Nov. 20. Venise – Patrimoine du Monde (de l’Immunité) confiné

Venise, Patrimoine mondial d’une humanité confinée… C’est en pleine deuxième vague pandémique et après 15 mois d’assignation que j’ai eu la chance de découvrir cette mythique cité et me gaver du meilleur boosteur d’immunité qu’on ait inventé : la beauté.

La Route de la S(J)oie

Après l’avortement successif de tous mes projets d’évasion, je suis allée jusqu’à envisager un temps l’option « voyages immobiles ». Après tout, rêver d’ailleurs est encore permis, à défaut de pouvoir y aller… Hier encore trendy, force est de constater que le désir de rencontre avec l’autre devient aujourd’hui un acte militant ! Alors que je m’étais presque résignée, la possibilité de Venise m’est apparue comme un miracle. Comme l’unique option. Après maints rebondissements et une incertitude encore trois jours avant. Alors aux injonctions d’assignation je vous jure que dès la rentrée je m’y plierai avec la meilleure des volontés. J’ai pris acte que ça allait durer. Mais je vous en supplie, masquez-moi partout, mais ne m’enfermez pas. Laissez-moi juste respirer, juste une entrave, juste une escale, juste une sortie. Juste un billet de train aller.

Pour passer la frontière, captures d’écran des dernières mesures-sésame-ok et attestation sur l’honneur prête à être dégainée. La suite dépendra de l’évolution de la situation sanitaire comme on dit en ces temps incertains. Poursuivre vers l’Est tout en restant à l’intérieur du pays, pourquoi pas…

« Sentiment vénitien »

Une arrivée sur-réaliste. Sur le coup des 15 heures et le ventre vide, ayant évidemment zappé la suppression des wagons-restaurants, je me pose derechef sur une terrasse jouxtant la gare pour me restaurer d’une petite chose poissonnée bien grasse et siroter un pétillant prosecco. Pas la moindre idée de l’itinéraire à emprunter. C’était sans sans compter sur le serveur qui s’enquiert de ma destination, me conduit dans la foulée chez son pote d’à-coté pour acquérir mon vaporetto-sésame, m’indique le quai juste en face et me voilà partie pour longer… le Grand Canal dans son entier. Voilà comment Venise et moi on s’est rencontrés. Après avoir déposé mes bagages dans l’hôtel aux 79% de réduction, jouxtant le Palazzo Ducale rien que ça, je prolonge vers la Place Saint-Marc…. Et là, l’émerveillement.

La place Saint-Marc en quasi-exclusivité. Sur la terrasse d’en face un orchestre qui égrène son enivrant répertoire rien que pour moi. Le soleil qui se couche lentement. Les reflets sur la Basilique qui changent constamment. La place qui se pare doucement de ses lumières de nuit. Une petite fraîcheur qui m’envahit. Une grande émotion qui m’envahit. Des larmes de joie qui évacuent toute la pression de ces derniers mois. Un instant suspendu totalement surréaliste de beauté. Le bliss total. De mercredi dernier, le sommet du glauque dans un bouge de zone industrielle à la recherche d’un sandwich moisi dans une station à essence balayée par les feuilles mortes et le vent noir de novembre à attendre fébrile les dernières annonces en vue d’hypothétiques examens…. A ce lundi, un hôtel sur la Lagune, au coeur de Venise. A vivre comme un cadeau ce moment magique et totalement privilégié. Comment la vie s’y prend-elle pour nous faire passer du désespoir le plus complet au bonheur le plus parfait ? Et comment fait cette ville pour nous mettre dans un tel état de félicité ? Elle enveloppe de brume-embrume vos soucis, le monde sous covid, et vous offre une parenthèse enchantée.

Patrimoine Mondial de l’Immunité

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Venise, 2 novembre 2020. 22 cas pour 100 000 habitants. Venise Patrimoine mondial protégé. Venise, refuge anti-covid. Venise épargnée par la pandémie, où mille précautions sont appliquées. Prise de température à l’entrée de chaque hôtel, chaque musée, chaque boutique, chaque église. Venise où le Carnaval se célèbre désormais toute l’année. Visages dissimulés H24, on ne quitte le masque que pour le coucher. Mains ensanglantés à force d’être « gelées ». Le prix à payer pour découvrir la Belle dans des conditions privilégiées. On me répète à l’envie que cette expérience de Venise-là est unique. Je veux bien l’entendre. Je n’ai cependant pas moyen de le vérifier, n’ayant jamais foulé sa lagune assaillie par des centaines de milliers de passants. C’était le monde d’avant. Celui des manifs anti-touristes. Celui de la grande évasion. Celui qui a transformé cette cité en parc d’attractions. Un parc d’attractions désormais vidé de ses visiteurs. Y reste les figurants. Quelques dizaines de milliers d’habitants qui vivent du monde, des revenus du parc et qui pour la majorité ont baissé le rideau. Pour un temps, l’espèrent-ils. Le temps de penser au tourisme d’après. Plus respectueux, plus raisonnable. En attendant ils oscillent entre crainte et résignation. Désoeuvrés, ils échangent volontiers. Gèrent l’incertitude bravement. Vous sont reconnaissants d’avoir résister à la peur. Aux frontières fermées. Aux injonctions d’assignation. Venise, l’an dernier 27 millions de visiteurs, cette année… 10 ! lol.

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Venise Patrimoine mondial de l’Humanité. Ville consacrée musée donc, pièce de théâtre figée, destin tout tracé de ces lieux estampillés par une faîtière qui a par ailleurs récemment menacé la Sérénissime de lui retirer son titre. La raison ? Elle aurait perdu de son authenticité…. Nan sans blague ? Étonnant… Effet pervers et classique du Label UNESCO…. Venise dont le destin a totalement basculé avec la pandémie. Car Venise appartient au Monde. Un monde confiné. Ses véritables habitants donc, qui se contentent d’un permis de résidence low cost car ils passent en moyenne 8 heures sur place, ont déserté. Venise, parc d’attractions sans visiteurs. L’occasion d’un retour de ses habitants exilés sur la terre ferme ? D’une re-territorialisation par les locaux ? La pandémie aurait au moins eu ça de bon…

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Venise, de la Ville globale à la vie locale

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Une cité rendue à ses habitants… ou à personne…

Les indécents bateaux de croisière, ceux-là même contre lesquels on manifestait l’an dernier, je n’en croiserai aucun. Sur le Pont du Rialto pris d’assaut, point de touristes, mais une manifestation anti-mesures-anti-covid 100% vénitienne. Libertad ! A peine une dizaine d’invités triés sur le volet pour assister au concert désormais « privé » du mythique Café Florian. Des Campos rendus aux pigeons. Le Palazo Ducale réquisitionné pour Tom Cruise et l’imposante logistique de Mission Impossible 7ème du nom. Distraction bienvenue le soir tombé. Au bord du Canal, des gondoliers désespérés. Sur les terrasses, des étudiants qui dégustent un dernier Spritz avant un au revoir à durée indéterminée en vue d’un imminent reconfinement. Des familles masquées qui échangent joyeusement à la sortie des écoles. Venise a des allures de parc d’attractions désaffecté réinvesti par tous ses fantômes. De l’espace pour y croiser au fond de ses ruelles tantôt Goethe, Goldoni Marco Polo ou Casanova. Youpi 🙂

De la beauté pour l’immunité

Non, d’indécents bateaux de croisière, je n’en croiserai aucun. Le terminal est désert. Quant à moi, après l’intense expérience de mon accostage vénitien, je vais passer cinq jours à me perdre dans ses ruelles. A prier dans toutes les églises de la cité pour la non-réélection de Mr T. A pénétrer aussi dans ses églises d’art contemporain tout en fantasmant sur ses biennales. A découvrir ses ghettos. A déguster spritz, proseco, belini, cappucino, dolce, gelato, frito misto, canolo… A chercher le musée d’histoire de la ville que forcément je ne trouverai jamais étant donné que la ville elle-même est un livre d’Histoire à ciel ouvert. Chacun de ses palais, chacun de ses musées, chacune de ses ruelles. Cinq jours insuffisants pour s’immerger dans son mode de vie, pour savoir par exemple qu’on prend son petit déjeuner, caffè-cornetto, debout au comptoir, que le cappucino s’apprécie uniquement en matinée, le maccetino lui volant la vedette l’après-midi, qu’on boit son spritz avec des ciccio, équivalent du tapas espagnol… Un rituel qu’on aura guère l’occasion de goûter lorsque le couvre-feu de la consommation sonne à 18 heures, l’heure de rejoindre ses compagnons de route littéraires avec qui prolonger l’expérience en soirée…

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A Venise surtout, j’ai dégusté la beauté, la beauté partout. Qui vous aveugle, qui vous émeut, qui vous ravit et je revis. Qui éloigne le temps d’un instant le chagrin du monde sous covid, de cette période « particulière » (j’en peux plus de cette formule), du monde qui s’éloigne, se referme, qui chaque jour se rétrécit. Voir Venise et… survivre… La poésie de la beauté comme meilleur boosteur d’immunité. En période de pandémie, VeniceLand redevient Venise. La cité se ré-enveloppe de son voile de mystère. Venise soeur de mystères d’Istanbul, aux airs bizantins. Venise qui lorgne vers l’Est. Venise fille de tous les empires. Venise imprégnée de tous les courants. Venise qui pour survivre a surfé sur toutes les marées. Venise cité pragmatique, donc accueillante…Venise une rêverie un fantasme un mythe. Venise sa lagune, sa brume, sa lumière d’automne hypnotisante. Aura. Couleurs. Dédales. Ruelles. Se perdre. Ne faire que ça. Se retrouver. Retrouver son deuxième moi. Je m’étais manquée. 

Raz-de-marée

A l’image de Venise, en pleine deuxième vague, j’ai esquivé de tout mon saoul le raz-de-marée. Je deviens une véritable experte au jeu du Lock me if you can. C’est notre nouvelle réalité. C’est comme cette immense vague dans un film catastrophe qui menace de nous rattraper, et on court on court on court de toutes ses forces pour juste à temps lui échapper. C’est comme ça. Ainsi j’ai quitté Genève à 7h39 au matin du reconfinement, je quitte Venise à quelques heures d’un durcissement des mesures, après avoir suivi avec anxiété le suspense quotidien de leur annonce imminente. Comme un raz-de-marée. L’étau se resserre, on est faits comme des rats. Plus guère d’échappatoire, juste le temps d’une respiration. Année d’examens. Année confinée, forcément. Après 15 mois sans avion et quasiment sans déplacement mon bilan carbone est excellent. Pis je prends toutes les précautions. Par civisme, par terreur que la vie ne s’arrête trop longtemps. Je n’affiche pas mon intention. Je tais mon départ. Autour de moi, seuls quelques proches sont au courant. C’est de la science-fiction. Anyway, je ne suis pas peu fière d’avoir déniché et atteint le seul lieu envisageable et qui de surcroît makes so much sense pour ce projet. Venise, Ville-Monde confluence de la Méditerranée, aux carrefours des anciennes et des Nouvelles Routes de la Soie, micro République aux nombreuses similitudes avec ma cité, érigée en VeniceLand par labels et tourisme mondialisés. En passe une nouvelle fois de se réinventer. 

Venise, une histoire de Ville-Monde tournée vers l'Ailleurs qui appartient au Monde

Hauts les coeurs

Cette pandémie aura eu ça de bon qu’après avoir appris à gérer l’incertitude, à gagner en résilience on gagne en reconnaissance aussi. Moi je n’ai qu’un mot à dire pour exprimer la joie immense d’avoir eu droit à cette respiration inespérée : MERCI. Merci à ces cités-monde que j’aime tant et dont j’ignore totalement la destinée post-mondialisation, post-pandémie, post-dramas, post-global change. Est-ce qu’on doit laisser mourir Venise ou Beyrouth ? Doit-on abandonner ces lieux de la grande rencontre mondiale, ces lieux de vitalité ? Pour ma part j’ai décidé de résister aller voir si la rencontre est toujours possible si le mouvement n’est pas totalement entravé. Se porter volontaire pour que puissent rester à l’abri ceux qui ont peur. Par empathie évidemment 😉 Pour la sociologie forcément. Maintenir le lien, soutenir le Glocal, c’est résister. Au final personne ne me demandera mon attestation. Je déguste je savoure je revis d’être sortie. Avec une immunité reboostée et un risque amoindri d’engorger les hôpitaux. Et promis, maintenant je rentre me confiner bien sagement.

Compagnons de Vaporetto

  • Trois Saisons à Venise, Matthias Zschokke, 2014, Zoe
  • Le Routard Venise, Murano, Burano et Torcello, 2020
  • Venise Ville Monde, France Culture, Laure Adler

Ici Genève, 2020. POST TENEBRAS LUX !

2020 promettait d’être un grand cru pour Genève. Ma Cité s’apprêtait à célébrer sa mobilité, ses échappées, son humanité. Centenaire du multilatéralisme, Centenaire de l’aéroport, inauguration de sa Nouvelle Comédie… Oui mais voilà qu’un certain C s’improvisa unique hôte des festivités… Et à peine deux mois après avoir célébré le passage de son train transfrontalier, ma cité monde ne pouvait plus s’échapper. Avions cloués au sol, blocs de béton qui nous empêchent de communier. Des deux côtés de la frontière, une sidération partagée.

Actes manqués

Event no 1, les 100 ans de la Société des Nations

Centenary programme and COVID-19

Due to the measures related to COVID-19, some Centenary activities will be adapted to the changing circumstances. All updates will be posted on this website and through social media using the hashtag #Multilateralism100. https://multilateralisme100.onug.ch/

… Ok ok alors on se rabattra sur l’ouvrage dédié…

https://multilateralisme100.onug.ch/

Event no 2 – Les 100 ans de Genève Aéroport

« 2020 devait être une année particulièrement festive dédiée au centenaire de Genève Aéroport. Malheureusement, l’épidémie de la Covid-19 a joué les troubles fêtes et de nombreux événements ont dû être annulés. Pour autant, l’aéroport parvient à maintenir plusieurs manifestations phares d’ici la fin de l’année! Cette dernière ligne droite a démarré le 14 septembre avec la mise en place de drapeaux aux couleurs du centenaire. Ils flotteront durant toute la semaine sur le pont du Mont-Blanc. » Site

… Ok ok alors on se contentera du livre et du documentaire dédiés

Une Cité-Monde assignée

Plus de touristes, plus de visiteurs, plus de passagers… Nos activités de Greeters arrêtées…

« In accordance with the statement of the CoViD-19 pandemic and the recommendation of the World Health Organization, (…) Worldwide we strongly recommend to temporarily suspend Greets and to avoid calls encouraging people to leave their homes and going out. » International Greeters Association, 18 mars 2020.

…. Ok ok alors on se consolera en enrichissant sa culture urbaine pour encore mieux régaler nos futur-es visiteurs-ses…

Parades d’inventivité…

Genève version 2020 a su un peu se réinventer et sauver quelques événements où nous nous sommes précipités entre deux lock-downs. Nous avons notamment pu goûter à…

  • Des Festivals qui se réinventent en ligne : GIFF, FILMAR, les Créatives, etc.
  • Un Escape Game pour célébrer notre chère Escalade
  • Devenez acteurs de votre territoire ! L’événement EXPLORE, qui s’est digitalisé « pour questionner la ville, réfléchir ensemble et expérimenter autour des enjeux urbains. » Lien
  • Le Salon du Livre en ville, qui privé de la grand messe sous halle, a investi des lieux culturels disséminés dans toute la cité, pour plus d’intimité, pour plus de poésie… On s’en réjouit.
  • Une infiltration virtuelle dans la Nouvelle Comédie, en attendant une inauguration sans cesse repoussée…
  • Le SAMADHI PROJECT qui nous a proposé de profiter de ce temps suspendu pour réfléchir à des pistes pour faire de Genève une capitale mondiale pour la paix 🙂

Allons-y ! Faisons ensemble que cela advienne ! Que Genève rayonne comme un phare, par nos flammes conjuguées, nous, artistes, femmes et hommes, citoyen·ne·s de tous âges. Que notre ville soit un exemple en matière de réflexion, d’inventivité et de coopération pour faire du monde un lieu où il fait bon vivre. Au cœur du Samadhi Project, la pièce de théâtre L’invisible Chemin, jouée du mercredi au dimanche pendant un mois, aborde avec jubilation les différentes thématiques en lien avec la paix, développées lors des quatre week-ends de conférences et ateliers. Par le théâtre et par la connaissance, pour ouvrir les cœurs et les esprits, posons un nouveau regard sur le monde. Libre, bienveillant, créatif. Lien vers le projet

  • Le projet VOUS ÊTES ICI qui a tenté de se frayer un passage à travers la ville…

Dans cette série près de chez vous, avec des acteureuses en chair et en os, nous expérimentons une situation unique : déployer un récit sur toutes les scènes de Genève, le temps d’une saison, pour inventer des situations, des métaphores, des poétiques qui multiplient les points de vue, non seulement humains mais aussi non-humains, pour nous aider toutes à habiter demain. On y découvre l’histoire d’une poignée d’habitantes d’un immeuble qui s’effondre parce que la planète commence littéralement à craquer. En neuf épisodes et une intégrale, mois après mois, ce feuilleton cherche à construire un monde renouvelé : si possible durable, féministe, équitable, pluriel. Lien projet

  • Sinon on est restés figés devant les clichés d’Hervé Stalder qui a capté Geneva au temps du corona. On s’est aussi remémoré l’effroi, alors que le joli mois de mai s’était détendu, devant le documentaire Carouge au temps du corona, sur le silence pandémique carougeois.
Hervé Stalder nous « emmène en voyage au gré des rues désertes d’une ville assoupie » Lien Staprod

On est surtout restés beaucoup confinés dans notre bulle d’extra-territorialité carougeoise, où les nouveaux commerces de bouche 100% Terroir d’ici et d’ailleurs ont proliféré pour répondre à la gourmandise d’une cité enfermée… On s’est rassemblés sur ses places pour oublier que de l’autre côté du pont la crise est déjà bien entamée… Vitrines baissées à durée indéterminée, fermeture de fleurons hôteliers, réorganisation prématurée (?) de multinationales trop « Agile », désoeuvrement des départements RH consacrés aux expatriés, licenciements dans les secteurs vivant du mouvement… Simple parenthèse ou mue entamée pour ma cité ?

  • Sinon, dès qu’une permission se profilait, on tentait des échappées : tours de Léman Express, Croisière sur le Rhône, escales aux bords de nos eaux…

… & Réseau de résistance

Enfin, on a milité pour offrir une échelle de gouvernance glocale aux Villes-Monde qui en ces temps d’État d’urgence sanitaire ont perdu leur droit de Cité…

« Geneva Cities Hub (GCH), une association de droit suisse qui vise à jouer un rôle de facilitateur entre les villes du monde entier, les réseaux de villes et les entités de la gouvernance mondiale présentes à Genève. L’objectif est de renforcer – au sein de la Genève internationale – la place des villes qui ont un rôle essentiel à jouer dans la gestion des défis globaux. » Lien Genève Internationale

Un droit de cité déjà bien entamé par un contexte idéologique de démondialisation, de montée des nationalismes et du protectionnisme, d’apologie du localisme, de crise du multilatéralisme, de révolte des périphéries, d’une transition écologique à inventer. Dans ce contexte, quel avenir pour les Villes-Monde ? Un Futur Archipel de cités déconnectées des contextes nationaux ou une reprise en main par des « États d’urgence » ? Quoi qu’il en sera, les villes doivent résister, se réinventer, s’organiser en réseau, relever ensemble les défis communs.

Lien vers Geneva Cities Hub

ALLEZ, RENDEZ-VOUS EN 2021 ET N’OUBLIEZ PAS : POST TENEBRAS LUX !!!!

« Aussi miniature soit-elle, Genève est un hub international » (11) Préface, par Malika Gouzer et Laurent Keller

« Genève internationale aux silhouettes de Paix. De la place pour chacun, pour toi, pour moi » (28) Genève, par Carmen Campo Real

« Des migrations déterminantes. Un dernier élément va contribuer à lui donner une aura internationale : les vagues successives de réfugiés. » (33) Un sucre ou pas du tout ? Par Isabelle Graesselé

« Avec la tendance de repli sur soi de certains grands États, le rôle diplomatique de la Genève internationale sera par conséquent, à l’avenir, plus important que jamais. » (42) Post Tenebras Lux, par Dominique Louis

« Belle jeunesse, tes origines si diverses sont précisément le ferment même de la richesse de notre Ville qui permet à plus de 48,7% d’étrangers de partager leur quotidien avec nous dans le respect et la tolérance réciproque : c’est bien cela l’Esprit de Genève« . (42) Post Tenebras Lux, par Dominique Louis

« Genève pourrait parfaitement être définie comme une ville mobile et immobile. Mobile par son flux de voitures, de pendulaires, d’expatriés et de touristes. Et immobile : elle semble figée dans son architecture, tant par la faute des « Genevois » qui se plaignent des changements (c’était mieux avant) (…) » (71) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« Le « Genevois » ne peut pas être défini au singulier, il doit être mis au pluriel. (…) Quant aux « Genevois » qui résident hors de la ville, ils se répartissent entre des communes en périphérie dans lesquelles sont représentées toutes les communautés du monde. (…) A ces « Genevois » s’ajoute le Genevois, à savoir la région française frontalière dans laquelle résident les « vrais » Genevois, ceux qui votent contre les étrangers en tous genres, et les expatriés effrayés par le coût de la vie en Suisse. Oui, on l’oublie trop souvent, Genève est en Suisse ». (72) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« Genève est une ville de passages, les cours d’eau et les véhicules la traversent et seule la durée de résidence semble définir et distinguer les « Genevois » : les vieilles familles et les bourgeois, les secundos (de deuxième génération), les expatriés, les migrants, les touristes, les colporteurs de valises à billets, par le passé les ouvriers « saisonniers » et à l’époque, un certain Jean Calvin. » (74) (Im)Mobilité, par Marcel Mühlestein

« En bonne Genevoise, la tension essentielle au coeur du rapport à ma ville c’est la possibilité de m’en éloigner. Partir de Genève pour qu’elle me manque, mieux y revenir pour m’en lasser, comparer le reste du monde à celle-ci, toujours à son honneur, et pourtant, fébrilement, trouver tous les prétextes possibles pour être toujours en vadrouille. C’est d’après moi une ville qui se dessine le mieux en négatif. Par ses immigrés d’une part, qui font la majorité de sa démographie. Ils la voient tantôt en refuge après avoir vécu ailleurs la précarité, la guerre ou les terreurs d’une fiscalité confiscatoire, tantôt en parenthèse tiède qu’ils doivent endurer pour des raisons professionnelles, mais qui ne saurait soutenir la comparaison devant la chaleur de leur terre natale. Par ses natifs d’autre part qui, malgré le fait d’y être nés et d’y avoir vécu toute leur vie, revendiquent bruyamment « des origines ». A l’inverse de la longeole ou des cardons, beaucoup prennent plaisir à ne pas se réclamer 100% du coin. Comme si vivre ici avec un reste d’ailleurs en soi faisait par définition de nous des gens terriblement intéressants. En réalité, ça fait surtout de nous des Genevois assez typiques. » (160) Cornavin, par Marina Rollman

Extraits de Uncommon Geneva, 2019

Rentrée littéraire 2020

Si les oeuvres de cette rentrée 2020 n’ont pas encore intégré ce monde suspendu qui nous est tombé dessus, ils nous racontent peut-être déjà le terreau sur lequel les décisions confinées ont pu germer. Et des pistes pour les empêcher de s’ancrer… Liberté, nous ne cesserons jamais de te traquer… Vitalité on luttera pour te libérer… Mobilité on entretient avec toi une relation mouvementé, on cultive l’ambiguïté… mais tu nous manques tant. État essentiel empêché. En attendant, bien « résiliée », ma petite sélection de la rentrée… Des villes, des résistants à la « pureté », des voyages intérieurs, des combats « minoritaires » d’actualité,… Avec une appétence marquée pour les voyages littéraires. Rien d’étonnant compte tenu du « contexte sanitaire particulier ». Le contexte idéal pour reprendre la route aux côtés d’un Sylvain Tesson réconcilié avec le mouvement, tandis que Mathias Enard succombe lui à l’air du temps avec un retour au territoire et Jean Rolin se la joue visionnaire avec son voyage de quelques miles autour de la maison…

YOGA. Récit d’Emmanuel Carrère. Éditions P.O.L, 2020, 400 pages

« C’est l’histoire d’un livre sur le yoga et la dépression. La méditation et le terrorisme. L’aspiration à l’unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n’ont pas l’air d’aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble. » Lien P.O.L

CHAVIRER. Roman de Lola Lafon, Actes Sud, 2020, 352 pages

« 1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation. Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent. Revisitant les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs. » Lien Actes Sud

BEYROUTH 2020 – JOURNAL D’UN EFFONDREMENT. Chronique de Charif Majdalani, Actes Sud, 2020, 160 pages

« Au début de l’été 2020, dans un Liban ruiné par la crise économique et l’inflation, dans un Beyrouth épuisé qui se soulève pour une vraie démocratie alors que le monde est pétrifié par le coronavirus, Charif Majdalani entame la rédaction d’un journal. Il entend témoigner de cette période terrible et déroutante, la confronter à son expérience, à ses réflexions et à ses émotions – peut-être aussi espère-t-il la supporter grâce à l’écriture. Cette chronique de l’étouffement et de l’effondrement, non dénuée d’une paradoxale légèreté, se trouve percutée le 4 août par l’explosion dans le port de la ville de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. Devenu témoignage du cataclysme, ce récit très sensible aux détails du quotidien dresse le portrait d’une cité stupéfiée par la violence de sa propre histoire, dont les habitants chancellent puis se redressent, jouets d’un destin aussi hasardeux que cruel. » Lien Actes Sud

PARIS, MILLE VIES. Déambulation de Laurent Gaudé, Actes Sud, 2020, 96 pages

« Un soir de juillet, sur l’esplanade de la gare Montparnasse, le narrateur est apostrophé par un homme agité qui répète plusieurs fois sa question : Qui es-tu, toi ? Guidé par cette ombre errante, il déambule de nuit dans un Paris étrangement vide où les époques se mêlent. Tant de présences l’ont précédé dans cette ville qui l’a vu naître, et ce sont autant de fantômes qu’il faut dire, apaiser, écrire, avant de revenir au grand appétit de la vie. Entre art poétique et récit fantastique, l’auteur célèbre sa ville et se souvient, à la fois sincère et discret, heureux d’être un parmi les hommes et de chanter, le temps d’une nuit, ces mille vies qui nous devancent, nous accompagnent, nous prolongeront. » Lien Actes Sud

UN HIVER A WUHAN. Récit d’Alexandre Labruffe, Gallimard, 2020, 128 pages

«Poussé par un prof de chinois, j’ai tout quitté, du jour au lendemain, pour aller contrôler, fleur au fusil, la qualité des produits français fabriqués en Chine. Être l’œil de l’Occident, son chien de garde, le garant du Made in China : comme un aboutissement prématuré de ma vie.» Ce récit fragmenté concilie un regard documentaire affuté et l’humour désespéré d’un conte voltairien. Alexandre Labruffe y alterne les souvenirs de ses séjours sur place : de 1996, comme contrôleur stagiaire dans des usines locales, à l’automne 2019, en tant qu’attaché culturel à Wuhan. Il recense les micro-apocalypses qui fondent le miracle économique de la République populaire depuis deux décennies et devient le témoin halluciné d’une crise sanitaire révélant sa nature libérale-totalitaire. » Lien Gallimard

CINQ DANS TES YEUX. Roman d’Hadrien Bels, 2020, L’iconoclaste, 256 pages

Marseille, ses vieux quartiers, ses nouveaux bobos. Un premier roman drôle et acide à la langue ultra-contemporaine.

« Son surnom, Stress, c’est Nordine qui le lui a donné. C’était les années 90, dans le quartier du Panier, à Marseille, au-dessus du Vieux-Port. Il y avait aussi Ichem, Kassim, Djamel et Ange. Tous venus d’ailleurs, d’Algérie, des Comores ou du Toulon des voyous. Sur la photo de classe, à l’époque, Stress était facilement repérable, avec sa peau rose. Et sa mère, Fred, issue d’une vieille famille aristocratique, était une figure du quartier. La caution culturelle. Mais aujourd’hui, les pauvres ont été expulsés du Panier, les bobos rénovent les taudis et les touristes adorent arpenter ses rues tortueuses. Ses anciens potes sont devenus chauffeur de bus, agent de sécurité, dealer ou pire. Un peu artiste, un peu loser, Stress rêve, lui, de tourner un film sur son quartier d’enfance, et de leur faire rejouer leurs propres rôles de jeunes paumés, à coups de scènes colorées et d’arrêts sur image. Les descentes à la plage ou dans les boîtes de nuit, les bagarres et les parties de foot. On retrouve dans cette fresque drôle et acide le Marseille d’hier et d’aujourd’hui, ses quartiers, ses communautés. Tout est roman et tout sonne vrai, dans ce livre à l’écriture ultra-contemporaine, mixée d’arabe. » Lien L’Iconoclaste

UNE ROSE SEULE. Roman de Muriel Barbery, Actes Sud, 2020, 158 pages

« Rose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage. Accueillie à Kyoto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère. Mais Kyoto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même. Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au coeur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour. » Lien Actes Sud

LE BANQUET ANNUEL DE LA CONFRÉRIE DES FOSSOYEURS. Roman de Mathias Enard, Actes Sud, 2020, 432 pages

« Pour les besoins d’une thèse consacrée à “la vie à la campagne au XXIe siècle”, l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village des Deux-Sèvres. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité. Mais il ignore quelques fantaisies de ce lieu où la Mort mène la danse. Quand elle saisit quelqu’un, c’est pour aussitôt le précipiter dans la Roue du Temps, le recycler en animal aussi bien qu’en humain, lui octroyer un destin immédiat ou dans une époque antérieure – comme pour mieux ressusciter cette France profonde dont Mathias Enard excelle à labourer le terreau local et régional, à en fouiller les strates historiques, sans jamais perdre de vue le petit cercle de villageois qui entourent l’ethnologue et dessinent (peut-être) l’heureuse néoruralité de nos lendemains. Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité. » Lien Actes Sud

LE PONT DE BEZONS. Déambulation périphérique de Jean Rolin, P.O.L, 2020, 240 pages

« Heureux qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons ». C’est la première phrase de ce roman dont le projet consiste « à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu ». Mais très rapidement ces déambulations prennent des allures de petite odyssée sur les berges du fleuve, au cœur de banlieues bousculées, parcourant des espaces fracassés, des friches et des zones industrielles. Traversée du monde d’à côté, celui que nous ne voyons plus depuis des décennies. De micro évènements prennent une tournure fatale et romanesque, comme la fermeture d’un Mc Donald’s à Bezons ou des parties de pêche organisées par des Rroms. On y croise des réfugiés tibétains sur une péniche à Conflans, un café kurde révolutionnaire à Corbeil, un restaurant brésilien, des mosquées salafistes à Saint-Denis, une base assez confidentielle de la marine nationale. C’est le roman discret d’un monde bouleversant de solitude, d’oublis, de ruines et de décomposition. Au cœur de ce parcours, il y a aussi les retrouvailles avec une vieille cousine et la maison de Carrières- sous-bois qui cache un secret de famille que le narrateur révèle pour la première fois : le fantôme de l’oncle Joseph. Mais le chaos de ce monde périphérique, sous le regard aigu du narrateur, cache lui aussi un mystère : la présence de toute une vie sauvage et animale nichée souvent dans d’improbables lieux. Oiseaux rares, cygnes sauvages, poissons… Avec humour, Jean Rolin traque les détails des existences, des paysages, des lieux, et les traces historiques d’un décor périurbain qui devient sous nos yeux le roman contemporain de notre abandon. Lien P.O.L

LE JEU DES OMBRES. Pièce de Valère Novarina, Éditions P.O.L, 2020, 272 pages

« Le Jeu des ombres est la nouvelle pièce de théâtre de Valère Novarina. Quatre actes pour revisiter le mythe d’Orphée. Avec cette conviction que nous sommes tous des Orphée. Des ombres passent, parlent, reviennent de l’autre espace : l’espace des dessous. Ni feu ni flammes, les enfers sont le lieu des métamorphoses. On y trouve Orphée, Eurydice, Cerbère, Charon, Hécate, Pluton. Ils croisent Sosie, Flipote, les Machines à dire beaucoup, Robert Le Vigan, Michel Baudinat, Gaston Modot, Anne Wiazemski, Louis de Funès, Christine Fersen et Daniel Znyk. Les temps s’entrecroisent jusqu’à la discordanse des temps. Et dans ce grand dépérissement, le berger des langues, le gardien, l’amoureux de la parole, n’est plus Orphée tout seul, mais chacun d’entre nous. Nous sommes tissés de temps, et cependant étrangers à lui. Respirer, être vivant, chercher les ombres pour jouer avec la lumière. Les personnages du Jeu des ombres se retournent, imitent Orphée à l’envers et trouvent leur chemin. Tout Valère Novarina est dans ce drame : l’homme, « animal capable de tout », la rosace des définitions de Dieu, les ritournelles de l’espace et du temps en langue spirale, « l’étrangeté d’être des animaux qui parlent », l’étonnement de parler, la stupeur d’être là. La pièce est créée cet automne au T.N.P de Villeurbanne, par Jean Bellorini. Tournée en 2021 en France (dont Marseille, Paris). » Lien P.O.L

REQUIEM POUR UNE VILLE PERDUE. Requiem d’Asli Erdogan, Actes Sud, 2020, 144 pages

« Ce texte est un requiem à la mémoire d’une solitude, celle de l’auteure au cœur de son pays perdu. De l’enfance, où la figure de la mère revient sans cesse, à la maturité tourmentée par l’engagement politique, esthétique et féministe, Aslı Erdoğan dévoile ici le ressouvenir absolu de son existence tendue depuis toujours vers la nécessité d’écrire. Car, dit-elle, “écrire c’était pour que mes mains puissent toucher l’invisible dans tout ce qui se voit”. Au centre de cet art poétique se dresse, sublime, la ville d’Istanbul, telle une matrice vertigineuse. Et les ruelles de Galata, quartier tant aimé, arpenté, tel un labyrinthe grand ouvert sur le Bosphore. Ce livre est par essence un monde intérieur, qui précède et accompagne jusque dans l’exil l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. » Lien Actes Sud

LA TANNERIE. Roman de Celia Levi, Éditions Tristram, 2020, 376 pages

« Jeanne, ses études terminées, a quitté sa Bretagne natale pour vivre à Paris. Elle a trouvé un emploi temporaire d’« accueillante » à la Tannerie, une nouvelle institution culturelle, installée dans une usine désaffectée de Pantin. D’abord déboussolée par le gigantisme et l’activité trépidante du lieu, timide et ignorante des codes de la jeunesse parisienne, elle prend peu à peu de l’assurance et se lie à quelques-uns de ses collègues, comme la délurée Marianne ou le charismatique Julien, responsable du service accueil. Elle les accompagne dans leurs déambulations nocturnes, participe à des fêtes. Leur groupe se mêle au mouvement Nuit debout. Ils se retrouvent dans des manifestations, parfois violentes – mais sans véritablement s’impliquer, en spectateurs. Bientôt, deux ans ont passé. Dans l’effervescence de la Tannerie, en pleine expansion, chacun tente de se placer pour obtenir enfin un vrai contrat ou décrocher une promotion. Jeanne va devoir saisir sa chance. La Tannerie – tel un microcosme de notre société – forme une monde à part entière, avec ses techniciens, ses employés de bureau, ses artistes. Mais derrière la bienveillance affichée et le progressisme des intentions, la précarité et la violence dominent. Avec ce roman, qui frappe autant par la finesse de ses descriptions que par sa force critique, Celia Levi fait le portrait d’une époque et d’une génération en proie aux ambitions factices et à l’imposture des discours. » Lien Tristram

HÉRITAGE. Roman de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2020, 256 pages

« La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire. Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu. Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité. Miguel Bonnefoy est l’auteur de deux romans très remarqués, Le Voyage d’Octavio (Rivages poche, 2016) et Sucre noir (Rivages poche, 2019). Ils ont tous deux reçu de nombreux prix et été traduits dans plusieurs langues. » Lien éditeur

LA PETITE DERNIERE. Roman de Fatima Daas de l' »Intersectionnalité », Éditions Noir sur Blanc, 2020, 192 pages

Prix Les Inrockuptibles 2020, catégorie Prix du premier roman

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. » Lien Noir sur Blanc

LA DISCRÉTION. Roman de Faïza Guène, Plon, 2020, 256 pages

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi. » Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté. Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ? Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien. » Lien Plon

HISTOIRE DU FILS. Roman de Marie-Hélène Lafon, Éditions Buchet-Chastel, 2020, 176 pages

« Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences. Avec ce nouveau roman, Marie-Hélène Lafon confirme la place si particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage littéraire français. » Lien éditeur

NATURE HUMAINE. Roman de Serge Joncour, Flammarion, 2020, 400 pages

« La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui la faute ? Dans ce grand roman de « la nature humaine », Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. À moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits… » Lien Flammarion

A SUIVRE… Séquence « Loin des Yeux« 

Voyage en confinement – Épisode 1

Un « Monde d’après » trop étroit ? Qu’à cela ne tienne, on va jouer à saute-frontières. En mode transnational-trotter, au gré des opportunités. Unique congé annuel en pleine deuxième vague – entre fermetures des frontières, test PCR, territoires confinés, quarantaine au retour ou à l’aller – l’affaire s’annonce corsée… A l’affut des annonces quotidiennes d’ici et d’ailleurs, la quête de la mobilité devient un job à plein temps !

Lock me if you can !

Options

  • Option number 1 : Mumbai – ultime Ville Monde au programme du PG. Verdict : frontière indienne fermée
  • Option number 2 : Île Maurice – Île de la Réunion. Verdict : quarantaine et test PCR, à oublier
  • Option number 3 : Berlin, Épisode II – portraits de la jeunesse européenne exilée. Verdict : à suivre
  • Option number 4 : Le Grand Genève à bord du Léman Express. Verdict : en suspens

Constat : on est faits comme des rats !

Chronologie

  • 07.10. Direction Venezia youpiii !
  • 09.10. Espoir de voir Venezia douché… quarantaine de retour exigée
  • 10.10. Direction Grand Genève !
  • 29.10. Venezia ce coup-ci on y croit !
  • 30.10 France re-fermée, projet Grand Genève avorté
  • du 20.10 au 01.11. Rumeur d’une Genève encerclée… Projet : maison?
  • du 20.10 au 01.11 Projet cabotage Territoires d’Entre-Lacs frontières
  • 29.10 Projet cabotage à semi-avorté, Suisse inscrite sur liste rouge allemande
  • 02.11 Projet cabotage avorté, Autriche + Allemagne re-confinées
  • 25.10 Se résigner et se rabattre sur des voyages littéraires ?
  • 30.10 Retrait des voyages littéraires compromis. France sous régime d’attestation….
  • 01.11 Last option Venezia + Italia… Italie ok ? Nouvelles restrictions de circulations. Milan, Florence et Naples confinées.
  • 02.11 En route pour Venezia… only 🙂
  • 08.11 Partir vers l’Est helvétique, découvrir son pays à bord de ses trains mythiques
  • 09.11 Adios trains mythiques. Fermés pour cause de pandémie.

Alors ça pourrait ressembler à un gag, mais il n’en est rien. Le constat est amer, but never ever give up comme dirait un bon ami ! Inenvisageable que cette enquête se termine en queue de poisson du lac. Le projet ? Aller à l’Est. Direction Saint-Gall. Restons dans le thème et poursuivons vers l’Orient jusqu’à ce qu’on se cogne sur une frontière. Parce qu’il faut que chaque mobilité ait un sens, inenvisageable d’imaginer un voyage vain un voyage blanc un voyage qui ne m’inspirerait rien. De surcroît en ces temps incertains où bouger relève tout simplement du miracle couplé à un plaisir coupable, où les options de déplacement sont réduites à peau de chagrin. Après 15 mois d’assignation. Bouger coûte que coûte. Bouger à tout prix. Pour la survie psychique. Pour la sociologique aussi. Évidemment. Le témoignage c’est important. Qui s’y collera sinon des êtres comme moi qui ont fait comme unique choix de carrière d’être totalement poreux aux mondes ? Que restera-t-il à ces êtres-là si on les enferme à la maison ?

Cabotage le long des frontières

Escale Nr. 1 : Annemasse – Grand Genève. Retrait de la commande des voyages littéraires. 

« Escale » Nr. 2 Territoires d’entre-Lacs. Des lacs à partager et des frontières fermées… L’Italian shore du Lac Majeur et la French shore du Lac Léman…à travers les vitres d’un train

Escale Nr. 3. Constance, le Lac aux quatre Pays. Whaouu ça sonne trop bien ! Suisse, Allemagne, Autriche, Liechtenstein à portée de voile et totalement… voilés par un brouillard au diapason avec la pandémie.

Depuis Saint-Gall pratiquer le cabotage le long du lac jusqu’à se cogner aux frontières. Bregenz (Autriche) c’est mort. Constance (Allemagne) également.

Qu’à cela ne tienne, je m’y faufile à pied, illégalement. Puis je passe en Autriche pour quelques instants. Close down, aucune possibilité de se soulager. Aller-retour suspicieux. Le garde-frontière a très peu apprécié. L’Est mythique s’arrêtera à Vaduz. C’est déjà ça…

… Après des semaines à dessiner et redessiner les cartes mentales de mon futur terrain de jeu mobile et identitaire autorisé. Au gré des accords, je suis passée d’habitante du Léman à celui du Grand Genève en passant par Helvète jusqu’à m’imaginer citoyenne exclusive de la Cité de Calvin.

Constance – Kreuzlingen et le « Grillage de la honte »

« Après des semaines de séparation, couples et proches transfrontaliers de Kreuzlingen (TG) et de Constance (D) pourront à nouveau se rencontrer. La Suisse et l’Allemagne ont décidé de démonter le «grillage de la honte» installé le long de la frontière, Covid-19 oblige. » Lien

La Gazette du confinement 2020-2021

C’était il y a un an. Quand, par une belle journée de mars, notre monde s’est arrêté…. Un an déjà. L’occasion de faire un bilan elliptique… Qui pourrait se résumer à cette unique constatation. Ce qui nous paraissait surréaliste, encore impensable il y a un an est désormais devenu notre vie.

Nous sommes vendredi 13 mars 2020… Le cours s’arrêtera là, on n’a plus la tête à ça. On se masse devant la conférence de presse du Conseil fédéral. C’est parti. Parti. Partie terminée. Arrêtez de circuler, désormais y’aura plus rien à voir.

Ce soir-là, les gens se pressent dans les cafés, envie furieuse de se retrouver, de comprendre Ensemble, de se rassurer. Mais déjà nous sommes comptés, compté aussi le temps pour profiter d’un ultime instant de liberté. Règne une atmosphère de fin des temps… Sonnés. Notre cerveau n’est pas (encore) fait pour assimiler ce genre d’informations.  Petite soirée « fin du monde » improvisée avant de se séparer pour une durée indéterminée.

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La Saison du Confinement – Du Global au Nano-local

Et le monde s’arrête… Confinement généralisé décrété. Paradoxalement, la solution pour nous protéger de la mort c’est d’arrêter la vie, arrêter nos vies.

La solution ? Arrêter la vie pour nous protéger de la mort. Paradoxal…

Sidération. Sentiment d’irréalité. Grand Genève arrêté, sitôt concrétisé. Frontières fermées. Monde « globalement isolé« . Surréaliste oxymore. Back to the roots. Grand exil à rebours. Vols spéciaux affrétés. Retour à la maison. Retour à la nation. Territoire confiné. Réseau K.O.

Speechless. Quand on a fait de la Mobilité son mantra, du Glocalisme son projet de vie… Fatalement c’est compliqué. Quand on a fait du mouvement des hommes son mantra, il y a de quoi rester figée… Quand il y a une décennie, ce projet est parti de l’hypothèse de la fin annoncée de l’État, il y a de quoi rester coi…

Arrêt sur images de nos vies. Passés du Monde (pour jardin) à la salle de bain (pour chagrin) comme ça, en un claquement de doigt. Back à l’essentiel. Aimer et être aimés. Besoin irrépressible de se rapprocher, se rassurer, se consoler. Paradoxalement jamais eu autant besoin de l’Autre. Jamais été aussi disponibles pour toutes nos familles d’élection isolées.

Partis pour un voyage au long cours d’un tout nouveau genre : gérer l’incertitude, gagner en résilience, se rabattre sur l’espoir. Plus de projets, plus d’avenir, « coincés » dans le présent, suspendus aux annonces de mesures. Obligation de connexion. Plus d’échappatoire géographique ni virtuelle. Devoir d’être « contactés » à tout moment par les autorités, tracés partout, tout le temps. Devoir de rester connectés H24 pour se tenir au courant des nouvelles mesures à respecter sous risque de passer dans l’illégalité. Un cauchemar 2.0, pas tranquillement enfermés, enfermés dans une bulle anxiogène. Plus de droit à la déconnexion. Cauchemar collectif éveillé. Organismes épuisés. Là-haut on a dû décidé qu’il était temps pour le monde de se reposer. De faire un break. Se mettre sur pause. Le temps de se manquer, de recharger les batteries, d’inventer quelque chose de nouveau, de poser les nouvelles bases d’une rencontre qui reste à imaginer.

Les Mots du Confinement

État d’urgence sanitaire – Gestes barrières – Distanciation sociale – Politique de confinement – Isolement – Repli – Quarantaine – Cas contact – Attestation de déplacement – Retour des frontières – Couvre-Feu, etc. Autant de mots que je ne goûte pas. Crises d’angoisse face à la pulsion de vie empêchée. Crises d’angoisse déclenchée par la voix et les mots de Macron aussi. Devant ces médias devenus simples caisses de résonance, boîtes enregistreuses relayant en boucles les mesures des gouvernements. Discours anxiogènes, bulle d’anxiété.

Un Terreau

La Dé-Mobilisation Une lente infusion…. On a globalement eu le sentiment que la mise en suspens de notre mobilité était arrivée brusquement. Il n’en est rien. Arrêter la vie pour nos protéger de la mort seule option vraiment ? Cet arrêt sur images impensable en d’autres temps, s’inscrit dans un contexte, s’épanouit sur un terreau déjà bien fertile. Un terreau décrit dans ces pages depuis déjà une décennie. Un terreau que je continue d’explorer durant mes longues soirées confinées. La réalité, c’est que ce monde mobile-là, plus personne n’en voulait déjà. Il y a avait cette rencontre possible avec l’Autre, rendue impossible à cause des circonstances. Une rencontre biaisée que la série Eden montre très bien. Avec des êtres placés dans des situations les conduisant à de mauvaises actions. Situation fatale et fatalisme des peuples. Regarder des séries télé pour regarder le monde en face. Un monde rendu aux cyniques. Crise économique, prolifération des murs, érection de forteresses, goût pour l’autorité et les réponses simples, élection de dictateurs, sacrifices des libertés consentis au prix de la sécurité, entre-soi, Homme de trop.

La rencontre avait un goût amer et l’exode urbain aussi déjà bien entamé. Un exode illustré par Saint-Pierre-de-Frugie, village de « bobos » en exil découvert lui aussi via voyage télévisé, qui nous conduira plus loin dans un domaine où on rejoue le Moyen-Âge… Appétence pour la violence, les fortifications, le micro-royaume bien délimité. Mes voyages virtuels se poursuivent avec une petite sélection FIFDH confinée (des être broyés, enfermés, noyés et ce malgré des demandes d’asile au plus bas), sélection spéciale « terreau monde d’avant ». Celui d’une mobilité diabolisée. Celles des autres d’abord, puis la nôtre inexorablement.

Globalité conspuée et localisme bienvenu. J’aurais dû sentir le vent tourner pourtant… Durant cette saison automne-hiver à manger exclusivement du green local potiron. A l’occasion de débats animés autour du « bon » localisme. Sinon ça compte le concept épicerie ethnique « fine » qui pullule dans nos global cités ? A priori si elles vendent des produits locaux « de là-bas », c’est ok… Ouf, transnationalisme et localisme peuvent toujours s’associer… Une saison-automne hiver où on pouvait aussi visionner des émissions aux titres tels que « Faut-il interdire le tourisme ? » ou entendre à la radio une jeunesse artistique s’excuser de « bouger » pour honorer leurs tournées… Même le magazine « Rendez-vous en Terres inconnues » re-baptisé désormais « Nos Terres inconnues« , était revenu à la casa, en Bretagne pour être précis. Oui, l’être humain n’était déjà plus à la mode. La mobilité gagnait en vulgarité.  Avec la pandémie, l’être humain est de trop ce coup-ci. On ne veut plus le voir du tout ce coup-là. Il est sommé de disparaître, de se confiner. Car que faire d’autre de cet homme de trop ? Dans les pandémies animales on abat les bêtes lorsque la quarantaine échoue. Du coup… que faire de nous à part nous enfermer ? 

Quant à moi, en visionnant tout ça, je comprends mieux notre passivité face aux mesures imposées. A force d’accepter la violence faite aux autres, on finit par la considérer légitime, intérioriser sa banalisation et accepter avec résignation cette violence quand fatalement elle finit par s’appliquer à soi.

Le prix de l’immobilité

Une seule obsession. Arrêter la rencontre, limiter les interactions. Une Ironie. l’immobilité = in fine perte totale de contrôle. Paradoxalement cette immobilité tant exhortée = des milliards de dettes en lègue à des enfants au profit desquels on prétendait justement défendre la frontière, l’arrêt du mouvement… des autres. Il est désormais global. Arrêt du leur aussi. L’immobilité aura un prix à payer.

Évasions

Hauts les coeurs ! Quelques échappées nous sont heureusement autorisées. Des voyages immobiles, littéraires ou intérieurs. A la radio, on nous donne plein de conseils pour voyager confinés. Pis le nomadisme n’est pas mort, il prend juste des formes déshumanisées… Alors vive le nomade virtuel, le nomade sédentaire… Chères Villes-Monde, vous me manquez tant… Mon voyage à moi se borne à vous convoquer… Je pense à Dubaï où le monde se retrouve piégé ensemble. Je repense à la sociologue Saskia Sassen interrogeant l’avenir des Villes Monde d’après la… mondialisation. Je pense à ma Genève qui vit du et pour le monde. Je repense à mon cadeau japonais, une boîte de masques offerte à une amie journaliste en vue des JO de Tokyo…. Mortes de rire…. Quelques mois plus tard, riant nettement moins et retournant la maison à la recherche desdits masques… Plus de masques et d’ailleurs plus de JO. Je repense à notre arrogance d’alors… Je repense à ma détermination au retour de mon escale chinoise… Brandissant notre exception libertaire européenne avec tant de fierté… Je repense à notre illusion d’alors… Monde globalement liberticide désormais. A quelques exceptions près. Cet été beaucoup ont d’ailleurs songé à demander l’asile politique suédois…

Exode urbain

En tout cas, s’il est un voyage dont les citadins ne se sont pas privés, c’est bien la ruée vers et sur les résidences secondaires. Car le temps du Covid rime avec exode massif des urbains en Régions. La pandémie c’est rien de moins que la Théorie des deux Maisons incarnée ! Et dire que j’ai vendu ma mini maison mobile un certain… 12 mars dernier… Mais moi je tiendrai bon. Cité, lieu des interactions, je ne te laisserai pas tomber. Cité, ma gourmandise pour toi est infinie. La campagne ? mon étape contemplative entre deux cités…

Explosion de vie

Juin 2020. Réouverture des terrasses. Je traverse les places de ma cité. Nous sommes jour de marché. Toutes les terrasses débordent de vie. Je suis émue… Je le serai à chaque fois que j’assisterai à ce genre de scène en live ou à la télévision. Explosion de vie. Explosion de larmes en voyant des images de Grecs se pressant sur les plages de Méditerranée. Explosion de mes émotions confinées. Et conviction que tout va bien se passer. Parce que la Vie gagne toujours à la fin. Premier samedi shiny post « semi-confinement ». Partout explosion de vie. Merci.

Stratégies

Le monde s’est arrêté. Et à ce jour l‘ultime remède trouvé pour nous protéger de la mort a été d’arrêter la vie. Paradoxale stratégie. Après avoir voyagé dans les phases du deuil (sidération, chagrin, incrédulité, angoisse, résignation, résilience, foi…), L’homme de trop lui se montre plein d’ingéniosité et développe au fil des reconfinements ses propres stratégies pour se ré-organiser, se mobiliser, et bientôt … défendre ses droits ? Quant à moi, en un an, j’ai eu la chance de n’avoir assisté à la mort d’aucun des miens. Mais j’ai assisté, sidérée, à la mort de la vie, au silence, partout. Subsiste un espoir, une échappée… car dans « Glocal« , il y a certes un global empêché, mais il y a le local aussi… reste donc la moitié de la carte à jouer… En attendant, à chaque respiration, je me précipite dans mes cafés préférés pour un instant suspendu bienvenu… Et faut pas traîner pour en profiter.. Car les déconfinements, c’est genre 3 petits jours et puis s’en vont…

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La stratégie locale. Dès le 1er novembre, ma cité nous a baignés dans un océan de lumières… L’Avent a de l’avance cette année. Ce qui nous laisse deux petits mois pour préparer l’Après. Et le 31 décembre à minuit va falloir se concentrer très fort, s’unir à distance pour renverser cette malédiction. 

État d’urgence

Malheureusement notre communion de voeux a échoué… Au 1er janvier, rien n’était redevenu comme avant. Alors je me plonge dans le « conte apocalyptique » d’Alexandre Labruffe « Un Hiver à Wuhan« . On est en plein dedans. Ca devient de la science-fiction cette histoire. On vit dans l’Alliance du pire du Territoire et du pire du Réseau.

Jamais dans ses rêves les plus fous le Territoire n’aurait pu imaginer un tel appui… l' »État d’urgence« … Il aurait fallu des décennies aux États pour atteindre le même résultat. Chacun chez soi. Régularisations fiscales et résidentielles massives. Mort de l’économie informelle. Retour des expatriés, départ des impatriés, assignation des apatrides. Frontière superstar. Des citoyens désormais sommés de vivre(?) avec cette dimension que nos dirigeants ont le pouvoir de nous enfermer dans notre salle de bains. Fini de rigoler. Pourtant on n’avait pas l’impression de rigoler tant que ça. Et si le premier confinement nous avait au moins offert le droit de se reposer, ce dernier a vite fait d’être abrogé lui aussi. Désormais il nous reste un seul droit, celui d’aller travailler (et de consommer, un peu, aussi, à intervalles sanitaires réguliers), enfin pour ceux d’entre nous qui ont la chance d’avoir encore un travail. Un tissu économique et social qui se meurt. Plus de culture, de voyages, d’interactions, la pandémie nous a enlevé tout ce qui est essentiel à notre… humanité.

Alors, nos dirigeants manqueraient-ils d’ingéniosité ? Sans doute sommes-nous trop exigeants… 

Eux, simples mortels pris collectivement dans un flux, que dis-je dans un courant dans un torrent dans un tsunami qui s’est nourri de nos peurs et qui a fini par nous/les briser, briser l’homme qui créé l’homme qui croit l’homme qui s’étonne l’homme qui entreprend l’homme qui aime l’homme qui… vit.

Alors face à un tel déferlement, comment croire encore un instant qu’on peut arrêter… le Mouvement ? CQFD.

Souviens-toi mars dernier…

Conformément aux directives du Conseil fédéral suite à la propagation du COVID-19 en Suisse, “nous avons largement consulté, notamment la Direction Générale de la santé du Canton de Genève et le Service de prévention et contrôle des épidémies des HUG, déclare la Directrice du FIFDH Isabelle Gattiker. Vu le caractère international du Festival, la nature des lieux et l’impossibilité d’identifier le public en cas de contamination, nous avons reçu un préavis négatif des autorités cantonales, qui nous a conduit à la regrettable mais inévitable décision d’annuler la 18ème édition du Festival”.

Mars 2021. Il y a un an le FIFDH fut le premier Festival glocal à être annulé dans ma cité. Triste anniversaire. Cette année, malgré leur farouche volonté, l’édition sera entièrement virtuelle. Tout un symbole. Voici mes mots à cette annonce l’an dernier « Toute cette énergie contenue augure pour sûr d’une explosion de solidarité pour l’an prochain. Et de se rappeler que si une épidémie peut arrêter notre mobilité, elle n’aura jamais notre mobilisation. » L’an dernier, j’ai pourtant dû renoncer. Overwhelmed par les contraintes du monde d’avant… Tellement futiles dans ce monde-ci… Cette année jamais résister ne m’a paru autant essentiel. Et à l’issue de la CP, je peux vous dire que le Festival a fait preuve d’une grande inventivité pour proposer une édition virtuelle d’une richesse inouïe, déclinée dans une variété de formats différents. L’activisme civil ne manque décidément pas d’ingéniosité pour se réinventer. FIFDH 2021, c’est parti !

HIGHLIGHTS 2020

Au fil de cette année qui aura vu le monde basculer, butinons (dans) le monde d’avant… Avant qu’il ne se fige, avant que le grand mouvement ne soit entravé. Avant qu’on ne rentre chacun chez Soi, assignés à domicile, enfermés dans nos nano-univers, condamnés à n’être plus que Territoire et privés du Réseau. Plongeons dans les productions de la mobilité, ces exils sans fin, ces quêtes identitaires, hybridités singulières, désirs de retours aux racines, critiques du monde « vivant », odes à la mobilité… Un monde où on se rendait les uns chez les autres, un monde « jazzy » à la recherche de son harmonieuse partition. Alors que se passait-il dans le monde mouvant avant que tout ne s’arrête brutalement ? Quelques propositions d’évasion…

L’EXIL DE LA BEAUTÉ. Essai de Rudy Ricciotti. Editions Textuel, 2019, 96 pages

ExilBeauté

 » Rudy Ricciotti, fidèle à sa réputation de pamphlétaire, livre dans cet entretien une dénonciation de la culture officielle de la beauté. De la célébration de l’art contemporain à l’esthétique de supermarché en passant par le culte obligatoire de la nature, cette doxa est pour Rudy Ricciotti un étouffoir de la pensée critique et un masque pour toutes les beautés singulières qu’il entend défendre. Car Rudy Ricciotti veut croire à la beauté comme une présence capable d’intensifier nos désirs. Devant l’échec du projet d’émancipation de la culture au profit des loisirs et de la consommation, Rudy Ricciotti revendique une beauté « non conforme ».
« Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour de parler de beauté. L’époque est plutôt aux ordres de la terreur et de ses promesses. Ce sont les anathèmes qui tiennent en haleine les affaires du monde et coupent la chique aux débats. Les faits sont là, alimentant quotidiennement nos craintes, nous préparant insidieusement à courber l’échine. La beauté ne s’exile pas volontairement. Son départ est conditionné par une fatigue généralisée des curiosités. Invisible à force d’être ignorée, nos comportements la chassent. Et nous seuls portons la responsabilité de sa disparition.
J’ai pris goût à rechercher avec persévérance la beauté qui émancipe, à prendre le risque de me fourvoyer. C’est une démarche individuelle. Elle récuse la désillusion esthétique totale en cours dans les milieux culturels.
Sans effort, rien ne vient, sinon l’impérialisme obscène de valeurs omniprésentes imposant aux consommateurs de manger des yaourts en regardant le packaging d’une esthétique de pacotille. Se soustraire au matraquage des codes de la consommation réveille en douceur le désir. Mais la quête de la beauté ne délivre pas un certificat d’impunité. Il y a des coups à prendre… » Editeur

REFUGE – DANS L’INTIMITÉ DE L’EXIL. Projet photographique de Bruno Fert. 2019, Autrement

refuge

« Habiter est ce que nous avons tous en commun. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons tous. Les abris temporaires des populations migrantes reflètent leur personnalité, tout comme nos appartements et nos maisons parlent de nous. C’est à partir de ce point commun que je veux amener le public à s’identifier, à se mettre à la place de l’autre en observant son lieu de vie. » Bruno Fert

Depuis 2016, Bruno Fert parcourt les camps de réfugiés de Grèce, d’Italie, de France, pour y photographier l’habitat provisoire – abris de fortune, chambres, appartements – où ceux qui ont fui leur pays recréent une intimité, une attache, une identité. Un travail documentaire exceptionnel, témoignage de ce moment charnière de l’exil, où la reconstruction de soi passe par l’appropriation de son propre intérieur. Lien éditeur

MIROIR DE NOS PEINES. Roman de Pierre Lemaître. Albin Michel, 2020, 544 p. La France sur la route

lemaitre

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.
Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.
Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaitre, prix Goncourt pour Au revoir là-haut, est ici à son sommet. Lien éditeur

PAVILLON SUISSE 17E BIENNALE VENISE 2020. Exploration de la frontière par les architectes et artistes M. Ayoub, V. Lacaille, F. Aragno, P. Szczepski

FRONTIERE

Projet sélectionné par Pro Helvetia pour réaliser le Pavillon suisse de la 17e Biennale internationale de Venise 2020.

Avec son projet, l’équipe romande (Mounir Ayoub et Vanessa Lacaille, du Laboratoire d’architecture de Genève, ainsi que le cinéaste Fabrice Aragno et l’artiste Pierre Szczepski) explore la frontière comme phénomène spatial. L’originalité de sa proposition ? Aller à la rencontre des habitants aux confins des frontières du territoire suisse, pour mieux recueillir et souligner la dimension subjective du concept. Une étude préliminaire avait mis en évidence 29 lieux dont la topographie, l’histoire, la loi ou les infrastructures confèrent à leurs usagers une lecture singulière du territoire. Après avoir sillonné les quatre régions linguistiques de la Suisse, l’équipe du Pavillon suisse a mené des entretiens avec les usagers de ces frontières et les a accompagnés dans l’élaboration d’une maquette mentale de leur représentation du territoire. À partir de ces représentations, l’équipe a fabriqué des croquis 3D à base de mousse polystyrène. Actuellement, elle démarre la seconde phase du projet: des entretiens avec une dizaine d’experts, dont le préposé à la frontière nationale. Lien Espazium

L’équipe gagnante se penche sur la «frontière» en tant que phénomène spatial, un thème des plus présents dans le contexte politique actuel. Elle pose la question de la perception concrète de la frontière suisse par les personnes qui vivent à sa proximité. Quelles sont les dimensions spatiales et physiques d’une frontière? À quel point la percevons-nous de manière différente? Quelle est notre relation avec elle? Afin de trouver des réponses à ces questions, les habitantes et habitants du territoire du côté suisse de la frontière seront associés au projet de manière participative. Sur la base de ces recherches, l’équipe développera une exposition pour le Pavillon suisse à Venise qui racontera des histoires concrètes provenant de la frontière suisse, mais ouvrira également la discussion autour du thème de la «frontière» dans son caractère universel. Lien ProHelvetia

L’ADIEU – THE FAREWELL. Film de Lulu Wang, 2020, 1h40

L'ADIEU

Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère. Lien Allo Ciné

MANIFESTO(NS) ! TROIS FORMES ENGAGÉES. Théâtre de Poche, Genève, 02.2020

manifestons

Texte_Fouza Al-Youssef, Judy Brady, Pauline Boudry, Nicoleta Esinencu, Julie Gilbert, Jean-Luc Lagarce, Bruno Latour, Renate Lorenz, Alexandre Ostrovski, Paul B. Preciado, Marguerite Yourcenar
mise en scène_Sarah Calcine & Joséphine de Weck

L’envie de vivre à tout prix, secouer tout ça, toute cette peur qui craque dans nos gorges, tout ce malaise qui colonise nos poumons, nos histoires d’amour, nos rêves, crier, perdre la voix, occuper des ronds-points, ne rien lâcher et puis aussi s’arrêter pour rassembler nos esprits.

Notre dernière arme : penser. Ensemble.

Sarah Calcine & Joséphine de Weck s’emparent d’une sélection de textes-manifestes, de cris, de réflexions d’auteures mortes et vivantes. Le manifeste devient manifestation, devient réunion, devient rituel. Deux propositions qui se font écho, que l’on pourra parfois entendre le même soir, qui s’emparent de nous et de nos questions.

Les deux metteures en scène proposent chacune leur montage, version (J. de Weck / S. Calcine), portées par les trois comédiennes comme on livre une pensée en mouvement. C’est sur la brèche, doux-amer, et parfois drôle. Lien Théâtre de Poche

IT MUST BE HEAVEN. Film de Elia Suleiman, 2019. 1h42. Mention spéciale du jury Festival Cannes 2019 – Comique de Fuite

heaven

« Elia Suleiman vit à Nazareth, seul dans une grande maison. Son voisin s’occupe avec dévotion de son citronnier. Même s’il le fait sans qu’on le lui ait demandé, et qu’en plus il empoche les citrons. Mais le réalisateur va de toute façon partir à l’étranger pour la promotion de son nouveau projet de film… que nous sommes justement en train de regarder. Il va à Paris et New York, visite ces mégapoles étrangères et observe avec attention ce qui s’y passe. Mais le fait est là: son origine le suit comme une ombre à chaque pas qu’il fait.

Dix ans après son dernier film, le réalisateur palestinien Elia Suleiman a présenté son nouvel opus en compétition du Festival de Cannes où il a reçu une Mention spéciale. Cette fois, il dirige son regard politique par-delà les frontières de son pays d’origine – pour comprendre, comme il le dit dans ses interviews, que le monde est en fait un «microcosme de la Palestine». Partout l’État policier gagne du terrain, partout l’absurde gagne en force. Ainsi, Suleiman se transforme en observateur muet et étonné. La force comique de ce film émane de cette source. Ce n’est pas pour rien que le réalisateur palestinien est souvent comparé à Buster Keaton et Jacques Tati. Une comédie politique sur l’identité, la nationalité et la patrie qui combine divertissement, intelligence et poésie. » Lien

LE PARLEMENT DES ÉCRIVAINES FRANCOPHONES. Écrivaines sans frontières. Pour un « écrire-ensemble » transnationalécrivaines francophones

« Une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire. le Parlement des écrivaines francophones a pour objectif de faire entendre la voix des écrivaines sur le monde. »

Les objectifs qu’il se fixe :

  • rendre distincte la voix des femmes écrivaines
  • affirmer qu’il existe un « écrire-ensemble » capable de renforcer les liens des écrivaines où qu’elles se trouvent
  • travailler à faire reconnaître la place de l’écrivaine dans son pays et réaffirmer son rôle dans le dialogue civilisationnel
  • constituer un trait d’union entre le Nord et le Sud et faire circuler les idées et les auteures
  • s’exprimer sur ce qui porte atteinte à l’intégrité morale ou physique des écrivains contre les menaces
  • défendre la liberté et le droit des hommes et des femmes partout où ils se trouvent attaqués
  • offrir un espace de prise parole destiné à donner le point de vue des femmes sur les débats ou les crises de nos sociétés.

Lien

MERVEILLES A MONTFERMEIL. Film de Jeanne Balibar. 2020. 1h49

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Joëlle et Kamel font tous deux partie de l’équipe municipale de la nouvelle Maire de Montfermeil, Emmanuelle Joly, mais ils sont en instance de divorce. Toute l’équipe travaille à la mise en œuvre d’une nouvelle et très surprenante politique, dont la pierre angulaire est la création de la « Montfermeil Intensive School of Languages ». Tandis que la ville change et prospère, Joëlle et Kamel se chamaillent…. Mais à l’occasion de la Fête de la Brioche, leur amour peut-il renaître ? Lien

TERRA MIGRA. PEF – Marc-Olivier Dupin. Gallimard-Jeunesse, 2020

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« Je suis Terra Migra, mes sourires sont faits de fleurs, de chants d’oiseaux. Mes larmes sont de sel dans des rives lointaines. » Ainsi s’adresse notre planète à deux personnages que le hasard a fait se rencontrer. L’un est fataliste, l’autre ouvert au monde. Ce monde-là est celui des migrants vivants ou en grand danger d’oubli. De quelle Histoire présente ou disparue viennent-ils ? Superbement mis en musique par Marc-Olivier Dupin, le texte et les illustrations de Pef évoquent de manière extrêmement sensible et juste la peur de l’autre, le racisme, les guerres, les migrations, la Terre-Mère. Lien éditeur

LESBOS, LA HONTE DE L’EUROPE. Essai de Jean Ziegler. 2020, Seuil, 144 p

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 » En mission pour l’ONU, Jean Ziegler s’est rendu en mai dernier à Lesbos, cette île grecque qui abrite le plus grand des cinq centres d’accueil de réfugiés en mer Égée. Sous la haute autorité de l’Union européenne, plus de 18 000 personnes y sont entassées dans des conditions inhumaines, en violation des principes les plus élémentaires des droits de l’homme. Le droit d’asile y est nié par l’impossibilité même dans laquelle se trouvent la plupart des réfugiés de déposer leur demande ; le droit à l’alimentation, quand la nourriture distribuée est notoirement avariée ; le droit à la dignité, quand les rats colonisent les montagnes d’immondices qui entourent le camp officiel, quand les poux infestent les containers dans lesquels les familles doivent s’entasser ; les droits de l’enfant, quand la promiscuité livre les plus vulnérables aux violences sexuelles et les prive, bien sûr, de tout accès à l’éducation. La honte de l’Europe.

Pour la plupart, ces réfugiés sont venus d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan, d’Iran. Ils évoquent ici leur long calvaire : la torture, l’extorsion, le pillage, les passeurs infâmes, les naufrages, les familles décimées, les tentatives de refoulement de Frontex et des garde-côtes grecs et turcs. Les responsables du camp disent leur point de vue, les militants des organisations humanitaires expliquent les obstacles qu’il leur faut lever au quotidien pour sauver des vies. Le dossier est accablant. Jean Ziegler s’indigne, alerte et exige.

Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation entre 2000 et 2008, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme jusqu’en 2019, Jean Ziegler est aujourd’hui conseiller du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Il a publié de nombreux essais à succès, traduits en plusieurs langues, et notamment, au Seuil en 2018, Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin). »

Lien éditeur

BERLIN ALEXANDERPLATZ. Film de Burhan Qurbani. 2020, 183′

Berlin_Alexanderplatz

Francis has survived his escape from West Africa. When he wakes up on a beach in the south of Europe, he is determined to live a regular, decent life from now on. But he winds up in present-day Berlin where a stateless person without a work permit is treated just as mercilessly as the labourer Franz Biberkopf in Döblin’s classic novel of German modernism. Francis initially resists an offer to deal drugs in Hasenheide park, but then comes under the influence of Reinhold, his neurotic, sex-addicted pal who takes him in. When Francis meets club owner Eva and, after several dramatic experiences, the escort girl Mieze, he feels he’s found something for the first time, something he’s never known before: a little bit of happiness – which is precisely what Reinhold begrudges him. Like the literary source material, this contemporary version of Berlin Alexanderplatz is also about society and outsiders, desire and travesty. Not unlike Fassbinder’s version, Qurbani’s epic is a gloomy journey through the “dark night of the soul” – not least on account of its authentic, atmospheric images of Francis’ city of exile: Berlin. Lien Berlinale

BAGHDAD IN MY SHADOW. Fiction de Samir, 2019, 105′

bagdad

Un auteur échoué, une femme cachée et un gay travailleur-IT illégale se rencontrent au Café Abu Nawas, un lieu de rencontre populaire pour les Irakiens en exil à Londres. Incité par l’Imam d’une mosquée salafiste, le neveu de l’auteur, un jeune fanatiquement religieux, attaque son oncle et bouleverse la vie de tout le monde. Lien Swiss Films

404. Roman de Sabri Louatah. Flammarion, 2020, 368 pages

404

« »Rentre dans ton pays. Entendre ça alors que ça fait soixante-dix ans qu’on vit en France ! Mon petit Rayanne c’est la quatrième génération, il va falloir combien de générations pour que vous nous foutiez la paix ? Combien ? « , s’emporte un des personnages de mon roman. Avec 404, j’ai voulu regarder la brèche, sans ciller, et raconter cette tragédie française de la partition et de la séparation ethnique à travers le destin d’une poignée de personnages réunis dans une petite commune de l’Allier. Pile au centre de la France et de toutes les tensions qui la traversent… »

Sabri Louatah signe un puissant thriller politique et rural. En explorant ce que l’on décide collectivement de ne pas voir, il raconte un pays qui se creuse dans le pays et ajoute à notre roman national un chapitre plein de bruit et de fureur. Lien éditeur

OSKAR & LILY. Film de Arash T. Riahi. 2020, 1h42,

OSKARLILY

Oskar et Lily, deux enfants tchétchènes sont sur le point d’être expulsés d’Autriche avec leur mère. Suite à une tentative désespérée de leur maman pour les protéger, l’expulsion est suspendue mais Oskar et Lily sont séparés et chacun placés dans une famille d’accueil. L’espoir des enfants de retrouver leur mère se nourrit de leur amour réciproque et met au défi tous les obstacles de la bureaucratie avec passion et poésie... Lien Allo Ciné

LE PAYS DES AUTRES. Roman de Leila Slimani. Gallimard, 2020, 367 p.

slimani

 

L’EXIL VAUT LE VOYAGE. Roman dessiné par Dany Laferrière. Grasset, mars 2020, 408 p.

LAFERRIERE

 » Voici Dany Laferrière dans tous ses exils. Obligé de fuir Haïti à l’âge de 23 ans sous les aboiements d’une meute de chiens, il entame une vie d’exils, de Miami à Paris en passant par le Brésil, sans avoir jamais vraiment quitté Montréal.
Après l’Autoportrait de Paris avec chat, Dany Laferrière approfondit la veine du roman dessiné et écrit à la main. L’Exil vaut le voyage offre un point de vue original sur le sentiment de l’exil : est-ce une expérience aussi terrible qu’on le dit ? En revenant sur ce qu’on croit à tort une fatalité, Dany Laferrière nous dit combien les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l’esprit, nous enrichissent. Quelle occasion de rencontres nouvelles, avec des écrivains, des femmes et des chats ! Le monde regorge de richesses, et ce livre nous les fait découvrir avec charme et humour, mais aussi, parfois, un lyrisme pudique : « Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage ».
Si les exils ont leur part d’arrachement, ils donnent aussi à voir le monde et des mondes. De Jorge Luis Borges à Virginia Woolf, de jazzmen solitaires en cafés bondés, de l’Amérique à l’Europe, voici de fructueux exils, avec, pour compagnons de voyage, de chapitre en chapitre, les grands exilés du monde, Ovide, Mme de Staël, Graham Greene, le grand romancier cubain José Lezama Lima, et bien d’autres. » Lien éditeur

CHINESE DREAM. Web serie d’ARTE en 7 épisodes

CHINESEDREAM

« L’Afrique est en plein « rêve chinois ». Depuis plusieurs années, des entreprises chinoises sont présentes dans pratiquement tous les pays d’Afrique. Aujourd’hui, de nombreux migrants africains tentent leur chance en Chine. Certains quartiers de la ville de Canton sont d’ores et déjà majoritairement habités par des Africains. Quelles sont les conséquences de ce phénomène sur la société chinoise ? Comment les Chinois accueillent-ils ces étrangers à la culture si différente de la leur ? Notre web-série « Chinese Dream » observe le ressenti et les réactions des Chinois face aux immigrants africains. » Lien ARTE

FORTUNA. Fiction de Germinal Roaux. CH/BEL, 2018, 106′

FORTUNA

« Fortuna, jeune Éthiopienne de 14 ans, est accueillie en Suisse avec d’autres réfugiés dans un hospice à plus de 2000 m d’altitude pour passer l’hiver. Une communauté de religieux catholiques les héberge en attendant que leur sort soit régularisé par les institutions. C’est là que Fortuna rencontre Kabir, un jeune Africain, dont elle tombe éperdument amoureuse. Leur relation se construit à l’abri des regards jusqu’au jour où Kabir disparaît. » Lien Swiss Films

 

Grande Librairie autour du nomade J.M.G. LE CLÉZIO. France 5, 11.03.2020

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UTOPIES RÉALISTES. Essai de Rutger Bregman. Seuil, 2017, 256 p
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« Ouvrir grand les frontières, une semaine de travail de quinze heures, le revenu de base universel… Des idées naïves et dépassées ou bien la force de l’utopie renouvelée ? Résolument anti-décliniste, Utopies réalistes tombe à pic et nous explique comment construire un monde idéal aujourd’hui et ne pas désespérer ! D’une ville canadienne qui a totalement éradiqué la pauvreté à l’histoire d’un revenu de base pour des millions d’Américains sous Richard Nixon, Rutger Bregman nous emmène dans un voyage à travers l’histoire et, au-delà des divisions traditionnelles gauche-droite, défend des idées qui s’imposent par la force même de l’exemple et le sérieux de la démarche historique. Tout progrès de la civilisation – des débuts de la démocratie à la fin de l’esclavage – fut d’abord considéré comme un fantasme de doux rêveurs.

À la fois stimulant et passionnant, appuyé sur les travaux d’Esther Duflo, Thomas Piketty, David Graeber, etc., cet essai vif, pédagogique et amusant rouvre plusieurs perspectives : la réduction du temps de travail, le revenu universel, plus largement la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités, la taxation des flux financiers, et enfin l’ouverture des frontières. Alors laissons l’enthousiasme de l’auteur, à contre-courant du pessimisme ambiant, nous convaincre que de nouvelles propositions utopiques peuvent être envisageables à court terme.

Historien, journaliste pour le magazine en ligne De Correspondent, Rutger Bregman a publié quatre livres sur l’histoire, la philosophie et l’économie. Formidable succès aux Pays-Bas, Utopies réalistes est en cours de traduction dans 17 pays et depuis sa sortie au Royaume-Uni est dans la liste des meilleures ventes.

« SI VOUS NE SUPPORTEZ PLUS LES PROPHÈTES DU MALHEUR, VOUS DEVEZ LIRE CE LIVRE ! » Evening Standard » Lien Éditeur

 
 

BREXIT et LA MIGRATION DES MURS. De James Noël. Au Diable Vauvert. 2020

brexit« En pleine actualité de la sortie possible du Royaume-Uni de l’Union européenne, James Noël nous livre une véritable ballade anglaise sur le Brexit. « Le Brexit m’excite c’est incroyable c’est la première fois qu’une nation se jette par la fenêtre en plein orgasme ». Cette chronique puissante du Brexit est suivi de La Migration des murs, un pamphlet poétique et philosophique, texte d’intervention et d’engagement, que James Noël a commencé à rédiger en mémoire des ravages provoqués par le séisme de 2010, est très vite devenu une invitation universelle à faire table rase de tous les murs qui font ruines du monde. » Lien éditeur

CE QUI NOUS LIE. Fiction de Cédric Klapisch, 2017, 1h53
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« Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent. » Lien Allo Ciné
 
ET AU MILIEU COULE LE DOUBS. Documentaire de Claude Schauli. 2013, 87′
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« Ce road movie au fil de l’eau nous emmène à la découverte d’une des plus mystérieuses rivières d’Europe : le Doubs. Tour à tour sauvage, secrète, poétique, elle marque profondément le caractère de ses habitants. Jurassiens, Neuchâtelois ou Français semblent façonnés par «leur rivière» qui les rend tout à la fois rudes, inventifs, imprévisibles et mystiques. Le film va à la rencontre de personnages charismatiques qui se racontent avec pudeur et fierté. Le Doubs les incite à la confidence, parfois même à la confession. » Lien Swiss Films

LES LUMIERES DE TEL AVIV. Roman de Alexandra Schwartzbrod. Rivages Noir. Mars 2020, 300 pages

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« Les ultrareligieux ont pris le pouvoir à Jérusalem pour former le Grand Israël. Les Résistants, composés de laïcs juifs et arabes, se sont regroupés à Tel-Aviv pour vivre selon les préceptes des premiers kibboutzim. Signe de la division, un nouveau mur a fait son apparition, entre Jérusalem et Tel-Aviv cette fois. Un mur surveillé par des robots tueurs fournis par la Russie, le parrain du Grand Israël. Ils sont six à devoir franchir cette frontière au péril de leur vie : Haïm, un ultra-orthodoxe en cavale ; Moussa et Malika, deux jeunes Palestiniens en exil ; Ana, la femme d’un religieux éprise de liberté ; Isaac, un conseiller du Premier ministre en proie au doute ; et Eli Bishara, un ex-commissaire de police à la recherche de son amour perdu. Tous n’y parviendront pas.
Alexandra Schwartzbrod est romancière, essayiste, spécialiste du Moyen Orient et directrice adjointe de la rédaction de Libération. Elle a reçu le Prix SNCF du polar en 2003 pour Balagan et le Grand prix de littérature policière en 2010 pour Adieu Jérusalem, deux romans qui composent, avec Les Lumières de Tel-Aviv, un cycle consacré à Israël. » Lien éditeur

EN TRANSIT. Projet photographique de Lluc Queralt 

 
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L’oeuvre de Lluc Queralt évoque les voyages, la photographie et une manière particulière de voir le monde. A la façon d’un documentaire, il nous dévoile le quotidien à travers des images à la composition classique et avec une grande maîtrise de la lumière et du noir et blanc. Mais on y trouve également une forte composante expressive, avec un langage intimiste et une poésie très particulière. Les images expriment une sérénité et une implication personnelle, une proximité et une grande sensibilité. Dans son travail, ce sont les mêmes thèmes qui reviennent, comme des obsessions : des portraits, des routes et des reflets. L’auteur trouve dans les routes et les reflets le plaisir de regarder d’une autre façon, comme si des réalités parallèles émergeaient de l’eau ou de la noirceur de l’asphalte. Instituto Cervantes

Page de l’artiste

NOMADLAND. Film de Chloé Zhao. Road-trip immersif dans l’Amérique des « Van dwellers ». Lion d’Or Mostra Venise 2020

« Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, Fern décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. De vrais nomades incarnent les camarades et mentors de Fern et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain. » Lien AlloCiné

AUTOBIOGRAPHIE DE L’ÉTRANGER. Roman de Marie-Eve Lacasse, 2020, Flammarion, 192 pages

« Je n’ai jamais compris cette expression de « chez soi », se sentir bien « chez soi ». En France, je suis étrangère ; mais je suis étrangère où que j’aille et je n’ai trouvé, hélas, aucun lieu ni même aucun être auprès desquels je puisse entrevoir une forme de repos. La maison, ce lieu utopique tant espéré, ce sont les livres des autres et peut-être un peu les miens. J’invite le lecteur à entrer dans ce livre comme dans ma maison, car c’est ici que j’habite, dans une langue qui est la mienne. » Depuis son arrivée en France il y a presque vingt ans, Marie-Ève Lacasse s’interroge sur les raisons pour lesquelles elle s’est sentie bien souvent « à côté ». Ces marges, c’est à travers l’écriture qu’elle les investit, en explorant son passé et en étudiant de manière sensible cet universel sentiment d’étrangeté. Vibrant hommage à la littérature, à son pouvoir d’émerveillement et de consolation, Autobiographie de l’étranger sonde nos territoires intérieurs et nos liens aux êtres qui tantôt nous protègent, tantôt nous condamnent ». Lien éditeur

HORS-SOL. Récit-exploration du « sentiment d’appartenance », Isabelle Guisan, 2018, Éditions de la Marquise

Lorsqu’on passe sa vie en mouvement, que signifient les fluctuations de l’identité, pressenties en soi comme chez tant d’autres ? Comment capter ce sentiment insaisissable de ne se sentir appartenir nulle part, que l’on soit migrant ou non ?
La narration erre ici parmi des individus, interroge des cultures, s’attarde là où les règnes humain, végétal et animal se frôlent, se rencontrent, se rejettent, s’apprivoisent ou se croisent.
Fragmenté comme souvent la vie elle-même, le récit est illustré par des phrases relevées sur des flipcharts, ces feuilles de papier où des mots sont notés durant des cours de français. Tout comme ces mots ne sont pas toujours compris par l’élève, tout comme le sens que chacun leur donne diffère souvent sensiblement, ce livre est pour le lecteur l’occasion de sentir quel sens « hors-sol » a pour lui.
Les interrogations restent ouvertes, dans un livre qui est avant tout une ode au questionnement.
Lien auteure

LES FLEURS AMERES. Film de Olivier Meys, 2019, 1h36

« Lina, une jeune femme ambitieuse, laisse son mari et son fils en Chine pour partir à Paris afin de leur assurer un avenir meilleur. Mais une fois en Europe rien ne se passe comme prévu et elle s’enferme dans un monde de mensonges pour ne pas abandonner son rêve. » Lien Urban Distribution

L’IDENTITÉ. Dictionnaire encyclopédique. Ouvrage collectif, sous la direction de Jean Gayon. Éditions Folio Essais. 2020

« À un moment où les revendications identitaires sont légion, il faut revenir en amont d’une tendance qui galvaude un concept philosophique pour le mobiliser sur le seul terrain idéologique et politique.
Qui suis-je ? Aucune discipline scientifique n’oserait à elle seule penser, affronter et circonscrire cette vieille question métaphysique… et enfantine. En mettant en œuvre une interdisciplinarité effective, les auteurs ont pour ambition d’éclairer l’énigme de l’identité personnelle, mais pas seulement. En effet, l’identité est à la fois le caractère de ce qui est même et de ce qui est unique, qu’importe l’objet.
Pensée comme individuelle, elle serait tour à tour personnelle, psychologique, génétique ou narrative ; pensée comme collective, elle serait sociale, ethnique, familiale, genrée, linguistique ou encore nationale. À travers les différents regards exposés ici, le lecteur tracera son propre chemin dans les méandres de cette notion.Le comité scientifique, composé d’Alain Berthoz, Virginie Courtier, Vincent Descombes, Jean Gayon, Béatrice Godart-Wendling, Marc Hersant, Cyril Lemieux, Antonine Nicoglou, Alexandre Peluffo, Gaëlle Pontarotti, Sarah Troubé, François Villa et Jonathan Weitzman, a encadré le travail de 120 contributeurs.
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Lien éditeur

TSCHUSCHISTAN. Projet musical de ESRAP

« Tschuschistan ist überall, wo die Diaspora zu Hause ist

https://www.musicaustria.at/tschuschistan-ist-ueberall-wo-die-diaspora-zu-hause-ist-esrap-im-mica-interview/

Aufgewachsen im alten Wiener Arbeiterbezirk Ottakring haben die Geschwister Esra und Enes Özmen im Hip Hop das perfekte Medium gefunden, um Gehör zu finden und der eigenen Lebenswelt mit all ihren Konflikten Anerkennung zu verschaffen. Gemeinsam bilden die beiden das Duo EsRAP und beschäftigen sich in ihren gemischt deutsch/türkischen Texten mit Fragen der Identität, dem Fremdsein im eigenen Land als Kinder der dritten Generation, die am eigenen Leib erfahrene Notwendigkeit des Aufbegehrens, Rap als Widerstand und auch dem Frausein in der männerdominierten Hip Hop Welt. Im Gegensatz zur üblichen Rollenaufteilung in dieser steuert Esra die harten und schnellen Reime bei, während ihr Bruder Enes mit seiner feinfühligen Stimme die melodischeren Vokalparts übernimmt. Musikalisch finden EsRAP Inspiration im türkisch- orientalischen Genre Arabeske, das sie gerne mit modernen Beats verbinden. Nach mehreren Mixtapes und vielen auf digitalen Kanälen veröffentlichten Tracks erscheint 2019 ihr Debut-Album « Tschuschistan ».

ADN. Film de Maïwenn, France, 2020, 1h31

« Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses… Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN. » Lien Le Pacte

EXILS INTÉRIEURS. Pièce mise en scène par Amos Gitai, 2020

« Conversation imaginaire entre Albert Camus, Rosa Luxembourg et Thomas Mann. Associant extraits musicaux, projection d’images et lecture de textes, Exils intérieurs est un dialogue imaginaire entre Thomas Mann et sa femme Katia, Rosa Luxemburg et Albert Camus au sujet de la position de l’artiste lorsqu’il est confronté à l’oppression. Quand un artiste prend position face à un régime autoritaire, quelles sont les conséquences sur sa vie et sur son œuvre ? En 1936, Thomas Mann vit en Suisse en exil volontaire depuis maintenant trois ans. Mais il n’a absolument rien dit publiquement concernant la politique. Il a même refusé de participer au Congrès des écrivains pour la défense de la culture, bien que son frère Heinrich y ait joué un rôle important. Parce qu’il est sans doute l’écrivain alle¬mand le plus éminent de son époque, il a été soumis à des pressions des deux camps pour prendre position. Les nazis ont insisté pour qu’il rentre en Allemagne et ont laissé entendre que ses idées inconcevables sur la liberté seraient ignorées s’il disait un mot aimable sur le Führer. Les antifascistes l’ont supplié de se joindre à eux. En 1936, il décide de s’exprimer au sujet de l’antisémitisme nazi. Le lendemain, il est déchu de la nationalité allemande et il devient apatride. » Lien Théâtre de La Ville

HUMAN TERRITORIALITY. Projet photographique de Roger Eberhard, publié en 2020, Éidtion Patrick Frey

« Vivant dans un petit pays entouré d’autres États, les frontières font partie de la vie quotidienne de nombreux Suisses et sont devenues un point névralgique lorsqu’elles ont fermé à cause de la pandémie de coronavirus. Le photographe suisse Roger Eberhard a capturé des images des frontières dans le cadre d’un projet qui a duré plus de trois ans, et dont l’aboutissement est un livre qui s’avère aujourd’hui particulièrement pertinent. L’artiste et éditeur zurichois a déclaré qu’il voulait faire un livre sur les frontières pour montrer «un puzzle cartographique tangible et en constante évolution de notre monde». Roger EberhardLien externe considère les frontières des pays comme «fluides» et liées à la politique, illustrant son propos par la fluctuation du nombre de pays dans le monde depuis les années 1960. Les interdictions d’entrée, les murs et la migration de masse sont régulièrement à l’ordre du jour de l’actualité mondiale. Roger Eberhard a voulu que sa photographie renforce «le caractère éphémère de ces marquages créés par l’homme». Pour réunir les images qui composent «Human TerritorialityLien externe», publié en mars 2020, il a voyagé de pays en pays. Son but était de montrer comment les lignes tracées sur les cartes s’effacent, se déplacent ou se superposent parfois à la réalité. Il n’a donc pris en photo que des endroits où les frontières ont changé, disparu ou même où les pays qui se trouvaient de part et d’autre ont cessé d’exister. » Lien article

LA COMMODE AUX TIROIRS DE COULEURS. Roman d’Olivia Ruiz, éditions JC Lattès, 2020, 200 pages

« Un roman d’amour et de femmes, qui entremêle secrets de famille et tourments de l’Histoire pour offrir le portrait de quatre générations de femmes indomptables et un livre bouleversant sur la filiation et le souvenir. À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l’intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d’une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.« 

La commode aux tiroirs de couleurs signe l’entrée en littérature d’Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies  familiales et tourments de l’Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l’exil. Lien éditeur

A (re)découvrir également Volver, comédie musicale, 2016, comédie musicale de Jean-Claude Gallotta et Olivia Ruiz. « Il y sera question, à travers l’histoire d’une jeune fille issue d’une famille d’immigrés, de la richesse d’appartenir à deux cultures, mais aussi de la curiosité parfois douloureuse de se sentir deux fois étrangère. Quand la danse de Jean-Claude Gallotta croise l’univers musical d’Olivia Ruiz, jaillit une danse caracolante et galopante tissant des liens avec les rythmes espiègles et délicieusement entraînants d’une musique malicieuse et fougueuse. Une complicité harmonieuse, un bariolage détonnant, pour neuf danseurs et danseuses, cinq musiciens et une chanteuse. »

TOUT SIMPLEMENT NOIR. Film de Jean-Pascal Zadi et John Wax, 2020, 1h30

« JP (Jean-Pascal Zadi), 38 ans, fait des vidéos humoristiques traitant de l’esclavage sur les réseaux sociaux. Un jour trop noir pour un rôle, l’autre pas assez, peut-être que JP n’a aucun talent, quoi qu’il en soit, l’acteur n’est pas débordé. Alors il lui vient une idée, organiser une grande marche de contestation pour les hommes noirs. Taxé de communautarisme primaire par sa compagne (Caroline Anglade), il active néanmoins son réseau, partant à la rencontre de celles et ceux qui pourraient donner de l’élan à sa démarche. Une équipe de télévision le suit pour les besoins d’un documentaire. Sur son chemin, il rencontre Fary, Claudia Tagbo, JoeyStarr, Ramzy, Fabrice Eboué… Mais très vite la communauté se retourne contre JP. » Lien Cineman

UNE TERRE PROMISE. Récit de Barack Obama, 2020, Fayard, 890 pages, traduit par Pierre Demarty, Charles Recoursé et Nicolas Richard

« Un récit fascinant et profondément intime de l’histoire en marche, par le président qui nous a insufflé la foi dans le pouvoir de la démocratie. Dans le premier volume de ses mémoires présidentiels, Barack Obama raconte l’histoire passionnante de son improbable odyssée, celle d’un jeune homme en quête d’identité devenu dirigeant du monde libre, retraçant de manière personnelle son éducation politique et les moments emblématiques du premier mandat de sa présidence – une période de transformations et de bouleversements profonds.
Barack Obama nous invite à le suivre dans un incroyable voyage, de ses premiers pas sur la scène politique à sa victoire décisive aux primaires de l’Iowa, et jusqu’à la soirée historique du 4 novembre 2008, lorsqu’il fut élu 44e président des États-Unis, devenant ainsi le premier Afro-Américain à accéder à la fonction suprême.
En revenant sur les grandes heures de sa présidence, il nous offre un point de vue unique sur l’exercice du pouvoir présidentiel, ainsi qu’un témoignage singulier sur les ressorts de la politique intérieure et de la diplomatie internationale. Il nous entraîne dans les coulisses de la Maison-Blanche, du Bureau ovale à la salle de crise, et aux quatre coins du monde, de Moscou à Pékin en passant par Le Caire. Il nous confie les réflexions qui l’ont occupé à certains moments cruciaux.
Une terre promise  est aussi un récit introspectif – l’histoire du pari qu’un homme a lancé à l’Histoire, d’un militant associatif dont la foi a été mise à l’épreuve sur la scène internationale. Barack Obama parle sans détour du défi colossal qu’il lui a fallu relever : être le premier candidat afro-américain à la présidence, incarner « l’espoir et le changement » aux yeux de toute une génération galvanisée par la promesse du renouveau, et devoir à chaque instant prendre des décisions d’une gravité exceptionnelle. Il évoque la façon dont sa vie à la Maison-Blanche a pu affecter sa femme et ses filles, et parle sans fard des moments où il s’est retrouvé en proie au doute et à la déception – sans pour autant renoncer à croire qu’en Amérique le progrès est toujours possible.
Ce livre puissant et magnifiquement écrit est l’expression de la conviction profonde de Barack Obama : la démocratie n’est pas un don du ciel, mais un édifice fondé sur l’empathie et la compréhension mutuelle que nous bâtissons ensemble, jour après jour.
 » Lien éditeur

ON EST ENSEMBLE. Documentaire de Stéphane de Freitas, Netflix, 2020, 1h26

« Des militants du monde entier luttent contre l’injustice et agissent pour le changement social dans ce documentaire qui suit leur participation au clip « Solidarité ». Lien plateforme

« C’est un acte de résistance, ce film, estime Stéphane de Freitas. On a tendance à mettre sur le devant de la scène ce qui s’érode, s’effondre, ce qui fait peur, et c’est normal. Nous, on va à contre-courant en mettant sur le devant de la scène ceux qui construisent, réparent. C’est un film qui parle de lien, du rapport aux autres, poursuit-il. Nos vies sont plus que jamais liées les unes aux autres, et il nous incombe d’en prendre conscience et de construire un monde collectif ». Le Parisien

SOLEIL KRÉYOL, album de David Walters, 2020

Un hommage rythmé à ses racines afro – caraibes , ses grands-parents & sa tendre Maman Stella Walters ! Lien artiste

ZOOM sur : Le Biorégionalisme

« Imaginons un monde structuré par la diversité écologique et culturelle, plutôt que par des paramètres économiques et nationaux. Le biorégionalisme est un mode d’organisation alternatif de la société, à des échelles de territoires écologiquement salubres (celles des bassins-versants), avec des communautés attentives aux modes d’habitat et des systèmes économiques renouvelables. Cet ouvrage invite au développement réaliste de ces communautés biorégionales et des lieux où elles sont établies, afin de mettre en place une société qui cesse de détruire la vie. Publié en 1985, L’Art d’habiter la terre est unanimement considéré comme l’ouvrage de référence du mouvement biorégionaliste – dont d’autres figures sont Peter Berg et Gary Snyder. Le contexte de cette traduction française tardive est celui d’un regain d’intérêt actuel de nombreux chercheurs pour le mouvement biorégionaliste. Un texte abordable, destiné au grand public« . Lien Éditions Wildproject

LES TERRITOIRES DU VIVANT. Manifeste biorégionaliste de Mathias Rollet, Éditions Françoise Bourin, 2018, 256 pages

« Comment continuer d’habiter ce monde étrange, accéléré, qui préfère le jetable au durable, le virtuel au réel, la nouveauté à la pérennité ? L’architecture peut-elle encore faire sens, à l’heure où se multiplient les villes aseptisées, et où nous vivons toujours plus déconnectés des milieux qui nous accueillent ? Dans ce contexte, envisager une « réhabitation biorégionale » de la Terre se veut un geste critique et salvateur à la fois. Il y a urgence à penser une architecture et des sociétés capables de travailler avec les spécificités des environnements qui sont les leurs : en suivant par exemple la chaleur où elle se trouve et en utilisant les pièces différemment selon la saison, en envisageant une place particulière pour la technologie et les écrans afin de garder des espaces ouverts sur le milieu ambiant, en trouvant des alliances nouvelles entre végétal, ensoleillement et ventilation, en ouvrant la possibilité de partager certains lieux avec des insectes, dans le cadre de composts ou potagers domestiques… L’éthique biorégionaliste développée dans ce manifeste engagé déplace nos manières de voir le monde et ouvre des pistes radicales, pour remettre l’architecture au service du vivant et de ses territoires, et d’une société plus juste et équitable. » Lien éditrice

A écouter sur France Inter « Le biorégionalisme ou repenser les territoires avec Mathias Rollot« , 7 juillet 2020, Élodie Font

LES ROMS – UNE NATION EN DEVENIR ? Essai de Morgane Garo, Éditions Syllepse, 2008

« Minorité transnationale dispersée sur le territoire de plusieurs États européens, les Rroms font régulièrement la une de l’actualité en raison de la stigmatisation dont ils sont victimes. Cependant, au-delà de l’apport culturel tsigane (musique ou films), ils sont mal connus. Cet ouvrage permet de découvrir l’histoire de ce peuple sans Etat qui revendique une existence et des droits. Après avoir abordé la situation et l’histoire de cette communauté en Roumanie, République tchèque et France, l’auteur décrit la viede cette communauté à travers ses associations et mouvementsqui se sont structurés à l’échelle européenne. Si l’histoire de la nation rrom n’a pas été à ce jour écrite, cet ouvrage est un des premiers à synthétiser le parcours ce peupleparti d’Inde au 11e siècle, qui a tout d’abord connu l’esclavage, puis au 20e siècle une tentative d’extermination par les nazis (Samudaripen, la Shoah rrom). Enfin, l’ouvrage interroge, à l’heure du danger d’ethnicisation des sociétés européennes, une autre conception du vivre-ensemble des peuples qui ne soit pas fondée sur les liens du sang mais sur des communautés de destin, respectueuses de ses minorités. » Lien éditeur

HISTOIRES DE FRONTIERES. Série produite par la RTS en cinq épisodes, 2020

« Un refuge disputé entre la Suisse et l’Italie. Un sous-marin intercepté près de Lugano avec du salami de contrebande à bord. Des familles suisses accusées de collaboration par la Résistance française. Renaud Malik vous emmène aux confins de la Suisse pour raconter 5 histoires liées à la frontière. Une série à découvrir dans « Forum », réalisée en collaboration avec Julie Kummer, Hervé Mermillod et Yannis Bordas. » Lien RTS

NÉCRO. Disparition d’un poète de l’ouverture, le musicien IDIR

« Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, né en 1949 à Aït Lahcène, à 35 km de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie, rend hommage à son enfance. Avec le temps vient ce moment important où l’on sent confusément qu’il faut faire le chemin à l’envers pour se sentir totalement rassemblé, unifié, pacifié. Les chansons populaires sont ainsi toutes les routes qui le ramènent à son berceau de paix et d’identité. Grâce à ce disque, Idir opère donc un pèlerinage musical, il nous donne une leçon et un bel exemple de ce que peut être l’ouverture dans un monde où tout semble être déterminé par le désir du repli. Deux mots qui ne vont pas bien ensemble…. » Lien site officiel

L’ÉNERGIE VAGABONDE. Concentré des récits de Sylvain Tessont, 2020, Robert Laffont, 1472 pages

Après les Chemins noirs, Sylvain Tesson a retrouvé l’énergie vagabonde et son pendant psychiatrique : la dromomanie. On s’en réjouit !

« En voyage, je vis, je respire, je cherche l’aventure. Je rencontre des êtres qui savent tenir une conversation, je croise quelques ennuis, je cueille une vision, je pousse une porte, je me sors d’un pas désagréable. Je traverse une forêt, je parle à un homme que je ne connais pas et lui confie davantage de choses que s’il était mon frère, parce que je suis sûr de ne pas le revoir.
L’énergie vagabonde, c’est la traversée de l’éphémère, perpétuellement renouvelé. L’énergie vagabonde consiste à faire moisson d’idées dans les collines inspirées. Un jour, les notes deviennent un livre. Aujourd’hui, ces livres sont rassemblés dans ce recueil.
Il contient les récits de mes voyages à pied, à cheval, à bicyclette, dans les piémonts du Caucase, les steppes de l’Asie centrale, les taïgas de Sibérie, les plaines de Mongolie et de Russie, et sur le plateau du Tibet. Cette géographie a aimanté mon corps. Là-bas, les ciels aspirent le regard, les horizons reculent : on n’a pas de scrupules à tirer des bords en pareils parages ! Je joins à ces textes le souvenir de mes virées à moto sur les routes du Nouveau et de l’Ancien Monde, de mes bivouacs et de mes ascensions. À ces récits de promenades plus ou moins contrôlées, j’ai ajouté des reportages en des contrées lointaines où les hommes vivent des existences plus dangereuses que la mienne ainsi que certaines pages de mes journaux, tenus dans l’espoir de donner un ordre à ces agitations. Je crois aux vertus de la tangente et de l’échappée. Puisse l’énergie vagabonde ne jamais se tarir !« 
Lien éditeur

LA FABRIQUE DES SUISSES. Série documentaire, RTS, 2020

Un seul passeport. 2000 façons de l’obtenir. Bienvenue dans la Fabrique des Suisses ! Lien RTS

DES ÉTRANGERS A NOS PORTES – POUVOIR ET EXPLOITATION DE LA PANIQUE MORALE. Essai de Zygmunt Bauman, Éditions Premier Parallèle, 2020

« Depuis toujours, des hommes et des femmes toquent à la porte de mieux lotis qu’eux. Depuis toujours, ils sont d’abord perçus comme des étrangers, porteurs de peur et d’angoisse. Nous sommes, depuis 2015, confrontés à une forme extrême de ce motif historique. Alors que la sphère publique est saturée de références à une crise migratoire qui menacerait notre mode de vie, on voit naître une véritable panique morale. C’est cette panique que dissèque ici Zygmunt Bauman. Si elle se montre aussi tenace, affirme-t-il, c’est que ces migrants nous rappellent notre propre précarité, d’autant plus humiliante qu’elle va à l’encontre de notre impératif de performance. À l’heure du déréglement climatique, nul doute que les migrations de masse se poursuivront et qu’aucun mur ne les arrêtera, nous alerte Bauman, qui en appelle dans ce texte puissant, le dernier publié de son vivant, à un sursaut moral : contre tous les appels à plus de sécurité, il nous faut prendre acte de notre destin commun. » Lien éditeur

LES PARIS DU GLOBE-COOKER. Émission de Fred Chesneau, Canal +, 2020

« Après le succès de la première saison, Fred Chesneau replonge dans un Paris multiculturel et insolite à travers les traditions culinaires de douze communautés étrangères installées dans la capitale. Encore une fois, il démontre à quel point la gastronomie est un formidable moyen de connexion, de transmission de coutumes mais aussi d’intégration sociale. » Lien Canal

Carte postale du Monde d’avant… Babel Live

2018. Dubaï – Carrefour d’un Monde en Mouvement…

2021. Dubaï – nouvel eldorado pour nombre d’Européens confinés sur le Vieux Continent. Entre bouffée d’air et exil à durée indéterminée…

Dubaï : l’incroyable vie des Français au pays de la démesure, Zone Interdite, M6, 2021

Exil au soleil. Ces Français qui vivent à Dubaï. Sept à huit, TF1, 14.02.2021

« Dubaï se veut être un îlot de tolérance dans un Moyen-Orient à l’Islam strict. C’est aussi l’un des seuls endroits touristiques où il n’y a ni couvre-feu ni confinement. Une destination où se retrouvent touristes, travailleurs nomades et nouveaux expatriés. Attirés par son climat, ses avantages fiscaux et son style de vie bling-bling. Pour continuer de rester ouvert au monde, Dubaï a lancé une campagne de vaccination massive. D’ici la mi-mars, cinq millions de personnes, la moitié des habitants des Émirats arabes unis, devraient être vaccinées. Bâti en plein désert en une cinquantaine d’années à peine, Dubaï est devenu une mégalopole aux iles artificielles, aux buildings extravagants et hôtels hors norme où vivent et travaillent trois millions d’habitants. L’Émirat compte 90% d’étrangers sur son sol, dont 25 000 Français.« 

Pensée vagabonde. Alliance à l’ordre du jour ?

La guerre, l’enfer, c’est lorsque Réseau(-économique globalisé) et Territoire(-étatique affirmé) font alliance pour le pire. Alors, est-ce à une nouvelle alliance de ce type qu’on est actuellement en train d’assister ? Sinon comment expliquer l’insolente santé des marchés à l’heure de l’avènement des Trump, Bolsonaro et autres apôtres du Gang du Territoire protégé… ? L’économie globalisée ne devrait-elle pas constituer le premier rempart contre la fermeture ? A priori pas tout le temps…

« L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet. Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » Lien Actes Sud

En 2017, Eric Vuillard s’est vu couronné par le Prix Goncourt pour L’Ordre du jour, éclairant récit des coulisses de l’avènement de Mr H… Un livre choc qui fait écho avec le documentaire de Markus Vetter Au coeur du Forum de Davos, éclairant récit des coulisses… de l’avènement de Mr T ? Autres coulisses. Autre temps. Parallèle pour le moins troublant.

« Pour la première fois depuis la création du WEF, le Forum économique mondial, il y a 50 ans, une équipe indépendante a pu filmer derrière les portes closes de Davos. Quand le fondateur Klaus Schwab a écrit à l’activiste du climat Greta Thunberg après son intervention au WEF 2019, un dialogue a débuté entre les générations. Le WEF peut-il contribuer à résoudre les problèmes globaux ? Ou fait-il lui-même partie du problème et ne sert-il qu’à défendre les intérêts de l’élite globalisée ?«  Lien

Alors qu’est-ce qui se joue ici à Davos ? Village mondial des VIP, ces Very Inconscients Puissants. Le Forum de Davos ou l’histoire d’un drôle de rêveur s’auto-proclamant militant pour un monde meilleur, tout en offrant le terreau de LA rencontre qui fera basculer ce dernier dans l’enfermement. Davos et sa mentalité de bunker. Davos Village mondial de dirigeants qui tissent là protégés des regards des alliances avec d’opportunistes puissants.

« Si vous étiez curé, et si vous aviez une église, vous préféreriez que les pêcheurs viennent à la messe le dimanche. Vous ne voudriez tout de même pas les exclure de votre église. Au contraire, vous vous diriez, je préfère les voir eux, plutôt que ceux que je vois tous les dimanches.«  (Klaus Schwab, dans Au Coeur du Forum de Davos, 2020)

Mr T en galante compagnie… Pdg’s de Bayer, HSBC, Novartis, ABB, Anheuser-Busch, SAP, etc.

Le documentaire montre une scène chaleureusement glaçante. Ou comment l’apôtre du Territoire Trump a été légitimé par le Réseau économique mondial. On y voit Mr T faire affaires avec les plus grandes sociétés mondiales… Ils étaient vingt-quatre puissants autour de Mr H. Combien étaient-ils autour de Mr. T ?

Klaus Schwab voulait créer un monde meilleur… Deux ans plus tard, Mr T reviendra en star à Davos… une star  semblant voler vers une inéluctable (?) réélection grâce à son bilan économique global…

The revolution comes to Davos ? Hé bien on est ravis de l’apprendre…

Épilogue. Merciiiii le Covid ;-?

Novembre 2020. Escale à Davos. Retour sur les lieux du crime. Pour fêter la sortie de Mr T. Pour résister à l’arrêt sur images global aussi. Une pandémie globale qui signe la fin des lieux-monde éphémères comme Davos ?

… Si ça peut nous éviter quelques Global Dramas, pourquoi pas…

2019. Berlin. Épisode I. Just « Chill »

Berlin, incontournable Ville-Monde. Histoires de guerres, Histoire de Mur, Histoire d’Europe, Histoire de Refuges. Capitale de la jeunesse européenne. Capitale de la gentrification. Qui célébrera dans quelques semaine le 30ème anniversaire de sa réunification. En attendant, écoutons ce que nous susurre cette vieille dame revenue de tout en perpétuelle mutation.

Que nous murmure cette Cité-Monde qui est revenue des fausses promesses et des vrais drames ? Revenue de l’élimination de l’Autre, de la sienne, revenue des Murs et des séparations. Écoutons ce que son plan a à nous raconter. Berlin, mélange des architectures, des époques et des idéologies. Berlin l’inventive. Novatrice nostalgique qui assume sa schizophrénie. Où cohabitent toutes les Histoires, tous les Mondes, toutes les voi(es)x. Symbole d’Europe déchirée, symbole d’Europe unie. Hier ville symbole d’un monde divisé par le totalitarisme et les idéologies. Aujourd’hui ville-refuge mondial de ceux qui les fuient.

Pour cette troisième visite de la cité, je concentre mes escales sur Berlin Est. Une Berlin-Est si gentrifiée qu’elle serait le nouvel Ouest, le nouvel Est version 21ème étant devenu Berlin-Ouest… Mon sens de l’orientation défaillant en perd son Nord 🙂 Bref, Berlin-Est c’est surtout LA capitale de l’auberge, souvent premier point de chute de la jeunesse européenne fraîchement débarquée. Mais à noter que l’Est étant le nouvel Ouest, j’ai vite renoncé à ces inabordables hostels berlinois qui rivalisent de branchitude et d’originalité pour m’ancrer en terrain neutre, au carrefour stratégique d’Alexander Platz, d’où je vais randonner.

CARTE D’IDENTITÉ

LES MOTS DE BERLIN / BERLIN WORDS

HISTOIRES. Les guerres elle a connu, les zones occupées elle a connu, les murs elle a connu. Revenue de tout ça, l’excite pas plus que ça. Berlin c’est la ville mature, la ville à qui on ne la raconte pas. La ville post « tout ça ». Capitale fantôme, capitale réunifiée. Errer dans Berlin c’est se replonger dans la sombre xénophobie, la Deuxième Guerre mondiale, la Guerre Froide et… une certaine Fin de l’Histoire post-1989…

MÉMOIRE. Berlin la branchée n’en oublie pas pour autant de commémorer. Ici on vit au Futur, au Présent ET au Passé. D’où l’importance accordée aux lieux de commémoration. D’où le projet d’un futur Musée de l’Exil qui viendra renforcer en trois sites Berlin comme lieu de culture du souvenir. Comme lieu de lutte contre toute forme d’expulsion. Commémorer ET inventer. To never forget et avancer. Pour regarder vers le passé ET l’avenir.

PALIMPSESTE SCHIZOPHRÉNIE. Berlin l’hybride contentera aussi bien les architecture « eager » de l’empire allemand que de l’empire soviétique. Berlin, pour classique eagers ou avant-gardiste eagers. Il y a 1000 façons d’aimer cette cité qui plaît aussi bien au vieil oncle réac’ nostalgique (de la « grande culture ») qu’au vieil oncle réac’ ostalgique. Berlin, cité de strates et de couches, incontournable pour qui se passionne pour les mutations urbaines. Pis à Berlin ça foisonne de Biergarten et y’a même le lac aussi. Appel irrésistible en plein été pour l’aficionada de la ptite rousse et des ptites bleues que je suis… 

ESPACE. Une Histoire chargée qui paradoxalement a laissé de l’espace pour inventer de nouveaux modes de vie. Berlin offre l’espace to be as you are. Succession de destructions et de reconstructions + déclin démographique national =  espace géographique, espace social « disposé ». Brèches, aérations, respirations. Sa tolérance et son ouverture d’esprit en font un pôle d’attraction guère concurrencé nowadays. Come as you are in Berlin, avec ta différence, repeindre les Murs, proposer ton monde, recréer des mondes, réinventer Le Monde…

cof

REFUGE. Réfugiés économiques, nomades digitaux, réfugiés politiques turcs, chinois, biélorusses, israéliens ou activistes globaux, artistes, anonymes ou grands noms. Refuge humanitaire pour un million de Syriens, refuge économique des Millenials européens, refuge artistique, alternatif, social, sociétal pour son « chill » ou son congé parental…

cof
Berlin…Pleaaaaase !… WOULD YOU BE MY HOME ?

GORKI THEATER. La Cité, terre de Refuges, compte même son Théâtre des exilés...  « Contemporary plays, new interpretations of classical pieces and an interdisciplinary approach define the programme of the Gorki. The theatre is opening itself up to the city: with a young ensemble, with the Exile Ensemble, with Studio Я who stages experimental productions and artist from all over the world and the theatre coaches of Gorki X, who all invite you to get involved. The Gorki is for the whole city, and that includes everyone who has arrived in the city in the last few decades, whether in search of asylum, whether in exile, whether they be immigrants or simply people who grew up in Berlin. We invite you all to a public space in which today’s human condition and our conflict of identity will be reflected through the art of making theatre and watching theatre, in order to contribute to a thorough and patient debate about living together in today’s diverse world. How have we become what we are? And who do we want to be in the future? In short: who is « we » ? » Lien

MULTIKULTI. Entre curry wurst, kebab, ou gargantuesque offre gastronomique vietnamienne, Berlin offre une infinie variété de cultures et de cuisines du monde entier. Reflet des exils successifs qui ont façonné la cité. D’un Multikulti revendiqué ou combattu par certains… Des Huguenots français aux Damaciens, Berlin aura vu au gré des empires, guerres et réunification s’installer et se succéder Polonais, Russes, Gastarbeiters sud-européens, Turcs, Européens de l’Est, Juifs d’ex-URSS… Depuis la crise des années 2010, l’Allemagne est devenue la première destination migratoire européenne, et Berlin sa capitale incontestée.

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Déguster un curry wurst au Festival Afrika… What else !

ALTERNATIVE BRANCHITUDE. Avant de se précipiter en train avec armes digitales et bagages pour un sésame de réfugié économique européen, cette même jeunesse s’y est ruée avec Easy Jet durant deux décennies pour sa contre-culture, ses clubs, son mode de vie, son côté alterno devenu désormais juste un peu trop branché pour les jeuns’ locaux du gosier desquels on peut entendre à la volée « Bloody tourists they’re running all the city« .

VEGAAAAAAAAN BERLIN. And… Last but NOT least ! »YES VE GAN« …. A Berlin le burger est vegan, la gauffre belge est vegan, le couscous est vegan, le kneipe historique est vegan, même le…boucher est vegan 😉 quant aux autres, ils ne manquent pas d’afficher leur vegan friendliness !

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CHILL. LE Mot pour résumer cette escale estivale. Il se passe un truc étrange en moi dans cette ville. C’est fluide, mon pouls ralentit, la tension diminue… Une sensation assez difficile à définir. Je me sens juste « bien ».

Les Voix de Berlin / Berlin Voices

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Quelques voix chinées dans ses murs. Lisez-les, dégustez-les, méditez-les

 

CHILLANCES

  • HYBRIDITÉ de MITTE.Qui accueille notamment : la monumentale Under den Linden (ou les « Champs Élysées » de Berlin-Est), Friedrichstrasse, Alexanderplatz, Museuminsel (l’‘île aux musées), Scheunenviertel, Hackescher Markt,  Nikolaiviertel (charmant micro carré vitrine touristique reconstitué pseudo-typique) et quelques autres épices. Mitte, c’est la Voie du Milieu, un excellent compromis pour démarrer. Mitte c’est le grand hybride. Le centre qui ne veut fâcher personne. 

On chill dans Mitte pour célébrer le métissage des histoires, des architectures et… l’art du compromis

Dans Mitte, on chill au Mémorial du Mur pour oublier qu’ailleurs ils poussent comme des champignons

AUTHENTICITÉ d’ALEXANDERPLATZ. Brute, vraie, authentique. « C’est ici sur Alexanderplatz que le 4 novembre 1989, 1 million de manifestants se sont massés, 5 jours avant… la chute du Mur. Coeur de la ville socialiste à l’esthétique stalinienne, départ de la non moins stalinienne Karl-Marx-Allee, entourée de centres commerciaux et surplombée par l’emblématique Fersehturm. » (Guide du Routard, 131-132)

On chill sur Alexanderplatz en songeant que finalement la laideur monumentale préserve une certaine authenticité…

DÉSOLATION. On chill dans SCHEUNENVIERTEL, ancien quartier juif, en regrettant que si hier l’appartenance cultuelle fut motif d’élimination, désormais la religion est trop souvent synonyme de récupération, la foi otage politique en voie de nationalisations.

Enfin, dans MITTE, on chill ses soirées dans les restos ethniques ou au Festival Afrika pour célébrer le Happy Multikulti

MUTATION de FRIEDRICHSHAIN. Incontournable pour saisir ce que mutation urbaine signifie, et en live sivouplé. Friedrichshain « Vieux quartier populaire de Berlin-Est, réinvesti plus tardivement que Prenzlauer Berg par la marginalité berlinoise. On y trouve encore des friches et des espaces vides qui se comblent avec l’avancée d’un mégaprojet immobilier autour du complexe Mercedes-Benz Arena. Ballet de grues, on se presse surtout ici pour admirer la East Side Gallery, fresque street art de 3 kilomètres liftée en 2009 par des artistes du monde entier pour commémorer la chute du mur. » (Guide du Routard, 163)

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A Friedrichschain, on chill le long de l’East Side Gallery en rêvant que ces messages de paix fassent des petits….

GENTRIFICATION de KREUZBERG. Quartier cosmopolite situé au centre de Berlin. Avec une partie ouest plutôt chic et une partie Est et Sud-est (notamment Neukölln) très populaires et d’une grande mixité, avec une prédominance de la population d’origine turque. 

On chill dans Kreuzberg en se rappelant qu’il n’y pas si longtemps ici le café kostete moins d’1 Euro

On chill sur les terrasses ensoleillées de la Bergmanstrasse pour oublier l’actualité

COHABITATION à NEUKÖLN, « où les loyers accessibles ont attiré toute la contre-culture. Mais Berlin bouge très vite et les quartiers alternatifs historiques se sont embourgeoisés, incitant les bohèmes à chercher un nouvel eldorado à Neuköln, en plein bouleversement, qu’on hésite plus à comparer à Brooklyn ! Subsiste une sorte de Belleville turque autour de Kottbusser Tor.« (Guide du Routard, 147-148)

On chill dans le quartier turc pour oublier Erdogan et consort, et on y prie très fort pour que les dictateurs n’aient plus le pouvoir de trans-nationaliser la traque de leurs opposants….

Mixité des populations. Neuköln, 1 Spree, 1 espace, 2 territorialités & une Cohabitation.

On chill entre « Lattes-poussettes » fraîchement débarqués et population turque installée, là où niqab et mini-shorts se croisent sur le pavé

On chill dans le haut du quartier en s’étonnant que le kebab-végé n’ait pas encore été inventé…

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Hybridité & Cohabitation kebab-végé, pour combien de temps ? Entre Belleville ou Brooklyn, Neuköln est-il obligé de choisir ???

Cohabitation & distanciation. Autres parcs, autres supermarchés…. La Global-City, succession d’invasions-successions. Successions des modes de vies, des territorialités, et d’anciens territoires bientôt déjà remplacés…?

RÉHABILITATION de TEMPLEHOF, ancien aéroport réhabilité en parc. Dans la Global City, laboratoire permanent d’innovation, Rien ne se perd, Rien ne se créé, …

On chill à Templehof, aéroport désaffecté, ébahis par tant d’inventivité. 

ÉVASION à PRENZLAUERBERG, EldoraBulle bobo à l’architecture colorée avec la totale panoplie : restos vegan-ethnos, terrasses, pavés, terrasses pavées, lieux nostalgo-branchés… « C’est le quartier le plus en vue de l’ancien Berlin-Est. Longtemps repaire de punks, de babas, d’artistes marginaux, c’est désormais le fief des Wessis de la classe moyenne devenus de jeunes parents soucieux de bien-être et adeptes d’une consommation responsable. » (Guide du Routard, 139)

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On chill dans Prenzlauerberg… Entre un cours de yoga, un Latte, deux pas de vintage swing dans une usine réaffectée… pour oublier tout simplement

Le dimanche, on chill au marché de Mauer Park pour oublier les crises de souverainisme qui tiennent ailleurs le haut du pavé

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Au Mauer Park, on chill TOUS ENSEMBLE pour un sunny & NOT bloody Sunday

RECUEILLEMENT. On chill au JÜDISCHES MUSEUM pour ne jamais oublier le passé, évidemment….

TERRITORIALI(SME ?)TÉ… Pour questionner le présent de l’autre côté de la Méditerranée aussi….

INTÉGRATION. Pour questionner son-ses identité(s)…

CÉLÉBRATION. Enfin pour célébrer la Global City, forcément….

Retrouvailles

On a tous dans notre entourage quelqu’un ou quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a « bougé à Berlin ». Ainsi de mon amie d’enfance Corinne, alias Vie nomade, artiste et nomade digitale, qui me conte son expérience berlinoise lors d’une de ces délicieuses soirées d’été qu’on étire en terrasses. Après plus d’une décennie de nomadisme, c’est ici que Corinne a finalement décidé de « se poser ». Notamment pour son coût de la vie imbattable qui permet à cet eldorado d’artistes qui multiplient les projets créatifs « gratis », de vivre avec moins de 1000 Euros par mois. Pour sa liberté aussi. Elle me raconte ses colocations successives dans les différents quartiers de la cité, se lamente sur la nourriture asiatique « tasteless » pour le palais de celle qui a tant voyagé en Asie du Sud-Est, ses clubs ouverts du jeudi au lundi matin, d’où certains sortent un peu… « chargés ». En attendant de revenir faire les portraits de ces exilés berlinois dans l’Épisode II, retrouvez Corinne ici.

NEW BERLIN WAVE, GREEN WAY. Pis évidemment on opte pour un retour en train… Parce qu’en 2019 les sauts de puce Easy Jet sont complètement has been et surtout pas Berlin-green-spirit compatibles…

ÉPILOGUE

En 2019, je me suis fixée comme mission d’aborder la mondialisation par le phénomène de la DGM. Après Tokyo, Berlin, pour me rendre de l’autre côté du miroir. Et toujours plus à l’Est aussi. En parlant d’Est, paraît que Leibzig c’est le nouveau Berlin. Ca tombe bien, paraît que de mes ancêtres seraient passés par là. Ca me donnera l’occasion d’aller voir si j’y suis.

A SUIVRE…

Compagnons de pavé

  • Le RoutardBerlin et ses environs. 2019
  • Dictionnaire des migrations internationales, sous la dir. de Simon Gildas, Armand Colin, 2015
  • Vie Nomade, le Blog Slow Travel, www.vie-nomade.com
  • Berlin, carrefour des cultures, berlincosmopolite.wordpress.com
  • Grecs à Berlin, une immigration de crise, de colère et de rêves, Lepetitjournal.com
  • Berlin, Montréal, quelles sont les villes préférées des jeunes à travers le monde, Vincent Cuzon
  • Wir sind auch Deutschland multi-kulti-in-Berlin
  • Berlin : la gentrification rue après rue, suivez le guide ! ciao-berlin.de
  • Berlin Ouest multiculturel
  • Kreuzberg : Le quartier turc de Berlin
  • Les réfugiés syriens à la conquête des papilles allemandes, Le Temps

Pensée vagabonde. The Road to Néo-Middle-Ages

Ma dernière errance en Villes-Monde m’a laissée avec une espèce d’inquiétude, une espère de terreur, sur le futur de notre dés-humanité. Qu’est-ce qui est en train de se préparer ? J’en suis rentrée en militante du droit à la déconnexion, en militante du droit à la liberté. Le combo Shanghai-Tokyo, une errance qui m’aura inspirer cette petite divagation…

De Game of Thrones aux Furtifs, Welcome in Néo-Middle-Ages ?

Cette divagation, c’est le sentiment d’un Moyen Âge dystopique qui se dessine avec notre consentement. Illustration avec deux oeuvres dans l’air du temps…

Le Terreau

Nr1. Game of Thrones. Caractéristique : Phénomène mondial. Effets secondaires : rompre à l’esthétique moyen-âgeuse, envisager le micro-territoire comme champ d’action de nos batailles et de nos identités, alimenter notre tolérance à la violence. Argument d’une collègue face à ma résistance à rejoindre ce grand mouvement collectif : « Ha oui bien sûr y’a de la torture c’est ultraviolent mais tu t’habitues vite« … Euh comment te dire, non je ne veux Pas m’habituer…

Nr. 2. Les Furtifs. Caractéristique : roman d’anticipation. Injonction : « Fuir-Un-Réseau-Trop-Intrusif« . Les Furtifs c’est la dystopie d’un monde de datas. Du maillage ultra serré d’un réseau hyper contrôlé, hyper-aseptisé. D’un anneau qu’on porte volontairement au doigt. Qui nous trace, nous marque, nous encercle, nous identifie. Avec notre consentement.

« Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le technococon a affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif. » Lien éditeur

Maintenant : associez les deux : Territoire ultra violent + Réseau ultra contrôlé = Prison. Une prison volontaire ou imposée. Et un symbole parfaitement à propos. L’anneau du trône, l’anneau « furtif ». Symboles d’un Anneau qui nous enferme.

Monde d’aujourd’hui ? Goût pour l’autorité. Violence politique décomplexée. Asservissement hébété à la connexion.

Monde de demain ? Conjonction de ces deux enfermements ? Alliance du pire du Territoire et du pire du Réseau ? Alliage du Réseau ultra et du Territoire ultra, de deux figures toujours liées poussées au paroxysme ?

Une autre Voie ? A condition de résister pour doser l’alliage. Pour échapper à l’Anneau. Pour échapper à la dystopie. Pour échapper au cauchemar aseptisé. Pour échapper à la voie autoritariste, à la voie insulariste. A condition de « glocaliser » la néo-mondialisation à notre culture. A condition de ne pas copier-coller la voie de la Chine ou du Japon. Our message must be CLEAR. We, European, will never be controlled like this. CQFD.

A dévorer dans le même ordre d’idée : Brutalisme, essai d’Achille Mbembe, Édition La Découverte, 2020

Toutes les sphères de l’existence sont désormais pénétrées par le capital, et la mise en ordre des sociétés humaines s’effectue dorénavant selon une seule et même directive, celle de la computation numérique. Mais alors que tout pousse vers une unification sans précédent de la planète, le vieux monde des corps et des distances, de la matière et des étendues, des espaces et des frontières, persiste en se métamorphosant. Cette transformation de l’horizon du calcul se conjugue paradoxalement avec un retour spectaculaire de l’animisme, qui s’exprime non sur le modèle du culte des ancêtres, mais du culte de soi et de nos multiples doubles que sont les objets. Avec le devenir-artificiel de l’humanité et son pendant, le devenir-humain des machines, une sorte d’épreuve existentielle est donc engagée. L’être ne s’éprouve plus désormais qu’en tant qu’assemblage indissociablement humain et non humain. La transformation de la force en dernier mot de la vérité de l’être signe l’entrée dans le dernier âge de l’homme, celui de l’être fabricable dans un monde fabriqué. À cet âge, Achille Mbembe donne ici le nom de brutalisme, le grand fardeau de fer de notre époque, le poids des matières brutes. La transformation de l’humanité en matière et énergie est le projet ultime du brutalisme. En détaillant la monumentalité et le gigantisme d’un tel projet, cet essai plaide en faveur d’une refondation de la communauté des humains en solidarité avec l’ensemble du vivant, qui n’adviendra cependant qu’à condition de réparer ce qui a été brisé. Lien éditeur

2019. Shanghai – Tokyo. Histoires de Faces à Faces

Shanghai – Tokyo. Deux escales en mode « faces à faces ». Face à face Pudong – Puxi. Face à face des colonisations. Face à face des mondialisations. Face à face Chine – Japon. Deux géants de la glo(c)balisation, deux façons de la (re)composer. En mode décomplexé ou à pas feutrés. Arrogante vigueur contre arrogante pudeur. Deux manière de cohabiter avec l’ouverture. Entre fermeture historique et ouverture(s) forcée(s), insularité et centralité. Ouverture(s) protégée(s) ? Shanghai – Tokyo, deux Global Metropolis, deux Cosmopolis empêchées ? Deux vitrines… d’homogénéité ? Let’s feel the pavé…

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Escale Nr 1 – Shanghai. Tourner en Rond

Shanghai, ma première rencontre avec la (Ville-Monde) Chine ! Pas Hong Kong l’enfant en exil ou les Chinatowns, morceaux de transnations dispersés mais la « vraie », la vitrine mandarine d’un État centralisateur homogénéisateur mondialisé. Une escale tout en « rondeurs ». Histoire cyclique, pensée taoïste, architecture Feng Shui, gastronomie, bocal connecté, connexion encerclée. Des courbes, des cycles, de la circularité !

En Live de Shanghai (ou presque ;-))

Ptit update en transit à l’aéroport avant de m’envoler pour Tokyo, deuxième étape de ces avant-dernières escales en Villes-Monde. Alors ok on est encore loin de la story Instagram, même si je fais des efforts pour « m’instantanéniser ». En même temps j’ai des circonstances atténuantes, pas d’accès aux moteurs de recherche, pas de courriels, pas de messagerie instantanée, pas de réseaux sociaux. Je viens de passer six jours en mode résidence virtuelle surveillée.

Je suis donc l’heureuse bénéficiaire de l’ouverture du pays qui m’a offert une escale sans visa de 144 heures pour la capitale mondiale du Starbucks, sans la moindre minute de dépassement autorisé. Alors à ce tarif là, y’a fallu faire des choix, comme celui de renoncer à visiter The biggest Starbucks of the World forcément ;-)…

Menu Mandarin

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  • Pas une minute à perdre, je m’envole en Maglevpour rejoindre la cité
  • Je visite la Grande Muraille (verticale) de Chine
  • Je renoue avec ma passion pour les cantines et boulangeries chinoises…
  • … et jmange plein de trucs ronds
  • Je fais du bateau et assiste à un face à face historique
  • Suis en mode déconnexion forcée au pays de la connexion centralisée
  • Je traque les traces de néo-colonisation, celle des malls, MacDos et autres Uniqlo
  • Je poursuis ma traque de la gentrification dans l’ancienne French Concession
  • Je cherche l’harmonie dans l’invasion
  • Je rêve de jardin et de Tai-Chi
  • J’explore Nanjing et Pudong… les Shanghais authentiques d’aujourd’hui
  • Je visite celle d’hier (au musée d’histoire) et de demain (au musée d’urbanisme)
  • Je bénis ce presque paradis pour randonneurs urbains
  • Je cherche le dao et me reconnecte avec mon chi
  • En mouvement parmi la foule je revis

Feel the Map

Shanghai est partagée en deux par la rivière Huangpu. A l’ouest Puxi, rive du Bund, des anciennes concessions et du Vieux Shanghai. A l’Est Pudong, la ville nouvelle, coeur battant de la super puissance capitaliste étatique chinoise. Dans le club des Global Cities, Shanghai s’est révélée un presque paradis pour randonneurs urbains. Centre relativement circonscrit et facilement parcourable à pied. Course quasi pas stoppée par l’invasion autoroutière. Basée stratégiquement à deux pas de Nanjing Road, follow me du Bund à Pudong, de la concession française au Vieux Shanghai, de la Place du Peuple à Xintiandi.

Ouverture forcée – Une Histoire d’invasions

Avant de vous emmener assister au face-à-face entre les deux Histoires, les deux rives, la coloniale skyline du Bund et la post-moderne skyline de Pudong, petit détour par les Shanghai History Museum et Shanghai Urban Exhibition Hall pour comprendre comment cette Histoire a été vécue de ce côté-ci. On connaît déjà la version occidentale, celle de la mythique Shanghai cosmopolite et de la fantasmagorie exotique coloniale… stoppée par une invasion… japonaise.

Et ce n’est certainement pas le fruit du hasard si c’est au milieu de la jungle futuriste de Pudong qu’on raconte l’histoire coloniale de Shanghai la surpuissante Megalopolis. 

« Shanghai was a primitive village 6000 years ago. It is a piece of fertile coastal land where our ancestors were born, toiled and thrived. (…) After the Kangxi period of the Qing Dynasty (1644-1911), the ban of sea trade was gradually broken and Shanghai was developed into a prosperous town known as a « metropolis in southeast » consequently.

After modern times, the forces of foreign powers forced Shanghai to open up to the outside world and its development was marked with the stigma of semi-colony status. Shanghainese endured all the humiliations for the goal of development. With a broad mind as vast sea, they promoted the development of modern industry and commerce. The expansion of urban construction and the introduction of modern civilization made Shanghai leap into the economic, financial and cultural center of modern China and a famous international metropolis.

Pudong – Puxi. Face à face historique

Pudong – Puxi. Deux rives qui se font face

A Shanghai cette Histoire se raconte visuellement surtout. Pour cela, il suffit de prendre la navette qui relie les deux rives du Huangpu. Le Bund côté ouest, Pudong côté est. Deux rives qui se font face. Deux rives qui se défient. Deux rives comme un symbole de deux chapitres de la Mondialisation.

The Vicissitudes of the Bund. (Musée d’urbanisme)

The Bund at the beginning of the 20th Century. « With a half-century of development, the Bund’s former rural nature was completely changed. A group of bank buildings in Western European cast in classical style began to express the Bund’s new personality as a financial street. » (Musée d’histoire)

The Bund in the 1930’s. « In the past 100 years, building upon building representing different architecture styles have been constructed on the Hangpu River’s shore at the Bund, producing a brilliant skyline for Shanghai as an international metropolis.  However, the bronze statues bearing the tinge of colonialism also reflect the history of humiliation suffered by Shanghai in modern times. The buildings at the Bund portray the city’s vicissitudes over 100 years, speaking like a history book written in stones. » (Musée d’Histoire)

 

Deux Rives, Une Histoire. Deux HSBC…

HSBC means… Hong Kong and Shanghai Bank. Tout un symbole pour la Chine. Tout un symbole pour notre Histoire commune aussi. Cette banque symbole de la colonisation globale ou pour le dire autrement de la globalisation anglo-saxonne, de Hong Kong à Dubaï en passant par Kuala Lumpur et Singapour, je l’ai traquée dans toutes les Villes-Monde traversées…et repérée partout.

« At one time Shanghai was the financial center of China and the Far East. In 1865, the Shanghai Branch of the Hong Kong and Shanghai Bank Corporation was established and gradually became Britain’s largest financial institution in the Far East, with international money exchange as its main business. It controlled China’s finance through loans. Its building at the Bund was completed in 1923. » (Texte : musée Histoire Photo : musée urbanisme)

La Grande Muraille de l’ouverture

Avant de retourner au Musée d’urbanisme pour un saut dans le futur cette fois-ci, procédons différemment et faisons-le en live pour commencer.

Pudong – La Grande Muraille verticale de Chine

Du Bund, symbole de l’ancien monde, celui de la puissance occidentale, anglo-saxonne, on traverse le fleuve-temps pour atterrir sur Pudong, symbole du nouveau monde, celui de la superpuissance chinoise. Le Manhattan de Shanghai n’était encore qu’un champ dans les années 1990.

Whouhou is there anybody in these buildings ? Y’a-t-il une vie entre ces buildings ?

Whaou, à côté Dubaï is a bustling city ! A Pudong, on chemine sur des ponts, au-dessus des autoroutes. Entre les tours nobody. Une expérience qui s’étale sur les cinq kilomètres de L’Avenue du Siècle ou Century Avenue, vitrine ostentatoire de la Chine capitaliste du 21ème siècle.

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Quant à moi, je ressens une sorte de fascination angoissée. Littéralement hébétée au pied de ces géantes glacées. Vue de l’autre « côté » ça brille, ça fait rêver. Vue d’en-bas ça fait un peu flipper. Nobody, no signe de vie, no vitalité. Aseptisation.

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La Glocalisation. Une Histoire de Concessions…

Son succès, la Chine le doit peut-être surtout à la façon qu’elle a eu de « glocaliser » l’Histoire. En faire une force. L’intégrer au présent pour retourner le futur. Illustration avec le néo-classico-européen Bund, dont les bâtiments, loin d’avoir été détruits, ont droit la nuit tombée à la même lumière éclatante que leur rivale d’en-face et sont désormais classés en tant que « national historic heritage. » Illustration avec le Starbucks Café, import du grand rival américain, qui a trouvé ici son plus grand terrain de prospérité.  Un état d’esprit que résume très bien la conclusion du Musée d’Histoire. Quel terme pour signifier « glocaliser l’Histoire » ? Le mot Concession(s) semble ici plus approprié que le très en vogue Résilience.

Face-à-face spatial, face-à-face géopolitique. 2019, année prolifique pour la guerre commerciale sino-américaine, relayée aussi de ce côté-ci. L’Histoire tourne en boucle comme les médias en continue, elle ne dit jamais son dernier mot…

« In 1842, foreign powers opened the door to China by force. In 1845, foreign powers set up concessions in Shanghai and gradually pushed Western urban facilities and management model. Hence, concessions became « a state within a state » established by foreign powers in China and Shanghai was on the road to semi-colonization. Shanghai became China’s biggest city of migrants where Shanghainese, people from other parts of China and foreigners lived together. The all –embracing custom and tradition of Chinese and Western, new and old was gradually formed in Shanghai. » (Musée d’Histoire)

A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, Shanghai va être divisée en concessions étrangères et partagée entre vieille ville chinoise, concession internationale (GB/USA/JAP) et concession française. Une histoire racontée aux Musées d’histoire et d’urbanisme.

« Britain was the first to set up its concession in Shanghai in 1845, the United States and France followed suit in Hongkou in 1848 and in the south of Yan’an Road in 1849 respectively, which were extended later. The concessions were recovered after the triumph of the War Resistance Against Japan in 1945. » (Musée d’urbanisme)

Aux Américains et Britanniques le Bund et la puissance financière, aux Français les sulfureuses légendes. Plus ouverte que ses homologues anglo-saxonnes, avant tout pour remplir les caisses, la concession française fut certes le théâtre d’un certain mélange mais surtout le centre de toutes les débauches.

La Glocalisation. Une Histoire de… café(s) mélangé(s)

Shanghai, la ville des Coffee Houses importés est aujourd’hui dans le monde la cité qui compte le plus de  Starbucks Cafés. Encore une colonisation qu’elle a su fondre dans son style de vie et en faire une vitrine de son modernisme. Encore une histoire qu’elle a su s’approprier et retourner. La Shanghai vision, une simple histoire de café…

Son credo ? Mélanger. Melting cultures, melting histories, melting people… Shanghai est une cité d’ouverture, une cité d’immigration. « Paradise of foreign adventurers » hier, refuge des expatriés occidentalisés aujourd’hui.

Bustling scene of old Shanghai, paradise of foreign adventurers. « With the spreading of Western politics, economics, culture and ideology, modern Shanghai became the gateway for the introduction of modern Western culture and education to China. Shanghai’s position as a distribution center of domestic and foreign goods and the increase of residents’ consumption boosted the city’s business and trade rapidly. Consequently, its financial industry was flourishing. In the 1920s and 30s, Shanghai had become the biggest business, financial and cultural center of modern China and an important city in the Far East. Because the architecture and lifestyle in the concessions in Shanghai bore features of some Western countries, Shanghai was widely called « a market with foreign adventurers », which revealed the lopsided prosperity of the city. »

Litterature and arts in modern Shanghai. « In the modern era, Shanghai’s immigrants came from many parts of China. To meet the demand of people from all walks of life, literature, arts and operas all thrived. As a result, Shanghai became a city with the largest concentration of stages for literature and arts in modern China. »

A Glimpse of the Realm of Art. « The merge of Chinese and western cultures promoted commercialization, marketization and popularization of art in modern Shanghai. » (Extraits : Musée d’Histoire)

Concessions d’hier, Gentrification d’aujourd’hui

Quartier pauvre et sulfureux d’hier, l’ancienne French Conssession est aujourd’hui la meilleure candidate à la gentrification : colonisation des promoteurs et des hipsters, arrivée des condos et des complexes de luxe, réhabilitation, patrimonialisation… le quartier réunit tous les ingrédients de la parfaite mutation. Les prix explosent, économie et politique exilent de concert la Shanghai populaire de la Shanghai-Monde. Entre condos chics, chantiers omniprésents et ruelles populaires transformées en marché touristique « pittoresque », le Free Walking Tour de la French Concession prend des allures de tour de la gentrification, de plaidoyer…

Tout le programme du Free Walking Tour ici. 

Highlights of the Tour: Middle Huaihai Road / The Former French Club / Old Stone gate building / Shanghai Culture Square / Zhou Enlai’s Former Residence & Museum / Sinan Mansions / St. Peter’s Church / Former International Courthouse / Tianzifang / Garden Hotel.

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La Shikumen House, symbole de la gentrification

« Shi-ku-men Houses (Stone-framed-door houses) were the most typical architectural style in the downtown. Immigrants from all walks of life filled these homes with folk stories. » (Musée d’histoire)

« Shikumen » House is one a the symbols of Shanghai’s modern civilization. It reminds people of this familiar way of life which is gradually passing away, and the expectation of protecting and inheriting this unique city culture of Shanghai.«  (Musée d’urbanisme)

Concilier mouvement & nostalgie. Futur & passé. Développer et préserver. Un enjeu global(isé) lui aussi. Loin du cliché qui focus sur sa course en avant, la Chine n’est pas épargnée par ce mouvement. Illustration avec Xintiandi, quartier huppé et branché, site de la première réunion du Parti communiste chinois et des Shikumen réhabilitées en Starbucks, boutiques et restos branchés.

« The traditional Shikumen residential architecture records the memory of Shanghai. Integrating the old Chinese architecture with modern western features, « Shanghai Xintiandi » is an area where many old Shikumen architectures can be found. The Shikumen architectures there are restored to their « old » look. The private living space is turned into the public commercial area, the international leisure tourist site, combining food and beverages, commerce, culture and entairtainment. The old Shikumen architecture shows new vitality and Shanghai Xintiandi is now a fashion landmark with historical culture in Shanghai. » (Musée d’urbanisme).

Du Cercle sportif français devenu japonais devenu hôtel devenu Uniqlo, magasin japonais lui aussi, qui a colonisé l’autre côté du jardin… Entre ouverture(s) et fermeture(s), l’Histoire ne s’arrête jamais, les invasions à défaut de n’être plus barbares, sont sans fin. Un cycle sans fin que la French Concession d’aujourd’hui illustre bien.

L’effet papillon

20190505_112518 (2)Et ce qu’illustre de surcroît le quartier c’est notre globale interconnexion. En ce mois de mai l’incendie de Notre Dame à Paris fait les gros titres de l’actualité aux côtés de la guerre commerciale sino-américaine ça va de soi. Voilà qu’à peine meurtrie à Paris, au coeur de l’ancienne French Concession sa célèbre comédie musicale était programmée…

 

Nouvelle(s) colonisation(s)

Une autre portion emblématique de Shanghai illustre parfaitement bien ce cycle d’invasions sans fin. Nanjing Donglu, « China’s no 1 Street ». Du Bund à la place du Peuple, cette artère commerçante et piétonne de 1500 mètres, invasions de malls et de « foreign firms », est le coeur de la vitrine chinoise mondialisée.

« After 1843 when Shanghai became a treaty port, foreign adventurers landed here in increasing numbers. In 1854, there were more than 120 foreign firms in Shanghai. In the late 19th century, a large number of comprehensive and specialized foreign firms controlled a huge amount of Shanghai’s imports and exports. » At the beginning of the 20th Century. « With over 50 years’ development, the commerce along Nanjing Road became quite thriving. » « After 1917, Chinese merchants set up four major department stores in succession, Shanghai Sincere Company, Wing On Company, Sin Sin Company and the Sun Company. Along with numerous specialized shops, Nanjing Road eventuall established itself as the No 1 Shopping street in China. » (Musée d’Histoire)

Ils revieeeeeennnnnent !!! Mais sur Nanjing Road, et c’est sans doute fort de l’état d’esprit décrit plus haut associé à l’esprit du rond, tout le monde s’affaire, (tout) le monde s’en fout. Colonisation de malls et d’enseignes occidentales. Les nouveaux colons se nomment Starbucks et MacDo. Ici on a la mondialisation flamboyante. On a la mondialisation insouciante. De Pudong à Nanjing Road, à Shanghai on regarde vers l’avant, on regarde vers le haut.

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Finalement, aujourd’hui, il suffit de remplacer le mot mouvement par colonisation et globalisation. Une colonisation généralisée et multipolaire. Starbucks vs « Made in China ». Connexion et interdépendance globalisées.

En connexion surveillée

Mais n’oublions pas que ce paradis de la conso-lisation, derrière les sourires de ces citoyens légers et connectés, se veut la vitrine d’un capitalisme d’État ultra encadrant. Un temple de la consommation aux airs de bocal ultra-connecté sous contrôle, encerclé. Un paradis en connexion surveillée. Voilà l’impression que me donne cette cité. Une impression bientôt  validée par la réalité.

« Welcome to our lifes »

Une fois n’est pas coutume, en immersion, ces États-Nations qu’on ne connaît qu’à travers les vicissitudes géopolitiques et leurs guerriers, s’incarnent en citoyens avec qui on a beaucoup en commun. Ainsi de Shanghai où j’ai découvert une jeunesse ouverte et engagée. Une jeunesse engagée dans l’ouverture. Illustration avec deux générations de femmes. S., initiatrice du first Free Tour of China, la Millenial « nostalgique » et J. membre du Global Greeters Network, la Génération Z consentante. La première dénonce, la seconde renonce.

Critique à l’égard de la colonisation, du communisme, de la société traditionnelle et de la mutation de sa cité, la première, la mi-trentaine, a quitté une multinationale américaine pour traverser l’Australie où elle a eu une révélation. Partager sa cité avec le monde, coulisses compris. Interroger un mode de vie, où le droit à la ville se résumera bientôt à commuter pour un droit à la consommation dans des chaînes mondialisées.

Se raccrocher aux « bonnes » figures du passé, re-découvrir son patrimoine, regretter l’éviction de sa cité

Après avoir fui son hometown pour rejoindre la communauté de la jeunesse globalisée, la seconde, la mi-vingtaine, n’aspire qu’à « embrace » le monde et/dans sa cité, « networker » et goûter à toutes les opportunités. Y compris les Starbucks cafés. Y compris commuter pour rejoindre son international French company qui emploie des citoyens du monde entier. Indépendante, elle résiste à la pression au retour et au « settle down ». Son projet, c’est l’émancipation. Habiter cette nouvelle génération. Et quand elle doute c’est au Bund qu’elle trouve son inspiration. Ici que les lumières de la ville lui donne le sentiment qu' »everything is possible« . Les pieds dans le passé, le regard tourné vers le futur, sans contradiction.

Connexion et complicité immédiate. Même langue, même engagement, même communauté. Mais pas tout à fait même réalité. A mi-visite du tour de la première, une « amie » pourtant Shanghai native, rejoint le groupe, manifestant une curiosité très appuyée pour chacun de nous, la raison de notre visite, notre impression sur la Chine… Visite sous surveillance, visite encadrée… Quant à la totalement a-politisée seconde, elle a préféré Shanghai, la « Young & Global City », à Pékin, more « Historic & Politic ».

Malgré ce sentiment d’appartenance à une même communauté milléniale mondialisée, je ne peux m’empêcher d’être consciente de ce qui nous sépare. La liberté. Et d’avoir de la peine pour mes deux « soeurs », pour cette jeunesse avide du monde mais sous ouverture surveillée.

Un projet pour Shanghai. A « Socialist Global City »

A l’ère du « neo-middle-ages », où localisme et nationalisme dament de plus en plus volontiers le pion au globalisme, où les urnes font souvent le choix de l’autorité. A l’ère de l’éclatante réussite économique chinoise, on peut légitimement oser poser cette question : le capitalisme d’État, best way nowadays ? En contrôlant des citoyens dans ses vitrines mondialisées, le gouvernement communiste chinois ne semble pas prêt de laisser tomber ce filon…

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Pour nous en convaincre, faisons une dernière escale incoutournable au « Urban Planning Exhibition Center » qui fait le lien entre passé et présent de la cité et expose son futur. Follow Old Traditions – Create a New World – Serve the Nation. Tout un programme. Décliné en autant d’injonctions.

« Followed Old Traditions », rappel des fondamentaux. Après un rappel de l’Histoire dans la première partie du musée, une exposition est dédiée à la culture ancestrale chinoise, offrant un pilier d’action pour le citoyen amené à « Face the world and serve the country« .

« As Kang Youwei mentioned inThe Note of Rite, the original is the foundation of everythings. In China, the classics of original included The Book of Changes, The Book of Ancient Poems, The Book of Ancient History, The Book of Rites, The History of the Lu State. When people return to the original, they will find the root of Chinese Classics and search the original of national culture. Also people will gain inspiration from the original and get the courage of making process. »

Participation citoyenne. Le présent est quant à lui axé sur la participation. Ainsi le citoyen est invité à émettre des voeux pour sa future cité idéale. Une cité qu’on lui promet comme aurant de « Fairy tales in the magic world« .

Une Shanghai futuriste, une « Beautiful Eco-City« .

Quant au futur, la vision est claire

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Shanghai will be an excellent global city and a modern socialist international metropolis with world influence.

Shanghai la Vitrine. Lieu « hors-sol » to « Serve the Nation ». En errant dans la cité, je suis tombée sur une perspective qui pourrait résumer le programme bien mieux que ne le feraient tous les mots…

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Marchandise en Vogue libre Envolée de la finance Citoyens sous surveillance… Le futur de la Cosmopolis ? Ce qui reste(ra) de la globalisation ?

Échappée zen

« Je sais pas si j’ai trouvé l’harmonie intérieure dans ce jardin-invasion, mais au fond c’est peut-être cela l’harmonie du monde. Le mouvement perpétuel. L’équilibre entre la roche à priori immobile et le fleuve qui coule lui inexorablement. Pourquoi les hommes seraient-ils les seuls à devoir s’immobiliser ? / …Rond comme cette porte, rond comme les pensées de l’homme immobile qui… tourne en rond /

Poissons, brochettes, dim sums, dumplings, balls, buns, bols, pâtisseries, perles de thé, pains au sésames ou pains fourrés aux haricots… Manger rond. Histoire-Pensée-Architecture-Encadrement. Tout est rond.

… A un moment on atteint la capacité à faire abstraction de la foule et à rentrer à l’intérieur de soi, la capacité à être en harmonie AVEC les autres, parmi eux, malgré eux / … « Government this, Government that », écho à « État doit ceci, État devrait faire cela », et si c’était « ça » dont l’Homme avait besoin ? / … Rond comme les boules de riz gluant, rond comme les perles vendues au marché d’à côté / Rond comme le Vieux Shanghai encerclé / Rond comme les lignes des malls / Encerclés par les gouvernements protecteurs que les citoyens appellent de leurs vœux / Rond comme la pratique « paradoxale » du Tao, … » Pensée en vrac, prise au vol

… Encerclé comme le Vieux Shanghai (like Butik Bitang  in Kl) par la course à la post-modernité. Face aux nouveaux complexes ultra fringants, Old Shanghai has definitely no chance.

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Mais à-côté de l’hyper touristique-patrimonialisé-en danger Vieux Shanghai ou l’hyper aseptisée-économique-show-off Pudong subsiste encore une Shanghai populaire. Avec ses cantines, ses scènes de rue, sa spontanéité, sa bouillonante vitalité. Parce qu’ils auront beau faire. C’est TOUJOURS la VIE qui gagne à la fin…

En Transit(ion)

Escale Nr 2 – Tokyo. Lost in the Map

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Instantément, je vais passer de « Qu’est-ce qui peut bien fasciner mon entourage dans cet îlot homogène » à « Mais comment ai-je pu attendre cet âge avancé pour découvrir cette cité ? » Cette question je vais souvent me la poser, perdue dans cette ville monde complètement hors normes, singulière, ambivalente, insaisissable… capitale de la glocalité ?

J’avoue, j’ai délibérément boudé Tokyo pour le Projet Cosmopolis. Mea culpa. M’enfin, la capitale d’un des pays les plus ethniquement homogènes du globe, civilisation en déclin, urgence aux mélanges, qui intègre plus volontiers des robots qu’elle ne s’ouvre au Monde pour sa survie, avait peu de chance de se révéler la Cosmopolis !

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Avec le Projet Glocal, ma quête de la Cosmopolis a évolué en une en quête des lieux susceptibles de jouer leur va-tout dans notre monde à la croisée des chemins. Et Tokyo est devenue une évidence. Boudée par le PC. Totalement dans l’air du PG. Coeur battant de ce Japon qui, dit-on, allie subtilement authentiques traditions et hyper modernité (bla bla banalités). Qui manie fermeture et ouverture avec habileté. Des voies portées aux nues dans cette ère de néo-post-modernité. Coeur battant d’une île qui a su glocaliser la mondialisation. Et pour la première fois, rencontre avec une île géolocalisée de l’autre côté de la ligne de front. Celle de la Deuxième guerre mondiale. Celle de la colonisation de mes « deuxièmes maisons ».

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Le Japon, une culture « trop » préservée ? Nô, sumos, cosplay, cérémonie du thé, mangas, culture électronique ou origami… à priori pas grand chose qui me parle. Une attirance toutefois pour son art du bonzai, sa littérature, son cinéma et sa gastronomie. Ou pour ces traits qu’on lui prête volontiers : pudeur, modestie, zen, délicatesse, politesse, subtilité, sobriété. Folie contenue ?

A priori mon appétence pour le chaos méditerranéen et la spontanéité a de quoi éprouver « Stupeur et tremblements » devant sa propreté, sa discipline morale affichée, sa hiérarchie ritualisée, sa société ultra codifiée. Pourtant son côté « calviniste » devrait rassurer la genevoise adict que je suis. Par ailleurs mes amis japonais ont jusqu’ici contredit tous ces clichés. Des clichés et une in-appétence qui rendent ce voyage d’autant plus excitant. J’ai hâte de me laisser surprendre… Reste à savoir comment le raconter. En mode instagram ou en mode Nicolas Bouvier ?

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Bref, beaucoup d’a-prioris et une seule certitude avant de débarquer. Je ne sortirai pas de la cité. Besoin de m’épuiser et d’épuiser la ville. De m’épuiser dans la ville. Alors accros à la rentabilité géographique zappez si vous craignez l’ennui, car je m’apprête à vous faire le récit de 8 plain days in Tokyo Only ;-).

En Live de Tokyo (à 8 mois près ;-))

6 (2)Au Menu. Spectacle de rue, poésie urbaine, feel the map à l’observatoire, feel the story au musée, meet the hot spots dans ses quartiers traditionnels ou décalés, feel the pulse dans ses marchés, feel the connexion everywhere.

Au Menu. Shibuya / Sanctuaire Meiji-Jingu / Harajuku / Jimbocho / Akihabara / Sumida River / Asakusa / Shinjuku / Golden Gai / Kabukicho / Sendagi / Yamanote Line / Sugamo / Tsukiji / Ginza / Roppongi, …

 

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  • Je me perds littéralement à Shibuya et saisis le sens du mot « culture insulaire »
  • Je cherche une way out et finis par prendre racine dans le métro
  • J’arpente la cité avec mon ami M. qui m’ouvre les portes pour un menu tradi-cosmo… mystérieux « 1f 2f 3f », petites gargotes réservées aux initiés,  restos traditionnels avec chaussures à l’entrée, best sushis bars de la cité, English pub ou Belgium Brewery dans la volée
  • Après Shanghai, je renforce mon aversion pour la connexion et m’affirme en militante du droit à la déconnexion
  • Je reste hantée par l’image de Tokyo post DGM découverte au musée. Et scotchée à la vitre de l’observatoire, je comprends mieux l’architecture un peu chaotiquement bricolée de cette tentaculaire cité
  • Entre galeries du métro, galeries marchandes et galeries de bureau, je « goûte » la everygrey life du « Salary Man »
  • J’explore les quartiers animés de Harajuku et Akihabara, avec leur foule d’adolescents excentriques et me demande comment on passe du Cosplay au Salary Man
  • Y’a tellement de Japonais au Japon que je réalise une fois n’est pas coutume la richesse et la vitalité de nos sociétés européennes mélangées
  •  Je découvre les nouvelles utopies urbaines fermées à Roppongi
  • Je traque les centralités ethno-commerciales coréennes, françaises et musulmanes
  • A défaut de street food, je me mêle aux salary men dans les chaînes fermées, car ici c’est à l’intérieur qu’on mange à la volée
  • Je tente de comprendre la logique nippone en adhérant pas tout à fait à l’argumentaire local sur la fumée
  • Après Pudong et les foules ultra-connectées de Shanghai, je contemple l’ultra bondée et policée Tokyo, et entre dictature politique et dictature sociale, je me demande si c’est ça notre avenir, la solution face à la surpopulation, et convoque l’idéologie de décroissance et de retour à la simplicité de ceux qu’on appelle communément les bobos
  • Je tente de m’orienter sur la carte, y parviens rarement… atterris régulièrement dans les rues souterraines, où les stations sont traduites et les directions indiquées… frustration pour la randonneuse urbaine que je suis
  • Je passe totalement inaperçue, me heurte à une distante indifférence à peu près généralisée
  • Je me sens finalement trop mal à l’aise pour rentrer dans un bar à chats… Autre expérience locale avortée avec le bar à chiens, à lapins, ou à …. hiboux !
  • Je retrouve mon amour d’enfance, Mario, à Akihabara….20190511_135619 (2)
  • Je me laisse surprendre par le coût de la vie
  • Je prends un bun à l’anko pour un pain au chocolat 😦
  • Je retrouve l’odeur de la forêt au coeur de la cité
  • Je tombe en amour devant la poésie des jardins

L’Art de se perdre

Lost in Shibuya. Lost in Ashihabashi. Lost in Tokyo Station. Lost in writing. Lost with the rules. Lost in the wcs…

20190511_132628 (2)Me suis bien perdue today. Au sens propre comme au figuré. Vivement que mon ami traduise pour moi cette cité. Codée. Codifiée. Pas les clés. Dépaysée. Global city certes mais totale singularité. Transportée. Maybe I should have watched Lost in Translation before coming ;-.

Orientation, culture, codes, règles sociales. Quand je suis accompagnée tout me paraît simple, évident, accessible, familier. Dès que j’erre de mon côté, je ne comprends plus, je suis perdue, décontenancée. Besoin d’être indroduits in this city. J’imagine que c’est ce qu’on entend par « culture insulaire ». Tokyo, first impression