de belles histoires d’amour entre l’air, les plantes ou tous les humains de la planète ? Lien Rue du Monde
 
RÉCONCILIATION. Manifeste d’Abd Al Malik, Robert Laffont, 01.2021, 162 pages
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FAIRE PEUPLE FAIRE LIEN
L’heure est grave. En tant que peuple, notre fin est proche. Imminente, même, si notre pays continue de ne pas tenir compte des plus fragiles, de toujours attendre que les plus fortunés soient touchés pour que les choses fassent collectivement sens.
Il faut en finir avec le siècle de la com’, tout à la fois parole et action hypocrites qui piétinent dans un mouvement aveugle notre devoir d’humanité et nos droits fondamentaux.
Le temps est venu pour les poètes de diriger le monde, pour enfin nous réconcilier sincèrement, que nous arrivions tous ensemble, avec nos différences et nos complexités, à faire pacifiquement France.
Mais comment pacifier, si l’on n’est pas pacifié soi-même ? Comment concevoir positivement la République si le conflit est l’unique ressort de l’expérience vécue depuis toujours avec elle ? Lien Robert Laffont
 
TRAITÉ DE L’AMOUR. Muhyi-d-din Ibn’arabi. Édité par Albin Michel
 
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Ibn ‘Arabî (560/1165-638/1240), le plus grand des maîtres de la spiritualité islamique, se devait d’écrire un traité sur l’amour, extrait de son oeuvre immense : Les Conquêtes mecquoises. Voici donc une traduction qui comble un manque en ce domaine et que nous attendions en raison de l’importance et de l’actualité de ce sujet. L’Islam, dernière religion révélée, inclut l’amour dans sa divine Loi et, contrairement à l’opinion occidentale courante, lui fait une large place. Dieu est tout à la fois l’Amant, l’Aimé et l’Amour. II crée par amour de Se faire connaître et Ses créatures sont les manifestations de cet amour. Elles sont donc toutes éminemment et essentiellement concernées par l’amour sous son triple aspect divin, spirituel et naturel. Chacun alors se sentira attiré et engagé à vivre cet amour décrit d’une manière si captivante et exhaustive. Maurice Gloton, traducteur et présentateur expérimenté des maîtres du soufisme, s’est efforcé de rendre avec amour et beauté ce traité unique dans la littérature sacrée de tous les temps. Lien Albin Michel
 
AMERICA – Hello… Goodbye ! Numéro 16, hiver 2021
 
Préparation gravure : lundi 21 décembre 2020 à 15:50:00
À l’heure où Donald Trump quitte la Maison Blanche et que les États-Unis entrent dans une nouvelle ère, America tire sa révérence avec un dernier numéro agrémenté pour l’occasion d’un poster inédit et d’une vingtaine de pages supplémentaires. Dans ce 16ème opus, retrouvez d’abord un grand entretien avec l’écrivain irlando-américain Colum McCann qui nous avait fait l’honneur de participer au premier numéro. Persuadé du rôle déterminant de la littérature, l’auteur livre ses inquiétudes nouvelles mais aussi ses espoirs face à l’inconnue de ces années post-Trump. Alors que Joe Biden vient d’être élu 46ème président, America s’interroge sur l’avenir de l’Amérique à travers des portraits de figures démocrates, un reportage sur le devenir du trumpisme ou encore un essai sur les GAFA, les autres maitres du pays. Autre temps forts de ce numéro, un conte fantastique inédit de la star de la BD Emil Ferris inspiré de la trouble période du confinement, une nouvelle de l’immense écrivain Ernest Hemingway, encore jamais publiée en France, ainsi que le parti pris de l’auteure Rachel Kushner qui imagine la conclusion minable de la relation entre le fils de Donald Trump et sa petite amie, métaphore du désamour du pays pour la défaite en hommage au film « Shame ». Lien Revue

 

SOI-MÊME COMME UN ROI – ESSAI SUR LES DÉRIVES IDENTITAIRES. Élisabeth Roudinesco, Seuil, 03.2021, 288 p.
 
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Le déboulonnage des statues au nom de la lutte contre le racisme déconcerte. La violence avec laquelle la détestation des hommes s’affiche au cœur du combat féministe interroge. Que s’est-il donc passé pour que les engagements émancipateurs d’autrefois, les luttes anticoloniales et féministes notamment, opèrent un tel repli sur soi ?
Le phénomène d’« assignation identitaire » monte en puissance depuis une vingtaine d’années, au point d’impliquer la société tout entière. En témoignent l’évolution de la notion de genre et les métamorphoses de l’idée de race. Dans les deux cas, des instruments de pensée d’une formidable richesse – issus des œuvres de Sartre, Beauvoir, Lacan, Césaire, Said, Fanon, Foucault, Deleuze ou Derrida – ont été réinterprétés jusqu’à l’outrance afin de conforter les idéaux d’un nouveau conformisme dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du côté des Indigènes de la République et autres mouvements immergés dans la quête d’une politique racisée.
Mais parallèlement, la notion d’identité nationale a fait retour dans le discours des polémistes de l’extrême droite française, habités par la terreur du « grand remplacement » de soi par une altérité diabolisée : le migrant, le musulman, mai 68, etc. Ce discours valorise ce que les identitaires de l’autre bord récusent : l’identité blanche, masculine, virile, colonialiste, occidentale.
Identité contre identité, donc.
Un point commun entre toutes ces dérives : l’essentialisation de la différence et de l’universel. Élisabeth Roudinesco propose, en conclusion, quelques pistes pour échapper à cet enfer. Lien Seuil

LA CIVILISATION DU COCON. Essai de Vincent Cocquebert, Editions Arkhé, 2021, 180 pages

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« Sommes-nous condamnés à vivre dans des cocons et à déserter la réalité ?

Apologie de la vie domestique, fuite dans des mondes imaginaires, explosion du marché du bien-être, bulles de filtres et pensée magique : chaque jour, nous déployons un véritable arsenal de protections physiques et psychiques pour mettre à distance un monde qui nous oppresse. Bienvenue dans la civilisation du cocon ! Une nouvelle société de l’entre-soi, sous perfusion de confort, en passe de nous transformer, petit à petit, en êtres hypersensibles et ne supportant plus le moindre frottement avec la réalité.

Comment sommes-nous passés d’un idéal de la vie « intense » à celui d’un quotidien « subi » que nous préférons fuir, à l’abri derrière nos forteresses de coussins ? Et surtout, ces cocons, aussi séduisants qu’aliénants, sont-ils en train de remplacer un safe-space commun qui semble aujourd’hui nous échapper : notre planète et celles et ceux qui l’habitent avec nous ?

Ce livre invite à prendre conscience de ce repli généralisé et à éclater ces bulles de confort où l’on commence à suffoquer. » Lien Arkhé

LE MAL DU VOYAGE. Exposition, Musée d’Ethnographie de Neuchâtel, 2021

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L’exposition Le mal du voyage invite à questionner l’homogénéité du champ touristique. Un parcours en douze salles aborde autant de pratiques et d’imaginaires contrastés : projets de moralisation, sens cachés du farniente plagiste, quêtes de santé mentale et physique, appétit du monde, réactions autochtones face à l’engorgement des villes, mises en image de la nature, confessions de backpackers attirés par l’interdit, fascination pour les confins, productions de nouvelles esthétiques et blues du retour, aboutissant à formuler sans cesse de nouveaux projets de départ. Les tourismes offrent matière à une réflexion passionnante sur la condition et la mobilité humaine dans ce premier quart du 21e siècle. Lien MEN

VIENDRA LE TEMPS DU FEU. Dystopie écofeministe de Wendy Delorme, Éditions Cambourakis, 03.2021, 272 pages.

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« Elles étaient toutes brisées et pourtant incassables. Elles existaient ensemble comme un tout solidaire, un orchestre puissant, les organes noués en ordre aléatoire, un grand corps frémissant. Et j’étais l’une d’entre elles. »
Une société totalitaire aux frontières closes, bordée par un fleuve. Sur l’autre rive subsistent les vestiges d’une communauté de résistantes inspirée des Guérillères de Monique Wittig. Dans la capitale du territoire fermé, divers personnages se racontent, leurs aspirations, leurs souvenirs, comment survivre, se cacher et se faufiler dans un monde où les livres sont interdits.
Une dystopie où se reflètent les crises que nous traversons aujourd’hui. Un roman choral poétique et incandescent, où l’on parle d’émancipation des corps, d’esprit de révolte et de sororité. Un hommage à la littérature et à son potentiel émancipateur et subversif. Lien Cambourakis

MON ISLAM, MA LIBERTÉ. Kahina Bahloul, Albin Michel, 2021

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« Kahina Bahloul est la première femme imame en France. Née d’un père kabyle issu d’une famille de marabouts et d’une mère française d’origines juive et catholique, elle a grandi en Algérie où elle a vécu au plus près la montée de l’intégrisme. Spécialiste de la mystique musulmane et plus particulièrement de l’œuvre d’Ibn ‘Arabi, le grand mystique andalou, elle décide de s’engager plus activement à la suite des attentats de 2015. Revendiquant, sur la base de sources classiques, la légitimité pour une femme d’être imame, de diriger les prières et d’enseigner, elle fonde en 2019 la mosquée Fatima, d’inspiration soufie, ouverte aux femmes voilées ou non, mais aussi aux non-musulmans. À l’image de la reine berbère résistante dont elle a hérité le prénom et le caractère, Kahina Bahloul est aujourd’hui présente sur tous les fronts pour évoquer la possibilité d’un islam moderne et libéral. Pour la première fois, cette femme de dialogue et de paix nous fait partager sa pensée. C’est l’occasion pour elle d’explorer la diversité et la spiritualité inscrite dans ses origines, de témoigner de son parcours et d’expliquer sa vision d’un islam enfin affranchi des peurs et des scléroses. » Lien Albin Michel

LA LUTTE DES CLASSES. Film de Michel Leclerc, 2019, Karé Production

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Sofia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Elle, brillante avocate d’origine maghrébine, a grandi dans une cité proche. Lui, batteur punk-rock et anar dans l’âme, cultive un manque d’ambition qui force le respect ! Comme tous les parents, ils veulent le meilleur pour leur fils Corentin, élève à Jean Jaurès, l’école primaire du quartier. Mais lorsque tous ses copains désertent l’école publique pour l’institution catholique Saint Benoît, Corentin se sent seul. Comment rester fidèle à l’école républicaine quand votre enfant ne veut plus y mettre les pieds ? Pris en étau entre leurs valeurs et leurs inquiétudes parentales, Sofia et Paul vont voir leur couple mis à rude épreuve par la «lutte des classes». Lien producteur

PLANETE SANS VISA. Roman de Jean Malaquais, Phébus, 1999, 560 p.

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Marseille, 1942 : quelques mois avant l’invasion de la zone libre par les Allemands, la ville en pressent la menace. Le grand port méditerrannéen est devenu cette nasse où sont allés se prendre tous les indésirables pourchassés par Vichy. Affluant des quatre coins de l’Europe, ils fuient la tyrannie, l’oppression et la guerre, et espèrent décrocher le précieux sésame qui leur permettra d’embarquer vers une terre de liberté et de paix : un visa vers l’improbable Amérique. Entre descriptions réalistes et évocations lyriques, Jean Mala-quais brosse un terrible tableau de l’époque et de la faune bigarrée du Vieux-Port. Où les proscrits de tout poil côtoient, sans s’en méfier assez, mouchards et délateurs zélés… Lien Phébus
 
SUR LES ROUTES DE LA MUSIQUE. Chroniques d’André Manoukian, Harper Collins, 2021
 
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Savez-vous que Pythagore a créé la gamme à douze notes en s’inspirant des pyramides d’Egypte ? Que le loup est l’inventeur du chant choral  ? Ou que Bach brillait pour ses battles d’impro ? À travers quarante chroniques, André Manoukian retrace une histoire fascinante et méconnue de la musique, un art qui puise sa source en Orient, dans les raffinements des civilisations indiennes, perses ou égyptiennes. Ces influences ont irrigué la musique occidentale, qui évolue au fil des siècles sous l’impulsion de personnages extraordinaires, musiciens, penseurs, religieux ou scientifiques. Des instruments préhistoriques au chant des planètes, des philosophes antiques au rap, André Manoukian nous initie à cet art et nous dévoile par touches les petites histoires qui ont fait la grande musique. Lien Harper Collins
 
LAUSANNE, UNE VILLE, UN MONDE – 50 INCURSIONS AU FIL DE LA DIVERSITÉ. Ville de Lausanne, 04.2021
 
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Ce livre est pensé dans l’esprit d’un guide touristique, offrant un aperçu des influences multiples qui ont participé à faire de Lausanne l’une des villes les plus multiculturelle d’Europe. Cette approche singulière invite à découvrir la ville sous un angle nouveau, à prendre la mesure de la pluralité culturelle qui se retrouve dans les rues, au sein des quartiers, à l’école, au travail, dans les bars et restaurants, ou encore dans l’offre culturelle et associative foisonnante.  

Laissez-vous guider de la plage de Vidy, à la rue de la Tour en passant par le quartier de la Borde. Vous franchirez le pas de la plus ancienne pizzeria de la Ville, sentirez les effluves d’empanadas à Montbenon et goûterez une francesinha. Vous tendrez l’oreille au rêve d’un jeune apprenti syrien ou au récit d’une enfant kurde. Vous prendrez peut-être même le bus avec un écrivain roumain et écouterez une violoniste moldave vous jouer un air de musique.

Les témoignages se disent à la première personne, mais ils touchent à l’universalité par leur vécu.

Ces personnes sont actives dans le commerce, l’entrepreneuriat, le sport ou sont engagées en politique. Certaines ont vécu le déchirement de l’émigration et d’autres sont nées ici. Certaines ont été la cible du racisme, d’autres le combattent. Elles sont arrivées de Hong Kong, de France, de Roumanie, du Nigéria ou d’Équateur. Certaines d’entre elles ont la nationalité suisse. D’autres ne l’ont pas. Mais que ce soit Sarah, Françoise, Abdallah, Feven ou Luis, toutes et tous partagent le même et fort attachement à Lausanne, leur ville. Lien livre & Exposition

BIG BANG L’ALMANACH DES POSSIBLES. So Press, 340 pages, avril 2021

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Venez découvrir l’almanach des utopies nécessaires ! Près de quatre cents pages pour imaginer le monde que l’on voudrait avec un fait principal : il faut que Marseille devienne la capitale de la France. Forcément un  »Big Bang » si ça avait lieu.

Gabriel Gaultier est le créateur de l’almanach. Le magasine édité par So Press, connu pour les magazines pointus  »Society » et  »So Foot ».

Douze thèmes utopiques sont abordés dans cet  »almanach des possibles » comme par exemple les États Unis d’Afrique ou encore le train Paris-Pékin. Un regard décalé sur notre époque pour imaginer « non pas le monde qui vient mais celui qu’on veut ». Lien So Press

AFROLITT’ – Réflexions et partages sur la littérature noire. Plateforme, série, événements. 

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Afrolitt’ se veut une plateforme bilingue favorisant le questionnement, la réflexion commune et le partage à partir d’oeuvres littéraires émanant d’Afrique subsaharienne et de sa diaspora noire

Comment penser les sociétés en mutation, les identités multiples, la complexité humaine, l’amour, la spiritualité ou encore le rapport au passé et aux traditions ? Quels imaginaires et inspirations nourrissent ces réflexions ? De quelles manières est-ce que ces différents questionnements nous aident à penser le soi, le rapport à l’autre et à l’univers ?

Afrolitt’ est une plateforme littéraire bilingue créée à partir du point de vue et du vécu d’une femme afro-suisse. Sa mission est d’utiliser la littérature noire comme outil de réflexion critique, de partage et comme moteur de changement sociétal ou personnel. La majorité des romans suggérés sont écrits par des auteur-e-s afrodescendant-e-s, la plupart des femmes qui questionnent les constructions et enjeux sociaux. Ajouté à cela, un des objectifs d’Afrolitt’ est de participer au maintien d’un dialogue panafricain entre Anglophones et Francophones basé-e-s ou originaires d’Afrique subsaharienne et les personnes de la diaspora noire.

Ses activités ont lieu à Lausanne, Genève et Accra. Elles consistent en des groupes de lecture, des événements littéraires, un blog, ainsi qu’une série web. Lien web

CIVILIZATION – QUELLE ÉPOQUE ! Exposition photographique, MUCEM, 19.05-15.08.2021

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« Civilization – Quelle époque ! » présente le travail de cent dix photographes originaires des cinq continents. Rassemblant jeunes talents comme artistes renommés, cette exposition réunit plus de 200 tirages originaux de Massimo Vitali, Pieter Hugo, Lauren Greenfield, Wang Qingsong, Raphaël Dallaporta, Valérie Belin, Thomas Struth, Candida Höfer… Ensemble, ils et elles dessinent un portrait pluriel de notre temps
« Civilization – Quelle époque ! » s’intéresse à la civilisation telle qu’elle est au XXIe siècle, d’un bout à l’autre de la planète, avec un intérêt particulier pour ce qui nous rassemble, pour ce qui est partagé collectivement, dans un monde où bien souvent dominent les valeurs de l’individualisme. Elle prend un relief tout particulier de reflet du monde avant la pandémie du Covid-19.
Logement, travail, loisirs, transports, éducation, arts, sciences, technologies… Aux quatre coins du globe, les photographes observent, enregistrent, interprètent, et bien sûr immortalisent, le monde tel qu’il est. Grâce à leur travail, cette exposition inédite propose une vision globale de tout ce qui fait, aujourd’hui, notre « civilisation ». Lien MUCEM

LA RÉVOLUTION RACIALISTE ET AUTRES VIRUS IDÉOLOGIQUES. Essai de Mathieu Bock-Côté, La Cité, 04.2021

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« On ne saurait segmenter une société sur une base raciale sans condamner chaque groupe à s’enfermer dans sa couleur de peau, qui devient dès lors l’ultime frontière au cœur de la vie sociale. »
 La vision racialiste, qui pervertit l’idée même d’intégration et terrorise par ses exigences les médias et les acteurs de la vie intellectuelle, sociale et politique, s’est échappée de l’université américaine il y a vingt ans. Et la voilà qui se répand au Canada, au Québec et maintenant en France. Elle déboulonne des statues, pulvérisant la conscience historique, elle interdit de parler d’un sujet si vous n’êtes pas héritier d’une culture, et vous somme de vous excuser « d’être blanc », signe de culpabilité pour l’éternité. Le racialisme sépare et exclut, n’apporte pas de libertés quoi qu’en disent ses hérauts, et, plus dangereux, modélise une manière de penser le monde. Lien éditeur

L’ATLAS DES FRONTIÈRES – Murs, Migrations, Conflits. Delphine Papin, Bruno Tertrais, Xemartin Laborde, Les Arènes

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Nouvelle édition revue et augmentée 2021

« Toute frontière, comme le médicament, est remède et poison. Et donc affaire de dosage. » Régis Debray

Brexit, conflits au Moyen-Orient, tensions en Méditerranée orientale, fermeture des frontières suite à la pandémie de Covid-19 : la question des frontières est au cœur de notre actualité. Mais savons-nous vraiment ce qu’est une frontière ? Il y a des frontières que l’on traverse aisément et d’autres qui sont infranchissables : il y a des frontières visibles et d’autres, invisibles; il y a des frontières terrestres et d’autres, maritimes, politiques, culturelles… Cette nouvelle édition du seul atlas grand public consacré aux frontières aide à mieux comprendre les enjeux qui se cachent derrière ces lignes qui séparent ou relient les peuples. Avec plus de 60 cartes et infographies, les auteurs nous racontent le monde d’aujourd’hui à travers le prisme des frontières. Lien Les Arènes

« THE WALK » – LA MARCHE. Une petite fille. Un GRAND Espoir. Périple artistique à travers l’Europe, juil. – nov. 2021

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Petite Amal, une jeune réfugiée, se lance dans un grand voyage – un périple artistique qui traverse la Turquie et l’Europe. Pour retrouver sa mère. Pour retourner à l’école. Pour commencer une nouvelle vie. Pour prouver que la solidarité peut accomplir de grandes choses.

Après le succès international de la pièce de théâtre The JungleGood Chance en collaboration avec les créateurs mondialement connus de War Horse Handspring Puppet Company présente La Marche (The Walk)– un festival itinérant d’art et d’espoir, sous la direction artistique d’Amir Nizar Zuabi.

En 2021, de la frontière turco-syrienne jusqu’au Royaume-Uni, La Marche va rassembler et faire intervenir des artistes renommés, de grandes institutions culturelles, des collectifs et des associations humanitaires autour d’une œuvre d’art originale, audacieuse et accessible à tous. Au cœur de La Marche: ‘Petite Amal’, une marionnette de 3.5 mètres qui représente une jeune réfugiée, construite par la prestigieuse Handspring Puppet Company. Porte-parole des enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille, Petite Amal va marcher plus de 8000 km afin de transmettre son message“Ne nous oubliez pas”. Dans un monde bouleverséLa Marche est une réponse artistique unique et ambitieuse: une odyssée qui transcende les frontières, la politique et le langage pour écrire une histoire de partage et d’humanité – et rappeler au monde que des millions d’enfants déplacés, chacun avec sa propre histoire, sont rendus plus vulnérables encore du fait de la pandémie. Petite Amal a besoin de votre aide pour défendre et soutenir les jeunes réfugiés. Soutenez La Marche dès maintenant en faisant un don. Lien The Walk

LE VOYANT D’ÉTAMPES. Roman d’Abel Quentin, Éditions de l’Observatoire, Rentrée littéraire 2021

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« J’allais conjurer le sort, le mauvais œil qui me collait le train depuis près de trente ans. Le Voyant d’Étampes serait ma renaissance et le premier jour de ma nouvelle vie. J’allais recaver une dernière fois, me refaire sur un registre plus confidentiel, mais moins dangereux. » Universitaire alcoolique et fraîchement retraité, Jean Roscoff se lance dans l’écriture d’un livre pour se remettre en selle : Le voyant d’Étampes, essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l’Essonne, au début des années 60. A priori, pas de quoi déchaîner la critique. Mais si son sujet était piégé ? Abel Quentin raconte la chute d’un anti-héros romantique et cynique, à l’ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec un humour délicieusement acide, le portrait d’une génération. Lien L’Observatoire

DROIT DE CITÉ – DE LA « VILLE-MONDE » A LA « VILLE DU QUART D’HEURE ». Essai de Carlos Moreno, Éditions de l’Observatoire, 2020. 192 pages

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Créateur du concept mondialement reconnu de la « ville du quart d’heure », Carlos Moreno propose des solutions pour relever le triple défi écologique, économique et social de la ville de demainChercheur et expert urbain, Carlos Moreno nous interroge sur notre rapport à nos espaces de vie et au temps utile. Dans sa vision d’une ville polycentrique, les six fonctions sociales essentielles – habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, s’éduquer, s’épanouir – doivent être accessibles dans un périmètre de 15 minutes. Lanceur d’un débat mondial, indispensable à l’heure de la crise sanitaire planétaire que nous traversons, l’auteur analyse ce complexe et vibrant laboratoire à ciel ouvert qu’est la ville, où s’expriment nos contradictions et s’expérimentent les changements de nos modes de vie. Concentrant la majorité de la population du globe, mais aussi les grands enjeux du développement de l’humanité – culturels, environnementaux, technologiques, ou économiques –, les territoires urbains sont aujourd’hui pris en tenaille par les défis du siècle et doivent se réinventer de toute urgence.

Proposant un décryptage systémique de la ville, Carlos Moreno évalue les moyens et les champs d’action du bien-vivre et définit les enjeux des mutations accélérées par l’urbanisation et la métropolisation. Lien éditions de l’Observatoire

SÉRIE « VILLES POST-COVID : vont-elles changer après la pandémie ? – Tout un Monde – RTS La Première, 05.2021. Lien RTS 

LE COVID ET LA VILLE DE DEMAIN. Édito Aurélie Toninato, TDG, 25.03.2021. Les épidémies ont toujours participé à transformer nos villes. Quel impact aura le Covid sur notre habitat ? Lien TDG 

LEUR ALGÉRIE. Documentaire de Lina Soualem, 2020, 72′

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Après 62 ans de mariage, les grands-parents de Lina, Aïcha et Mabrouk, ont décidé de se séparer. Ensemble, ils étaient venus d’Algérie à Thiers, une petite ville médiévale au centre de la France, il y a plus de 60 ans, et côte à côte ils avaient traversé cette vie chaotique d’immigré.e.s. Pour Lina, leur séparation est l’occasion de questionner leur long voyage d’exil et leur silence. Lien Akka Films

961 HEURES A BEYROUTH. Ouvrage gourmand de Ryoko Sekiguchi, POL, avril 2021, 256 pages

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Dans Ce n’est pas un hasard (P.O.L 2011), écrit dans le contrecoup de la triple catastrophe de Fukushima, Ryoko Sekiguchi abordait la question de la « veille de la catastrophe ». En arrivant à Beyrouth en 2018, elle ne pouvait pas se douter que cette ville était à son tour menacée par des drames imminents, la révolte anti-corruption en février 2020 et la terrible explosion du port de Beyrouth en août. Durant sa résidence d’un mois et demi, 961 heures précisément, elle avait prévu de faire le portrait de la ville à travers les gestes des cuisiniers et les histoires de cuisine partagées par les Beyrouthins. Ce projet d’écriture a été en partie bouleversé. Le livre est saisi alors dans la nostalgie d’un Beyrouth d’avant les catastrophes. Ce devait être un livre de cuisine savoureux, rempli de la joie du partage. L’idée était forte : dans une société multiethnique et multiconfessionnelle, une étrangère peut voir s’ouvrir à elle plus de portes qu’aux habitants. Chacun lui livre ses récits les plus intimes. Mais l’autrice comprend alors que le livre s’est écrit dans un avant-drame. La ville qu’elle explore devient « la ville d’avant l’explosion du 4 août 2020 ».

Japonaise vivant entre la France et le Japon, Ryoko Sekiguchi est familière des moeurs « orientales ». Elle mène une réflexion sur ces « deux Orients » que sont le Liban et le Japon, et les autres Orients qu’elle a connus, comme l’Iran ou la Syrie. Celle qui avait, dans Nagori (P.O.L 2018), su réunir divers thèmes sous l’angle du passage des saisons, pousse encore plus loin le défi. A travers le prisme de la cuisine, elle traite ici des questions de transmission, de mythe, de tradition, des symboles culinaires, mais aussi de la mémoire, des catastrophes, des non-dits, de la grande famine libanaise, de la fracture sociale, ou encore de l’immigration. En s’appuyant sur le cas libanais, elle met en lumière le sort des « intouchables » (burakumin) au Japon, grand tabou que les Japonais n’ont pas encore levé à ce jour.
Le livre est composé de 321 micro-chapitres qui tous font écho d’une certaine façon à une recette de cuisine, un plat, une saveur. Lien P.O.L

LE GRAND MEZZÉ. Exposition au MUCEM, Marseille, 19 mai 2021 au dimanche 31 décembre 2023

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La Galerie de la Méditerranée est l’espace d’expositions permanentes du Mucem. À partir de décembre 2020, sa première section accueille une nouvelle présentation : « Le grand Mezzé ».

 

Nous connaissons tous le slogan nous invitant à « manger cinq fruits et légumes par jour », mais qui sait que cette recommandation s’inspire du « régime crétois », aussi appelé « diète méditerranéenne » ? Ce concept, créé dans les années 1960 par l’épidémiologiste américain Ancel Keys, a été inscrit en 2010 par l’Unesco sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, favorisant ainsi sa reconnaissance et sa mondialisation.

L’alimentation méditerranéenne est le fruit d’une construction qui s’est toujours enrichie d’apports extérieurs au cours de l’histoire. À l’heure où celle-ci est devenue un modèle globalisé, se pose aujourd’hui la question de la nécessaire réappropriation en Méditerranée de sa production comme de sa cuisine.
Comment définir et préserver une authenticité culinaire géographique et culturelle, tout en la partageant avec le plus grand nombre ? Comment protéger un régime alimentaire sans l’empêcher d’évoluer ? Comment rester perméable tout en restant authentique ? Pour le savoir, l’exposition « Le grand mezzé » nous mène du champ à l’assiette, et des savoir-faire culinaires traditionnels de Méditerranée aux chaînes de restaurants mondialisées.

À la manière d’un grand repas aux mets et aux saveurs variés, « Le grand mezzé » présente une sélection de 550 objets et documents patrimoniaux en provenance de 35 musées d’Europe et de Méditerranée, ainsi que 12 projets audiovisuels et 6 œuvres inédites de Michel Blazy, Nicolas Boulard, Christine Coulange – Sisygambis, Laurent Derobert, Laurent Fiévet, Gerald de Viviès et conçues spécialement pour ce parcours. Lien Mucem

LES VAGAMONDES 2021. FESTIVAL (numérique) SANS FRONTIERE

1200x680_cartouche-vagamondes-21-site9e édition exclusivement en numérique du 12 au 31 janvier 2021 : théâtre, danse, musique, arts visuels, échanges, tables rondes…

Accessible uniquement sur le web, la programmation de cette 9e édition s’élancera depuis les rives de la Méditerranée en abattant joyeusement toutes les frontières, qui séparent et relient à la fois, qu’elles soient géographiques, artistiques ou générationnelles… Venus d’Algérie, d’Égypte, d’Espagne, de France, de Grèce, d’Iran, d’Israël, du Liban, du Maroc, de Palestine, de Syrie et de Tunisie, les artistes invités nous parleront de révolutions et de conquêtes, de liberté, de droits humains, de migration, d’accueil et d’hospitalité.

Du 12 au 31 janvier nous proposerons un programme en ligne, gratuit et ouvert à tous : des spectacles de théâtre et de danse (dont 6 créations enregistrées en ce moment à La Filature), des concerts, des performances, mais également des films, des échanges avec les artistes, des tables-rondes…

Toutes les infos ici

LA POÉTIQUE DE L’ESPACE. Essai de Gaston Bachelard, PUF, 1957, 416 pages

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« Logé partout, mais enfermé nulle part, telle est la devise du rêveur de demeures. Il faut toujours laisser ouverte une rêverie de l’ailleurs. » Faisant suite aux livres sur les éléments (feu, eau, air, terre), La poétique de l’espace (1957) nous invite à explorer, à travers les images littéraires, la dimension imaginaire de notre relation au monde, pour nous libérer des ornières de la spatialité ordinaire et cultiver – par la rêverie – notre « joie d’habiter ». Il propose une suite de variations poético – philosophiques sur le thème fondamental de la maison : de celle de l’être humain – véritable cosmos intime – aux « maisons animales » comme la coquille ou le nid, en passant par ces « maisons des choses» que sont les tiroirs, les armoires et les coffres. Il ouvre ainsi une ample réflexion sur l’art d’habiter le monde, répondant à notre double désir d’intimité protectrice (maison, grenier, chambre, ou coin…) et d’expansion vers l’ailleurs (plaine, forêt, désert, océan…), pour s’achever par une méditation des images de la plénitude heureuse, qui condense de multiples enjeux éthiques, anthropologiques et métaphysiques. Réinscrivant l’imagination au cœur de l’expérience la plus quotidienne, préfigurant une nouvelle sensibilité écologique, il a su conquérir – bien au delà d’un public de spécialistes – ceux que la poésie des lieux interpelle, ceux qui imaginent des espaces habitables et hospitaliers : urbanistes, architectes, paysagistes, et designers ; metteurs en scène, chorégraphes, danseurs et musiciens ; peintres, plasticiens, cinéastes, et écrivains…. Accompagnée d’une présentation, de notes explicatives, d’une table analytique, d’un index et d’une bibliographie, cette nouvelle édition permettra à chacun de (re)découvrir ce livre culte, traduit dans plus de vingt langues. Lien PUF

AUX ALENTOURS – REGARDS ÉCOLOGIQUES SUR LA VILLE. Essai de Mickaël Labbé, Payot, 2021, 167 pages

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Qu’est-ce donc qu’habiter à l’heure de la crise climatique ? Que deviennent nos lieux de vie quotidiens depuis cette perspective ? En une série de courts chapitres, qui sont autant de stations le long d’un parcours allant de chez soi jusqu’au lieu de travail, en passant par un canal, un square, un échangeur autoroutier, le parvis d’un musée ou un terrain de pétanque, cette déambulation fait émerger une autre vision de l’espace urbain et de la manière dont nous pouvons le réhabiter écologiquement. Lien Payot
 
 
PARTIR ? Film de Marie-Noëlle Niba, France, 11.2021
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Après plusieurs années d’exil en Europe, Stéphane, Léo, Cheikh et Boye Gaye sortent de leur silence. De désillusions en désillusions ils ont fini par revenir dans leur pays d’origine (Sénégal, Cameroun). Leur retour est perçu par leurs proches comme un échec. Guy Roméo, un Camerounais arrivé en France en 2007 à l’âge de 21 ans, est le seul à être resté. Il s’accroche à Marseille où il espère réaliser son son idole le rappeur Mac Tyer. Lien 

PARTIR LÉGER. Chroniques de Pierre Ducrozet. Actes Sud, 2020, 112 pages

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Partir léger, pour célébrer un monde interdit qui se ré-ouvre et retrouver le goût de l’ailleurs.

«Alors voilà, on est partis. Un aller simple, sans date de retour précise. Du Népal au Japon, en passant par l’Inde, le Sri Lanka, la Birmanie, la Thaïlande et l’Indonésie. On pourrait chercher des motifs, des buts, mais ce serait mentir, en réalité il n’y en a jamais qu’un seul : le goût de se déplacer dans l’espace.”»

Septembre 2019. Dans la dernière ligne droite de l’écriture de son roman «Le grand vertige», Pierre Ducrozet se lance dans un voyage de plusieurs mois à travers l’Asie, sur les traces de certains de ses personnages.

Sous forme de chroniques bimensuelles, il envoie des cartes postales à Libération : récits, impressions, sensations – des “notes pour plus tard“ qui prennent le pouls de cette planète en surchauffe et des humains qui y vivent.

L’ensemble forme une sorte de contribution réelle au réseau Télémaque fictif de son livre, un atlas intime des lieux traversés en mouvement et à l’arrêt, un inventaire du précieux, du fragile et de l’immuable. Et nous rappelle tout ce qu’il reste encore à sauver. Lien Actes Sud

ARTS DE L’ISLAM UN PASSÉ POUR UN PRÉSENT. 18 expositions dans 18 villes du 20 novembre 2021 au 27 mars 2022

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« Depuis sa création en 2012, le département des Arts de l’Islam du Louvre offre au public une immersion au sein des cultures islamiques, de l’Espagne à l’Inde, du 7ème au 19ème siècle, et révèle l’importance des échanges anciens, étroits et féconds tissés entre la France et l’Orient. Témoins artistiques et historiques, les œuvres d’art illustrent la diversité culturelle et confessionnelle au sein du monde islamique depuis treize siècles. Elles sont le reflet de la circulation des idées et des hommes mais aussi de l’héritage pluriel du patrimoine français. Face aux fanatismes religieux, la culture se doit d’être sans relâche un rempart et un levier pour transmettre, ouvrir à l’autre, redonner des clés de compréhension de passés croisés pour construire un avenir partagé.

C’est dans cette perspective que le ministère de la Culture s’est mobilisé en demandant au musée du Louvre et à la Réunion des musées nationaux – Grand Palais d’organiser à l’automne 2021 un projet destiné à un très large public, et aux jeunes générations en particulier, pour poser un nouveau regard sur les arts et les cultures de l’islam.

Pour chaque accrochage, 10 œuvres, à la fois historiques et contemporaines, issues du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre et de collections nationales et régionales, incarneront la richesse des cultures de l’Islam et leur inscription dans l’histoire de France depuis plus de 1 300 ans. Plus de 180 œuvres au total seront ainsi présentées au public.
Cette initiative vise également à éclairer le public sur la grande diversité des territoires et des populations concernées par l’Islam. La civilisation islamique est autant arabe que turque, indienne qu’iranienne, asiatique ou maghrébine… Les œuvres présentées feront valoir une large variété de pratiques et sensibilités artistiques, évoquant des scènes de vie, la nature, le désir amoureux, un simple décor de palais ou de mosquée.

Si l’exposition « Arts de l’Islam, Un passé pour un présent » incite à la curiosité, la manifestation est peut-être avant tout une invitation à venir s’émouvoir. » Lien

LA CUISINE DE L’EXIL. Récits et Recettes de Stéphanie Schwarzbrod. Actes Sud, 2019, 432 pages

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 » Par amour, pour accomplir leurs rêves, pour fuir la dictature ou la misère, ils ont quitté leur pays. Venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, du Moyen-Orient, des États-Unis – des années 1920 à nos jours –, c’est en France qu’ils ont posé leurs valises, laissant derrière eux leur enfance, leur famille, leurs repères pour découvrir un univers inconnu, parfois fantasmé, et se confronter à une nouvelle réalité. Déracinés, comme coupés en deux, c’est souvent par la nourriture, les recettes emportées dans leurs bagages, qu’ils ont pu retrouver une part de leur passé, de leur culture, et se réapproprier leurs vies.

À travers vingt-quatre témoignages d’hommes et de femmes, chacun suivi de cinq recettes emblématiques du pays concerné (et d’adresses où se procurer les ingrédients les moins communs), ce livre parcourt la grande Histoire, les époques et les continents, mettant en lumière notre richesse multiculturelle. Il invite à découvrir l’altérité dans ce qu’elle a de plus convivial : les plaisirs de la table. » Lien Actes Sud

MARSEILLE CUISINE LE MONDE. Éditions de la Martinière, 2021, 224 pages

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Marseille cuisine le monde : une richesse multiculturelle en 70 recettes et portraits de Marseillais.

« Capitale européenne de la culture depuis 2013, Marseille est devenue LA nouvelle destination food. Vérane Frédiani nous invite dans sa ville pour y découvrir une grande richesse culinaire et manger le monde entier sans se ruiner !

Ce livre est plein à craquer de tout ce qui fait la cuisine à Marseille: les Marseillais, le couscous, l’ail, Noailles, les poissons de roche, les cheffes, la pizza moit’ moit’, les pieds paquets, les parfums d’ailleurs, les étoilés, les restaurants du coin, les épices, les panisses, l’apéro, la street food, au moins 13 desserts, les générations qui se transmettent la ville en héritage et les gens de passage qui ne repartent plus. Vous trouverez environ 60 portraits de Marseillais : Hugues Mbenda, Tao Wang, Faiza Bougheraba et Fredo Boubessla, Nicole et Guillaume Ferroni, Alexandre Mazzia et Marco Altenburger, Sophie Ferjani, Marie Josée Ordener, Najla Chami…, 75 recettes venant du monde entier, plus de 200 lieux, 256 pages tout pile, 350 photos et des milliers de raisons d’explorer le cosmopolitisme dans les assiettes de cette ville tarpin vivante.«  Lien La Martinière

LE PEUPLE DES HUMAINS – Sur les traces génétiques des migrations, métissages et adaptations. Essai de Lluís Quintana-Murci, Odile Jacob, 2021, 336 pages

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 » D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? C’est à ces questions universelles que répond ce livre. Lluís Quintana-Murci, biologiste franco-espagnol de renommée mondiale, nous convie à un grand voyage dans le temps et dans l’espace à la recherche de nos origines et de notre destinée.
Il se fonde sur les outils puissants qu’offrent les sciences les plus récentes pour déchiffrer nos génomes et explorer leur diversité à travers les populations humaines, non seulement celles d’aujourd’hui, mais aussi, grâce aux vestiges fossiles, celles d’hier.
Il retrace l’extraordinaire histoire du peuplement humain à travers le monde : de la sortie d’Afrique il y a plus de 60 000 ans au peuplement de la Polynésie il y a juste quelques millénaires. Il établit l’existence d’espèces humaines éteintes, révèle comment les populations humaines se sont constamment métissées entre elles, mais aussi avec des humains archaïques, comme l’homme de Neandertal. Nous sommes tous des métis. Il montre que c’est ce métissage même, y compris celui avec les humains archaïques, qui a contribué à la survie des humains, notamment face aux pathogènes, et notamment aux virus ! Toutefois, l’héritage néandertalien qui est en nous peut parfois se révéler délétère… et même affaiblir notre immunité face au Covid-19 !«  Lien Odile Jacob

WEST SIDE STORY. Comédie musicale mythique, réédition 2021 de Steven Spielberg, 2h36

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Une réédition de la comédie musicale de 1957 qui se penche sur l’amour interdit et la rivalité entre les Jets et les Sharks, deux gangs de rue de différentes origines ethniques. Lien IMDb

HIVER A SOKCHO Roman d’Elisa Shua Dusapin, Editions Zoe, 2016, 144 pages

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À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale. C’est l’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l’écume transporte le lecteur dans un univers d’une richesse et d’une originalité rares, à l’atmosphère puissante.

LAURÉAT DU NATIONAL BOOK AWARD 2021 (littérature traduite)

« Un roman sobre et viscéral qui explore les failles identitaires – culturelles, intimes et nationales. L’élégante traduction d’Aneesa Abbas Higgins sublime la langue d’Elisa Shua Dusapin. » Le jury

« J’ai voulu écrire un livre comme un pont entre les cultures et les langues qui m’habitent. Recevoir un prix pour la traduction internationale de Hiver à Sokcho est un immense honneur. » Elisa Shua Dusapin

Lien ZOE

SAMOS – The Faces of our Border. Documentaire de Shams Abou el Enein, Suisse, 2019, 1h28

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Samos, un documentaire sur la crise migratoire aux portes de l’Europe

« Les conventions européennes ont forcé des milliers de gens à vivre dans des camps inhumains. L’un d’entre eux est le « hotspot » de Samos, sur l’île grecque éponyme. « Samos, the Faces of our Border », donne la parole aux migrants, aux volontaire, aux locaux et aux employés de l’Union européenne.. Leurs voix deviennent la chorale de ce film – un hymne dissonant et un portrait peu flatteur du message de bienvenue européen au monde. » Toutes les infos sur le site officiel

DESTINS CROISÉS SUR LES ROUTES DE LA MIGRATION. Série de reportages produits par la RTS, juin 2021

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  • Épisode 1 – Sénégal – Le chant du départ
  • Épisode 2 – Bosnie-Herzégovine – La route de l’exode
  • Épisode 3 – Lesbos – Les gardiens de la forteresse
  • Épisode 4 – Allemagne – Une nouvelle vie
  • Épisode 5 – Sénégal – La voie du retour

Sujets TV: Tristan Dessert (Sénégal), Laurent Burkhalter (Bosnie-Herzégovine), Isabelle Ory (Lesbos), Annabelle Durand (Allemagne)

Tous les reportages sont à retrouver sur la page RTS

Salon du Livre en Ville 2021

LE TRIANGLE ET L’HEXAGONE – Réflexions sur une identité noire. Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020, 160 pages

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« Le Triangle et l’Hexagone est un ouvrage hybride : le récit autobiographique d’une chercheuse. Au gré de multiples va-et-vient, l’autrice converse avec la grande et les petites histoires, mais également avec la tradition intellectuelle, artistique et politique de la diaspora noire/africaine. Quels sens et significations donner au corps, à l’histoire, aux arts, à la politique ?
À travers une écriture lumineuse, Maboula Soumahoro pose son regard sur sa vie, ses pérégrinations transatlantiques entre la Côte d’Ivoire des origines, la France et les États-Unis, et ses expériences les plus révélatrices afin de réfléchir à son identité de femme noire en ce début de XXIe siècle. Ce parcours, quelque peu atypique, se déploie également dans la narration d’une transfuge de classe, le récit d’une ascension sociale juchée d’embûches et d’obstacles à surmonter au sein de l’université.
Cette expérience individuelle fait écho à l’expérience collective, en mettant en lumière la banalité du racisme aujourd’hui en France, dans les domaines personnel, professionnel, intellectuel et médiatique. La violence surgit à chaque étape. Elle est parfois explicite. D’autres fois, elle se fait plus insidieuse. Alors, comment la dire ? Comment se dire » Lien La Découverte

BLACK MANOO. Roman de Gauz, Le Nouvel Attila, 2018, 256 pages

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« Une histoire de la colonisation comme on ne l’a jamais lue.
1880. Un jeune homme, Dabilly, fuit la France et une carrière toute tracée à l’usine pour tenter l’aventure coloniale en Afrique. Dans une « Côte de l’Ivoire » désertée par l’armée française, quelques dirigeants de maisons de commerce négocient avec les tribus pour faire fructifier les échanges et établir de nouveaux comptoirs. Sur les pas de Dabilly, on découvre une terre presque inexplorée, ses légendes, ses pactes et ses rituels…
Un siècle plus tard, à Amsterdam, un gamin d’origine africaine raconte le monde postcolonial avec le vocabulaire de ses parents communistes. Lorsque ceux-ci l’envoient retrouver sa grand-mère et ses racines en Afrique, il croise les traces et les archives de son ancêtre.
Ces deux regards, celui du blanc sur l’Afrique et celui du noir sur l’Europe, offrent une histoire de la colonisation comme on ne l’a jamais lue. Gauz fait vivre des personnages tout en contrastes, à la lumière solaire, dans une fresque ethnologique pétrie de tendresse et d’humour. » Lien Le Nouvel Attila

HABITANT DE NULLE PART, ORIGINAIRE DE PARTOUT. Souleymane Diamanka, Points Poésie, 2021, 144 pages

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« La voix pleine de sourires et pleine de larmes
Sincère comme ce père noir qui repart en pleurs d’un parloir
J’ai eu la chance quelque part d’avoir été sauvé par l’art oratoire

Ce volume se compose des textes de l’album L’Hiver peul mais aussi de nombreux poèmes inédits de Souleymane Diamanka. L’auteur jongle avec les mots, les fait « métisser ». Sa poésie prêche l’oralité, apparie avec finesse ses cultures peule et européenne, parce qu’il est fier d’être « habitant de nulle part et originaire de partout», dépositaire d’un chant intemporel, d’un appel à l’Amour, à la Tolérance et à la connaissance de l’Autre.

Bordelais d’origine peule, Souleymane Diamanka est l’auteur d’un premier album de slam, intitulé L’Hiver Peul (2007). Après J’écris en français dans une langue étrangère et Écrire à voix haute en co-écriture, Habitant de nulle part, originaire de partout est son troisième ouvrage. » Lien éditeur

DANS LE VENTRE DU CONGO. Blaise Ndala, Seuil, 2021, 368 pages

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« Avril 1958. Lorsque s’ouvre l’Exposition universelle de Bruxelles, Robert Dumont, l’un des responsables du plus grand événement international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a fini par déposer les armes face aux pressions du palais royal : il y aura bel et bien un « village congolais » dans l’un des sept pavillons consacrés aux colonies. Parmi les onze recrues mobilisées au pied de l’Atomium pour se donner en spectacle figure la jeune Tshala, fille de l’intraitable roi des Bakuba. Le périple de cette princesse nous est dévoilé, de son Kasaï natal à Bruxelles en passant par Léopoldville, jusqu’à son exhibition forcée à Expo 58, où l’on perd sa trace.

Été 2004. Fraîchement débarquée en Belgique, une nièce de la princesse disparue croise la route d’un homme hanté par le fantôme du père. Il s’agit de Francis Dumont, professeur de droit à l’Université libre de Bruxelles. Une succession d’événements finit par leur dévoiler le secret emporté dans sa tombe par l’ancien sous-commissaire d’Expo 58. D’un siècle l’autre, le roman embrasse la grande Histoire pour poser la question centrale de l’équation coloniale : le passé peut-il passer ?

Blaise Ndala est né en 1972 en République démocratique du Congo. Il a fait des études de droit en Belgique avant de s’installer au Canada en 2007. Il y a publié deux romans remarqués, J’irai danser sur la tombe de Senghor (L’Interligne, 2014, prix du livre d’Ottawa), et Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d’encrier, 2017, lauréat du Combat national des livres de Radio-Canada et du prix AAOF). » Lien Seuil

LA MER NOIRE DANS LES GRANDS LACS. Annie Lulu, Julliard, 2021, 224 pages

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« Née en Roumanie, dans une société raciste et meurtrie par la dictature, Nili n’a jamais connu son père, un étudiant congolais disparu après sa naissance. Surmontant au fil des ans sa honte d’être une enfant métisse, Nili décide de fuir à Paris où elle entend, un jour, dans la rue, le nom de son père : Makasi. Ce sera le point de départ d’un long voyage vers Kinshasa, à la recherche de ses racines africaines. Elle y rencontrera l’amour, le combat politique, la guerre civile et la mort. Et en gardera un fils, auquel s’adresse cette vibrante histoire d’exil intérieur, de déracinement et de résurrection.
Écrit d’une plume flamboyante, à la fois poétique, intense, épique et musicale, au carrefour des traditions balkaniques et africaines, ce premier roman sur la quête des origines bouleverse par sa profondeur et sa beauté. »
Lien Julliard

LA PLUS SECRÈTE MÉMOIRE DES HOMMES. Mohamed Mbougar Sarr, Philippe Rey, 2021, 448 pages

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« En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938 : Le labyrinthe de l’inhumain. On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de « Rimbaud nègre », depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s’engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l’Argentine, quelle vérité l’attend au centre de ce labyrinthe ? 

Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l’accapare, Diégane, à Paris, fréquente un groupe de jeunes auteurs africains : tous s’observent, discutent, boivent, font beaucoup l’amour, et s’interrogent sur la nécessité de la création à partir de l’exil. Il va surtout s’attacher à deux femmes : la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda… 

D’une perpétuelle inventivité, La plus secrète mémoire des hommes est un roman étourdissant, dominé par l’exigence du choix entre l’écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et à son pouvoir intemporel. » Lien Philippe Rey

LA BATEAUTHÈQUE – Vers des pratiques décolonisantes. Marie van Berchem, Anna Barseghian, MétisPresses, 2021

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« Ce livre polymorphe, à la croisée entre livre d’art et livre de réflexion théorique, présente un projet artistique qui articule réflexions décoloniale, anti-raciste, féministe et écologique. Fruit de la résidence de Marie van Berchem commencée en 2019 à Utopiana, il retrace le chemin de La Bateauthèque, un projet de bibliothèque nomade, lieu de rencontre et de discussion.

En découvrant l’histoire d’un ancêtre qui avait armé quatre bateaux d’esclaves dans la traite transatlantique du 18e siècle, Marie van Berchem décide d’embarquer pour un voyage transformatif avec cet objectif poétique: «Je descends d’un vieil arbre encombrant. Je vais prendre son bois et construire un bateau.»

Le livre réunit des écrivain.e.s, artistes, curateur.rice.s et chercheur.e.s, qui articulent autour et vers des pratiques décolonisantes: Uriel Orlow, Olivier Marboeuf, Tabita Rezaire, Noémi Michel, le Collectif Brasa abordent la décolonisation par le prisme de leurs pratiques respectives. Le travail graphique de Daniel Haettenschwiller sublime avec brio le livre. » Lien MétisPresses

COMME NOUS EXISTONS. Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021, 144 pages

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« Kaoutar Harchi mène dans ce livre une enquête autobiographique pour saisir, retranscrire au plus près cet état d’éveil, de peur et d ‘excitation provoqué, dit-elle, « par la découverte que nous – jeunes filles et jeunes garçons identifiés comme musulmans, que nous le soyons ou pas d’ailleurs – étions perçus à l’aube des années 2000 par un ensemble d’hommes et de femmes comme un problème. » Un livre où l’amour filial et l’éveil de la conscience politique s’entremêlent dans une langue poétique et puissante. » Actes Sud

NAFASAM. Chirine Sheybani, éditions cousu mouche, 2018, 186 pages

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« Augustin et Sepideh. Deux destins. Une rencontre. L’histoire d’un amour. En allant picorer dans leur existence, Chirine Sheybani parle de culture, d’identité, de cuisine, de maladie et d’amour.

À travers le personnage de Sepideh, elle raconte le destin des juifs iraniens, exilés sur leurs terres, puis de par le monde. Elle évoque la dignité de ces hommes et de ces femmes qui se construisent sans racines.

Chirine Sheybani dépeint aussi, au fil de pages puissantes, le combat contre la maladie et le droit de chacun d’écrire le mot fin de son histoire.

Écrit dans un style âpre, haché, et maîtrisé, Nafasam vous entraîne au plus près d’un couple attachant, dans l’intimité de Sepideh la fière et d’Augustin le conciliant. » Lien cousu mouche

 

Zoom sur Visions du Réel 2021 – HABITER

C’est parti pour une plongée confinée de dix jours dans des Visions du Réel déclinées dans une variété de formes et de voix singulières pour nous parler de Territoires, de territorialités, de territorialisation, d’identités, de transmission, de mobilités, d’immobilités… de confinements ! Le réel, les visions du réel, un programme ambitieux, et… un job à plein temps ! Avec forcément quelques frustrations à la clé et au final une petite sélection sous le thème de l’Habiter…

Visions du Réel 2021, ce sont

143 films originaires de 58 pays enrichis par des forums, des Masterclass, des entretiens, des ateliers… Une édition hybride – virtuelle et « réelle » -, puissante, qui en cette seconde année « particulière », a tout mis en oeuvre pour « trouver les formats permettant de combiner convivialité et sécurité« .

Des Sections. Compétition Internationale Longs Métrages / Compétition Burning Lights / Compétition nationale / Compétition internationale Moyens & Courts Métrages / Opening Scenes / Grand Angle / Latitudes / Invité d’honneur / Ateliers

Des Parcours. Fragments passés / Identités et luttes / Portrait(s) / Retour vers la nature / Science-fiction et Dystopie / Un an après / Histoires de familles

Une Médiathèque pour retrouver discussions, masterclass, ateliers, etc.

… A découvrir au bout de ce lien

Mes Visions du Réel 2021, ce sont

Des bateaux, des avions, des trains, des liens, des destins, des dieux, etc. Ce sont des voyages d’une rive à l’autre de la Méditerranée, le long d’une ligne de trains, du Sénégal en Argentine, de la ville désaffectée à la ville-monde, d’Afghanistan au Danemark, du Cambodge en Australie, de Paris à Kotelnitch, de Syrie au Qatar, du bruit au silence, de la colonisation à la nation, du patrimoine mondial au confinement local, de la montagne à la mer, de l’espace réel à l’espace virtuel, de Téhéran à Genève, du Brésil à la Grèce, de la Californie en Corée, de New York au Liban, du Sénégal au 93, etc. etc. etc. Autant de voyages à la rencontre de son histoire, de l’Histoire, de l’histoire des siens. Allers, retours, allers-retours, allers sans retour, à la recherche de ses aïeux, en quête de son identité, en quête de Son Lieu. Voyages placés sous le regard des dieux, portés par les destins qu’ils ont tracés. Au final voyages à la rencontre de Soi. Des Rencontres avec ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui luttent pour rester. Ceux qui sont confinés dans un territoire trop étroit…

Les Mots de mes Visions du Réel 2021 : Passage – Voyage – Exil – Dieu – Histoire – Mouvement – Marges – Identité – Transmission – Héritage – Vide – Plein – Rites – Générations – Enfance – Distance – Résistance – Économie – Aïeux – Retour – Détour – Origines – Rêve – Utopie – Dystopie – Oubli – Immobilité – Maison – Colonisation – Nation – Ici – Là-bas – Ailleurs – Nous – Eux – Autres – Assignation – Confinement – Villes – Terroirs – Territoire – Luttes – « Nature » – Propriété – Appropriation – Occupation – Expulsions – Communauté – Collectif – Territorialisation – Déterritorialisation – Reterritorialisation – Barrières – Ponts – Quais – Vagues – Vent – Aéroports – Aérogares – Flux – Intérieur jour – Extérieur nuit – Pandémie …

Mes Visions du Réel 2021 ce sont…

Un voyage de 33 films et autant de voix singulières qui se répondent, se font écho, esquissant au fil du voyage des ponts, des liens, des thèmes communs, des pistes pour les articuler dans un montage bâtissant in fine une fresque du Réel version 2021.

33 Visions précisément, pour autant de territorialités « habitées » dans un patchwork de formes originales, étonnantes, inventives.

 » Les films qui habitent la sélection officielle 2021 embrassent cette liberté, ces subjectivités, ce refus d’explications ou informations exhaustives, pour mieux aspirer à traduire des sentiments et des émotions personnels qui n’en deviendront qu’encore davantage universels.«  Lien VDR

… 33 films et autant de Visions. Un panaché de formes pour révéler la beauté dans le chaos, démasquer le mensonge dans la « pureté », chercher « le romanesque latent sous la réalité manifeste » (Retour à Kotelnitch), le plein dans le vide, la poésie dans la laideur, l’espoir dans la violence, découvrir « quelques parcelles de beauté ambigüe » dans « l’espace cauchemardesque« , Dieu dans l’enfer, la « beauté mélancolique » d’une cité déserte… Bref pour encore, pour toujours, rechercher la lumière… malgré tout.

HABITER

Habiter… Un Voyage confiné de 33 visions aux titres éloquents. Y’a plus qu’à se caler !

  1. Le chant des vivants         Habiter le Refuge                                                          
  2. où nous sommes          Habiter le Paysage industriel                         Jour 1 – Jeudi 15 avril 
  3. The Bubble                       Habiter la Bulle
  4. Courage                           Habiter la Peur                                               Jour 2 – Vendredi 16 avril
  5. Timkat                              Habiter le Rite
  6. If you see her, say hello     Habiter son Image d’enfance                        Jour 3 – Samedi 17 avril
  7. Flee                                   Habiter la Fuite
  8. Molécules                          Habiter le Patrimoine de l’Humanité
  9. Sortes                                Habiter le Terroir                                           Jour 4 – Dimanche 18 avril
  10. Blind Body                         Habiter son corps déplacé
  11. Kind Regards from the Anthropocene   Habiter le paysage «naturalisé» 
  12. Slow Return                      Habiter le Fleuve
  13. Outside the coverage area Habiter la Virtualité                                       Jour 5 – Lundi 19 avril
  14. The Great Void                  Habiter le « monde d’après (les hommes) » 
  15. Not Over Yet                     Habiter les Origines
  16. After the Flood                  Habiter le Flux                                                Jour 6 – Mardi 20 avril
  17. Retour à Kotelnitch           Habiter « d’autres vies »
  18. The Stillness Syndrome     Habiter le Bruit
  19. Radiograph of a Family    Habiter le Puzzle (identitaire)
  20. Non Stop                           Habiter (dans) l’oubli                                      Jour 7 – Mercredi 21 avril
  21. Lift                                     Habiter la Nation post-coloniale
  22. My Quarantine Bear         Habiter le Confinement transnational
  23. Il Passagio della Linea      Habiter la Ligne
  24. Chronicles of that Time    Habiter la Méditerranée
  25. Borom Taxi                       Habiter la Désorientation
  26. Homegoing                      Habiter nulle part                                             Jour 8 – Jeudi 22 avril
  27. Only the Winds                 Habiter le « (dé)retour » (par) à la terre natale
  28. Captains of Zaatari           Habiter le Camp / Habiter le rêve
  29. A l’Intérieur                      Habiter le Quartier
  30. Nous                                 Habiter de l’autre côté (du périph’)                  Jour 9 – Vendredi 23 avril
  31. Atelier Archives HEAD X RTS Habiter les Luttes
  32. L’Étincelle                           Habiter la Zone à Défendre
  33. Native Rock                      Habiter la distance, l’Île, le paradis perdu         Jour 10 – Samedi 24 avril

Habiter la bulle, habiter son image d’enfance, habiter la marge, habiter le rêve, la ligne, la Méditerranée… Territoires-transmission, Territoires-assignation, Territoires de l’intime, Territoires virtuels, naturels, naturalisés… Territoires… de transaction. Autant de géographies, de rapports aux lieux, d’espaces singuliers, de compositions, de territorialités à inventer…

Autant de territoires avec lesquels on tisse des liens, qu’on contraint à se transformer et qui nous contraignent à nous adapter… Avec pour seule constante le Mouvement, inévitable, inexorable, avec lequel on doit composer. Parce que quand le mouvement perpétuel s’arrête enfin, c’est la mort, c’est la pandémie, c’est le fleuve qui s’est tari, c’est la dystopie, c’est le monde d’après, celui de l’inhumanité, le monde sans les hommes sans les fleuves et sans la vie. Ce blog se voulant la chronique de la tension originelle entre mouvement et ancrage, entre racines et ailes, ces Visions du Réel offrent un poste d’observation idéal pour regarder le monde se débattre et composer avec cette tension.

Entre utopies et dystopies, ma sélection habitable joue entre le vide et le plein, explore centres et  marges se recomposant au fil de l’Histoire économique, politique, écologique, et bientôt sanitaire. Ma sélection habitable se méfie des dé(l)sir(e)s de pureté, des bulles trop pleinement authentiques, utopies conduisant fatalement au vide dystopique.

Habiter (dans l’)Aillleurs – Habiter (à la) dans les Marges – Habiter (dans) la Bulle – Habiter la Nation – Habiter le flux…

… Ou la tentative de dégager cinq catégories « d’Habitats » qui ne sont pour autant jamais perméables. Qui se confondent tout le temps. Mènent l’une à l’autre. Le Flux redéfinit le vide et le plein en fonction des trains, des vagues, de l’érosion, du vent, du mouvement marchand. Le Flux redessine centres d’hier et marges de demain. Habiter partout peut conduire à flotter nulle part, à une marge ou à une bulle. Les bulles peuvent quant à elles conduire au vide, à la marge, à … l’ailleurs ? Tandis que les marges créent des bulles pour résister, exister, habiter, assurer leur transmission.

Car dans une époque obsédée par le dosage entre transmission et mouvement, l’alliage de la transmission dans le mouvement, il est question de transmission, tout le temps. La transmission qui relie histoires micro-locales et globale obsession. La transmission, question glocale, qui offre un fil conducteur à cette sélection.

Partir ou rester ? Dans une époque obsédée par la transmission identitaire, une époque où le nationalisme sanitaire sonne le glas du repli planétaire, in fine, la pandémie géo-politisée semble avoir répondu le temps d’un covid-long à cette inextricable question. Le mouvement lui a déjà entamé son oeuvre de recomposition, vidant les futures (?) marginales Villes-Monde de ceux d’Ailleurs et d’Ici, amorçant un nouvel exode vers de futures anciennes marges… Reste l’espoir, partout, par touches, le rêve, Dieu. Pour croire au réveil du flux dans un monde où plus les territoires et les identités se confinent, plus l’instabilité épanouit sa territorialité….

HABITER (DANS L’)AILLEURS

1. LE CHANT DES VIVANTS. Habiter le Refuge

chantvivants
Cécile Allegra. France. 82′
 
Composé de chants et de souvenirs, ce film musical puissant retrace l’expérience traumatisante de jeunes survivant.e.s venu.e.s de différentes régions d’Afrique. Dans le village de Conques en France, ils.elles ont trouvé un espace thérapeutique où ils apprennent à surmonter leur passé et, par le biais du chant, à imaginer un nouvel avenir.

Le Chant des vivants… ou la condamnation à l’enfer pour avoir aspiré au plus grand des crimes contemporains : voyager, revendiquer le droit à la Mobilité. Refuser de n’être « que des migrants ». Ou la chanson comme seule forme possible pour raconter l’innommable voyage en enfer. La chanson pour tenter de retrouver une forme de vie, quand la punition pour avoir succombé au péché de mobilité est la condamnation au statut de mort-vivant.

« Why leave you home if you’re going nowhere ? »

Le Chant des vivants ou le récits d’allers sans retours, d’allers nulle part…. « La Libye, personne n’en revient en vérité« 

« Leur seul crime c’est de voyager. Hélas, on voyage tous à un moment dans la vie. » La Libye « Un voyage pas comme les autres, un chemin vers l’enfer, mais plus que l’enfer. » « Pour rentrer en enfer tu devrais mériter, faire quelque chose qui pourra t’amener à l’enfer. Mais en Libye c’est le cas contraire on a rien fait on a juste voyagé… Tout le monde a le droit de voyager, tout le monde a le droit d’aller dans un pays, tout le monde a le droit de se déplacer à un moment donné… donc on n’a rien mérité pour subir tout ça« .

7. FLEE. Habiter la Fuite

Jonas Poher Rasmussen. Danemark, France, Suède, Norvège, 90 min.

 » Depuis plus de vingt ans, Amin cache un secret qui menace de ruiner la vie qu’il s’est construite. Sur le point d’épouser son compagnon, il est poussé à se dévoiler. Réalisé principalement avec des images d’animation remarquables, Flee nous embarque ainsi dans le parcours d’un réfugiéd’Afghanistan au Danemark. Un récit poignant, lauréat du Grand prix du Jury à Sundance. »

« Que signifie le mot « maison » pour toi ? » – « La maison ? » – « C’est un endroit sûr. Un endroit… Tu sais que tu peux rester et que tu n’es pas obligé de repartir. Ce n’est pas un endroit temporaire. »

Flee, une fuite d’Afghanistan au Dannemark, avec des allers-retours vers la Russie, vers une famille contrainte de trancher : qui doit partir, qui doit rester ? Comment ceux qui restent comme celui qui part composent sans cesse ? Comment parvenir in fine à ancrer ses multiples identités dans un territoire qu’on pourra désormais appeler sa Maison ? Esquisse de réponse sous forme d’images d’animation, pour une immersion pudique, une mise à distance de la souffrance de l’exil.

10. BLIND BODY. Habiter son corps déplacé

Allison Chhorn. Australie. 14 min

 » Allison Chhorn réalise un portrait émouvant de sa grand-mère Kim Nay, exilée en Australie. Lorsque les souvenirs du passé jaillissent, elle raconte la dureté du travail d’autrefois et le vécu du génocide cambodgien. Filmé au plus près de son corps, Blind Body évoque l’univers sensoriel de Kim Nay, partiellement aveugle. »

Quel fil entre Kim Nay, née au Cambodge en 1942 et résidant en Australie, et Adelita Borg, arrière-petite-fille de Kim, née en 2018, Australienne ? Esquisse de réponse sous forme de « portrait sensoriel » d’une grand-mère, de questionnement sur les liens entre des événements marqués par l’errance, un corps marqué par ces derniers et la transmission d’une mémoire qui est avant tout celle d’un corps déplacé.

15. NOT OVER YET. Habiter les Origines

Monise Nicodemos, Brésil. 21 min

« Not Over Yet est une traversée cinématographique entre le Brésil et la Grèce. Partant de la curiosité pour son nom aux origines grecques, la réalisatrice nous emmène dans un voyage où les souvenirs personnels se mêlent à la politique et à l’Histoire. Tourné en pellicule, ce premier film surprenant marie une narration libre à un style intime et touchant. »

« Je me suis inventée un grand-père grec… Et le reste de l’histoire, je l’ai trouvé si mauvaise, que j’ai préféré l’oublier. »

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 » Je suis arrivée en Europe et on m’a dit que mon nom était grec. Comme je ne savais presque rien de ma famille paternelle, je me suis inventée un grand-père grec qui aurait pris pied en terres brésiliennes. Il aurait choisi Rio de Janeiro pour que le mal du pays ne soit pas insupportable. En remplaçant la mer par la mer, on se sent plus à l’aise. »

17. RETOUR A KOTELNITCH. Habiter « D’Autres Vies »…

Emmanuel Carrère. France. 105 min

« Radiographie d’un deuil, variation sur les faux-semblants et les fantômes, le premier – et à ce jour – seul film documentaire d’Emmanuel Carrère, ne ressemble à rien de connu, sinon à ce qui anime ses livres. Le médium change, l’enquête demeure, qui cherche le romanesque latent sous la réalité manifeste d’autres vies que la sienne. »

« Kotelnitch c’est là où on va quand on a disparu. »

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Dans Retour à Kotelnitch il est davantage question du processus, du chemin, que du but, le film. Devant Retour à Kotelnitch on se questionne : pourquoi est-on invariablement ramenés vers certains lieux, pourquoi ces lieux-là ? Pourquoi y retourne-t-on encore et encore ? Pour un film ? Ou pour comprendre, boucler une boucle, se trouver, se retrouver…? Au final ce Retour à Kotelnitch est un prétexte. Pour le réalisateur il s’agit de chercher non pas seulement la clé d’un crime. Mais re-trouver avant tout son grand-père, ses origines, son histoire familiale, une part de soi. Retour à Kotelnitch revient sur les motifs cachés de nos créations : tout projet sur les traces d’un autre revient-il irrémédiablement à un projet sur ses propres traces ? Esquisse de réponse sous la forme d’un reportage-enquête sur les traces d’un prisonnier de guerre hongrois, d’un assassinat, sur la place du créateur dans la vie des autres, dans son oeuvre, dans sa vie.

19. RADIOGRAPHY OF A FAMILY. Habiter le Puzzle

Firouzeh Khosrovani. Norvège, Iran, Suisse. 81 min

Le jour de son mariage, Tayi, en Iran, épouse la photo de Hossein, en Suisse, qu’elle rejoint peu après. La distance qui les sépare alors persiste d’un pays à l’autre, se creuse au fil des ans, s’immisce dans les moindres recoins de leur maison. Firouzeh Khosrovani raconte avec force et justesse les transformations d’un couple – ses parents – reflétant en filigrane celles d’une société iranienne.

A travers les photos des différents passeports, à travers le plan fixe d’un intérieur qui se transforme, Radiography of a Family retrace le voyage identitaire d’une mère, d’un foyer, d’un pays, qui cherchent à « concilier modernité et islam« , à composer. La réalisatrice file l’histoire de sa famille comme une métaphore des mutations d’un Iran coupé en deux, avec d’un côté une mère qui se radicalise et de l’autre un père progressiste qui petit à petit s’efface jusqu’à devenir un fantôme. Et une enfant, entre les deux, à la recherche de sa propre voie.  Et un « intérieur », comme inscription territoriale intime de cette mutation.

« La maison était divisée en deux. Et Firouzeh « entre les deux » »

Firouzeh créé un puzzle, reconstitution des différentes identités de sa mère à travers les allers-retours géographiques, les allers-retours de l’Histoire. « Mère a enlevé le voile« , « Mère a remis le voile« , « Mère a déchiré toutes les photos sans voiles », « Mère est allée suivre une formation militaire« , … Une radicalisation maternelle qui fait écho à celle du pays, à l’intérieur d’une maison à deux territorialités évoluant vers une maison devenue « désormais le territoire de mère« , avec un père s’effaçant jusqu’à disparaître dans la maison, dans cette histoire, dans l’Histoire de l’Iran. Radiography of a family, ou le récit de la crise identitaire symptomatique d’un pays dont la Révolution a fini par nier le Mouvement.

 » Qui sera-t-elle de toute façon en Suisse  »

« Qui suis-je ? »

Comment reconstruire le puzzle pour se construire une identité propre ? Esquisse de réponse sous la forme d’un dispositif didactique et artistique, d’un collage scotchant et déchiré… d’un cri d’amour à des parents que la réalisatrice a été impuissante à ré-concilier. Car s’il est rarement question d’elle dans son film, en filigrane c’est aussi sa propre identité qu’elle doit chercher à reconstituer à travers ce qui lui a été transmis.

22. MY QUARANTINE BEAR. Habiter le transnational confinement

Weijia Ma. Chine, France. 35 min

Lorsque la Covid fond sur la France, Weijia Ma travaille à Strasbourg sur un film d’animation. Très vite, elle fuit à Lyon puis rentre précipitamment à Shanghai. Du vol à la quarantaine dans un hôtel à son arrivée, ce journal filmé aux airs de comédie romantique retrace avec humour et grande inventivité formelle l’expérience de ce parcours. 

Dans My Quarantine Bear, l’héroïne passe du « Monde d’avant« , une existence de Millenial nomade, au « Monde d’après« , un retour à la « maison » confinée en passant par la case aéroport en mode science-fiction… Dans ce monde dystopique, l’utopie urbaine se fantasme depuis une chambre d’hôtel, si près et pourtant si loin de chez elle… Alors, comment aterrir en suspension ? Esquisse de réponse sous la forme d’un journal filmé de confinement.

25. BOROM TAXI. Habiter la Désorientation

Andrés Guerberoff. Argentine, 61 min

Tout au long de son histoire, le cinéma s’est demandé comment filmer l’Autre. Borom Taxi apporte une réponse concise et sensible à cette question : ce premier film nous plonge dans un état d’incertitude et de désorientation sans doute similaire à celui vécu par les personnages, qui ont quitté le Sénégal pour Buenos Aires. 

« Je monte au minaret de la mosquée. Où que je regarde, je vois. Je vois le fils de Bamba. Y a t-il quelque chose de Bamba en ce lieu ? »

« Dieu est grand« , « C’est la volonté de Dieu si je suis ici ». Au coeur de ce Borom Taxi, il est question de volonté divine, de survie économique, de papiers, de maintien du lien culturel, familial, religieux. De regroupement familial et dans l’intervalle de création d’une communauté de l’Ailleurs dans l’Ici. De recréation d’un « Nous » lorsque la famille est restée « là-bas ».  » J’étais venu pour l’argent, c’est tout. Je pensais qu’à ça ». « La maison me manque beaucoup. » 

26. HOMEGOING. Habiter nulle part

Yeon Park. États-Unis, Corée du Sud, 17 min

La pandémie de la Covid-19 a engendré des conséquences multiples, tant sur le plan individuel que social. Dans ce film délicat, un couple coréen basé aux États-Unis perd tout sens du temps, de l’espace et de l’orientation, jusqu’à parvenir à un état d’irréalité. Comment faire pour rentrer chez soi alors que le sentiment de chez soi est perdu ? 

« Parfois je ne sais plus si je suis aux États-Unis ou en Corée. »  « On n’est pas autant les bienvenus qu’on le croyait. » « Le concept d’être chez soi n’existait peut-être que dans sa mémoire. »

Homegoing ou le basculement de l’état transnational vers un état d’irréalité en période d’arrêt sur images pandémique. Dans Homegoing, nos nomades, d’abord « enfermés Ailleurs », attendent un Visa pour que cet Ailleurs deviennent chez eux, condition pour rentrer dans leur chez eux d’origine et s’apercevoir que ce chez eux-là n’est plus chez eux, qu’ils sont d’Ici mais d’Ailleurs Ici, qu’une fois qu’on a intégré le grand mouvement on ne peut plus vraiment revenir, on doit retourner dans ce Là-bas désormais Chez Soi, ou… poursuivre son chemin vers un autre Ailleurs.

27. ONLY THE WINDS. Habiter le « (dé)retour »
Karim Kassem. Liban, Suède, 131 min

Le cinéaste Karim Kassem entreprend un voyage de New York à Beyrouth. Entre la difficulté du retour au pays, une maladie chronique et des recherches pour un futur film, il dépeint la situation du Liban à travers une multiplicité de rencontres. Essai fourmillant de pistes narratives, Only the Winds scrute la métaphysique des êtres et le sens de notre passage sur terre. 

« Je suis juste parti. » « Je ne sais pas, il y a quelque chose de bizarre dans l’énergie du pays. » « Mais je doute que je revienne vivre ici. » « Pour moi ici c’est un terrain de recherche plus qu’un pays où vivre. »

Only the Winds ou le dur retour en terre natale d’un expatrié qui ne revient que le temps d’un détour et qui est contraint de se questionner : partir est-ce forcément trahir, abandonner sa patrie et se contenter de revenir « frimer devant les pauvres qui eux sont restés dans leur pays » ? Only the… Winds. Comme le vent qui fait tomber en ruines les institutions du pays et s’envoler sa jeunesse vers l’Ailleurs. Une jeunesse qui désormais crie à ses politiques « Nous ne voulons pas immigrer comme les autres avant nous« . Mais ces vents porteraient-ils aussi vers la foi et l’espoir ? Esquisse de réponse avec ce dernier plan dans une église, d’une fillette aveugle photographiant une Bible…

28. CAPTAINS OF ZAATARI. Habiter le Camp, Habiter le Rêve

Ali El Arabi. Égypte, 75 min

Fawzi et Mahmoud sont réfugiés syriens et vivent dans le camp de Zaatari, en Jordanie.
 Ils s’y entraînent pour réaliser leur rêve, devenir un jour footballeur professionnel. Lorsqu’ils sont sélectionnés pour rejoindre l’académie des jeunes espoirs au Qatar, leur vie bascule. Mais il faudra être les meilleurs pour poursuivre l’aventure, sans quoi ils retourneront au camp.

« Rêve syrien, jeunesse syrienne » ! « Que Dieu soit avec toi » « Inch Allah »

Ces Captains of Zaatari nous donnent une belle leçon d’espoir et de résilience, de foi en Dieu et en ses rêves. Une foi qui les conduira d’une ville-camp en Jordanie aux rutilants complexes sportifs du Qatar. Une foi qui leur donnera une voix pour crier « Mesdames et Messieurs, créez des opportunités pour tous les réfugiés. Ce dont un réfugié a besoin, c’est d’une opportunité, pas de votre pitié. » Dans une époque où le duel assignation-mobilité est trop souvent à l’avantage du premier, le film montre « that dreams cannot be imprisoned or confined », même pour le « vagabond, marchant à travers les terres, errant« .

« Même si j’ai un diplôme, je serai toujours un réfugié. Mais je ne permettrai jamais qu’on m’enlève mes rêves. »

33. NATIVE ROCK. Habiter la distance, l’Île, le paradis perdu
Macià Florit Campins. Espagne, 75 min
 
Macià et Lau sont deux frères nés à Minorque, au cœur de la Méditerranée. Devenu cinéaste, Macià réside temporairement aux États-Unis, tandis que Lau est resté agriculteur sur l’île. Séparés par l’océan, le réalisateur adresse une émouvante lettre à son frère, s’interrogeant sur l’identité insulaire et son métier.

« Les identités, comme les strates géologiques, ne se reposent jamais. »

« On n’a pas de « chez soi » avant de le quitter, et une fois parti, on ne peut jamais revenir. »

 
Parabole de la brebis égarée, Native Rock explore le paradis perdu de l’enfance et tente de répondre à cette question : pourquoi l’un part et l’autre reste ? « Ca fait dix ans que j’ai quitté Minorque. Toi, à l’inverse tu n’es jamais parti. Je passe ma vie à voyager, toi, tu n’as jamais quitté Minorque. » « Tu t’es déjà demandé pourquoi on était si différents alors qu’on vient de la même île ? »
 
Alternant des plans de son île natale avec ses différents lieux de passage – New York, Barcelone, Baixa – le réalisateur mène son enquête sous la forme d’une lettre à ce frère resté « au pays », ce frère qu’il ne prendra dans ses bras que hors-caméra, vivant la scène la plus importante du film en hors-champ. « Qui filme, cherche. Qui se fait filmer, vit« , et qui vit… arrête de filmer.
 
Faire un film pour retrouver un frère, pour honorer ses origines, pour « apprendre à séparer qui il est et d’où il vient« . Pour embrasser à la fois rituels immuables et mouvement perpétuel. Un film pour comprendre pourquoi cette île où il ne reviendra jamais vraiment lui manque tant. Partir pour faire des films et faire des films pour comprendre d’où on vient. Petit Poucet qui sème des cailloux qui l’égarent davantage, au lieu de le ramener vers ce frère, ce grand-père… Ce Native Rock est encore une fois une histoire de transmission.
Macia se cherche dans ce Native Rock, dans les quatre types roches de Minorque, découpant en quatre séquences sa quête identitaire. Lui, c’est le grès, « une roche qui transforme en oiseau« . J’ai le sentiment que ton identité est faite de granit, comme les dolomies. Alors que la mienne s’érode chaque jour comme le grès ». Marcia questionne roches, photos de famille, rituels locaux qui « traversent le temps et les générations« .
 
Macia recherche ces roches partout. A New York, où « tous les immeubles sont aussi hauts que le phare du cap Favaritx« , dans la ville de Baixa, qui est « comme chez lui », car faite des mêmes roches. Ces roches qui, sous leurs pieds, « continuent d’être en perpétuelles collisions« . Cette nature-flux qui crée des territoires mouvants, fait fondre l’Arctique et couler Minorque. Des territoires mouvants, socles d’identités jamais figées.

« J’ai regardé la roche de près pour la briser et m’enraciner à nouveau. Mais la tranchée a été creusée en moi, creusée par l’envie. Une tranchée qui s’est ouverte quand j’ai quitté l’île et qui s’est agrandie avec la distance et l’érosion du temps. Une tranchée qui devient une carrière, et qui me permet de construire mon « chez moi », du vide qui en a été extrait. » « Une maison avec de l’espace pour tout ce que j’aime. »

« C’est précisément en ça que consiste l’amour, apprendre à aimer l’érosion. »

HABITER DANS (A) LA (LES) MARGE(S)

2. LÁ OÚ NOUS SOMMES. Habiter le Paysage industriel
 
Amélie Bargetzi. Suisse, France. 36′

Comment vivre à Fos-sur-Mer, ville méridionale française hérissée de raffineries et d’industries chimiques ? Des habitant.e.s s’efforcent de résister – dans tous les sens du terme – à leur condition, en parlant à la cinéaste, dont la caméra cadre leur paysage cauchemardesque, où elle déniche, parfois, des parcelles de beauté ambiguë. »

Là où nous sommes… ou les stratégies des habitants pour demeurer, malgré toute cette fumée, sur leur territoire d’ancrage. Là où nous sommes ou comment l’homme trouve une place malgré tout, s’approprie des brèches, s’approprie les interstices d’un territoire utilitaire qui fournit la majorité des emplois locaux. Des stratégies qui se révèlent sous forme de « topographie sensible et contrastée » d’un territoire industriel, avec évocations en voix-off de sa territorialisation. Et tandis que les hommes ancrés se débattent entre les cheminées, les oiseaux migrateurs eux transitent en zone protégée…

6. IF YOU SEE HER, SAY HELLO. Habiter son image d’enfance

Hee Young Pyun & JIAJUN OSCAR Zhang. Chine, 18 min

 » Un voyageur visite la ville de son enfance, dans une ancienne zone de forage pétrolier du nord de la Chine, qu’il croyait alors être le « centre de l’univers ». Hanté par ses souvenirs, il se perd peu à peu dans un espace onirique, passant d’une ville ultra-moderne à une ville fantôme où lui-même n’est plus sûr de ce qui est réel ou imaginaire. Un film hybride d’une rare beauté. « 

If you see her, say hello, ou la dérive onirique d’un voyageur qui se promène dans son image d’enfance. Vide. Lieux désaffectés où résonnent les souvenirs d’une territorialité circonscrite. Herbes hautes. Retour d’un migrant parti pour la mégalopole qui explore les confins de son terrain de jeu originel, espace de construction identitaire, ancien centre d’un monde révolu, de son monde. Docu-fiction sur les traces d’une déterritorialisation.

Que reste-t-il quand tout le monde est parti ? Que deviennent ceux qui restent, ceux qui ne suivent pas le mouvement ? Des fantômes, des errants… miroir inversé de ceux qui prennent la route à l’ère de la criminalisation géopolitique du mouvement… Car même quand la politique fige et assigne, l’économie ne cesse jamais son oeuvre de recomposition, transformant centres d’hier en marges de demain, habitants ancrés en potentiels travailleurs émigrés.

8. MOLÉCULES. Habiter le Patrimoine de l’Humanité
Andrea Segre. Italie. 68 min

 » Retenu à Venise en raison du confinement, le réalisateur revient sur ses liens avec son père décédé et la ville soudainement vidée de ses touristes. La voix éraillée d’Andréa Segre, les images hallucinantes d’une Venise déserte et une émouvante lettre au père forment le fil conducteur de ce collage fascinant, parfaitement maîtrisé. »

« Je n’ai jamais su si j’appartenais à Venise ou pas. »

Molécules, ou la réappropriation d’une histoire, une Histoire, un père, un territoire. Ou l’interrogation d’un rapport à un Territoire qui appartient à priori d’abord au Monde, aux Autres… Un Territoire si peu connu de soi, si peu approprié jusque là. Un rapport qu’on réinterroge à l’occasion de la mort d’un père, de la naissance d’un fils, d’un confinement… Une interrogation sous forme de chronique du vertige de la vie confinée, de lettre au père, de journal intime halluciné.

Molécules, une autre histoire de transmission qui se veut aussi une interrogation sur le rapport marchand au territoire qui recompose constamment espaces du vide et du plein. Les Vénitiens vendent  pour s’installer ailleurs. Les Vénitiens vendent et fuient vers la terre ferme. Les Vénitiens émigrés viendront-il re-territorialiser cette Venise désertée par le monde ?

Venise au temps du confinement, un vertige que j’ai connu en novembre 2020 à retrouver ici : Venise Patrimoine du Monde (de l’Immunité) confiné

9. SORTES. Habiter le Terroir

Mónica Martins Nunes. Portugal, Allemagne. 38 min

 » Sous le soleil des moissons et le chant des cigales, Mónica Martins Nunes construit un portrait touchant de Serra de Serpa, région aride au sud du Portugal, touchée par l’exode rural. Les poèmes chantés par les berger.ère.s et les marchand.e.s de foire résonnent comme l’ultime geste d’un paysage humain qui résiste à tomber dans l’oubli. »

« La vie, ça fait toute la différence, mon dieu… » « Avant, c’était peuplé, partout… »

Déambulation poétique en suspension, entre images de « montes » abandonnées, de silences, de bals musettes de résistance… Images de ceux qui restent « au village », désormais hors du temps, hors de l’espace utilitaire, hors du centre, où subsiste une territorialité de résistance au flux, une territorialité de marge… Monica Martins Nunes nous offre une autre histoire de transmission, sur les traces de son grand-père disparu et du territoire de la mémoire.

« Pourquoi tu l’as vendue si elle était si bonne ? » « Ma richesse à moi, c’était d’arriver à me barrer d’ici ! »

La richesse de l’ancrage et de l’attachement profond à la terre peut-elle régater avec la richesse engrangée en la vendant ? Et puisque tout bouge, tout le temps, le vide laissé par ceux qui l’ont vendue fera-t-elle demain la bonne affaire de l’exode urbain du « monde d’après » ?… Affaire à suivre…

13. OUTSIDE THE COVERAGE AREA. Habiter la Virtualité

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Agustina Wetzel. Argentine. 28′

« Les apps sont politiques – ou plutôt, géopolitiques. Le confinement nous a contraint.e.s à redéfinir les frontières et à interagir avec le monde virtuellement. En split screen, le film trace une carte et questionne les liens entre réalité virtuelle et espaces réels, mettant en évidence la dimension politique de l’opération. »

Outside the coverage area ou le film d’une confinée qui avait « besoin de marcher encore plus que d’habitude« . Besoin de confronter espace virtuel et lieu réel dans une période de distorsion de la réalité, où mondes virtuel et réel se confondent. Besoin de découvrir les espaces « hors de la zone de couverture », hors-carte, hors-jeu. Besoin de vivre le jeu, dans le jeu, l’espace du jeu. Outside the coverage area ou l’histoire des hommes au temps du corona, sur-connectés, déconnectés, enfermés, confinés.

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Outside the coverage area, chronique sous forme de déambulation en « split-screen », d’un moment de fermeture politique paroxysmique, où aux frontières nationales se sont ajoutées des frontières régionales, inter-urbaines, intra-urbaines, réduisant notre terrain de jeu territorial à quasiment rien pour in fine nous enfermer dans notre salle de bain… «  I started this project in August 2020. The city government has closed the borders with all surrounding cities for five months. For some time these rules were also applied inside the four avenues that separates the city center from spaces socially known as periphery.

« These four avenues were protected by improvised checkpoints or sanitary tents were police and traffic agents could ask you for documentation, interrogate you, fine you and even arrest you. »

14. THE GREAT VOID. Habiter le « monde d’après (les hommes) »

Sebastian Mez. Allemagne. 86 min

« Même si les images ont été tournées avant la sidération pandémique qui a figé une bonne partie du monde au printemps 2020, le nouveau film de Sebastian Mez (Metamorphosen, VdR 2013) y fait immanquablement référence. Composé d’une série de plans fixes vidés de toute présence vivante, The Great Void regarde sans ciller, ni plus ni moins, l’agonie de notre civilisation. »

« J’ai pratiqué l’amour négligemment. J’ai eu peu d’égards pour la beauté de la nature.« 

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The Great Void ou le « Monde d’après » sous forme de tableaux, plans fixes de paysages lunaires, désertiques et désertés sur fond de bande-son psyché. « Monde d’après » des Villes-Monde vides. Monde d’après les hommes. Monde d’après la vie. The Great Void, une dystopie, une prophétie, un avertissement ?

De mon Berlin 2019 (Berlin Episode I – Just Chill) à son Berlin 2020. Les mêmes plans… Le vide et le plein… Le chagrin.

18. THE STILLNESS SYNDROME. Habiter le Bruit

León Siminiani. Colombie, Espagne. 30 min

En 2018, un groupe de cinéastes se faisant appeler THE MOTIONLESS se lance dans un film sur un hypothétique syndrome d’immobilité en Colombie. À la fois hommage à l’univers cinématographique du documentariste colombien Luis Ospina et exploration de l’histoire du pays, The Stillness Syndrome convoque la mémoire pour remonter le temps.

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The Stillness Syndrome ou l’histoire conduisant à l’immobilité d’un pays, à l’immobilité d’un Monde, au confinement. Sous la forme d’un mockumentary, d’une « enquête puzzle », The Stillness Syndrome retrace les traces d’immobilité avant-coureurs, les moments d’arrêt dans l’histoire colombienne. Élections, finale de foot, etc. The Stillness Syndrome oppose le « temps de la consommation » au « temps des sensations« , explore la tension entre bruit et silence. The Stillness Syndrome, ou l’histoire d’un projet cinématographique dystopique qui fait étrangement écho à l’arrêt sur images 2020-2021.

23. IL PASSAGGIO DELLA LINEA. Habiter la Ligne

Pietro Marcello. Italie, 60 min

Un train, des trains. La nuit, le jour. Du Sud au Nord et du Nord au Sud de l’Italie. Des voix, des accents, des rencontres. Avec les déclassé.e.s, les laissé.e.s-pour-compte de la société italienne : saisonnier.ère.s, migrant.e.s, vagabond.e.s et anarchistes. Littéralement sans domicile fixe. Parmi eux.elles émerge la figure tutélaire d’Arturo Nicolodi qui a payé cher sa liberté.

« J’ai toujours été un citoyen du monde. » « J’ai toujours été libre. »

Dans Il Passagio della Linea on croise des voix nomades, en route pour des missions au Nord à durée déterminée, des vieux sages, des destins singuliers. Comme celui d’Arturo, le « vagabond le plus puissant du monde entier« . Citoyen du monde dans un monde où on veut enfermer, circonscrire, stopper, assigner, invisibiliser et in fine… confiner. Un monde dans lequel l’errant est enfermé dans la condition de vagabond et le vagabondage, criminalisé. Arturo lui résiste, il « va et vient » sur la ligne, « la seule façon d’être libre et indépendant » dans un monde où « l’homme est une créature qui aime les habitudes« . Il pratique le Non Stop Circus, muni de sa carte d’identité de citoyen du monde, rêvant éventuellement de s’ancrer à Bolzano, l' »Européenne » de la ligne…

Le long de la ligne, d’autres quais de gares, d’autres paysages de bord de mer, d’autres vagues…

«  Tre volte ho attraversato la linea di confine. La prima volta di frodo, con l’aiuto di un contrabbandiere. In qualche modo, almeno una volta legittimamente. Sicuramente sono stato uno dei rarissimi che sono tornati di spontanea volonta al punto di partenza. » Le passage de la ligne. Georges Simenon

31. ATELIER ARCHIVES HEAD X RTS. Habiter les Luttes

80 minutes

Dans le cadre d’un partenariat entre le Département Cinéma de la HEAD – Genève et Les Archives de la RTS, des étudiant.e.s se spécialisant en montage s’emparent des archives pour créer des films autour de la notion de « luttes ». Ils et elles posent leur regard sur ce que disent les luttes d’hier, d’aujourd’hui et celles de demain.

Une jeunesse « Dans le vide du monde » – Une liberté « Qui mérite qu’on se batte pour elle ? »

Dans ce montage il est question de luttes : antiraciste, écologiste, féministe, culturelle, anarchiste… Il est question d’une jeunesse privée d’espace et assommée d’interdits. D’espaces culturels alternatifs et de mouvements d’occupation d’espaces publics. Bref, de luttes pour nos libertés, qu’elles quelles soient. De libertés qui ont besoin de lieux pour s’affirmer. De luttes qui s’inscrivent toujours sur des espaces à territorialiser. De luttes qui font sensiblement écho au « monde d’après » qui est en train de s’esquisser, un monde qui tend à annihiler nos si chères libertés et à circonscrire nos territoires…. Cet Atelier d’Archives, un retour dans le passé qui donne néanmoins une touche d’espoir, donnant à voir une Suisse de résistance, une Suisse révolutionnaire, une Suisse en mouvement, évidemment…

HABITER DANS LA BULLE

3. THE BUBBLE. Habiter la Bulle

Valerie Blankenbyl. Suisse, Autriche. 92′

 » Imaginez une ville tentaculaire de 155 000 retraité.e.s, équipée de 54 terrains de golf, 70 piscines, et de son propre organe de presse. Les milliers d’habitant.e.s de The Villages, en Floride, vivent isolé.e.s du monde dans une bulle de loisirs où il n’est plus question d’âge. Mais tout cela à un coût, que paient la flore, la faune, et la population locale. »

The Bubble ou le cauchemar aseptisé. The Bubble, municipalité à la plus forte expansion des États-Unis, extra-territorialité « hors-sol« . Déconnectée… d’un territoire politique dans lequel ses habitants votent pourtant, influençant par leur nombre le destin de leur « co-citoyens ». The Bubble ce sont des gates, des gates, des gates…. Un panoptique à la Truman Show où le contrôle est omniprésent. The Bubble ce sont des lois et médias « locaux », une propagande ininterrompue soufflée dans les haut-parleurs de ce parc d’attraction, ce zoo peuplé de fringants séniors bien domestiqués à nourrir, à occuper.

The Bubble c’est la privatisation de l’espace, la territorialisation business, la gentrification poussée à son paroxysme, le « displacement » des « locaux ». The Bubble, ou une colonisation de WASP adeptes de l’entre-soi, bâtisseurs de Villages, de « zones de développement communautaire », venus développer donc une terre forcément vierge, où il n’y avait « rien avant ». Des trumpistes malgré eux qui n’ont pourtant rien d’idéologues, juste de sympathiques retraités qui ont « travaillé toute leur vie, et maintenant profitent » en détruisant environnement et paysages, précisément ce qui les a attirés… The Bubble ? Une dystopie, un cauchemar aseptisé qui baigne dans le vernis ensoleillé d’un Sud que ceux qui ont quitté leur Nord pour se re-territorialiser ont nimbé de son côté glacial.

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24. CHRONICLES OF THAT TIME. Habiter la Méditerranée

Maria Iorio & Raphaël Cuomo. Suisse, Italie, 75 min

Partant d’une chanson fredonnée une nuit pluvieuse, Chronicles of That Time explore l’identité changeante de la Méditerranée; de la « mer partagée », trait d’union de la diversité culturelle entre l’Afrique et l’Europe, à celle des frontières fermées. Des rives de la Tunisie à l’Italie, le film pose une question simple mais douloureuse: quelle est la place de l’humanité dans la politique contemporaine?

« The visa ! That’s the problem » 

Chronique sous forme de « entre le moment où » on entrait sans visa et « le moment où » on a inventé la frontière Schengen, le « migrant clandestin », les camps, les hotspots… et réinventé l’Histoire, le musée, le territoire commun, le principe de solidarité, la … Méditerranée – Chronicles of that time tente de trouver la mélodie pour recomposer la chronique de l’intervalle oublié, composer « une mélodie pour se remémorer un passage« , le passage des colonies et des empires à la Mer close. Le passage qui sépare une mer espace de rencontres à une « somme de territoires divisés« . Le passage entre deux moments d’une histoire déséquilibrée.

Chronicles of that time retrace la chronique d’une époque « hantée par les notes » d’Oum Kalthoum, la chronique d’un temps délibérément oublié pour raconter une Autre Histoire dans un nouveau Musée, où celui qui vient de l’autre côté devient « l’Autre ». Une autre Histoire pour un autre présent où on créé des gates, encore des gates, toujours plus de gates, des lieux hors-sols, des bulles, où on s’enferme et on  enferme dans des territoires circonscrits. Où un nouveau régime de frontières impose ses termes et déshumanise l’Autre, simple monnaie d’échange qui disparaît dans le silence. Où au flux des vagues de la Méditerranée fait écho l’immobilité Schengen.

« Le temps entre le moment de notre première visite au musée archéologique et le moment où nous retournons dans ses salles en rénovation (…) Quand les possessions anciennes qui ont été conservées là sont déplacées, rénovées, pour être exposées à nouveau. (…) pour imaginer une autre histoire. »

29. A L’INTÉRIEUR. Habiter le Quartier

Sabine Bally. Suisse, 43 min
 

Dans le quartier de la caserne militaire des Vernets à Genève, À l’intérieur raconte l’histoire du lieu et de ses destinées individuelles. Souhaitant interroger la nature du quotidien, Sabine Bally invite ses protagonistes à se tourner vers leur intérieur. Recueillant une succession de chroniques domestiques, le film dessine ainsi le foyer comme la matrice de toute histoire de vie.

« La question du « chez soi », ce que j’aimerais transmettre aux enfants »

« Tout près du centre-ville de Genève, quelques immeubles donnent sur la caserne militaire des Vernets. Sous peu, cette caserne sera délaissée par l’armée pour la construction d’un nouveau quartier« . A l’Intérieur… de ce quartier en mutation cosmopolite à l’image d’une Genève en mutation, il est question de micro-territorialité, de strates identitaires, de lien au lieu, de transmission, de cohabitation, de « nouveau quartier« , de mouvement donc, encore, forcément… Alors ce quartier, microcosme oscillant entre ouverture et fermeture ou future « bulle » auto-confinée ? Affaire à suivre donc… Avec presque déjà une certitude cependant. A l’heure de la contraction territoriale, le quartier = une échelle qui aura le vent en poupe, forcément.

32. L’ÉTINCELLE. Habiter la Zone à Défendre
 
Antoine Harari & Valeria Mazzucchi. Suisse, France, Italie, 61 min

Il y a dix ans, des activistes voulant expérimenter un mode de vie collectif investissent un bocage près de Nantes pour bloquer la construction d’un nouvel aéroport. L’Étincelle dresse un portrait empathique des «zadistes» qui s’interrogent sur le futur de la Zone à défendre, quand en 2018, leur lutte débouche sur une première victoire : l’abandon du projet aéroportuaire.

« Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde »

ZAD, ça signifie… Zone à défendreLa ZAD ou l’expérience d’un nouveau mode de vie communautaire,

« pour celui qui ne veut pas être une marchandise, qui produit des marchandises, et achète des marchandises« .

La ZAD, un collectif dont un des mantras est « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend« . Dans la ZAD on bâtit des habitations singulières, pratique une démocratie participative et la co-parentalité. La ZAD est un territoire avec ses propres règles, sa propre carte, une territorialité parallèle aux dires d’une « invitée » en immersion à quinze minutes de chez elle et pour autant « jamais aussi loin de chez elle« .

La ZAD ce sont aussi des contradictions… Contre la propriété privée, la ZAD s’approprie un lieu sur lequel fatalement elle ancre son modèle aux détriments d’autres… Quoi qu’il en soit, pour l’État, l’occupation est illégale, il arrive avec les grands moyens pour expulser, pour « rétablir l’ordre républicain »… Détruisant tout un imaginaire avec lui… Alors les survivants de la ZAD envisagent de devenir propriétaires pour créer une « propriété collective« . Pour ancrer ses valeurs, pas question de s’enfermer dans des idéologies, il faut négocier, chercher le compromis. Pour pouvoir continuer à « construire de nouveaux habitats collectifs mais également développer des projets en solidarités avec d’autres territoires en lutte.« 

Alors cette « Zone à défendre »… autre utopie-Bulle, autre communauté…fermée ? A priori non. A priori la ZAD n’aspire pas à l’autarcie communautaire mais à se connecter à d’autres lieux… fermés eux aussi ? Affaire à suivre donc…

Les Mots de la ZAD : Territoire – Politique – Collectif – Sens – Pouvoir d’agir – Mouvement – Un monde à défendre – Un long terme éphémère potentiellement – Une vie indissociable de la lutte –  Entraide – Compétences – Économie non marchande – Expérience créative – Lieux de vie autogérés – Habitat collectif …

HABITER LA NATION

4. COURAGE. Habiter la Peur

Aliaksei Paluyan. Allemagne, Biélorussie, 90 min.

 » Créé en 2005, le Théâtre Libre du Belarus se bat contre le gouvernement d’Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans. Parsemé de témoignages historiques précieux, le film suit trois membres de la troupe durant les manifestations qui ont suivi les élections présidentielles frauduleuses de 2020, donnant à voir la lutte impressionnante d’un peuple contre un régime criminel.« 

Courage, ou la résistance continue de générations de Biélorusses qui refusent de laisser leur territoire à la peur, naviguant entre territorialisation d’espaces contestataires et « clandestination », effacement spatial de survie. Partir ou rester ? Ces courageux ont tranché, quel qu’en soit le prix…

5. TIMKAT. Habiter le Rite

Ico Costa. Portugal. 13′

 » Un voyage à Gondar, ancienne capitale de l’Éthiopie, filmé par Ico Costa, l’un des cinéastes portugais les plus talentueux de sa génération. Une plongée au cœur du Timkat, fascinant rituel de purification, où les instants de joie, de transe et de dévotion religieuse révèlent une certaine fierté de l’identité nationale. »

Comment faire nation, construire une identité nationale à travers, au-delà des colonisations ? En habillant par exemple l’identité politique d’une ferveur religieuse, « territoire » national capable de rassembler les habitants dans une même communauté de destin.

20. NON STOP. Habiter (dans) l’Oubli

Aitziber Olaskoaga. Espagne. 39 min

Du Pays basque à La Mancha, Non-Stop est un voyage sur une route d’images refusées, d’interviews non-accordées et de lieux qui ne figurent pas sur les cartes. Face à ces silences et dénis successifs, Aitziber Olaskoaga interroge comment le cinéma peut encore représenter ce qui a été rapidement enfoui dans la mémoire nationale par le post-franquisme. 

« Nous avons regardé autour de nous ce paysage d’oubli. »  » L’oubli s’est transformé en amnésie. »

Non Stop titre paradoxal pour un voyage à l’intérieur d’une mémoire nationale fait(e) de paysages figés, désaffectés, abandonnés, pour oublier. Oublier pour Habiter Ensemble la même nation. Oublier pour rester fidèles à la devise « Tout pour la patrie« … Oublier pour ré-inventer le récit national. Figer pour… épouser le mouvement de l’Histoire.

21. LIFT. Habiter la Nation post-coloniale

Marc Isaacs. Royaume-Uni, 24 min

Marc Isaacs installe sa caméra dans l’ascenseur d’un immeuble londonien, sans savoir comment les habitant.e.s vont réagir à cette intrusion. La simplicité du dispositif permet de révéler, en quelques traits saillants, un microcosme multiculturel peuplé de personnages tour à tour fragiles ou truculents.

« On a compté 45 « blancs »… C’était déjà beaucoup. Le reste est un mélange. »

Dans Lift, le réalisateur esquisse le portrait miniature de la nation post-coloniale dans un immeuble londonien, véritable microcosme multiculturel. Lift ou le condensé d’une co-habitation post-coloniale qui en attendant le grand « melting pot » déjà se croise… dans un ascenseur ! Pas de théorie ou de grandes idéologies, la cohabitation post-coloniale ne se raconte jamais mieux qu’à travers les plans fixes du quotidien de « vies minuscules ».

30. NOUS. Habiter de « l’autre côté »… du périph’
Alice Diop. France, 114 min

À l’image de François Maspero à la fin des années 1980, Alice Diop nous emmène pour une traversée de la région parisienne à la rencontre de ses habitant.e.s. Humble, à l’écoute, la réalisatrice porte un regard neuf sur un territoire multiculturel marqué par l’Histoire, loin des caricatures médiatiques habituelles. 

Dans « Nous » il est encore question… d’intérieur, micro-territoire de l’intimité, de micro-histoires, de « vies minuscules » circonscrites à l’intérieur d’un territoire-marge. Encore question d’Identité. Qui est ce « Nous » ? Encore question de territoire national. Où vit ce « Nous », comment, avec qui ? 

Dans « Nous » il est aussi question de passeport, de visa, de mobilité contemporaine entravée, forcément. De nombreux Amen psalmodiés, donc, évidemment.

« Je dois régler les histoires de papier. » « Je peux pas rester ici. » « Amen. Continuez à faire des bénédictions pour moi. »

Dans « Nous« , il est encore évidemment question de transmission. D’une réalisatrice qui compose avec différentes origines. Le Sénégal, celle de ses parents qui perpétuent naturellement la tradition de la « caisse des morts » en vue de l’ultime retour. La sienne, avant tout la Seine-Saint-Denis. Son chez elle, c’est le lieu où vivent ses enfants. Chez elle c’est ici et pas chez eux, là-bas. Même s’il y a a un peu de là-bas en elle, ici.

Si le retour de ses parents c’est le Sénégal, le sien à elle, c’est le 93, où Alice Diop part sur les traces des petites vies du RER B, sur les traces d’une mère disparue aussi. Sur les traces de populations à priori opposées co-habitant sur un même territoire. Une France post-coloniale multiculturelle cohabitant avec une France de la chasse à cour et des « crétins ruraux ». Et c’est sans préjugés qu’Alice Diop les visite indifféremment, donne la parole aux habitants de toutes provenances, statuts, générations. Dresse le portrait d’une société qui transcende les communautés. Donne une voix aux anciens d’ici ou d’ailleurs, à une jeunesse aussi, qui se dessine une territorialité (dans les) des interstices. Se concentrant sur le territoire, l’attachement au lieu, ce lieu qu’on fait sien, quel qu’il soit. Son projet ? Donner une trace, une existence aux petites vies, créer des ponts. Dans le territoire d’Alice, au final, tous les yeux brillent et rêvent sous le Grand Feu de la fête nationale… 

HABITER LE FLUX (NATUREL)

Comment Habiter en embrasser le grand mouvement ? In fine, c’est peut-être la nature qui nous offre la plus évidente des pistes de réponses…
 
11. KIND REGARDS FROM THE ANTHROPOCENE. Habiter le paysage « naturalisé »

 

Lucas Ackermann. Suisse. 14 min

 » En Suisse, quatre jeunes adultes explorent, contemplent et, sous la forme d’unelettre, disent adieu à leur site naturel préféré. Forêts, montagnes, glaciers et lacs à la beauté étourdissante se succèdent, comme des cartes postales qui tentent en vain de figer ces paysages bientôt transformés par les catastrophes climatiques dont cette génération sera inévitablement témoin. »

Kind Regards… ou l‘utopie du paysage vierge, non humanisé, non territorialisé, « naturalisé ». Kind Regards… ou la nostalgie qui s’empare de ceux qui tentent de s’opposer au mouvement, de figer le mouvement « naturel » d’un paysage « naturalisé ».

12. SLOW RETURN. Habiter le Fleuve

Philip Cartelli. États-Unis, France. 90 min

« D’une extrémité à l’autre, Slow Return remonte le cours du Rhône. Entre les pêcheurs de Salin-de-Giraud et le glacier du Rhône, Philip Cartelli multiplie les rencontres et interroge la relation entretenue par la population avec le fleuve. Explorant les héritages de dépendance et d’exploitation ancrés dans ces paysages, le film compose une archéologie sensible du lieu. »

Slow Return met en lumière la territorialité des habitants du Rhône. Peuple de la rivière, peuple de la mer, peuple de la montagne. Grand fleuve jonché de petites vies et de multiples territoralités qui se recomposent au fil de son débit. Certaines disparaîtront bientôt, emportées par le mouvement global, le flux du fleuve de la vie. Slow Return montre avec finesse la relation complexe qui lie l’homme et la nature, « aussi bien soumise aux activités de l’homme qu’imposant ses propres lois« . Jeu de transformation mutuelle, mouvement perpétuel…. et cohabitation équilibrée qui reste à inventer.

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16. AFTER THE FLOOD. Habiter le Flux

Yuan Zheng. Chine. 54 min

« Le long du fleuve Jaune repose la métropole chinoise de Lanzhou. Sur une période de quatre ans, le réalisateur Yuan Zheng y poursuit les traces qu’auraient pu laisser les grands aménagements du fleuve, entrepris dès les années 1950. Mais étrangement, plus rien de semble subsister de ce grand bouleversement et la population, prise d’une amnésie générale, poursuit sa vie. »

After the Flood ou la « fiction » du changement, du mouvement perpétuel, du fleuve qui coule inexorablement, du flux, de l’oubli, de la vie tout simplement. After the Flood ou la résilience et la capacité d’adaptation des hommes à leur milieu sans cesse bouleversé et bouleversant. After the Flood ou le goût des hommes pour leurs minuscules vies, ce qui subsiste, inexorablement.

–> Retrouvez tous ces films et autres actes manqués sur le site officiel de Visions du Réel 2021
 

Pour Habiter poétiquement

Si ces Visions vous ont donné envie d’ancrer votre connaissance de l’Habitat, n’hésitez pas à faire une escale dans Habiter de Michel Serres ou La poétique de l’espace de Gaston Bachelard.

Zoom sur FIFDH 2021 – RÉSISTER

Le monde d’avant, le monde d’après… Et maintenant ? Coincés dans un État d’urgence… En suspension… L’occasion pour le FIFDH de se réinventer à travers 31 films, des Grands Rendez-Vous virtuels interactifs, un Prix du Public, un écho quotidien local, une utopie radiophonique, des entretiens et des autoportraits d’activistes, une Traversée de femmes dans l’espace public, des expositions, etc. Tour d’horizon des formes que prend l’Activisme en temps de pandémie, avec une petite sélection placée une nouvelle fois sous le signe de la Résistance.

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Comment résister en État d’urgence ? Pistes de réponses au FIFDH avec des artistes et des militants qui se débattent dans le cadre d’un changement global de paradigme, couronné par une pandémie qui a détruit en quelques mois des décennies de progrès pour les droits humains. Une pandémie qui s’est épanouie sur un terreau bien fertile si on en croit les oeuvres sélectionnées par l’édition 2021…

Grands rendez-vous FIFDH 2021

Une nouvelle fois contraint de transmettre des Voix(es) virtuelles, le Festival propose chaque jour Des Grands rendez-vous (à retrouver Ici) sous forme de débats et de rencontres, pour résister tout en saisissant toute la nuance et la complexité du monde…

Des Rencontres….

Avec Milo Rau, cinéaste du « No Border« , pour qui « l’art est avant tout un sport de combat« , venu présenter son Nouvel Évangile, une oeuvre mêlant « histoire, art et politique » dont l’ambition est de susciter « la compassion, la solidarité et l’éveil politique. » Un film dans la lignée d’une philosophie qui refuse aussi bien « les frontières entre les arts que les frontières entre les nations« .

Avec Santiago Amigorena et son Ghetto intérieur. Qui lutte pour qu’on cesse, en temps de crise, de réduire les minorités à une identité imposée. Pour l’auteur, dire « migrant » ou « arabe » est une manière de définir ce qui n’est pas définissable…  De Dé-finir, dé-terminer, finir, terminer… « Je me bats contre ça dans tous les sens. Je déteste qu’on dise pour moi-même que je suis un écrivain franco-argentin ou qu’on dise que je suis français ou argentin… Je défends une identité qui est toujours mouvante et du côté de la question. »

« Qu’est-ce qu’on essaie de dire quand on dit qu’un migrant est un migrant ? » Santiago Amigorena

Quand on dit « migrant » ou « arabe » aujourd’hui on nie la complexité d’une identité… Celle d’un Syrien qui a vécu au Liban avec des parents turcs dont l’un est peut-être Arménien, peut-être musicien, sûrement plein d’autres choses comme n’importe quel être humain… Bref, Santiago Amigorena se bat contre l’absurdité de l’assignation… identitaire.

Avec la mythique Angela Davisune militante toujours au front, qui nous met face à notre responsabilité et notre pouvoir en tant que citoyens. C’est à Nous, société civile, de changer. A nous de mobiliser et de faire pression sur Nos politiques. Qui insiste sur le lien entre système capitaliste et esclavage. Et sur un racisme utilisé avant tout pour diviser les travailleurs. Un racisme structurel qui doit être combattu à l’échelle de la société et pas à l’échelle individuelle. Qui nous parle d’intersectionnalité, de convergence entre luttes climatique, féministe, anti-raciste, anti-capitaliste. Qui nous dit que notre salut passera par notre capacité à conceptualiser. Définir des nouveaux concepts pour définir une nouvelle manière de penser le monde.

Avec Arundhati Roy autour du nationalisme indien et son Azadi – Freedom, Fascism, Fiction.

Azadi

« The chant of ‘Azadi!’ – Urdu for ‘Freedom!’ – is the slogan of the freedom struggle in Kashmir against what Kashmiris see as the Indian Occupation. Ironically, it also became the chant of millions on the streets of India against the project of Hindu Nationalism. Even as Arundhati Roy began to ask what lay between these two calls for Freedom – a chasm or a bridge? – the streets fell silent. Not only in India, but all over the world. The Coronavirus brought with it another, more terrible understanding of Azadi, making a nonsense of international borders, incarcerating whole populations, and bringing the modern world to a halt like nothing else ever could. In this series of electrifying essays, Arundhati Roy challenges us to reflect on the meaning of freedom in a world of growing authoritarianism. The essays include meditations on language, public as well as private, and on the role of fiction and alternative imaginations in these disturbing times. The pandemic, she says, is a portal between one world and another. For all the illness and devastation it has left in its wake, it is an invitation to the human race, an opportunity, to imagine another world. »

Arundhati Roy qui nous dit que l’Inde nationaliste hindou de Modi est un mensonge. Que l’Inde est une Nation faite de 1.2 milliards de minorités qui ont nourri à l’heure de l’indépendance l’idée d’unité dans la diversité. Le contraire de cette Inde nationaliste qui nourrit sa propre autodestruction. Un nationalisme toxique, un autre type de virus qui s’est propagé à l’échelle globale et dont les effets de division ont été accentués par la pandémie. Arundhati Roy insiste sur le pouvoir de l’Art pour combattre ce virus. Met les artistes face à leur responsabilité, ceux-là qui ont contribué à disséminer le venin nationaliste, ont oublié de s’opposer, oublier leur rôle, à savoir inventer, dénicher, mettre en lumière d’autres imaginaires.

L’ultra-nationalisme des hommes forts, des « hommes de la situation »… on prolonge la question avec deux débats autour de la gestion de la crise sanitaire, Paradoxes de la réponse à la pandémie et Pandémie et libertés individuelles. D’un côté Ai Weiwei qui présente dans son film Coronation comment les hommes forts de sa mère-patrie gèrent en déshumanisant et de l’autre Alain Berset venu confesser les tâtonnements démocratiques du régime politique des hommes faibles, ou comment ces derniers tentent de gérer la situation en conciliant libertés humaines et État d’urgence sanitaire.

État d’urgence… Et après ? On y réfléchit autour d’une rencontre encore, avec Alain Damasio et son combat pour Empuissanter le vivant, inventer de nouveaux modes de luttes, de nouveaux imaginaires pour conserver nos libertés face à un « cyber-libéralisme » liberticide. Ou comment imaginer le « monde d’après » une pandémie qui nous a encore davantage enfermés dans un « techno-cocon« . Besoin d’inspiration ? Alain Damasio lui n’en manque pas et nous offre une respiration à l’occasion d’un concert de « rock fiction« . On y réfléchit autour d’un débat enfin, entre Dominique Méda et Erik Orsenna, sur la question Des bullshit jobs et encore, pas pour tout le monde ! Autre tentative de repenser le monde d’après, celui de l’économie mondialisée et des inégalités entre travailleurs accentuées par la pandémie.

Et parce que dans ce contexte de confinement globalisé on aurait tendance à oublier que des dizaines de millions d’hommes et de femmes se sont eux retrouvés bloqués sur la route et que le durcissement politique généralisé a fait de la solidarité « une mission périlleuse pour les humanitaires« , on débat pour « Aider les personnes migrantes » avec Behrouz Boochani et Helena Maleno.

Un débat qui fait écho au film ShadowGame, mais aussi à Délit de solidarité, 385 Disparus en Méditerranée, Le Nouvel Évangile, et tant d’autres du cru 2020 ou 2021… Des films et un débat qui posent le contexte : la criminalisation de la migration et de la solidarité, de « l’humanitaire », par des États qui usent de la violence et enferment les migrants dans des camps de rétention. Des États-forteresse dont la lutte contre la Mobilité alimente esclavagisme et torture, organisés par des réseaux de passeurs criminels, qui commettent des crimes contre l’Humanité mollement réprimés et soutenus par une propagande anti-réfugiés. Des crimes qui se déroulent dans l’indifférence généralisée d’un contexte dés-humanitaire encore aggravé par les mesures prises par ces mêmes États pour contrer la pandémie. 

Alors comment combattre ce  virus-là ? Pour Behrouz Boochani, le langage journalistique n’est pas efficace pour contrer la propagande anti-mobilité. Il faut utiliser un Autre langage, utiliser la littérature « to challenge the system« . Survivre, résister à la déshumanisation par la Création. Il met en garde contre le « not my business« . Car ce qui se passe en Australie, où un texte de loi sur la politique migratoire a été passé en « secrecy« , a un impact négatif sur l’ensemble de la démocratie australienne. On ne peut pas faire comme si ça ne nous concernait pas tous en tant que citoyens. Behrouz Boochani tente de nous faire comprendre qu’en fermant les yeux « You’re not only damaging the refugees but YOU. Manus is IN a System. You cannot walk away« . Que cette façon de diriger s’applique à nous aussi. Nous faisons partis de ce SYSTEME. Ainsi la gestion mise en place sur l’Île de Manus, qui consiste à diviser les communautés, à créer la haine pour mieux contrôler, est une métaphore de ce qui se passe à grande échelle avec la société. They are « running Australia like Manus« , « Violence comes to your bed« . On est tous concernés, il y a un Nous et ensemble « WE should resist« .

TÉMOIGNAGE D’UNE ÎLE-PRISON. Beyrouz Boochani, 2019

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 » Il avait fui l’Iran pour s’exprimer librement et pour échapper à la prison, dont il était menacé pour son engagement politique en faveur de la cause kurde. Mais en 2013, le bateau qui devait conduire Behrouz Boochani en Australie a été intercepté par les autorités et le journaliste est depuis détenu sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au nord de l’Australie. Au fil de milliers de SMS, envoyés à l’aide d’un téléphone portable secret à un ami traducteur, Behrouz a documenté la vie dans ce camp de détention monstrueux, les multiples violations des droits humains, les conditions de vie déplorables, l’incompréhension et le désespoir des prisonniers innocents. Comme tant d’autres dépouillé de son identité, de son humanité et de son individualité, Behrouz a réussi à faire entendre dans une oeuvre magistrale la révolte silencieuse des migrants injustement traités à travers le monde. Ceux qui, comme le peuple kurde, n’ont plus que la montagne pour alliée. »

Pour répondre à la criminalisation de la mobilité, Helena Maleno (chercheuse, journaliste et défenseure des droits humains espagnole) a de son côté fondé le mouvement collectif Ca-minando Fronteras, « un collectif qui défend les droits des personnes et des communautés en mouvement« . Elle rejoint Behrouz Boochani sur la nécessité de contrer le discours officiel relayé par des grands médias complices d’une politique forteresse, en ayant recours à l’art. L’art pour proposer un discours capable de mettre à nu l’unique politique migratoire européenne, au-delà des rhétoriques : une politique de GUERRE aux frontières. Une nécro-politique qui consiste à « faire mourir et laisser mourir« . Et une guerre qui est avant tout un grand BUSINESS. Helena Maleno rejoint également Behrouz Boochani sur le fait que nous faisons TOUS partie du même système. D’un système qui déshumanise. D’un système qui criminalise les navires humanitaires et nourrit un esclavage soutenu par un racisme structurel. Mais un système qu’on peut contrer, en créant des RÉSEAUX de résistances, des réseaux de VIE. Pour l’activiste, il faut « prendre les rues avec l’amour« , « Construire ENSEMBLE, depuis la base, de façon CRÉATIVE« . Il faut « se servir des ARTS to empower the refugees », créer un « tissu de protection collective » pour contrer la criminalisation individuelle, se mettre ensemble pour gagner en VISIBILITÉ.

Tout comme Angela Davis, les deux activistes soulignent qu’il est de NOTRE devoir d’imposer à NOS gouvernements un changement de politique. En attendant, rendez-vous est pris pour tenter de faire quelque chose ensemble. C’est ça le FIFDH, des connexions…

Bilan en suspension

L’Inde d’Arundhati Roy, la Chine d’Ai Wei Wei, l’Iran de Behrouz Boochani, les États désunis d’Angela Davis, l’Europe de Milo Rau, etc., etc., etc. Autant d’artistes chassés ou muselés par tous ces « Hommes de la situation« . Des hommes forts qui criminalisent le mouvement tout en engendrant davantage de mouvements. Des hommes forts qu’on élit, contribuant à créer les conditions de notre propre confinement. Car l’arrêt du mouvement ne connaît pas de limite d’échelle. Il est total ou n’est pas. Mais ces hommes forts y croient. Des hommes forts qu’on élit pour nos enfants, l’identité nationale de nos enfants, l’avenir économique de nos enfants, la qualité de vie de nos enfants… Des hommes forts qui ont vu dans la pandémie une opportunité inespérée d’apporter leur solution : (s’)enfermer. Et bien, après avoir visionné quelques films sur ces enfants – des enfants envoyés sur les routes de la mort, des enfants perdus, des enfants traqués, des enfants sans boulot et sans statut – on peut dire que c’est un sacré boulot. Alors c’est quoi le plan maintenant ?

Et bien, on peut déjà tenter une Grande Traversée, comme Zeinixx, Amikal et Nadia Seika et leur fresque vagabonde :-)…

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Grande Traversée, fresque des graffeuses Zeinixx, Amikal et Nadia Seika

De Kinshasa à Genève, de Dakar à Lausanne, des artistes militantes féministes partent en voyage pour « convoquer « l’ailleurs » et « l’ici » », tendances globales et vécu local.

Et puis on peut partir à la rencontre d’un peu de douceur enfin avec une Déclaration des droits humains mise en musique par Max Richter (Disques Voices et Voices II) et Yulia Mahr. Une pièce qui achève de nous convaincre du pouvoir de l’Art dans la défense des droits humains. De la nécessité de créer un langage neuf, « to make a piece which felt hopeful » pour rêver durant ce « very challenging time« . Du devoir, « Out of this darkness, try to make something brighter« . De faire entendre des « Voices to be a bridge from the world of yesterday into the world of tomorrow, the post-pandemic world » De ne jamais oublier que

« At the same time there is This Feeling of Potential«  »… Max Richter

Déclaration universelle des droits de l’homme. Extraits… 

  • Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. (Article 3) 
  • Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. (Article 4)  
  • Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. (Article 5)
  • Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé. (Article 9)

Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. 
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

  • Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. (Article 14)
    1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. (Article 15)

Alors on en est où aujourd’hui ? Je nous laisse méditer la chose devant quelques films sélectionnés pour nous aider à y voir plus clair….

FILMS FIFDH 2021

Une petite sélection confinée classée en trois grands thèmes : Millenials, Mobilité, État d’urgence, et qui interroge plus que jamais la place des artistes, des activistes et leur rôle dans la résistance au confinement idéologique, au confinement géographique, au confinement sanitaire.

MILLENIALS

A quoi ressemble le monde des Millenials ? Comment s’en sortent nos si chers enfants, ceux-là mêmes qu’on croit défendre en croyant à des hommes forts ? Ces enfants de la génération Z, celle-là même qui a grandi dans un monde post 11-9, un monde obsédé par l’identité, un monde enfermé dans la virtualité. Les enfants résistants de Dear Future Children, les enfants sans argent de Call me Intern, les enfants sans maison de Shadow Game, les enfants sans projets de White Noise font tous partie de cette génération…

DEAR FUTURE CHILDREN Documentaire de création de Franz Böhm

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All-GB-AUT, 2021, 89′

« Durant les mois qui ont précédé la pandémie, 50 pays ont connu des manifestations citoyennes contre la corruption quand partout des lycéen-nes faisaient grève pour le climat. Âgé de 20 ans, Franz Böhm est parti caméra au poing à Hong Kong, en Ouganda et au Chili dresser le portrait de trois jeunes activistes engagées corps et âme pour l’environnement, la démocratie et contre la corruption. Ce film brûlant est présenté en première internationale.« 

« Durant les mois qui ont précédé la pandémie, 50 pays ont connu des manifestations citoyennes »… Une pandémie tombée à point nommée donc pour certains États… Dear Future Children dresse le portrait d’une jeunesse qui force l’admiration et dévoile le coût élevé que ces enfants paient pour leur lutte.

« A force de combattre le dragon, on devient le dragon. » Nietsche

SHADOW GAME Documentaire de création de Eefje Blankevoort et Els van Driel

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PB, 2021, 90′

« Si c’est un jeu, c’est l’un des plus dangereux. Chaque jour, des adolescent-es fuient leur pays ravagé par la guerre, tentant de traverser les frontières européennes en quête d’un avenir meilleur. Nature hostile, clôtures ou gardes armé-es: chaque pas gagné sur leur destination finale l’est aussi sur la mort. Sur fond de passage à l’âge adulte, un film étourdissant où des vies se consument sur les routes clandestines d’un continent fortifié. »

« Je ne veux plus jamais voyager, je resterai ici pour toujours »

« L’ennemi n’est pas le désespéré mais celui qui sème le désespoir. Pas celui qui fuit mais celui qui pousse à fuir.  » 

Quel est ce monde enfermé où des parents en arrivent à devoir envoyer leurs enfants sur les routes de la mort et de la déshumanisation ? Des enfants contraints à flotter dans un mouvement perpétuel qui les contraint à adopter cette unique stratégie de survie : jouer. Jouer, seule façon de survivre dans une Forteresse hypocrite qui en persistant à lutter contre le mouvement des hommes finit par figer les coeurs, la vitalité des peuples, la vie. Une Forteresse qui s’auto-confine et s’auto-détruit. Combattre l’élan vital, l’aller-retour, le provisoire, la fluidité ? Une folie dont les effets renforcent la cause. Documentaire glaçant, nécessaire, insupportable ? What can I do ? Pistes et moyens d’agir sur shadowgame.eu.

WHITE NOISE Grand reportage de Daniel Lombroso

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USA, 2020, 95′ 

« Comment se construit le nationalisme d’extrême droite aux États-Unis ? En suivant dans leur intimité trois représentant-es de la droite dure américaine, le journaliste d’investigation de The Atlantic Daniel Lombroso décortique les mécanismes à l’oeuvre au sein des mouvements populistes et racistes hier marginalisés, et présents dans le discours dominant et sur les grandes plateformes de médias sociaux. Un film urgent qui dévoile de l’intérieur la fabrique de l’extrémisme et de l’idéologie suprématiste.« 

Avec Daniel Lombroso, on part à la rencontre de personnages perdus, des personnages en guerre. WAR, le mot est prononcé. Une guerre ethnique associée à la volonté de créer un État ethnique, avec rhétorique sur la responsabilité de ses élu-es et discours nataliste à l’avenant. Pour remplacer ceux qui menacent de les remplacer, la communauté élue est exhortée à produire les « bébés de la guerre ». Dans ce White Noise, on retrouve deux Millenials, dont une jeune femme qui traque ses « frères » de ShadowGame jusque sous les ponts de Paris…

Potentiel de dangerosité trop élevé… Dans White Noise, Daniel Lombroso déconstruit les motivations et les incohérences de ces clowns tristes auxquels on ne devrait jamais confier les clés du monde. Un monde dans lequel ils sont désormais « mainstream » et pourtant toujours pas contents…

… et « faux » combat opportuniste ? Daniel Lombroso ne rejoint pas l’idée d’un racisme structurel soutenue par Angela Davis. Pour lui, on est avant tout face à un « naked racism« , un racisme porté par des individus qui se sont agrégés dans un mouvement. S’intéresser à leurs histoires c’est comprendre. Comprendre c’est le premier pas pour agir ou ressentir… pitié et empathie pour ces êtres qui cherchent un sens à leur vie. L’un voulait devenir un artiste, l’autre est l’époux d’une femme d’origine iranienne et avoue s’être laissé dépassé par son « personnage ». On croit comprendre à la fin du film que la petite dernière, enceinte, aurait trouvé l’amour avec un « non white » et… « It doesn’t matter » cause he is « the most wonderful person she met« … heureux de l’entendre. Incohérents et opportunistes. Juste tristes. Reste que la haine seule ne constitue pas un projet.

CALL ME INTERN Projection spéciale – Documentaire de Leo David Hyde et Nathalie Berger

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CH-NZ, 2019, 67′ 

«  En 2015, Genève est frappée par l’affaire David Hyde, stagiaire non-rémunéré de l’ONU qui dormait sous tente aux bords du lac Léman : le scandale fait le tour du monde. Un coup de communication savamment orchestré pour démontrer l’injustice vécue par les Millenials, obligé-es de trimer des années sans aucun salaire. A partir de Genève, les deux cinéastes montent une enquête implacable sur un système mondial qui précarise les jeunes, frappé-es par une forme d’esclavage moderne parfaitement légal. »

Dispositif similaire à Dear Future Children, David Hyde suit trois Millenials en lutte contre une autre forme d’esclavagisme contemporain. Qui en sus contribue à diviser géographiquement et socialement une génération qui n’avait pourtant pas vraiment besoin d’un encore autre combat… Initialement au programme de l’édition 2020, le réalisateur a publié une savoureuse missive dans l’ouvrage Révoltes

MOBILITÉS

LE NOUVEL ÉVANGILE Documentaire de création de Milo Rau 

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All-CH-IT, 2020, 107′

« Que prêcherait Jésus aujourd’hui ? Qui seraient ses apôtres ? Ému par le sort réservé aux migrant-es, le metteur en scène suisse Milo Rau part à Matera, au sud de l’Italie, sur les traces de l’Évangile selon saint Matthieu de Pasolini. Le bouillonnant activiste camerounais Yvan Sagnet devient le Christ. Ses apôtres ? Des migrant-es, des paysan-nes ou des travailleur-ses du sexe. Un film politique et hybride implacable, entre documentaire et fiction, remarqué au Festival de Venise.« 

Réduits en esclavage dans la Forteresse hypocrite, les héros en mouvement de Milo Rau mènent un combat pour faire entendre leur voix, se dés-invisibiliser. « Nous fabriquons votre nourriture. Nous méritons l’humanité et la dignité« . Des héros qui prennent leur destin en main, construisent leur maison, leur territoire, leur pain. Proposent un autre chemin. Le Christ activiste d’aujourd’hui connaîtra malheureusement le même destin que le Christ activiste d’hier….

THIS RAIN WILL NEVER STOP Documentaire de création de Alina Gorlova

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UKR-ALL-LET-QAT, 2020, 102′

« Ayant fui la guerre en Syrie, la famille Suleyman est dispersée de l’Irak kurde à l’Ukraine où vit Andriy, volontaire à la Croix-Rouge lors d’un conflit armé. Rendant visite à un de ses frères en Allemagne, il est confronté à un dilemme : fuir la guerre ou continuer à secourir ses victimes. Construit comme un cycle infini fait de guerre et de paix, cette oeuvre majestueuse, primée à l’IDFA, frappe par ses images monochromes et par son souffle narratif déchirant.« 

Un cycle infini de guerre et de paix pour un cycle infini de mouvements. CQFD.

MARCHANDS DE SOMMEIL, LES NOUVEAUX PROFITEURS DE LA PRÉCARITÉ Projection spéciale. Documentaire de Gabriel Tejedor et Antoine Harari 

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CH, 2021, 26′ 

 » La communauté philippine ne cesse de grandir à Genève et pourtant elle est l’une des plus discrètes. Sans-papiers pour la plupart, ses membres vivent caché-es, à la merci de tous les escrocs. Pour se loger, impossible d’obtenir un bail légal, et beaucoup doivent s’en remettre à un-e marchand-e de sommeil. Ces personnages sans scrupules louent des chambres à 3 ou 4 fois le prix du marché, tirant profit de la misère. Une enquête Temps Présent exclusive, sur un sujet de l’ombre.« 

Un monde en mouvement, grande hypocrisie, la suite. Dans la guerre menée contre la mobilité, certains arrivent à « bon port », notamment par le biais de réseaux transnationaux. Sans-papiers, sans droits, pour certains après avoir été à la merci des passeurs, les voici à la merci de marchands de sommeil sans scrupule qui profitent de leur statut de clandestins. On retrouve là encore des mères… des mères qui vivent loin de leurs enfants, prenant soin des enfants des autres pour le bien-être de leurs enfants.

ÉTAT(S) D’URGENCE…

Comment ces États en guerre contre la mobilité gèrent-ils l’arrêt sur image sanitaire ? Comment composent-ils avec les Mouvements qui les composent, le mouvement qui les transforme ?

GHOSTS Fiction de Azra Deniz Okyay 

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TUR-FR-QAT, 2020, 90′

« Istanbul, dans un futur proche. Alors que la ville est en proie à des troubles politiques, 4 personnages voient leurs destins s’entrechoquer. Pour ce premier long métrage couronné au Festival de Venise, la cinéaste et photographe Azra Deniz Okyay livre un opus complexe et bouleversant, brillamment monté, scandé par une magnifique bande sonore. Un portrait puissant de la Turquie contemporaine et une ode à ses fantômes. »

Portrait d’un basculement : basculement d’un État dans l’autoritarisme, basculement du destin de ses citoyens qui se débattent avec ce mouvement. Nationalisme religieux, cohabitation avec les réfugiés syriens, corruption, gentrification,… la réalisatrice dresse le portrait d’une Turquie en plein bouleversement.

CORONATION Documentaire de création de Ai Weiwei

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ALL-CHINE, 2020, 113′

« Janvier 2020. Face à la pandémie, la Chine invente un nouveau concept: le confinement. Wuhan est entièrement fermée. Que s’y passe-t-il réellement ? Depuis l’Europe, Ai Weiwei propose à 12 habitant-es de Wuhan de filmer au coeur de l’enfer, dans les hôpitaux, les parkings de livraison, les appartements confinés ou la morgue. A partir de 500 heures d’images, l’artiste réalise une oeuvre-maîtresse qui donne enfin un visage et une parole à une population balayée par la raison d’État.« 

Images surréalistes d’hôpitaux. L’homme déshumanisé. Tout est blanc. Aseptisé. A l’hôpital ou à la morgue, l’Homme n’est rien. Un parmi des milliards. Combattre une pandémie, à quel prix ? Sauver l’humain implique-t-il de « l’effacer » ? Dans ce contexte, la résistance contre l’État est loin d’être démocratisée et Le Parti salué, à en croire les propos de cette vieille femme : 

« C’est une bonne leçon pour ceux qui ont envie de partir » « Ce n’est pas bien de gagner de l’argent ici et d’aller le dépenser à l’étranger. » « Ils vont tous revenir en courant. » 

PANDÉMIE, LA RÉVOLTE DES CITOYENS CONTRE L’ÉTAT Grand Reportage de Matteo Born et Françoise Weilhammer 

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CH, 2021, 52′ 

« A travers toute l’Europe, des dizaines de milliers de personnes ont perdu des proches lors de la première vague de la covid 19. Étions-nous préparé-es à une pandémie ? Beaucoup critiquent l’impréparation et la négligence de l’État, et s’organisent pour demander des comptes à leurs autorités politiques et sanitaires. Ce reportage de Temps Présent ausculte pour la première fois ces mouvements citoyens en Suisse, en Autriche et en Italie, et donne la voix à celles et ceux qui demandent à la justice de faire son travail.« 

Confinements… Nos États nous enfermeraient-ils pour compenser leurs propres manquements ? Les citoyens paient l’addition, mais ce ne serait à priori pas une fatalité. Certains déjà ont choisi de faire valoir leurs droits. De renverser le débiteur.

TAÏWAN, UNE DÉMOCRATIE A L’OMBRE DE LA CHINE Projection spéciale. Documentaire de Alain Lewkowicz

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FR, 2020, 52′

 » Pour la Chine, c’est une province séparatiste qui doit revenir au bercail. Pour ses 24 millions d’habitant-es, c’est un État souverain, doté de sa propre constitution et de dirigeant-es démocratiquement élu-es. Maintenant que Hong Kong a été aligné, Taïwan entend se dresser face à Beijing en jeune démocratie dynamique, devant pour cela essuyer d’innombrables cyberattaques qui visent à déstabiliser ses institutions et à exacerber les divisions.« 

Et pour finir, une touche d’espoir avec Taïwan. Taïwan ou la Résistance d’un État. Taïwan, îlot de résistance, laboratoire démocratique dans un monde sur la route de l’autoritarisme politique. Taïwan, une technologie au service de la démocratie et non du totalitarisme liberticide. Taïwan et son Mouvement des Tournesols qui dit non à Pékin. Taïwan ou le paradigme générationnel, où les Millenials, encore eux, entendent bien faire entendre leur voi(e)x.

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau » Alexis de Tocqueville

FIFDH 2021 – BILAN

Un très bon cru de films, une grande cohérence dans la programmation, l’expérimentation d’une nouvelle façon de vivre le Festival, en mode « ubiquité ». Le FIFDH 2021, une version virtuelle qui transcende la géographie et permet de s’ouvrir à un public plus dispersé. Un laboratoire pour les prochaines éditions ? Pourquoi ne pas pérenniser la possibilité de visionner les films virtuellement pour assister physiquement à davantage de forums, pérenniser l’offre de débats en replay, pérenniser le Prix du Public et la possibilité d’intervenir à distance ? Affaire à suivre donc… Ce qui est certain, c’est qu’on se réjouit de retrouver l’émotion collective de l’agora, de la salle de cinéma, de tous ces lieux où on peut vibrer et s’interroger ensemble. Tout ce que le virtuel ne pourra jamais remplacer.

FIFDH 2021, un constat. Les débats, témoignages et oeuvres présentés ont dressé le portrait d’une guerre contre la Mobilité à son paroxysme. Un contexte de résistance au mouvement pour un confinement arrivé à point nommé… Et un durcissement des États qui s’est accentué avec la pandémie. 2021, des virus au pluriel, des virus déshumanisants. Et un immense respect pour tous ces cinéastes qui luttent et peaufinent leurs oeuvres durant des années. Des cinéastes résistants qui méritent la visibilité offerte par un Festival qui doit, par tous les moyens, continuer à exister pour faire entendre leurs voix. Alors see you next year, on croise les doigts…!

YOU are locking us, in our homes, in our fears, in our nations… But WE are watching you !

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Installation We are watching – Les Yeux du monde sur l’action climatique

Alors, cette petite sélection vous a donné envie de poursuivre l’engagement ? Retrouvez toute la programmation sous fifdh.org

Retour sur l’édition du FIFDH 2020 avec

RÉVOLTES est un recueil de témoignages qui regroupe les contributions libres d’invité-es de la 18e édition du Festival du film et forum international sur les droits humains. Suite à l’annulation des évènements publics pour cause de pandémie du COVID-19 en mars 2020, nous avons proposé à nos invité-es de contribuer sous forme de texte, de poème, de correspondance, de dessin, d’image ou de photographie, toutes formes d’expressions susceptibles de témoigner de leurs perceptions et préoccupations.

Animés par cet élan et énergie, nous avons réuni activistes, artistes, journalistes ou encore cinéastes dans cette publication qui a pour sujet « Les révoltes », thématique centrale de cette 18e édition du FIFDH Genève.

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« J’ai une voix, je veux parler, je ne suis pas invisible. Ne nous enlevez pas la seule chose qui nous reste : la possibilité de témoigner. » Abdul Aziz Muhamat, activiste pour les réfugié-es.

 

Zoom sur Black Movie 2021 – COLONISER

En ce janvier confiné, Black Movie arrive à point nommé – en ligne soit, mais c’est déjà ça… – pour nous évader, nous donner à réfléchir et penser le monde, nous offrir des respirations… Bref nous sortir virtuellement de notre Covid dépression et nous permettre de « voyager confinés » sur tous les continents, bien calés dans nos canapés.

Black Movie 2021 c’est : un cru éclectique décliné en différentes rubriques : A suivre… – Silence, on tourne ! – Liberté, j’écris ton nom – War zone – La femme à la caméra – Nocturama – Petit Black Movie –> Toutes les infos Ici

Black Movie 2021 parle de territoires, de rapports à la mobilité, d’identités, de l’Habiter dans toutes ses dimensions, pour ne citer que les questions qui obsèdent le PG.

Entre grands sujets politiques et fresques intimistes, ce cru 2021 m’a offert de quoi soigner mon humeur sanitaire du dimanche matin grâce à la délicatesse du cinéma coréen, rejoindre d’autres sphères grâce au réalisme magique du cinéma sud-américain, délirer entre potes devant un Fried Barry totalement déjanté…

Black Movie 2021, un format virtuel qui conserve la vocation du Festival de « promouvoir des regards modelés par d’autres réalités et d’autres imaginaires » et son « ancrage » local en faisant « écho à la multiculturalité qui imprime son identité à Genève« . Une édition virtuelle qui fait figure de laboratoire pour compléter la formule live dès l’an prochain. Assister physiquement aux rencontres et débats tout en laissant notre avatar virtuel se gaver de films à la maison ? Je signe fiça. En attendant, cette année déjà on prolonge le plaisir après chaque film grâce aux interviews de cinéastes passionné-es qui nous donnent leurs clés, analyses et secrets de tournage. Des cinéastes qui ont souvent consacré plusieurs années à leur production et ne manquent pas de gratifier d' »un petit mot » ce public qui leur offre une audience plus que méritée.

Petite sélection en mode « Dé(s)-colonisations »

Il y a ceux qui partent s’attaquer à la Forteresse européenne pour un aller sans retour et qui pour toujours souffriront du « mal de Méditerranée » (Traverser), ceux qui fantasment si longtemps leur départ qu’ils finissent par faire le choix de rester (This is my desire), ceux qui n’étant « que des hommes » sont chassés de leur habitat naturel protégé (Acasa), ceux qui restent coûte que coûte pour témoigner (The earth is blue as an orange)… Et puis il y a toutes ces histoires de colonies et de territorialités parallèles. Colonie autrichienne au Brésil (Casa de Antiguidades), colonie chinoise au Lésotho (Days of Cannibalism), héritage colonial portugais et longue descente en enfer identitaire brésilienne (Un Animal Amarelo).

TRAVERSER

Joël Akafou. Burkina Faso, France, Belgique. 2020. 1h17

« Jeune Ivoirien ayant réussi la traversée périlleuse de la Méditerranée, Bourgeois se morfond dans un camp de réfugiés en Italie car c’est en France qu’il veut vivre. Entre honte de l’échec et opportunisme amoureux, entre coups de fil à sa maman et coups du sort, Bourgeois nous embarque dans sa tentative pour accéder à la terre promise. Joël Akafou réalise un nouveau chapitre sur la vie de Touré Inza Jr., rencontré dans Vivre riche, et décrit les affres d’une jeunesse africaine qui essaie de s’en sortir en franchissant vaille que vaille les murs de la citadelle Europe. »

« Ils souffrent d’un mal, le mal de la Méditerranée. »

La « crise des migrants » a « tué deux fois plus que la Covid. » Joël Akafou

ACASA, MY HOME

Radu Ciorniciuc. Roumanie, Allemagne, Finlande. 2020. 1h26

Neuf enfants et leurs parents roms vivent pendant vingt ans en harmonie dans le delta sauvage au cœur de Bucarest, jusqu’au jour où ils sont délogés et obligés de s’adapter à la vie urbaine. Ce premier film étudie avec finesse la situation de la famille Enache, entre paradis perdu et nouvelles opportunités, et interroge les modes de vie sédentaires, le rapport à la nature et la question du libre arbitre. Absolument brillant.

« L’espoir résulte de la balance (…) de préserver les choses qui nous gardent unis. » Radu Ciorniciuc

Acasa, qui signifie « mon chez moi », traite de la question de la transmission, de l’intégration d’une communauté familiale à la société nationale. Acasa parle de compromis, compromis entre nécessité d’adaptation et désir de préservation, compromis entre générations. Acasa, c’est un cinéma qui pratique « l’art de la nuance » en adoptant tous les points de vue pour se mettre à la place de chacun, sans juger. Dans Acasa, une famille qui vit en symbiose avec la nature en milieu urbain, se voit chassée du désormais « parc naturel urbain protégé », où finiront par être réintégrés deux de ses membres en tant que garde et guide d’un « parcours urbain pour la diversité »… Une réintégration urbaine qui s’entend aussi comme une intégration au sein d’un État qui promeut apparemment davantage la bio-diversité que la diversité communautaire en son sein…

EYIMOFE (THIS IS MY DESIRE)

Arie Esiri, Chuko Esiri. Nigeria. 2020. 1h50

« Deux personnages modestes tentent de quitter le chaos de Lagos pour une vie meilleure à l’étranger. Pourtant, le bonheur est peut-être à portée de main… Ce premier film réalisé par les jumeaux Esiri suit la trajectoire de Mofe puis de Rosa et interroge statut social, couleur de peau, genre et structures familiales. Ambitieux et fougueux, Eyimofe (This Is My Desire) évoque de manière sensorielle le quotidien fourmillant de Lagos. »

… et décortique subtilement les motifs de départ, de non-départ, les destins individuels pris dans un flux qui ouvre ou ferme des voies au gré des fils minuscules qui font les vies…

DAYS OF CANNIBALISM

Teboho Edkins. Afrique du Sud, France, Pays Bas. 2020. 1h19

« Que se passe-t-il lorsque des Chinois investissent dans la région de Thaba Tseka au Lesotho, bousculant l’économie et les coutumes locales ? Description à petite échelle des dérèglements d’un écosystème qui mènent inéluctablement à la violence. Entre documentaire et fiction, tourné sur quatre ans, Days of Cannibalism scrute la mondialisation qui frappe le pays et observe le duel impitoyable que se livrent les anciens et les nouveaux habitants. »

« Pour moi, le monde chinois et basotho existent en parallèle. Ils ne se croisent presque jamais et lorsqu’ils se croisent, il y a toujours une table ou une barrière entre eux. »

« Ce sont deux mondes qui existent dans le même lieu mais qui ont créé leur propre atmosphère. » Teboho Edkins

Entre frontières invisibles et territorialités parallèles qui ne se croisent presque jamais, dans Days of Cannibalism, Teboho Edkins montre les mécanismes d’une colonisation qui déséquilibre profondément un système d’organisation sociale bien ancré et l’impossible cohabitation d’une colonisation économique mondialisée forcément déséquilibrée.

THE EARTH IS BLUE AS AN ORANGE

Iryna Tsilyk. Ukraine, Lituanie. 2020. 1h14

 » Anna et ses quatre enfants décident de faire ensemble un film sur leur vie pendant la guerre du Donbass, depuis leur ville détruite du front Iryna Tsilyk suit le tournage étape par étape, et témoigne de la force du cinéma et de la puissance absolument indestructible de l’amour. Fuir ? Rester et continuer à raconter ? Si tout le monde part, qui sera là pour reconstruire leur ville ? »

Partir est-ce forcément trahir ? Est-il nécessaire de rester pour résister ou la résistance peut-elle s’exporter ?

CASA DE ANTIGUIDADES

João Paulo Miranda Maria. Brésil, France. 2020. 1h33

 » Un ouvrier exilé travaille dans une usine laitière high-tech implantée dans une colonie autrichienne prospère du Brésil. Découvrant dans une maison abandonnée des objets lui rappelant ses origines, il va peu à peu se transformer en animal féroce. Hommage aux racines du peuple brésilien, aux rituels purificatoires et sacrificiels occultes, Casa de antiguidades envoûte et donne de multiples clés d’interprétation pour appréhender un Brésil multiethnique à plusieurs vitesses. »

Dans Casa de Antiguidades on découvre une véritable région autrichienne peuplée de colons restés figés cent ans en arrière, hallucinant. « Tout ça est réel, notamment la région. (…) j’ai découvert cette région « autrichienne ». C’était incroyable ! C’est tout réel, ce ne sont pas des acteurs. » Une région où se sont réfugiés des Européens qui fuyaient la guerre d’abord, une région où se sont réfugiés des nazis en fuite ensuite ? Quoi qu’il en soit, une région qui porte les marques du temps, de la violence.

Des personnes réelles qui jouent comme ça, qui dansent, qui sont « plus traditionnelles que dans leur propre pays d’origine, l’Autriche, parce qu’ils perpétuent une culture qui s’est presque arrêtée dans leur pays. » João Paulo Miranda Maria

Une violence aujourd’hui avant tout ethno-économique dans un pays qui se cherche et se reconnaît davantage dans la culture importée que dans la culture originelle du nord du Brésil. Même si selon le réalisateur il existe une recherche sur la culture indigène, africaine, des afros-descendants, il n’y a pas de reconnexion sociale, populaire, et principalement politique. « Je peux oser dire qu‘il y a plus une connexion avec l’extérieur, avec la culture européenne et celle des États-Unis qu’avec la culture originelle, originaire du Brésil, indigène« . Le Brésil renferme pourtant « une culture brésilienne très profonde, une culture spirituelle, une culture où tout s’est mélangé entre indigènes et africains« . Le réalisateur lui-même, issu de la région de Sao-Paolo, formée par des colonies allemandes et italiennes, évolue au sein d’une famille qui « se pense plus italienne que brésilienne« .

Casa de Antiguidades questionne donc le rapport au passé afro-descendant de la culture brésilienne, le rapport à la culture indigène, à la culture africaine d’un pays qui semble ne plus savoir ni qui il est ni où il veut aller, balançant entre héritage européen, africain et influences américaines. Une confusion engluée dans le « white » discours porté par Bolsonaro…

UN ANIMAL AMARELO

Felipe Bragança. Brésil. 2020. 1h55.

 » Fernando, cinéaste en devenir, hérite à la mort de son grand-père d’une malédiction qui va le mener à chercher des pierres précieuses au Mozambique ou encore à devenir un homme d’affaires soumis à des femmes puissantes au Portugal. Dans ce film généreux et luxuriant, Felipe Bragança interroge les notions d’identité brésilienne, de transmission et, in fine, le cinéma qui n’est pas dupe de lui-même. »

« Juste toi, un Brésilien, blanc, sans origine ni identité. Ni Européen, ni Africain ou Amérindien. (…) Alors que les morts de ton pays sortaient de terre, et chantaient la fin de l’utopie et le retour des ténèbres »

Regard de Felipe Bragança sur la société post-coloniale

Un Animal Amarelo est un voyage dans l’empire colonial portugais, un dialogue entre un grand-père imaginaire et un petit-fils qui mène une vie urbaine alternative, un « dialogue entre un présent et un passé qui sont complètement connectés« , dans une société coloniale et post-coloniale qui doit composer avec plein « de fantômes dans ses rues« . Composer avec un passé trop violent pour être réparé. À passé basé sur génocide, contrôle et exploitation… réparation impossible pour Felipe Bragança qui engage à considérer « chaque action entreprise aujourd’hui comme toujours porteuse de l’imaginaire colonial« . Questionner le « white guilt », la culpabilité, ne suffit pas, « la culpabilité n’est pas une proposition de vie« . Il est « impossible d’échapper à l’histoire« . Le réalisateur tente de faire entendre à ses concitoyens que « coupables ou non vous portez ça avec vous et vous devez l’affronter dans le présent« .

« C’est pourquoi le personnage principal porte un objet, un os, qui est lié au passé, et j’aime à dire que chaque Brésilien porte un os à la ceinture. »

Un Animal Amarelo, un film sur « ce que c’est d’être brésilien et d’être de ma génération« , selon les mots du réalisateur. Un film sur et de la génération mondialisation, « celle qui y a cru », la première à avoir grandi dans un Brésil démocratique, un Brésil qui gagnait en puissance, un Brésil qui serait forcément la grande nation de demain. Une génération qui a vécu la longue descente aux enfers de ces dernières années et son climax avec l’avènement de Bolsonaro et la dépression politique, économique, idéologique actuelle. Une descente aux enfers à « relier avec le passé » parce que « tout est connecté d’une certaine façon« .

Présent et passé connectés, lien avec le passé toujours pas réglé, cicatrice toujours présente,… passé impossible à réparer ? Pour créer une société basée sur un passé si complexe, il faudrait commencer par changer l’idée que l’Europe et la culture blanche doivent être au centre du monde, chasser l’imaginaire colonial des esprits en action. Très loin donc de la rhétorique proto-fasciste gouvernementale qui plaide pour une société brésilienne organisée selon une logique identitaire blanche et chrétienne excluant les minorités, quelles qu’elles soient, ces minorités qui font du Brésil un « gâchis culturel ». Sauf qu’on ne refait pas le passé, la société brésilienne est trop complexe pour l’organiser selon cette culture blanche, en blanchissant toutes les autres cultures. Cette culture « blanche » est en réalité une culture métisse, mélangée avec une culture noire, une culture indigène. Même les « 100% blancs » sont imprimés de culture indigène, africaine, dans leur façon de parler, de manger, de bouger. Se tourner vers un mouvement de blancs fiers c’est se travestir, en tentant de ressembler à une culture idéalisée, fantasmée, hors de la réalité. C’est convoquer la nostalgie pour un pays qui n’a jamais existé, l’imaginaire falsifié d’une société mythique. Face à ce mouvement mensonger, aux artistes, à cette nouvelle génération de résistants de proposer quelque chose de nouveau, démocratique, juste et complexe.

LUCKY CHAN-SIL

Kim Cho-hee. Corée du Sud. 2019. 1h36

 » Une productrice de 40 ans, sans emploi et désargentée après la mort de son mentor, doit se résigner à louer une chambre chez une vieille dame et à faire le ménage pour sa sœur, une actrice volage. Heureusement, le fantôme de Leslie Cheung rôde en sous-vêtements pour lui donner des conseils… Dans son premier long métrage, véritable déclaration d’amour au cinéma, Kim Cho-hee dépasse les références amusantes à Wenders ou Ozu et parvient à saisir l’essence de la vie, tout simplement. »

Anesthésier sa colère sanitaire du dimanche matin grâce à la délicatesse du cinéma coréen, c’est aussi ça Black Movie… Merci 🙂

LA FEMME QUI S’EST ENFUIE

Hong Sangsoo. Corée du Sud. 2020. 1h17

 » Profitant de l’absence de son mari, Gamhee rencontre successivement trois amies, à moins qu’il ne s’agisse de trois versions de la même ? Ces échanges sont parfois interrompus par des hommes imbéciles et importuns. Qui est la femme qui s’enfuit ? Pourquoi s’enfuit-elle ? Hong Sangsoo, de plus en plus minimaliste, creuse les questions existentielles sur l’étrange décalage entre la parole, les actes et les êtres. Une fois de plus, le maître explore avec grâce l’infinité des possibles, maniant un dispositif en apparence léger mais qui sonde les âmes. »

Et bien, j’en connais d’autres qui voudraient bien s’enfuir ces temps-ci… Mais pas de doute, on est bien coincés nous autres…

FRIED BARRY

Ryan Kruger. Afrique du Sud. 2020. 1h39

 » Possédé par un extraterrestre, un cramé entame un périple frénétique dans la ville du Cap, entre sexe, drogues et enfantement. Sans temps morts, Ryan Kruger filme son fascinant héros ahuri, magistralement interprété par Gary Green, dont on ne parvient pas à quitter le regard fixe. Inénarrable et politiquement très incorrect. »

Heureusement, il est toujours permis de s’évader….

Nov. 20. Venise – Patrimoine du Monde (de l’Immunité) confiné

Venise, Patrimoine mondial d’une humanité confinée… C’est en pleine deuxième vague pandémique et après 15 mois d’assignation que j’ai eu la chance de découvrir cette mythique cité et me gaver du meilleur boosteur d’immunité qu’on ait inventé : la beauté.

La Route de la S(J)oie

Après l’avortement successif de tous mes projets d’évasion, je suis allée jusqu’à envisager un temps l’option « voyages immobiles ». Après tout, rêver d’ailleurs est encore permis, à défaut de pouvoir y aller… Hier encore trendy, force est de constater que le désir de rencontre avec l’autre devient aujourd’hui un acte militant ! Alors que je m’étais presque résignée, la possibilité de Venise m’est apparue comme un miracle. Comme l’unique option. Après maints rebondissements et une incertitude encore trois jours avant. Alors aux injonctions d’assignation je vous jure que dès la rentrée je m’y plierai avec la meilleure des volontés. J’ai pris acte que ça allait durer. Mais je vous en supplie, masquez-moi partout, mais ne m’enfermez pas. Laissez-moi juste respirer, juste une entrave, juste une escale, juste une sortie. Juste un billet de train aller.

Pour passer la frontière, captures d’écran des dernières mesures-sésame-ok et attestation sur l’honneur prête à être dégainée. La suite dépendra de l’évolution de la situation sanitaire comme on dit en ces temps incertains. Poursuivre vers l’Est tout en restant à l’intérieur du pays, pourquoi pas…

« Sentiment vénitien »

Une arrivée sur-réaliste. Sur le coup des 15 heures et le ventre vide, ayant évidemment zappé la suppression des wagons-restaurants, je me pose derechef sur une terrasse jouxtant la gare pour me restaurer d’une petite chose poissonnée bien grasse et siroter un pétillant prosecco. Pas la moindre idée de l’itinéraire à emprunter. C’était sans sans compter sur le serveur qui s’enquiert de ma destination, me conduit dans la foulée chez son pote d’à-coté pour acquérir mon vaporetto-sésame, m’indique le quai juste en face et me voilà partie pour longer… le Grand Canal dans son entier. Voilà comment Venise et moi on s’est rencontrés. Après avoir déposé mes bagages dans l’hôtel aux 79% de réduction, jouxtant le Palazzo Ducale rien que ça, je prolonge vers la Place Saint-Marc…. Et là, l’émerveillement.

La place Saint-Marc en quasi-exclusivité. Sur la terrasse d’en face un orchestre qui égrène son enivrant répertoire rien que pour moi. Le soleil qui se couche lentement. Les reflets sur la Basilique qui changent constamment. La place qui se pare doucement de ses lumières de nuit. Une petite fraîcheur qui m’envahit. Une grande émotion qui m’envahit. Des larmes de joie qui évacuent toute la pression de ces derniers mois. Un instant suspendu totalement surréaliste de beauté. Le bliss total. De mercredi dernier, le sommet du glauque dans un bouge de zone industrielle à la recherche d’un sandwich moisi dans une station à essence balayée par les feuilles mortes et le vent noir de novembre à attendre fébrile les dernières annonces en vue d’hypothétiques examens…. A ce lundi, un hôtel sur la Lagune, au coeur de Venise. A vivre comme un cadeau ce moment magique et totalement privilégié. Comment la vie s’y prend-elle pour nous faire passer du désespoir le plus complet au bonheur le plus parfait ? Et comment fait cette ville pour nous mettre dans un tel état de félicité ? Elle enveloppe de brume-embrume vos soucis, le monde sous covid, et vous offre une parenthèse enchantée.

Patrimoine Mondial de l’Immunité

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Venise, 2 novembre 2020. 22 cas pour 100 000 habitants. Venise Patrimoine mondial protégé. Venise, refuge anti-covid. Venise épargnée par la pandémie, où mille précautions sont appliquées. Prise de température à l’entrée de chaque hôtel, chaque musée, chaque boutique, chaque église. Venise où le Carnaval se célèbre désormais toute l’année. Visages dissimulés H24, on ne quitte le masque que pour le coucher. Mains ensanglantés à force d’être « gelées ». Le prix à payer pour découvrir la Belle dans des conditions privilégiées. On me répète à l’envie que cette expérience de Venise-là est unique. Je veux bien l’entendre. Je n’ai cependant pas moyen de le vérifier, n’ayant jamais foulé sa lagune assaillie par des centaines de milliers de passants. C’était le monde d’avant. Celui des manifs anti-touristes. Celui de la grande évasion. Celui qui a transformé cette cité en parc d’attractions. Un parc d’attractions désormais vidé de ses visiteurs. Y reste les figurants. Quelques dizaines de milliers d’habitants qui vivent du monde, des revenus du parc et qui pour la majorité ont baissé le rideau. Pour un temps, l’espèrent-ils. Le temps de penser au tourisme d’après. Plus respectueux, plus raisonnable. En attendant ils oscillent entre crainte et résignation. Désoeuvrés, ils échangent volontiers. Gèrent l’incertitude bravement. Vous sont reconnaissants d’avoir résister à la peur. Aux frontières fermées. Aux injonctions d’assignation. Venise, l’an dernier 27 millions de visiteurs, cette année… 10 ! lol.

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Venise Patrimoine mondial de l’Humanité. Ville consacrée musée donc, pièce de théâtre figée, destin tout tracé de ces lieux estampillés par une faîtière qui a par ailleurs récemment menacé la Sérénissime de lui retirer son titre. La raison ? Elle aurait perdu de son authenticité…. Nan sans blague ? Étonnant… Effet pervers et classique du Label UNESCO…. Venise dont le destin a totalement basculé avec la pandémie. Car Venise appartient au Monde. Un monde confiné. Ses véritables habitants donc, qui se contentent d’un permis de résidence low cost car ils passent en moyenne 8 heures sur place, ont déserté. Venise, parc d’attractions sans visiteurs. L’occasion d’un retour de ses habitants exilés sur la terre ferme ? D’une re-territorialisation par les locaux ? La pandémie aurait au moins eu ça de bon…

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Venise, de la Ville globale à la vie locale

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Une cité rendue à ses habitants… ou à personne…

Les indécents bateaux de croisière, ceux-là même contre lesquels on manifestait l’an dernier, je n’en croiserai aucun. Sur le Pont du Rialto pris d’assaut, point de touristes, mais une manifestation anti-mesures-anti-covid 100% vénitienne. Libertad ! A peine une dizaine d’invités triés sur le volet pour assister au concert désormais « privé » du mythique Café Florian. Des Campos rendus aux pigeons. Le Palazo Ducale réquisitionné pour Tom Cruise et l’imposante logistique de Mission Impossible 7ème du nom. Distraction bienvenue le soir tombé. Au bord du Canal, des gondoliers désespérés. Sur les terrasses, des étudiants qui dégustent un dernier Spritz avant un au revoir à durée indéterminée en vue d’un imminent reconfinement. Des familles masquées qui échangent joyeusement à la sortie des écoles. Venise a des allures de parc d’attractions désaffecté réinvesti par tous ses fantômes. De l’espace pour y croiser au fond de ses ruelles tantôt Goethe, Goldoni Marco Polo ou Casanova. Youpi 🙂

De la beauté pour l’immunité

Non, d’indécents bateaux de croisière, je n’en croiserai aucun. Le terminal est désert. Quant à moi, après l’intense expérience de mon accostage vénitien, je vais passer cinq jours à me perdre dans ses ruelles. A prier dans toutes les églises de la cité pour la non-réélection de Mr T. A pénétrer aussi dans ses églises d’art contemporain tout en fantasmant sur ses biennales. A découvrir ses ghettos. A déguster spritz, proseco, belini, cappucino, dolce, gelato, frito misto, canolo… A chercher le musée d’histoire de la ville que forcément je ne trouverai jamais étant donné que la ville elle-même est un livre d’Histoire à ciel ouvert. Chacun de ses palais, chacun de ses musées, chacune de ses ruelles. Cinq jours insuffisants pour s’immerger dans son mode de vie, pour savoir par exemple qu’on prend son petit déjeuner, caffè-cornetto, debout au comptoir, que le cappucino s’apprécie uniquement en matinée, le maccetino lui volant la vedette l’après-midi, qu’on boit son spritz avec des ciccio, équivalent du tapas espagnol… Un rituel qu’on aura guère l’occasion de goûter lorsque le couvre-feu de la consommation sonne à 18 heures, l’heure de rejoindre ses compagnons de route littéraires avec qui prolonger l’expérience en soirée…

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A Venise surtout, j’ai dégusté la beauté, la beauté partout. Qui vous aveugle, qui vous émeut, qui vous ravit et je revis. Qui éloigne le temps d’un instant le chagrin du monde sous covid, de cette période « particulière » (j’en peux plus de cette formule), du monde qui s’éloigne, se referme, qui chaque jour se rétrécit. Voir Venise et… survivre… La poésie de la beauté comme meilleur boosteur d’immunité. En période de pandémie, VeniceLand redevient Venise. La cité se ré-enveloppe de son voile de mystère. Venise soeur de mystères d’Istanbul, aux airs bizantins. Venise qui lorgne vers l’Est. Venise fille de tous les empires. Venise imprégnée de tous les courants. Venise qui pour survivre a surfé sur toutes les marées. Venise cité pragmatique, donc accueillante…Venise une rêverie un fantasme un mythe. Venise sa lagune, sa brume, sa lumière d’automne hypnotisante. Aura. Couleurs. Dédales. Ruelles. Se perdre. Ne faire que ça. Se retrouver. Retrouver son deuxième moi. Je m’étais manquée. 

Raz-de-marée

A l’image de Venise, en pleine deuxième vague, j’ai esquivé de tout mon saoul le raz-de-marée. Je deviens une véritable experte au jeu du Lock me if you can. C’est notre nouvelle réalité. C’est comme cette immense vague dans un film catastrophe qui menace de nous rattraper, et on court on court on court de toutes ses forces pour juste à temps lui échapper. C’est comme ça. Ainsi j’ai quitté Genève à 7h39 au matin du reconfinement, je quitte Venise à quelques heures d’un durcissement des mesures, après avoir suivi avec anxiété le suspense quotidien de leur annonce imminente. Comme un raz-de-marée. L’étau se resserre, on est faits comme des rats. Plus guère d’échappatoire, juste le temps d’une respiration. Année d’examens. Année confinée, forcément. Après 15 mois sans avion et quasiment sans déplacement mon bilan carbone est excellent. Pis je prends toutes les précautions. Par civisme, par terreur que la vie ne s’arrête trop longtemps. Je n’affiche pas mon intention. Je tais mon départ. Autour de moi, seuls quelques proches sont au courant. C’est de la science-fiction. Anyway, je ne suis pas peu fière d’avoir déniché et atteint le seul lieu envisageable et qui de surcroît makes so much sense pour ce projet. Venise, Ville-Monde confluence de la Méditerranée, aux carrefours des anciennes et des Nouvelles Routes de la Soie, micro République aux nombreuses similitudes avec ma cité, érigée en VeniceLand par labels et tourisme mondialisés. En passe une nouvelle fois de se réinventer. 

Venise, une histoire de Ville-Monde tournée vers l'Ailleurs qui appartient au Monde

Hauts les coeurs

Cette pandémie aura eu ça de bon qu’après avoir appris à gérer l’incertitude, à gagner en résilience on gagne en reconnaissance aussi. Moi je n’ai qu’un mot à dire pour exprimer la joie immense d’avoir eu droit à cette respiration inespérée : MERCI. Merci à ces cités-monde que j’aime tant et dont j’ignore totalement la destinée post-mondialisation, post-pandémie, post-dramas, post-global change. Est-ce qu’on doit laisser mourir Venise ou Beyrouth ? Doit-on abandonner ces lieux de la grande rencontre mondiale, ces lieux de vitalité ? Pour ma part j’ai décidé de résister aller voir si la rencontre est toujours possible si le mouvement n’est pas totalement entravé. Se porter volontaire pour que puissent rester à l’abri ceux qui ont peur. Par empathie évidemment 😉 Pour la sociologie forcément. Maintenir le lien, soutenir le Glocal, c’est résister. Au final personne ne me demandera mon attestation. Je déguste je savoure je revis d’être sortie. Avec une immunité reboostée et un risque amoindri d’engorger les hôpitaux. Et promis, maintenant je rentre me confiner bien sagement.

Compagnons de Vaporetto

  • Trois Saisons à Venise, Matthias Zschokke, 2014, Zoe
  • Le Routard Venise, Murano, Burano et Torcello, 2020
  • Venise Ville Monde, France Culture, Laure Adler

Ici Genève, 2020. POST TENEBRAS LUX !

2020 promettait d’être un grand cru pour Genève. Ma Cité s’apprêtait à célébrer sa mobilité, ses échappées, son humanité. Centenaire du multilatéralisme, Centenaire de l’aéroport, inauguration de sa Nouvelle Comédie… Oui mais voilà qu’un certain C s’improvisa unique hôte des festivités… Et à peine deux mois après avoir célébré le passage de son train transfrontalier, ma cité monde ne pouvait plus s’échapper. Avions cloués au sol, blocs de béton qui nous empêchent de communier. Des deux côtés de la frontière, une sidération partagée.

Actes manqués

Event no 1, les 100 ans de la Société des Nations

Centenary programme and COVID-19

Due to the measures related to COVID-19, some Centenary activities will be adapted to the changing circumstances. All updates will be posted on this website and through social media using the hashtag #Multilateralism100. https://multilateralisme100.onug.ch/

… Ok ok alors on se rabattra sur l’ouvrage dédié…

https://multilateralisme100.onug.ch/

Event no 2 – Les 100 ans de Genève Aéroport

« 2020 devait être une année particulièrement festive dédiée au centenaire de Genève Aéroport. Malheureusement, l’épidémie de la Covid-19 a joué les troubles fêtes et de nombreux événements ont dû être annulés. Pour autant, l’aéroport parvient à maintenir plusieurs manifestations phares d’ici la fin de l’année! Cette dernière ligne droite a démarré le 14 septembre avec la mise en place de drapeaux aux couleurs du centenaire. Ils flotteront durant toute la semaine sur le pont du Mont-Blanc. » Site

… Ok ok alors on se contentera du livre et du documentaire dédiés

Une Cité-Monde assignée

Plus de touristes, plus de visiteurs, plus de passagers… Nos activités de Greeters arrêtées…

« In accordance with the statement of the CoViD-19 pandemic and the recommendation of the World Health Organization, (…) Worldwide we strongly recommend to temporarily suspend Greets and to avoid calls encouraging people to leave their homes and going out. » International Greeters Association, 18 mars 2020.

…. Ok ok alors on se consolera en enrichissant sa culture urbaine pour encore mieux régaler nos futur-es visiteurs-ses…

Parades d’inventivité…

Genève version 2020 a su un peu se réinventer et sauver quelques événements où nous nous sommes précipités entre deux lock-downs. Nous avons notamment pu goûter à…

  • Des Festivals qui se réinventent en ligne : GIFF, FILMAR, les Créatives, etc.
  • Un Escape Game pour célébrer notre chère Escalade
  • Devenez acteurs de votre territoire ! L’événement EXPLORE, qui s’est digitalisé « pour questionner la ville, réfléchir ensemble et expérimenter autour des enjeux urbains. » Lien
  • Le Salon du Livre en ville, qui privé de la grand messe sous halle, a investi des lieux culturels disséminés dans toute la cité, pour plus d’intimité, pour plus de poésie… On s’en réjouit.
  • Une infiltration virtuelle dans la Nouvelle Comédie, en attendant une inauguration sans cesse repoussée…
  • Le SAMADHI PROJECT qui nous a proposé de profiter de ce temps suspendu pour réfléchir à des pistes pour faire de Genève une capitale mondiale pour la paix 🙂

Allons-y ! Faisons ensemble que cela advienne ! Que Genève rayonne comme un phare, par nos flammes conjuguées, nous, artistes, femmes et hommes, citoyen·ne·s de tous âges. Que notre ville soit un exemple en matière de réflexion, d’inventivité et de coopération pour faire du monde un lieu où il fait bon vivre. Au cœur du Samadhi Project, la pièce de théâtre L’invisible Chemin, jouée du mercredi au dimanche pendant un mois, aborde avec jubilation les différentes thématiques en lien avec la paix, développées lors des quatre week-ends de conférences et ateliers. Par le théâtre et par la connaissance, pour ouvrir les cœurs et les esprits, posons un nouveau regard sur le monde. Libre, bienveillant, créatif. Lien vers le projet

  • Le projet VOUS ÊTES ICI qui a tenté de se frayer un passage à travers la ville…

Dans cette série près de chez vous, avec des acteureuses en chair et en os, nous expérimentons une situation unique : déployer un récit sur toutes les scènes de Genève, le temps d’une saison, pour inventer des situations, des métaphores, des poétiques qui multiplient les points de vue, non seulement humains mais aussi non-humains, pour nous aider toutes à habiter demain. On y découvre l’histoire d’une poignée d’habitantes d’un immeuble qui s’effondre parce que la planète commence littéralement à craquer. En neuf épisodes et une intégrale, mois après mois, ce feuilleton cherche à construire un monde renouvelé : si possible durable, féministe, équitable, pluriel. Lien projet

  • Sinon on est restés figés devant les clichés d’Hervé Stalder qui a capté Geneva au temps du corona. On s’est aussi remémoré l’effroi, alors que le joli mois de mai s’était détendu, devant le documentaire Carouge au temps du corona, sur le silence pandémique carougeois.
Hervé Stalder nous « emmène en voyage au gré des rues désertes d’une ville assoupie » Lien Staprod

On est surtout restés beaucoup confinés dans notre bulle d’extra-territorialité carougeoise, où les nouveaux commerces de bouche 100% Terroir d’ici et d’ailleurs ont proliféré pour répondre à la gourmandise d’une cité enfermée… On s’est rassemblés sur ses places pour oublier que de l’autre côté du pont la crise est déjà bien entamée… Vitrines baissées à durée indéterminée, fermeture de fleurons hôteliers, réorganisation prématurée (?) de multinationales trop « Agile », désoeuvrement des départements RH consacrés aux expatriés, licenciements dans les secteurs vivant du mouvement… Simple parenthèse ou mue entamée pour ma cité ?

  • Sinon, dès qu’une permission se profilait, on tentait des échappées : tours de Léman Express, Croisière sur le Rhône, escales aux bords de nos eaux…

… & Réseau de résistance

Enfin, on a milité pour offrir une échelle de gouvernance glocale aux Villes-Monde qui en ces temps d’État d’urgence sanitaire ont perdu leur droit de Cité…

« Geneva Cities Hub (GCH), une association de droit suisse qui vise à jouer un rôle de facilitateur entre les villes du monde entier, les réseaux de villes et les entités de la gouvernance mondiale présentes à Genève. L’objectif est de renforcer – au sein de la Genève internationale – la place des villes qui ont un rôle essentiel à jouer dans la gestion des défis globaux. » Lien Genève Internationale

Un droit de cité déjà bien entamé par un contexte idéologique de démondialisation, de montée des nationalismes et du protectionnisme, d’apologie du localisme, de crise du multilatéralisme, de révolte des périphéries, d’une transition écologique à inventer. Dans ce contexte, quel avenir pour les Villes-Monde ? Un Futur Archipel de cités déconnectées des contextes nationaux ou une reprise en main par des « États d’urgence » ? Quoi qu’il en sera, les villes doivent résister, se réinventer, s’organiser en réseau, relever ensemble les défis communs.

Lien vers Geneva Cities Hub

ALLEZ, RENDEZ-VOUS EN 2021 ET N’OUBLIEZ PAS : POST TENEBRAS LUX !!!!

« Aussi miniature soit-elle, Genève est un hub international » (11) Préface, par Malika Gouzer et Laurent Keller

« Genève internationale aux silhouettes de Paix. De la place pour chacun, pour toi, pour moi » (28) Genève, par Carmen Campo Real

« Des migrations déterminantes. Un dernier élément va contribuer à lui donner une aura internationale : les vagues successives de réfugiés. » (33) Un sucre ou pas du tout ? Par Isabelle Graesselé

« Avec la tendance de repli sur soi de certains grands États, le rôle diplomatique de la Genève internationale sera par conséquent, à l’avenir, plus important que jamais. » (42) Post Tenebras Lux, par Dominique Louis

« Belle jeunesse, tes origines si diverses sont précisément le ferment même de la richesse de notre Ville qui permet à plus de 48,7% d’étrangers de partager leur quotidien avec nous dans le respect et la tolérance réciproque : c’est bien cela l’Esprit de Genève« . (42) Post Tenebras Lux, par Dominique Louis

« Genève pourrait parfaitement être définie comme une ville mobile et immobile. Mobile par son flux de voitures, de pendulaires, d’expatriés et de touristes. Et immobile : elle semble figée dans son architecture, tant par la faute des « Genevois » qui se plaignent des changements (c’était mieux avant) (…) » (71) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« Le « Genevois » ne peut pas être défini au singulier, il doit être mis au pluriel. (…) Quant aux « Genevois » qui résident hors de la ville, ils se répartissent entre des communes en périphérie dans lesquelles sont représentées toutes les communautés du monde. (…) A ces « Genevois » s’ajoute le Genevois, à savoir la région française frontalière dans laquelle résident les « vrais » Genevois, ceux qui votent contre les étrangers en tous genres, et les expatriés effrayés par le coût de la vie en Suisse. Oui, on l’oublie trop souvent, Genève est en Suisse ». (72) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« Genève est une ville de passages, les cours d’eau et les véhicules la traversent et seule la durée de résidence semble définir et distinguer les « Genevois » : les vieilles familles et les bourgeois, les secundos (de deuxième génération), les expatriés, les migrants, les touristes, les colporteurs de valises à billets, par le passé les ouvriers « saisonniers » et à l’époque, un certain Jean Calvin. » (74) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« En bonne Genevoise, la tension essentielle au coeur du rapport à ma ville c’est la possibilité de m’en éloigner. Partir de Genève pour qu’elle me manque, mieux y revenir pour m’en lasser, comparer le reste du monde à celle-ci, toujours à son honneur, et pourtant, fébrilement, trouver tous les prétextes possibles pour être toujours en vadrouille. C’est d’après moi une ville qui se dessine le mieux en négatif. Par ses immigrés d’une part, qui font la majorité de sa démographie. Ils la voient tantôt en refuge après avoir vécu ailleurs la précarité, la guerre ou les terreurs d’une fiscalité confiscatoire, tantôt en parenthèse tiède qu’ils doivent endurer pour des raisons professionnelles, mais qui ne saurait soutenir la comparaison devant la chaleur de leur terre natale. Par ses natifs d’autre part qui, malgré le fait d’y être nés et d’y avoir vécu toute leur vie, revendiquent bruyamment « des origines ». A l’inverse de la longeole ou des cardons, beaucoup prennent plaisir à ne pas se réclamer 100% du coin. Comme si vivre ici avec un reste d’ailleurs en soi faisait par définition de nous des gens terriblement intéressants. En réalité, ça fait surtout de nous des Genevois assez typiques. » (160) Cornavin, par Marina Rollman

Extraits de Uncommon Geneva, 2019

Rentrée littéraire 2020

Si les oeuvres de cette rentrée 2020 n’ont pas encore intégré ce monde suspendu qui nous est tombé dessus, ils nous racontent peut-être déjà le terreau sur lequel les décisions confinées ont pu germer. Et des pistes pour les empêcher de s’ancrer… Liberté, nous ne cesserons jamais de te traquer… Vitalité on luttera pour te libérer… Mobilité on entretient avec toi une relation mouvementé, on cultive l’ambiguïté… mais tu nous manques tant. État essentiel empêché. En attendant, bien « résiliée », ma petite sélection de la rentrée… Des villes, des résistants à la « pureté », des voyages intérieurs, des combats « minoritaires » d’actualité,… Avec une appétence marquée pour les voyages littéraires. Rien d’étonnant compte tenu du « contexte sanitaire particulier ». Le contexte idéal pour reprendre la route aux côtés d’un Sylvain Tesson réconcilié avec le mouvement, tandis que Mathias Enard succombe lui à l’air du temps avec un retour au territoire et Jean Rolin se la joue visionnaire avec son voyage de quelques miles autour de la maison…

YOGA. Récit d’Emmanuel Carrère. Éditions P.O.L, 2020, 400 pages

« C’est l’histoire d’un livre sur le yoga et la dépression. La méditation et le terrorisme. L’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble. » Lien P.O.L

CHAVIRER. Roman de Lola Lafon, Actes Sud, 2020, 352 pages

« 1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation. Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent. Revisitant les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs. » Lien Actes Sud

BEYROUTH 2020 – JOURNAL D’UN EFFONDREMENT. Chronique de Charif Majdalani, Actes Sud, 2020, 160 pages

« Au début de l’été 2020, dans un Liban ruiné par la crise économique et l’inflation, dans un Beyrouth épuisé qui se soulève pour une vraie démocratie alors que le monde est pétrifié par le coronavirus, Charif Majdalani entame la rédaction d’un journal. Il entend témoigner de cette période terrible et déroutante, la confronter à son expérience, à ses réflexions et à ses émotions – peut-être aussi espère-t-il la supporter grâce à l’écriture. Cette chronique de l’étouffement et de l’effondrement, non dénuée d’une paradoxale légèreté, se trouve percutée le 4 août par l’explosion dans le port de la ville de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. Devenu témoignage du cataclysme, ce récit très sensible aux détails du quotidien dresse le portrait d’une cité stupéfiée par la violence de sa propre histoire, dont les habitants chancellent puis se redressent, jouets d’un destin aussi hasardeux que cruel. » Lien Actes Sud

PARIS, MILLE VIES. Déambulation de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2020, 96 pages

« Un soir de juillet, sur l’esplanade de la gare Montparnasse, le narrateur est apostrophé par un homme agité qui répète plusieurs fois sa question : Qui es-tu, toi ? Guidé par cette ombre errante, il déambule de nuit dans un Paris étrangement vide où les époques se mêlent. Tant de présences l’ont précédé dans cette ville qui l’a vu naître, et ce sont autant de fantômes qu’il faut dire, apaiser, écrire, avant de revenir au grand appétit de la vie. Entre art poétique et récit fantastique, l’auteur célèbre sa ville et se souvient, à la fois sincère et discret, heureux d’être un parmi les hommes et de chanter, le temps d’une nuit, ces mille vies qui nous devancent, nous accompagnent, nous prolongeront. » Lien Actes Sud

UN HIVER A WUHAN. Récit d’Alexandre Labruffe, Gallimard, 2020, 128 pages

«Poussé par un prof de chinois, j’ai tout quitté, du jour au lendemain, pour aller contrôler, fleur au fusil, la qualité des produits français fabriqués en Chine. Être l’œil de l’Occident, son chien de garde, le garant du Made in China : comme un aboutissement prématuré de ma vie.» Ce récit fragmenté concilie un regard documentaire affuté et l’humour désespéré d’un conte voltairien. Alexandre Labruffe y alterne les souvenirs de ses séjours sur place : de 1996, comme contrôleur stagiaire dans des usines locales, à l’automne 2019, en tant qu’attaché culturel à Wuhan. Il recense les micro-apocalypses qui fondent le miracle économique de la République populaire depuis deux décennies et devient le témoin halluciné d’une crise sanitaire révélant sa nature libérale-totalitaire. » Lien Gallimard

CINQ DANS TES YEUX. Roman d’Hadrien Bels, 2020, L’iconoclaste, 256 pages

Marseille, ses vieux quartiers, ses nouveaux bobos. Un premier roman drôle et acide à la langue ultra-contemporaine.

« Son surnom, Stress, c’est Nordine qui le lui a donné. C’était les années 90, dans le quartier du Panier, à Marseille, au-dessus du Vieux-Port. Il y avait aussi Ichem, Kassim, Djamel et Ange. Tous venus d’ailleurs, d’Algérie, des Comores ou du Toulon des voyous. Sur la photo de classe, à l’époque, Stress était facilement repérable, avec sa peau rose. Et sa mère, Fred, issue d’une vieille famille aristocratique, était une figure du quartier. La caution culturelle. Mais aujourd’hui, les pauvres ont été expulsés du Panier, les bobos rénovent les taudis et les touristes adorent arpenter ses rues tortueuses. Ses anciens potes sont devenus chauffeur de bus, agent de sécurité, dealer ou pire. Un peu artiste, un peu loser, Stress rêve, lui, de tourner un film sur son quartier d’enfance, et de leur faire rejouer leurs propres rôles de jeunes paumés, à coups de scènes colorées et d’arrêts sur image. Les descentes à la plage ou dans les boîtes de nuit, les bagarres et les parties de foot. On retrouve dans cette fresque drôle et acide le Marseille d’hier et d’aujourd’hui, ses quartiers, ses communautés. Tout est roman et tout sonne vrai, dans ce livre à l’écriture ultra-contemporaine, mixée d’arabe. » Lien L’Iconoclaste

UNE ROSE SEULE. Roman de Muriel Barbery, Actes Sud, 2020, 158 pages

« Rose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage. Accueillie à Kyoto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère. Mais Kyoto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même. Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au coeur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour. » Lien Actes Sud

LE BANQUET ANNUEL DE LA CONFRÉRIE DES FOSSOYEURS. Roman de Mathias Enard, Actes Sud, 2020, 432 pages

« Pour les besoins d’une thèse consacrée à “la vie à la campagne au XXIe siècle”, l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village des Deux-Sèvres. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité. Mais il ignore quelques fantaisies de ce lieu où la Mort mène la danse. Quand elle saisit quelqu’un, c’est pour aussitôt le précipiter dans la Roue du Temps, le recycler en animal aussi bien qu’en humain, lui octroyer un destin immédiat ou dans une époque antérieure – comme pour mieux ressusciter cette France profonde dont Mathias Enard excelle à labourer le terreau local et régional, à en fouiller les strates historiques, sans jamais perdre de vue le petit cercle de villageois qui entourent l’ethnologue et dessinent (peut-être) l’heureuse néoruralité de nos lendemains. Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité. » Lien Actes Sud

LE PONT DE BEZONS. Déambulation périphérique de Jean Rolin, P.O.L, 2020, 240 pages

« Heureux qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons ». C’est la première phrase de ce roman dont le projet consiste « à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu ». Mais très rapidement ces déambulations prennent des allures de petite odyssée sur les berges du fleuve, au cœur de banlieues bousculées, parcourant des espaces fracassés, des friches et des zones industrielles. Traversée du monde d’à côté, celui que nous ne voyons plus depuis des décennies. De micro évènements prennent une tournure fatale et romanesque, comme la fermeture d’un Mc Donald’s à Bezons ou des parties de pêche organisées par des Rroms. On y croise des réfugiés tibétains sur une péniche à Conflans, un café kurde révolutionnaire à Corbeil, un restaurant brésilien, des mosquées salafistes à Saint-Denis, une base assez confidentielle de la marine nationale. C’est le roman discret d’un monde bouleversant de solitude, d’oublis, de ruines et de décomposition. Au cœur de ce parcours, il y a aussi les retrouvailles avec une vieille cousine et la maison de Carrières- sous-bois qui cache un secret de famille que le narrateur révèle pour la première fois : le fantôme de l’oncle Joseph. Mais le chaos de ce monde périphérique, sous le regard aigu du narrateur, cache lui aussi un mystère : la présence de toute une vie sauvage et animale nichée souvent dans d’improbables lieux. Oiseaux rares, cygnes sauvages, poissons… Avec humour, Jean Rolin traque les détails des existences, des paysages, des lieux, et les traces historiques d’un décor périurbain qui devient sous nos yeux le roman contemporain de notre abandon. Lien P.O.L

LE JEU DES OMBRES. Pièce de Valère Novarina, Éditions P.O.L, 2020, 272 pages

« Le Jeu des ombres est la nouvelle pièce de théâtre de Valère Novarina. Quatre actes pour revisiter le mythe d’Orphée. Avec cette conviction que nous sommes tous des Orphée. Des ombres passent, parlent, reviennent de l’autre espace : l’espace des dessous. Ni feu ni flammes, les enfers sont le lieu des métamorphoses. On y trouve Orphée, Eurydice, Cerbère, Charon, Hécate, Pluton. Ils croisent Sosie, Flipote, les Machines à dire beaucoup, Robert Le Vigan, Michel Baudinat, Gaston Modot, Anne Wiazemski, Louis de Funès, Christine Fersen et Daniel Znyk. Les temps s’entrecroisent jusqu’à la discordanse des temps. Et dans ce grand dépérissement, le berger des langues, le gardien, l’amoureux de la parole, n’est plus Orphée tout seul, mais chacun d’entre nous. Nous sommes tissés de temps, et cependant étrangers à lui. Respirer, être vivant, chercher les ombres pour jouer avec la lumière. Les personnages du Jeu des ombres se retournent, imitent Orphée à l’envers et trouvent leur chemin. Tout Valère Novarina est dans ce drame : l’homme, « animal capable de tout », la rosace des définitions de Dieu, les ritournelles de l’espace et du temps en langue spirale, « l’étrangeté d’être des animaux qui parlent », l’étonnement de parler, la stupeur d’être là. La pièce est créée cet automne au T.N.P de Villeurbanne, par Jean Bellorini. Tournée en 2021 en France (dont Marseille, Paris). » Lien P.O.L

REQUIEM POUR UNE VILLE PERDUE. Requiem d’Asli Erdogan, Actes Sud, 2020, 144 pages

« Ce texte est un requiem à la mémoire d’une solitude, celle de l’auteure au cœur de son pays perdu. De l’enfance, où la figure de la mère revient sans cesse, à la maturité tourmentée par l’engagement politique, esthétique et féministe, Aslı Erdoğan dévoile ici le ressouvenir absolu de son existence tendue depuis toujours vers la nécessité d’écrire. Car, dit-elle, “écrire c’était pour que mes mains puissent toucher l’invisible dans tout ce qui se voit”. Au centre de cet art poétique se dresse, sublime, la ville d’Istanbul, telle une matrice vertigineuse. Et les ruelles de Galata, quartier tant aimé, arpenté, tel un labyrinthe grand ouvert sur le Bosphore. Ce livre est par essence un monde intérieur, qui précède et accompagne jusque dans l’exil l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. » Lien Actes Sud

LA TANNERIE. Roman de Celia Levi, Éditions Tristram, 2020, 376 pages

« Jeanne, ses études terminées, a quitté sa Bretagne natale pour vivre à Paris. Elle a trouvé un emploi temporaire d’« accueillante » à la Tannerie, une nouvelle institution culturelle, installée dans une usine désaffectée de Pantin. D’abord déboussolée par le gigantisme et l’activité trépidante du lieu, timide et ignorante des codes de la jeunesse parisienne, elle prend peu à peu de l’assurance et se lie à quelques-uns de ses collègues, comme la délurée Marianne ou le charismatique Julien, responsable du service accueil. Elle les accompagne dans leurs déambulations nocturnes, participe à des fêtes. Leur groupe se mêle au mouvement Nuit debout. Ils se retrouvent dans des manifestations, parfois violentes – mais sans véritablement s’impliquer, en spectateurs. Bientôt, deux ans ont passé. Dans l’effervescence de la Tannerie, en pleine expansion, chacun tente de se placer pour obtenir enfin un vrai contrat ou décrocher une promotion. Jeanne va devoir saisir sa chance. La Tannerie – tel un microcosme de notre société – forme une monde à part entière, avec ses techniciens, ses employés de bureau, ses artistes. Mais derrière la bienveillance affichée et le progressisme des intentions, la précarité et la violence dominent. Avec ce roman, qui frappe autant par la finesse de ses descriptions que par sa force critique, Celia Levi fait le portrait d’une époque et d’une génération en proie aux ambitions factices et à l’imposture des discours. » Lien Tristram

HÉRITAGE. Roman de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2020, 256 pages

« La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu. Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité. Miguel Bonnefoy est l’auteur de deux romans très remarqués, Le Voyage d’Octavio (Rivages poche, 2016) et Sucre noir (Rivages poche, 2019). Ils ont tous deux reçu de nombreux prix et été traduits dans plusieurs langues. » Lien éditeur

LA PETITE DERNIERE. Roman de Fatima Daas de l' »Intersectionnalité », Éditions Noir sur Blanc, 2020, 192 pages

Prix Les Inrockuptibles 2020, catégorie Prix du premier roman

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. » Lien Noir sur Blanc

LA DISCRÉTION. Roman de Faïza Guène, Plon, 2020, 256 pages

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi. » Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté. Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ? Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien. » Lien Plon

HISTOIRE DU FILS. Roman de Marie-Hélène Lafon, Éditions Buchet-Chastel, 2020, 176 pages

« Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences. Avec ce nouveau roman, Marie-Hélène Lafon confirme la place si particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage littéraire français. » Lien éditeur

NATURE HUMAINE. Roman de Serge Joncour, Flammarion, 2020, 400 pages

« La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ? Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits… » Lien Flammarion

A SUIVRE… Séquence « Loin des Yeux« 

Voyage en confinement – Épisode 1

Un « Monde d’après » trop étroit ? Qu’à cela ne tienne, on va jouer à saute-frontières. En mode transnational-trotter, au gré des opportunités. Unique congé annuel en pleine deuxième vague – entre fermetures des frontières, test PCR, territoires confinés, quarantaine au retour ou à l’aller – l’affaire s’annonce corsée… A l’affut des annonces quotidiennes d’ici et d’ailleurs, la quête de la mobilité devient un job à plein temps !

Lock me if you can !

Options

  • Option number 1 : Mumbai – ultime Ville Monde au programme du PG. Verdict : frontière indienne fermée
  • Option number 2 : Île Maurice – Île de la Réunion. Verdict : quarantaine et test PCR, à oublier
  • Option number 3 : Berlin, Épisode II – portraits de la jeunesse européenne exilée. Verdict : à suivre
  • Option number 4 : Le Grand Genève à bord du Léman Express. Verdict : en suspens

Constat : on est faits comme des rats !

Chronologie

  • 07.10. Direction Venezia youpiii !
  • 09.10. Espoir de voir Venezia douché… quarantaine de retour exigée
  • 10.10. Direction Grand Genève !
  • 29.10. Venezia ce coup-ci on y croit !
  • 30.10 France re-fermée, projet Grand Genève avorté
  • du 20.10 au 01.11. Rumeur d’une Genève encerclée… Projet : maison?
  • du 20.10 au 01.11 Projet cabotage Territoires d’Entre-Lacs frontières
  • 29.10 Projet cabotage à semi-avorté, Suisse inscrite sur liste rouge allemande
  • 02.11 Projet cabotage avorté, Autriche + Allemagne re-confinées
  • 25.10 Se résigner et se rabattre sur des voyages littéraires ?
  • 30.10 Retrait des voyages littéraires compromis. France sous régime d’attestation….
  • 01.11 Last option Venezia + Italia… Italie ok ? Nouvelles restrictions de circulations. Milan, Florence et Naples confinées.
  • 02.11 En route pour Venezia… only 🙂
  • 08.11 Partir vers l’Est helvétique, découvrir son pays à bord de ses trains mythiques
  • 09.11 Adios trains mythiques. Fermés pour cause de pandémie.

Alors ça pourrait ressembler à un gag, mais il n’en est rien. Le constat est amer, but never ever give up comme dirait un bon ami ! Inenvisageable que cette enquête se termine en queue de poisson du lac. Le projet ? Aller à l’Est. Direction Saint-Gall. Restons dans le thème et poursuivons vers l’Orient jusqu’à ce qu’on se cogne sur une frontière. Parce qu’il faut que chaque mobilité ait un sens, inenvisageable d’imaginer un voyage vain un voyage blanc un voyage qui ne m’inspirerait rien. De surcroît en ces temps incertains où bouger relève tout simplement du miracle couplé à un plaisir coupable, où les options de déplacement sont réduites à peau de chagrin. Après 15 mois d’assignation. Bouger coûte que coûte. Bouger à tout prix. Pour la survie psychique. Pour la sociologique aussi. Évidemment. Le témoignage c’est important. Qui s’y collera sinon des êtres comme moi qui ont fait comme unique choix de carrière d’être totalement poreux aux mondes ? Que restera-t-il à ces êtres-là si on les enferme à la maison ?

Cabotage le long des frontières

Escale Nr. 1 : Annemasse – Grand Genève. Retrait de la commande des voyages littéraires. 

« Escale » Nr. 2 Territoires d’entre-Lacs. Des lacs à partager et des frontières fermées… L’Italian shore du Lac Majeur et la French shore du Lac Léman…à travers les vitres d’un train

Escale Nr. 3. Constance, le Lac aux quatre Pays. Whaouu ça sonne trop bien ! Suisse, Allemagne, Autriche, Liechtenstein à portée de voile et totalement… voilés par un brouillard au diapason avec la pandémie.

Depuis Saint-Gall pratiquer le cabotage le long du lac jusqu’à se cogner aux frontières. Bregenz (Autriche) c’est mort. Constance (Allemagne) également.

Qu’à cela ne tienne, je m’y faufile à pied, illégalement. Puis je passe en Autriche pour quelques instants. Close down, aucune possibilité de se soulager. Aller-retour suspicieux. Le garde-frontière a très peu apprécié. L’Est mythique s’arrêtera à Vaduz. C’est déjà ça…

… Après des semaines à dessiner et redessiner les cartes mentales de mon futur terrain de jeu mobile et identitaire autorisé. Au gré des accords, je suis passée d’habitante du Léman à celui du Grand Genève en passant par Helvète jusqu’à m’imaginer citoyenne exclusive de la Cité de Calvin.

Constance – Kreuzlingen et le « Grillage de la honte »

« Après des semaines de séparation, couples et proches transfrontaliers de Kreuzlingen (TG) et de Constance (D) pourront à nouveau se rencontrer. La Suisse et l’Allemagne ont décidé de démonter le «grillage de la honte» installé le long de la frontière, Covid-19 oblige. » Lien

La Gazette du confinement 2020-2021

C’était il y a un an. Quand, par une belle journée de mars, notre monde s’est arrêté…. Un an déjà. L’occasion de faire un bilan elliptique… Qui pourrait se résumer à cette unique constatation. Ce qui nous paraissait surréaliste, encore impensable il y a un an est désormais devenu notre vie.

Nous sommes vendredi 13 mars 2020… Le cours s’arrêtera là, on n’a plus la tête à ça. On se masse devant la conférence de presse du Conseil fédéral. C’est parti. Parti. Partie terminée. Arrêtez de circuler, désormais y’aura plus rien à voir.

Ce soir-là, les gens se pressent dans les cafés, envie furieuse de se retrouver, de comprendre Ensemble, de se rassurer. Mais déjà nous sommes comptés, compté aussi le temps pour profiter d’un ultime instant de liberté. Règne une atmosphère de fin des temps… Sonnés. Notre cerveau n’est pas (encore) fait pour assimiler ce genre d’informations.  Petite soirée « fin du monde » improvisée avant de se séparer pour une durée indéterminée.

rhdr

La Saison du Confinement – Du Global au Nano-local

Et le monde s’arrête… Confinement généralisé décrété. Paradoxalement, la solution pour nous protéger de la mort c’est d’arrêter la vie, arrêter nos vies.

La solution ? Arrêter la vie pour nous protéger de la mort. Paradoxal…

Sidération. Sentiment d’irréalité. Grand Genève arrêté, sitôt concrétisé. Frontières fermées. Monde « globalement isolé« . Surréaliste oxymore. Back to the roots. Grand exil à rebours. Vols spéciaux affrétés. Retour à la maison. Retour à la nation. Territoire confiné. Réseau K.O.

Speechless. Quand on a fait de la Mobilité son mantra, du Glocalisme son projet de vie… Fatalement c’est compliqué. Quand on a fait du mouvement des hommes son mantra, il y a de quoi rester figée… Quand il y a une décennie, ce projet est parti de l’hypothèse de la fin annoncée de l’État, il y a de quoi rester coi…

Arrêt sur images de nos vies. Passés du Monde (pour jardin) à la salle de bain (pour chagrin) comme ça, en un claquement de doigt. Back à l’essentiel. Aimer et être aimés. Besoin irrépressible de se rapprocher, se rassurer, se consoler. Paradoxalement jamais eu autant besoin de l’Autre. Jamais été aussi disponibles pour toutes nos familles d’élection isolées.

Partis pour un voyage au long cours d’un tout nouveau genre : gérer l’incertitude, gagner en résilience, se rabattre sur l’espoir. Plus de projets, plus d’avenir, « coincés » dans le présent, suspendus aux annonces de mesures. Obligation de connexion. Plus d’échappatoire géographique ni virtuelle. Devoir d’être « contactés » à tout moment par les autorités, tracés partout, tout le temps. Devoir de rester connectés H24 pour se tenir au courant des nouvelles mesures à respecter sous risque de passer dans l’illégalité. Un cauchemar 2.0, pas tranquillement enfermés, enfermés dans une bulle anxiogène. Plus de droit à la déconnexion. Cauchemar collectif éveillé. Organismes épuisés. Là-haut on a dû décidé qu’il était temps pour le monde de se reposer. De faire un break. Se mettre sur pause. Le temps de se manquer, de recharger les batteries, d’inventer quelque chose de nouveau, de poser les nouvelles bases d’une rencontre qui reste à imaginer.

Les Mots du Confinement

État d’urgence sanitaire – Gestes barrières – Distanciation sociale – Politique de confinement – Isolement – Repli – Quarantaine – Cas contact – Attestation de déplacement – Retour des frontières – Couvre-Feu, etc. Autant de mots que je ne goûte pas. Crises d’angoisse face à la pulsion de vie empêchée. Crises d’angoisse déclenchée par la voix et les mots de Macron aussi. Devant ces médias devenus simples caisses de résonance, boîtes enregistreuses relayant en boucles les mesures des gouvernements. Discours anxiogènes, bulle d’anxiété.

Un Terreau

La Dé-Mobilisation Une lente infusion…. On a globalement eu le sentiment que la mise en suspens de notre mobilité était arrivée brusquement. Il n’en est rien. Arrêter la vie pour nos protéger de la mort seule option vraiment ? Cet arrêt sur images impensable en d’autres temps, s’inscrit dans un contexte, s’épanouit sur un terreau déjà bien fertile. Un terreau décrit dans ces pages depuis déjà une décennie. Un terreau que je continue d’explorer durant mes longues soirées confinées. La réalité, c’est que ce monde mobile-là, plus personne n’en voulait déjà. Il y a avait cette rencontre possible avec l’Autre, rendue impossible à cause des circonstances. Une rencontre biaisée que la série Eden montre très bien. Avec des êtres placés dans des situations les conduisant à de mauvaises actions. Situation fatale et fatalisme des peuples. Regarder des séries télé pour regarder le monde en face. Un monde rendu aux cyniques. Crise économique, prolifération des murs, érection de forteresses, goût pour l’autorité et les réponses simples, élection de dictateurs, sacrifices des libertés consentis au prix de la sécurité, entre-soi, Homme de trop.

La rencontre avait un goût amer et l’exode urbain aussi déjà bien entamé. Un exode illustré par Saint-Pierre-de-Frugie, village de « bobos » en exil découvert lui aussi via voyage télévisé, qui nous conduira plus loin dans un domaine où on rejoue le Moyen-Âge… Appétence pour la violence, les fortifications, le micro-royaume bien délimité. Mes voyages virtuels se poursuivent avec une petite sélection FIFDH confinée (des être broyés, enfermés, noyés et ce malgré des demandes d’asile au plus bas), sélection spéciale « terreau monde d’avant ». Celui d’une mobilité diabolisée. Celles des autres d’abord, puis la nôtre inexorablement.

Globalité conspuée et localisme bienvenu. J’aurais dû sentir le vent tourner pourtant… Durant cette saison automne-hiver à manger exclusivement du green local potiron. A l’occasion de débats animés autour du « bon » localisme. Sinon ça compte le concept épicerie ethnique « fine » qui pullule dans nos global cités ? A priori si elles vendent des produits locaux « de là-bas », c’est ok… Ouf, transnationalisme et localisme peuvent toujours s’associer… Une saison-automne hiver où on pouvait aussi visionner des émissions aux titres tels que « Faut-il interdire le tourisme ? » ou entendre à la radio une jeunesse artistique s’excuser de « bouger » pour honorer leurs tournées… Même le magazine « Rendez-vous en Terres inconnues » re-baptisé désormais « Nos Terres inconnues« , était revenu à la casa, en Bretagne pour être précis. Oui, l’être humain n’était déjà plus à la mode. La mobilité gagnait en vulgarité.  Avec la pandémie, l’être humain est de trop ce coup-ci. On ne veut plus le voir du tout ce coup-là. Il est sommé de disparaître, de se confiner. Car que faire d’autre de cet homme de trop ? Dans les pandémies animales on abat les bêtes lorsque la quarantaine échoue. Du coup… que faire de nous à part nous enfermer ? 

Quant à moi, en visionnant tout ça, je comprends mieux notre passivité face aux mesures imposées. A force d’accepter la violence faite aux autres, on finit par la considérer légitime, intérioriser sa banalisation et accepter avec résignation cette violence quand fatalement elle finit par s’appliquer à soi.

Le prix de l’immobilité

Une seule obsession. Arrêter la rencontre, limiter les interactions. Une Ironie. l’immobilité = in fine perte totale de contrôle. Paradoxalement cette immobilité tant exhortée = des milliards de dettes en lègue à des enfants au profit desquels on prétendait justement défendre la frontière, l’arrêt du mouvement… des autres. Il est désormais global. Arrêt du leur aussi. L’immobilité aura un prix à payer.

Évasions

Hauts les coeurs ! Quelques échappées nous sont heureusement autorisées. Des voyages immobiles, littéraires ou intérieurs. A la radio, on nous donne plein de conseils pour voyager confinés. Pis le nomadisme n’est pas mort, il prend juste des formes déshumanisées… Alors vive le nomade virtuel, le nomade sédentaire… Chères Villes-Monde, vous me manquez tant… Mon voyage à moi se borne à vous convoquer… Je pense à Dubaï où le monde se retrouve piégé ensemble. Je repense à la sociologue Saskia Sassen interrogeant l’avenir des Villes Monde d’après la… mondialisation. Je pense à ma Genève qui vit du et pour le monde. Je repense à mon cadeau japonais, une boîte de masques offerte à une amie journaliste en vue des JO de Tokyo…. Mortes de rire…. Quelques mois plus tard, riant nettement moins et retournant la maison à la recherche desdits masques… Plus de masques et d’ailleurs plus de JO. Je repense à notre arrogance d’alors… Je repense à ma détermination au retour de mon escale chinoise… Brandissant notre exception libertaire européenne avec tant de fierté… Je repense à notre illusion d’alors… Monde globalement liberticide désormais. A quelques exceptions près. Cet été beaucoup ont d’ailleurs songé à demander l’asile politique suédois…

Exode urbain

En tout cas, s’il est un voyage dont les citadins ne se sont pas privés, c’est bien la ruée vers et sur les résidences secondaires. Car le temps du Covid rime avec exode massif des urbains en Régions. La pandémie c’est rien de moins que la Théorie des deux Maisons incarnée ! Et dire que j’ai vendu ma mini maison mobile un certain… 12 mars dernier… Mais moi je tiendrai bon. Cité, lieu des interactions, je ne te laisserai pas tomber. Cité, ma gourmandise pour toi est infinie. La campagne ? mon étape contemplative entre deux cités…

Explosion de vie

Juin 2020. Réouverture des terrasses. Je traverse les places de ma cité. Nous sommes jour de marché. Toutes les terrasses débordent de vie. Je suis émue… Je le serai à chaque fois que j’assisterai à ce genre de scène en live ou à la télévision. Explosion de vie. Explosion de larmes en voyant des images de Grecs se pressant sur les plages de Méditerranée. Explosion de mes émotions confinées. Et conviction que tout va bien se passer. Parce que la Vie gagne toujours à la fin. Premier samedi shiny post « semi-confinement ». Partout explosion de vie. Merci.

Stratégies

Le monde s’est arrêté. Et à ce jour l‘ultime remède trouvé pour nous protéger de la mort a été d’arrêter la vie. Paradoxale stratégie. Après avoir voyagé dans les phases du deuil (sidération, chagrin, incrédulité, angoisse, résignation, résilience, foi…), L’homme de trop lui se montre plein d’ingéniosité et développe au fil des reconfinements ses propres stratégies pour se ré-organiser, se mobiliser, et bientôt … défendre ses droits ? Quant à moi, en un an, j’ai eu la chance de n’avoir assisté à la mort d’aucun des miens. Mais j’ai assisté, sidérée, à la mort de la vie, au silence, partout. Subsiste un espoir, une échappée… car dans « Glocal« , il y a certes un global empêché, mais il y a le local aussi… reste donc la moitié de la carte à jouer… En attendant, à chaque respiration, je me précipite dans mes cafés préférés pour un instant suspendu bienvenu… Et faut pas traîner pour en profiter.. Car les déconfinements, c’est genre 3 petits jours et puis s’en vont…

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La stratégie locale. Dès le 1er novembre, ma cité nous a baignés dans un océan de lumières… L’Avent a de l’avance cette année. Ce qui nous laisse deux petits mois pour préparer l’Après. Et le 31 décembre à minuit va falloir se concentrer très fort, s’unir à distance pour renverser cette malédiction. 

État d’urgence

Malheureusement notre communion de voeux a échoué… Au 1er janvier, rien n’était redevenu comme avant. Alors je me plonge dans le « conte apocalyptique » d’Alexandre Labruffe « Un Hiver à Wuhan« . On est en plein dedans. Ca devient de la science-fiction cette histoire. On vit dans l’Alliance du pire du Territoire et du pire du Réseau.

Jamais dans ses rêves les plus fous le Territoire n’aurait pu imaginer un tel appui… l' »État d’urgence« … Il aurait fallu des décennies aux États pour atteindre le même résultat. Chacun chez soi. Régularisations fiscales et résidentielles massives. Mort de l’économie informelle. Retour des expatriés, départ des impatriés, assignation des apatrides. Frontière superstar. Des citoyens désormais sommés de vivre(?) avec cette dimension que nos dirigeants ont le pouvoir de nous enfermer dans notre salle de bains. Fini de rigoler. Pourtant on n’avait pas l’impression de rigoler tant que ça. Et si le premier confinement nous avait au moins offert le droit de se reposer, ce dernier a vite fait d’être abrogé lui aussi. Désormais il nous reste un seul droit, celui d’aller travailler (et de consommer, un peu, aussi, à intervalles sanitaires réguliers), enfin pour ceux d’entre nous qui ont la chance d’avoir encore un travail. Un tissu économique et social qui se meurt. Plus de culture, de voyages, d’interactions, la pandémie nous a enlevé tout ce qui est essentiel à notre… humanité.

Alors, nos dirigeants manqueraient-ils d’ingéniosité ? Sans doute sommes-nous trop exigeants… 

Eux, simples mortels pris collectivement dans un flux, que dis-je dans un courant dans un torrent dans un tsunami qui s’est nourri de nos peurs et qui a fini par nous/les briser, briser l’homme qui créé l’homme qui croit l’homme qui s’étonne l’homme qui entreprend l’homme qui aime l’homme qui… vit.

Alors face à un tel déferlement, comment croire encore un instant qu’on peut arrêter… le Mouvement ? CQFD.

Souviens-toi mars dernier…

Conformément aux directives du Conseil fédéral suite à la propagation du COVID-19 en Suisse, “nous avons largement consulté, notamment la Direction Générale de la santé du Canton de Genève et le Service de prévention et contrôle des épidémies des HUG, déclare la Directrice du FIFDH Isabelle Gattiker. Vu le caractère international du Festival, la nature des lieux et l’impossibilité d’identifier le public en cas de contamination, nous avons reçu un préavis négatif des autorités cantonales, qui nous a conduit à la regrettable mais inévitable décision d’annuler la 18ème édition du Festival”.

Mars 2021. Il y a un an le FIFDH fut le premier Festival glocal à être annulé dans ma cité. Triste anniversaire. Cette année, malgré leur farouche volonté, l’édition sera entièrement virtuelle. Tout un symbole. Voici mes mots à cette annonce l’an dernier « Toute cette énergie contenue augure pour sûr d’une explosion de solidarité pour l’an prochain. Et de se rappeler que si une épidémie peut arrêter notre mobilité, elle n’aura jamais notre mobilisation. » L’an dernier, j’ai pourtant dû renoncer. Overwhelmed par les contraintes du monde d’avant… Tellement futiles dans ce monde-ci… Cette année jamais résister ne m’a paru autant essentiel. Et à l’issue de la CP, je peux vous dire que le Festival a fait preuve d’une grande inventivité pour proposer une édition virtuelle d’une richesse inouïe, déclinée dans une variété de formats différents. L’activisme civil ne manque décidément pas d’ingéniosité pour se réinventer. FIFDH 2021, c’est parti !

HIGHLIGHTS 2020

Au fil de cette année qui aura vu le monde basculer, butinons (dans) le monde d’avant… Avant qu’il ne se fige, avant que le grand mouvement ne soit entravé. Avant qu’on ne rentre chacun chez Soi, assignés à domicile, enfermés dans nos nano-univers, condamnés à n’être plus que Territoire et privés du Réseau. Plongeons dans les productions de la mobilité, ces exils sans fin, ces quêtes identitaires, hybridités singulières, désirs de retours aux racines, critiques du monde « vivant », odes à la mobilité… Un monde où on se rendait les uns chez les autres, un monde « jazzy » à la recherche de son harmonieuse partition. Alors que se passait-il dans le monde mouvant avant que tout ne s’arrête brutalement ? Quelques propositions d’évasion…

L’EXIL DE LA BEAUTÉ. Essai de Rudy Ricciotti. Editions Textuel, 2019, 96 pages

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 » Rudy Ricciotti, fidèle à sa réputation de pamphlétaire, livre dans cet entretien une dénonciation de la culture officielle de la beauté. De la célébration de l’art contemporain à l’esthétique de supermarché en passant par le culte obligatoire de la nature, cette doxa est pour Rudy Ricciotti un étouffoir de la pensée critique et un masque pour toutes les beautés singulières qu’il entend défendre. Car Rudy Ricciotti veut croire à la beauté comme une présence capable d’intensifier nos désirs. Devant l’échec du projet d’émancipation de la culture au profit des loisirs et de la consommation, Rudy Ricciotti revendique une beauté « non conforme ».
« Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour de parler de beauté. L’époque est plutôt aux ordres de la terreur et de ses promesses. Ce sont les anathèmes qui tiennent en haleine les affaires du monde et coupent la chique aux débats. Les faits sont là, alimentant quotidiennement nos craintes, nous préparant insidieusement à courber l’échine. La beauté ne s’exile pas volontairement. Son départ est conditionné par une fatigue généralisée des curiosités. Invisible à force d’être ignorée, nos comportements la chassent. Et nous seuls portons la responsabilité de sa disparition.
J’ai pris goût à rechercher avec persévérance la beauté qui émancipe, à prendre le risque de me fourvoyer. C’est une démarche individuelle. Elle récuse la désillusion esthétique totale en cours dans les milieux culturels.
Sans effort, rien ne vient, sinon l’impérialisme obscène de valeurs omniprésentes imposant aux consommateurs de manger des yaourts en regardant le packaging d’une esthétique de pacotille. Se soustraire au matraquage des codes de la consommation réveille en douceur le désir. Mais la quête de la beauté ne délivre pas un certificat d’impunité. Il y a des coups à prendre… » Editeur

REFUGE – DANS L’INTIMITÉ DE L’EXIL. Projet photographique de Bruno Fert. 2019, Autrement

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« Habiter est ce que nous avons tous en commun. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons tous. Les abris temporaires des populations migrantes reflètent leur personnalité, tout comme nos appartements et nos maisons parlent de nous. C’est à partir de ce point commun que je veux amener le public à s’identifier, à se mettre à la place de l’autre en observant son lieu de vie. » Bruno Fert

Depuis 2016, Bruno Fert parcourt les camps de réfugiés de Grèce, d’Italie, de France, pour y photographier l’habitat provisoire – abris de fortune, chambres, appartements – où ceux qui ont fui leur pays recréent une intimité, une attache, une identité. Un travail documentaire exceptionnel, témoignage de ce moment charnière de l’exil, où la reconstruction de soi passe par l’appropriation de son propre intérieur. Lien éditeur

MIROIR DE NOS PEINES. Roman de Pierre Lemaître. Albin Michel, 2020, 544 p. La France sur la route

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Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.
Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.
Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut, est ici à son sommet. Lien éditeur

PAVILLON SUISSE 17E BIENNALE VENISE 2020. Exploration de la frontière par les architectes et artistes M. Ayoub, V. Lacaille, F. Aragno, P. Szczepski

FRONTIERE

Projet sélectionné par Pro Helvetia pour réaliser le Pavillon suisse de la 17e Biennale internationale de Venise 2020.

Avec son projet, l’équipe romande (Mounir Ayoub et Vanessa Lacaille, du Laboratoire d’architecture de Genève, ainsi que le cinéaste Fabrice Aragno et l’artiste Pierre Szczepski) explore la frontière comme phénomène spatial. L’originalité de sa proposition ? Aller à la rencontre des habitants aux confins des frontières du territoire suisse, pour mieux recueillir et souligner la dimension subjective du concept. Une étude préliminaire avait mis en évidence 29 lieux dont la topographie, l’histoire, la loi ou les infrastructures confèrent à leurs usagers une lecture singulière du territoire. Après avoir sillonné les quatre régions linguistiques de la Suisse, l’équipe du Pavillon suisse a mené des entretiens avec les usagers de ces frontières et les a accompagnés dans l’élaboration d’une maquette mentale de leur représentation du territoire. À partir de ces représentations, l’équipe a fabriqué des croquis 3D à base de mousse polystyrène. Actuellement, elle démarre la seconde phase du projet: des entretiens avec une dizaine d’experts, dont le préposé à la frontière nationale. Lien Espazium

L’équipe gagnante se penche sur la «frontière» en tant que phénomène spatial, un thème des plus présents dans le contexte politique actuel. Elle pose la question de la perception concrète de la frontière suisse par les personnes qui vivent à sa proximité. Quelles sont les dimensions spatiales et physiques d’une frontière? À quel point la percevons-nous de manière différente? Quelle est notre relation avec elle? Afin de trouver des réponses à ces questions, les habitantes et habitants du territoire du côté suisse de la frontière seront associés au projet de manière participative. Sur la base de ces recherches, l’équipe développera une exposition pour le Pavillon suisse à Venise qui racontera des histoires concrètes provenant de la frontière suisse, mais ouvrira également la discussion autour du thème de la «frontière» dans son caractère universel. Lien ProHelvetia

L’ADIEU – THE FAREWELL. Film de Lulu Wang, 2020, 1h40

L'ADIEU

Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère. Lien Allo Ciné

MANIFESTO(NS) ! TROIS FORMES ENGAGÉES. Théâtre de Poche, Genève, 02.2020

manifestons

Texte_Fouza Al-Youssef, Judy Brady, Pauline Boudry, Nicoleta Esinencu, Julie Gilbert, Jean-Luc Lagarce, Bruno Latour, Renate Lorenz, Alexandre Ostrovski, Paul B. Preciado, Marguerite Yourcenar
mise en scène_Sarah Calcine & Joséphine de Weck

L’envie de vivre à tout prix, secouer tout ça, toute cette peur qui craque dans nos gorges, tout ce malaise qui colonise nos poumons, nos histoires d’amour, nos rêves, crier, perdre la voix, occuper des ronds-points, ne rien lâcher et puis aussi s’arrêter pour rassembler nos esprits.

Notre dernière arme : penser. Ensemble.

Sarah Calcine & Joséphine de Weck s’emparent d’une sélection de textes-manifestes, de cris, de réflexions d’auteures mortes et vivantes. Le manifeste devient manifestation, devient réunion, devient rituel. Deux propositions qui se font écho, que l’on pourra parfois entendre le même soir, qui s’emparent de nous et de nos questions.

Les deux metteures en scène proposent chacune leur montage, version (J. de Weck / S. Calcine), portées par les trois comédiennes comme on livre une pensée en mouvement. C’est sur la brèche, doux-amer, et parfois drôle. Lien Théâtre de Poche

IT MUST BE HEAVEN. Film de Elia Suleiman, 2019. 1h42. Mention spéciale du jury Festival Cannes 2019 – Comique de Fuite

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« Elia Suleiman vit à Nazareth, seul dans une grande maison. Son voisin s’occupe avec dévotion de son citronnier. Même s’il le fait sans qu’on le lui ait demandé, et qu’en plus il empoche les citrons. Mais le réalisateur va de toute façon partir à l’étranger pour la promotion de son nouveau projet de film… que nous sommes justement en train de regarder. Il va à Paris et New York, visite ces mégapoles étrangères et observe avec attention ce qui s’y passe. Mais le fait est là: son origine le suit comme une ombre à chaque pas qu’il fait.

Dix ans après son dernier film, le réalisateur palestinien Elia Suleiman a présenté son nouvel opus en compétition du Festival de Cannes où il a reçu une Mention spéciale. Cette fois, il dirige son regard politique par-delà les frontières de son pays d’origine – pour comprendre, comme il le dit dans ses interviews, que le monde est en fait un «microcosme de la Palestine». Partout l’État policier gagne du terrain, partout l’absurde gagne en force. Ainsi, Suleiman se transforme en observateur muet et étonné. La force comique de ce film émane de cette source. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur palestinien est souvent comparé à Buster Keaton et Jacques Tati. Une comédie politique sur l’identité, la nationalité et la patrie qui combine divertissement, intelligence et poésie. » Lien

LE PARLEMENT DES ÉCRIVAINES FRANCOPHONES. Écrivaines sans frontières. Pour un « écrire-ensemble » transnationalécrivaines francophones

« Une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire. le Parlement des écrivaines francophones a pour objectif de faire entendre la voix des écrivaines sur le monde. »

Les objectifs qu’il se fixe :

  • rendre distincte la voix des femmes écrivaines
  • affirmer qu’il existe un « écrire-ensemble » capable de renforcer les liens des écrivaines où qu’elles se trouvent
  • travailler à faire reconnaître la place de l’écrivaine dans son pays et réaffirmer son rôle dans le dialogue civilisationnel
  • constituer un trait d’union entre le Nord et le Sud et faire circuler les idées et les auteures
  • s’exprimer sur ce qui porte atteinte à l’intégrité morale ou physique des écrivains contre les menaces
  • défendre la liberté et le droit des hommes et des femmes partout où ils se trouvent attaqués
  • offrir un espace de prise parole destiné à donner le point de vue des femmes sur les débats ou les crises de nos sociétés.

Lien

MERVEILLES A MONTFERMEIL. Film de Jeanne Balibar. 2020. 1h49

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Joëlle et Kamel font tous deux partie de l’équipe municipale de la nouvelle Maire de Montfermeil, Emmanuelle Joly, mais ils sont en instance de divorce. Toute l’équipe travaille à la mise en œuvre d’une nouvelle et très surprenante politique, dont la pierre angulaire est la création de la « Montfermeil Intensive School of Languages ». Tandis que la ville change et prospère, Joëlle et Kamel se chamaillent…. Mais à l’occasion de la Fête de la Brioche, leur amour peut-il renaître ? Lien

TERRA MIGRA. PEF – Marc-Olivier Dupin. Gallimard-Jeunesse, 2020

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« Je suis Terra Migra, mes sourires sont faits de fleurs, de chants d’oiseaux. Mes larmes sont de sel dans des rives lointaines. » Ainsi s’adresse notre planète à deux personnages que le hasard a fait se rencontrer. L’un est fataliste, l’autre ouvert au monde. Ce monde-là est celui des migrants vivants ou en grand danger d’oubli. De quelle Histoire présente ou disparue viennent-ils ? Superbement mis en musique par Marc-Olivier Dupin, le texte et les illustrations de Pef évoquent de manière extrêmement sensible et juste la peur de l’autre, le racisme, les guerres, les migrations, la Terre-Mère. Lien éditeur

LESBOS, LA HONTE DE L’EUROPE. Essai de Jean Ziegler. 2020, Seuil, 144 p

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 » En mission pour l’ONU, Jean Ziegler s’est rendu en mai dernier à Lesbos, cette île grecque qui abrite le plus grand des cinq centres d’accueil de réfugiés en mer Égée. Sous la haute autorité de l’Union européenne, plus de 18 000 personnes y sont entassées dans des conditions inhumaines, en violation des principes les plus élémentaires des droits de l’homme. Le droit d’asile y est nié par l’impossibilité même dans laquelle se trouvent la plupart des réfugiés de déposer leur demande ; le droit à l’alimentation, quand la nourriture distribuée est notoirement avariée ; le droit à la dignité, quand les rats colonisent les montagnes d’immondices qui entourent le camp officiel, quand les poux infestent les containers dans lesquels les familles doivent s’entasser ; les droits de l’enfant, quand la promiscuité livre les plus vulnérables aux violences sexuelles et les prive, bien sûr, de tout accès à l’éducation. La honte de l’Europe.

Pour la plupart, ces réfugiés sont venus d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan, d’Iran. Ils évoquent ici leur long calvaire : la torture, l’extorsion, le pillage, les passeurs infâmes, les naufrages, les familles décimées, les tentatives de refoulement de Frontex et des garde-côtes grecs et turcs. Les responsables du camp disent leur point de vue, les militants des organisations humanitaires expliquent les obstacles qu’il leur faut lever au quotidien pour sauver des vies. Le dossier est accablant. Jean Ziegler s’indigne, alerte et exige.

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation entre 2000 et 2008, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme jusqu’en 2019, Jean Ziegler est aujourd’hui conseiller du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Il a publié de nombreux essais à succès, traduits en plusieurs langues, et notamment, au Seuil en 2018, Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin). »

Lien éditeur

BERLIN ALEXANDERPLATZ. Film de Burhan Qurbani. 2020, 183′

Berlin_Alexanderplatz

Francis has survived his escape from West Africa. When he wakes up on a beach in the south of Europe, he is determined to live a regular, decent life from now on. But he winds up in present-day Berlin where a stateless person without a work permit is treated just as mercilessly as the labourer Franz Biberkopf in Döblin’s classic novel of German modernism. Francis initially resists an offer to deal drugs in Hasenheide park, but then comes under the influence of Reinhold, his neurotic, sex-addicted pal who takes him in. When Francis meets club owner Eva and, after several dramatic experiences, the escort girl Mieze, he feels he’s found something for the first time, something he’s never known before: a little bit of happiness – which is precisely what Reinhold begrudges him. Like the literary source material, this contemporary version of Berlin Alexanderplatz is also about society and outsiders, desire and travesty. Not unlike Fassbinder’s version, Qurbani’s epic is a gloomy journey through the “dark night of the soul” – not least on account of its authentic, atmospheric images of Francis’ city of exile: Berlin. Lien Berlinale

BAGHDAD IN MY SHADOW. Fiction de Samir, 2019, 105′

bagdad

Un auteur échoué, une femme cachée et un gay travailleur-IT illégale se rencontrent au Café Abu Nawas, un lieu de rencontre populaire pour les Irakiens en exil à Londres. Incité par l’Imam d’une mosquée salafiste, le neveu de l’auteur, un jeune fanatiquement religieux, attaque son oncle et bouleverse la vie de tout le monde. Lien Swiss Films

404. Roman de Sabri Louatah. Flammarion, 2020, 368 pages

404

« »Rentre dans ton pays. Entendre ça alors que ça fait soixante-dix ans qu’on vit en France ! Mon petit Rayanne c’est la quatrième génération, il va falloir combien de générations pour que vous nous foutiez la paix ? Combien ? « , s’emporte un des personnages de mon roman. Avec 404, j’ai voulu regarder la brèche, sans ciller, et raconter cette tragédie française de la partition et de la séparation ethnique à travers le destin d’une poignée de personnages réunis dans une petite commune de l’Allier. Pile au centre de la France et de toutes les tensions qui la traversent… »

Sabri Louatah signe un puissant thriller politique et rural. En explorant ce que l’on décide collectivement de ne pas voir, il raconte un pays qui se creuse dans le pays et ajoute à notre roman national un chapitre plein de bruit et de fureur. Lien éditeur

OSKAR & LILY. Film de Arash T. Riahi. 2020, 1h42,

OSKARLILY

Oskar et Lily, deux enfants tchétchènes sont sur le point d’être expulsés d’Autriche avec leur mère. Suite à une tentative désespérée de leur maman pour les protéger, l’expulsion est suspendue mais Oskar et Lily sont séparés et chacun placés dans une famille d’accueil. L’espoir des enfants de retrouver leur mère se nourrit de leur amour réciproque et met au défi tous les obstacles de la bureaucratie avec passion et poésie... Lien Allo Ciné

LE PAYS DES AUTRES. Roman de Leila Slimani. Gallimard, 2020, 367 p.

slimani

 

L’EXIL VAUT LE VOYAGE. Roman dessiné par Dany Laferrière. Grasset, mars 2020, 408 p.

LAFERRIERE

 » Voici Dany Laferrière dans tous ses exils. Obligé de fuir Haïti à l’âge de 23 ans sous les aboiements d’une meute de chiens, il entame une vie d’exils, de Miami à Paris en passant par le Brésil, sans avoir jamais vraiment quitté Montréal.
Après l’Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière approfondit la veine du roman dessiné et écrit à la main. L’Exil vaut le voyage offre un point de vue original sur le sentiment de l’exil : est-ce une expérience aussi terrible qu’on le dit ? En revenant sur ce qu’on croit à tort une fatalité, Dany Laferrière nous dit combien les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l’esprit, nous enrichissent. Quelle occasion de rencontres nouvelles, avec des écrivains, des femmes et des chats ! Le monde regorge de richesses, et ce livre nous les fait découvrir avec charme et humour, mais aussi, parfois, un lyrisme pudique : « Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage ».
Si les exils ont leur part d’arrachement, ils donnent aussi à voir le monde et des mondes. De Jorge Luis Borges à Virginia Woolf, de jazzmen solitaires en cafés bondés, de l’Amérique à l’Europe, voici de fructueux exils, avec, pour compagnons de voyage, de chapitre en chapitre, les grands exilés du monde, Ovide, Mme de Staël, Graham Greene, le grand romancier cubain José Lezama Lima, et bien d’autres. »