2019. Shanghai – Tokyo. Histoires de Faces à Faces

Shanghai – Tokyo. Deux escales en mode « faces à faces ». Face à face Pudong – Puxi. Face à face des colonisations. Face à face des mondialisations. Face à face Chine – Japon. Deux géants de la glo(c)balisation, deux façons de la (re)composer. En mode décomplexé ou à pas feutrés. Arrogante vigueur contre arrogante pudeur. Deux manière de cohabiter avec l’ouverture. Entre fermeture historique et ouverture(s) forcée(s), insularité et centralité. Ouverture(s) protégée(s) ? Shanghai – Tokyo, deux Global Metropolis, deux Cosmopolis empêchées ? Deux vitrines… d’homogénéité ? Let’s feel the pavé…

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Escale Nr 1 – Shanghai. Tourner en Rond

Shanghai, ma première rencontre avec la (Ville-Monde) Chine ! Pas Hong Kong l’enfant en exil ou les Chinatowns, morceaux de transnations dispersés mais la « vraie », la vitrine mandarine d’un État centralisateur homogénéisateur mondialisé. Une escale tout en « rondeurs ». Histoire cyclique, pensée taoïste, architecture Feng Shui, gastronomie, bocal connecté, connexion encerclée. Des courbes, des cycles, de la circularité !

En Live de Shanghai (ou presque ;-))

Ptit update en transit à l’aéroport avant de m’envoler pour Tokyo, deuxième étape de ces avant-dernières escales en Villes-Monde. Alors ok on est encore loin de la story Instagram, même si je fais des efforts pour « m’instantanéniser ». En même temps j’ai des circonstances atténuantes, pas d’accès aux moteurs de recherche, pas de courriels, pas de messagerie instantanée, pas de réseaux sociaux. Je viens de passer six jours en mode résidence virtuelle surveillée.

Je suis donc l’heureuse bénéficiaire de l’ouverture du pays qui m’a offert une escale sans visa de 144 heures pour la capitale mondiale du Starbucks, sans la moindre minute de dépassement autorisé. Alors à ce tarif là, y’a fallu faire des choix, comme celui de renoncer à visiter The biggest Starbucks of the World forcément ;-)…

Menu Mandarin

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  • Pas une minute à perdre, je m’envole en Maglevpour rejoindre la cité
  • Je visite la Grande Muraille (verticale) de Chine
  • Je renoue avec ma passion pour les cantines et boulangeries chinoises…
  • … et jmange plein de trucs ronds
  • Je fais du bateau et assiste à un face à face historique
  • Suis en mode déconnexion forcée au pays de la connexion centralisée
  • Je traque les traces de néo-colonisation, celle des malls, MacDos et autres Uniqlo
  • Je poursuis ma traque de la gentrification dans l’ancienne French Concession
  • Je cherche l’harmonie dans l’invasion
  • Je rêve de jardin et de Tai-Chi
  • J’explore Nanjing et Pudong… les Shanghais authentiques d’aujourd’hui
  • Je visite celle d’hier (au musée d’histoire) et de demain (au musée d’urbanisme)
  • Je bénis ce presque paradis pour randonneurs urbains
  • Je cherche le dao et me reconnecte avec mon chi
  • En mouvement parmi la foule je revis

Feel the Map

Shanghai est partagée en deux par la rivière Huangpu. A l’ouest Puxi, rive du Bund, des anciennes concessions et du Vieux Shanghai. A l’Est Pudong, la ville nouvelle, coeur battant de la super puissance capitaliste étatique chinoise. Dans le club des Global Cities, Shanghai s’est révélée un presque paradis pour randonneurs urbains. Centre relativement circonscrit et facilement parcourable à pied. Course quasi pas stoppée par l’invasion autoroutière. Basée stratégiquement à deux pas de Nanjing Road, follow me du Bund à Pudong, de la concession française au Vieux Shanghai, de la Place du Peuple à Xintiandi.

Ouverture forcée – Une Histoire d’invasions

Avant de vous emmener assister au face-à-face entre les deux Histoires, les deux rives, la coloniale skyline du Bund et la post-moderne skyline de Pudong, petit détour par les Shanghai History Museum et Shanghai Urban Exhibition Hall pour comprendre comment cette Histoire a été vécue de ce côté-ci. On connaît déjà la version occidentale, celle de la mythique Shanghai cosmopolite et de la fantasmagorie exotique coloniale… stoppée par une invasion… japonaise.

Et ce n’est certainement pas le fruit du hasard si c’est au milieu de la jungle futuriste de Pudong qu’on raconte l’histoire coloniale de Shanghai la surpuissante Megalopolis. 

« Shanghai was a primitive village 6000 years ago. It is a piece of fertile coastal land where our ancestors were born, toiled and thrived. (…) After the Kangxi period of the Qing Dynasty (1644-1911), the ban of sea trade was gradually broken and Shanghai was developed into a prosperous town known as a « metropolis in southeast » consequently.

After modern times, the forces of foreign powers forced Shanghai to open up to the outside world and its development was marked with the stigma of semi-colony status. Shanghainese endured all the humiliations for the goal of development. With a broad mind as vast sea, they promoted the development of modern industry and commerce. The expansion of urban construction and the introduction of modern civilization made Shanghai leap into the economic, financial and cultural center of modern China and a famous international metropolis.

Pudong – Puxi. Face à face historique

Pudong – Puxi. Deux rives qui se font face

A Shanghai cette Histoire se raconte visuellement surtout. Pour cela, il suffit de prendre la navette qui relie les deux rives du Huangpu. Le Bund côté ouest, Pudong côté est. Deux rives qui se font face. Deux rives qui se défient. Deux rives comme un symbole de deux chapitres de la Mondialisation.

The Vicissitudes of the Bund. (Musée d’urbanisme)

The Bund at the beginning of the 20th Century. « With a half-century of development, the Bund’s former rural nature was completely changed. A group of bank buildings in Western European cast in classical style began to express the Bund’s new personality as a financial street. » (Musée d’histoire)

The Bund in the 1930’s. « In the past 100 years, building upon building representing different architecture styles have been constructed on the Hangpu River’s shore at the Bund, producing a brilliant skyline for Shanghai as an international metropolis.  However, the bronze statues bearing the tinge of colonialism also reflect the history of humiliation suffered by Shanghai in modern times. The buildings at the Bund portray the city’s vicissitudes over 100 years, speaking like a history book written in stones. » (Musée d’Histoire)

 

Deux Rives, Une Histoire. Deux HSBC…

HSBC means… Hong Kong and Shanghai Bank. Tout un symbole pour la Chine. Tout un symbole pour notre Histoire commune aussi. Cette banque symbole de la colonisation globale ou pour le dire autrement de la globalisation anglo-saxonne, de Hong Kong à Dubaï en passant par Kuala Lumpur et Singapour, je l’ai traquée dans toutes les Villes-Monde traversées…et repérée partout.

« At one time Shanghai was the financial center of China and the Far East. In 1865, the Shanghai Branch of the Hong Kong and Shanghai Bank Corporation was established and gradually became Britain’s largest financial institution in the Far East, with international money exchange as its main business. It controlled China’s finance through loans. Its building at the Bund was completed in 1923. » (Texte : musée Histoire Photo : musée urbanisme)

La Grande Muraille de l’ouverture

Avant de retourner au Musée d’urbanisme pour un saut dans le futur cette fois-ci, procédons différemment et faisons-le en live pour commencer.

Pudong – La Grande Muraille verticale de Chine

Du Bund, symbole de l’ancien monde, celui de la puissance occidentale, anglo-saxonne, on traverse le fleuve-temps pour atterrir sur Pudong, symbole du nouveau monde, celui de la superpuissance chinoise. Le Manhattan de Shanghai n’était encore qu’un champ dans les années 1990.

Whouhou is there anybody in these buildings ? Y’a-t-il une vie entre ces buildings ?

Whaou, à côté Dubaï is a bustling city ! A Pudong, on chemine sur des ponts, au-dessus des autoroutes. Entre les tours nobody. Une expérience qui s’étale sur les cinq kilomètres de L’Avenue du Siècle ou Century Avenue, vitrine ostentatoire de la Chine capitaliste du 21ème siècle.

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Quant à moi, je ressens une sorte de fascination angoissée. Littéralement hébétée au pied de ces géantes glacées. Vue de l’autre « côté » ça brille, ça fait rêver. Vue d’en-bas ça fait un peu flipper. Nobody, no signe de vie, no vitalité. Aseptisation.

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La Glocalisation. Une Histoire de Concessions…

Son succès, la Chine le doit peut-être surtout à la façon qu’elle a eu de « glocaliser » l’Histoire. En faire une force. L’intégrer au présent pour retourner le futur. Illustration avec le néo-classico-européen Bund, dont les bâtiments, loin d’avoir été détruits, ont droit la nuit tombée à la même lumière éclatante que leur rivale d’en-face et sont désormais classés en tant que « national historic heritage. » Illustration avec le Starbucks Café, import du grand rival américain, qui a trouvé ici son plus grand terrain de prospérité.  Un état d’esprit que résume très bien la conclusion du Musée d’Histoire. Quel terme pour signifier « glocaliser l’Histoire » ? Le mot Concession(s) semble ici plus approprié que le très en vogue Résilience.

Face-à-face spatial, face-à-face géopolitique. 2019, année prolifique pour la guerre commerciale sino-américaine, relayée aussi de ce côté-ci. L’Histoire tourne en boucle comme les médias en continue, elle ne dit jamais son dernier mot…

« In 1842, foreign powers opened the door to China by force. In 1845, foreign powers set up concessions in Shanghai and gradually pushed Western urban facilities and management model. Hence, concessions became « a state within a state » established by foreign powers in China and Shanghai was on the road to semi-colonization. Shanghai became China’s biggest city of migrants where Shanghainese, people from other parts of China and foreigners lived together. The all –embracing custom and tradition of Chinese and Western, new and old was gradually formed in Shanghai. » (Musée d’Histoire)

A partir de la seconde moitié du 19ème siècle, Shanghai va être divisée en concessions étrangères et partagée entre vieille ville chinoise, concession internationale (GB/USA/JAP) et concession française. Une histoire racontée aux Musées d’histoire et d’urbanisme.

« Britain was the first to set up its concession in Shanghai in 1845, the United States and France followed suit in Hongkou in 1848 and in the south of Yan’an Road in 1849 respectively, which were extended later. The concessions were recovered after the triumph of the War Resistance Against Japan in 1945. » (Musée d’urbanisme)

Aux Américains et Britanniques le Bund et la puissance financière, aux Français les sulfureuses légendes. Plus ouverte que ses homologues anglo-saxonnes, avant tout pour remplir les caisses, la concession française fut certes le théâtre d’un certain mélange mais surtout le centre de toutes les débauches.

La Glocalisation. Une Histoire de… café(s) mélangé(s)

Shanghai, la ville des Coffee Houses importés est aujourd’hui dans le monde la cité qui compte le plus de  Starbucks Cafés. Encore une colonisation qu’elle a su fondre dans son style de vie et en faire une vitrine de son modernisme. Encore une histoire qu’elle a su s’approprier et retourner. La Shanghai vision, une simple histoire de café…

Son credo ? Mélanger. Melting cultures, melting histories, melting people… Shanghai est une cité d’ouverture, une cité d’immigration. « Paradise of foreign adventurers » hier, refuge des expatriés occidentalisés aujourd’hui.

Bustling scene of old Shanghai, paradise of foreign adventurers. « With the spreading of Western politics, economics, culture and ideology, modern Shanghai became the gateway for the introduction of modern Western culture and education to China. Shanghai’s position as a distribution center of domestic and foreign goods and the increase of residents’ consumption boosted the city’s business and trade rapidly. Consequently, its financial industry was flourishing. In the 1920s and 30s, Shanghai had become the biggest business, financial and cultural center of modern China and an important city in the Far East. Because the architecture and lifestyle in the concessions in Shanghai bore features of some Western countries, Shanghai was widely called « a market with foreign adventurers », which revealed the lopsided prosperity of the city. »

Litterature and arts in modern Shanghai. « In the modern era, Shanghai’s immigrants came from many parts of China. To meet the demand of people from all walks of life, literature, arts and operas all thrived. As a result, Shanghai became a city with the largest concentration of stages for literature and arts in modern China. »

A Glimpse of the Realm of Art. « The merge of Chinese and western cultures promoted commercialization, marketization and popularization of art in modern Shanghai. » (Extraits : Musée d’Histoire)

Concessions d’hier, Gentrification d’aujourd’hui

Quartier pauvre et sulfureux d’hier, l’ancienne French Conssession est aujourd’hui la meilleure candidate à la gentrification : colonisation des promoteurs et des hipsters, arrivée des condos et des complexes de luxe, réhabilitation, patrimonialisation… le quartier réunit tous les ingrédients de la parfaite mutation. Les prix explosent, économie et politique exilent de concert la Shanghai populaire de la Shanghai-Monde. Entre condos chics, chantiers omniprésents et ruelles populaires transformées en marché touristique « pittoresque », le Free Walking Tour de la French Concession prend des allures de tour de la gentrification, de plaidoyer…

Tout le programme du Free Walking Tour ici. 

Highlights of the Tour: Middle Huaihai Road / The Former French Club / Old Stone gate building / Shanghai Culture Square / Zhou Enlai’s Former Residence & Museum / Sinan Mansions / St. Peter’s Church / Former International Courthouse / Tianzifang / Garden Hotel.

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La Shikumen House, symbole de la gentrification

« Shi-ku-men Houses (Stone-framed-door houses) were the most typical architectural style in the downtown. Immigrants from all walks of life filled these homes with folk stories. » (Musée d’histoire)

« Shikumen » House is one a the symbols of Shanghai’s modern civilization. It reminds people of this familiar way of life which is gradually passing away, and the expectation of protecting and inheriting this unique city culture of Shanghai.«  (Musée d’urbanisme)

Concilier mouvement & nostalgie. Futur & passé. Développer et préserver. Un enjeu global(isé) lui aussi. Loin du cliché qui focus sur sa course en avant, la Chine n’est pas épargnée par ce mouvement. Illustration avec Xintiandi, quartier huppé et branché, site de la première réunion du Parti communiste chinois et des Shikumen réhabilitées en Starbucks, boutiques et restos branchés.

« The traditional Shikumen residential architecture records the memory of Shanghai. Integrating the old Chinese architecture with modern western features, « Shanghai Xintiandi » is an area where many old Shikumen architectures can be found. The Shikumen architectures there are restored to their « old » look. The private living space is turned into the public commercial area, the international leisure tourist site, combining food and beverages, commerce, culture and entairtainment. The old Shikumen architecture shows new vitality and Shanghai Xintiandi is now a fashion landmark with historical culture in Shanghai. » (Musée d’urbanisme).

Du Cercle sportif français devenu japonais devenu hôtel devenu Uniqlo, magasin japonais lui aussi, qui a colonisé l’autre côté du jardin… Entre ouverture(s) et fermeture(s), l’Histoire ne s’arrête jamais, les invasions à défaut de n’être plus barbares, sont sans fin. Un cycle sans fin que la French Concession d’aujourd’hui illustre bien.

L’effet papillon

20190505_112518 (2)Et ce qu’illustre de surcroît le quartier c’est notre globale interconnexion. En ce mois de mai l’incendie de Notre Dame à Paris fait les gros titres de l’actualité aux côtés de la guerre commerciale sino-américaine ça va de soi. Voilà qu’à peine meurtrie à Paris, au coeur de l’ancienne French Concession sa célèbre comédie musicale était programmée…

 

Nouvelle(s) colonisation(s)

Une autre portion emblématique de Shanghai illustre parfaitement bien ce cycle d’invasions sans fin. Nanjing Donglu, « China’s no 1 Street ». Du Bund à la place du Peuple, cette artère commerçante et piétonne de 1500 mètres, invasions de malls et de « foreign firms », est le coeur de la vitrine chinoise mondialisée.

« After 1843 when Shanghai became a treaty port, foreign adventurers landed here in increasing numbers. In 1854, there were more than 120 foreign firms in Shanghai. In the late 19th century, a large number of comprehensive and specialized foreign firms controlled a huge amount of Shanghai’s imports and exports. » At the beginning of the 20th Century. « With over 50 years’ development, the commerce along Nanjing Road became quite thriving. » « After 1917, Chinese merchants set up four major department stores in succession, Shanghai Sincere Company, Wing On Company, Sin Sin Company and the Sun Company. Along with numerous specialized shops, Nanjing Road eventuall established itself as the No 1 Shopping street in China. » (Musée d’Histoire)

Ils revieeeeeennnnnent !!! Mais sur Nanjing Road, et c’est sans doute fort de l’état d’esprit décrit plus haut associé à l’esprit du rond, tout le monde s’affaire, (tout) le monde s’en fout. Colonisation de malls et d’enseignes occidentales. Les nouveaux colons se nomment Starbucks et MacDo. Ici on a la mondialisation flamboyante. On a la mondialisation insouciante. De Pudong à Nanjing Road, à Shanghai on regarde vers l’avant, on regarde vers le haut.

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Finalement, aujourd’hui, il suffit de remplacer le mot mouvement par colonisation et globalisation. Une colonisation généralisée et multipolaire. Starbucks vs « Made in China ». Connexion et interdépendance globalisées.

En connexion surveillée

Mais n’oublions pas que ce paradis de la conso-lisation, derrière les sourires de ces citoyens légers et connectés, se veut la vitrine d’un capitalisme d’État ultra encadrant. Un temple de la consommation aux airs de bocal ultra-connecté sous contrôle, encerclé. Un paradis en connexion surveillée. Voilà l’impression que me donne cette cité. Une impression bientôt  validée par la réalité.

« Welcome to our lifes »

Une fois n’est pas coutume, en immersion, ces États-Nations qu’on ne connaît qu’à travers les vicissitudes géopolitiques et leurs guerriers, s’incarnent en citoyens avec qui on a beaucoup en commun. Ainsi de Shanghai où j’ai découvert une jeunesse ouverte et engagée. Une jeunesse engagée dans l’ouverture. Illustration avec deux générations de femmes. S., initiatrice du first Free Tour of China, la Millenial « nostalgique » et J. membre du Global Greeters Network, la Génération Z consentante. La première dénonce, la seconde renonce.

Critique à l’égard de la colonisation, du communisme, de la société traditionnelle et de la mutation de sa cité, la première, la mi-trentaine, a quitté une multinationale américaine pour traverser l’Australie où elle a eu une révélation. Partager sa cité avec le monde, coulisses compris. Interroger un mode de vie, où le droit à la ville se résumera bientôt à commuter pour un droit à la consommation dans des chaînes mondialisées.

Se raccrocher aux « bonnes » figures du passé, re-découvrir son patrimoine, regretter l’éviction de sa cité

Après avoir fui son hometown pour rejoindre la communauté de la jeunesse globalisée, la seconde, la mi-vingtaine, n’aspire qu’à « embrace » le monde et/dans sa cité, « networker » et goûter à toutes les opportunités. Y compris les Starbucks cafés. Y compris commuter pour rejoindre son international French company qui emploie des citoyens du monde entier. Indépendante, elle résiste à la pression au retour et au « settle down ». Son projet, c’est l’émancipation. Habiter cette nouvelle génération. Et quand elle doute c’est au Bund qu’elle trouve son inspiration. Ici que les lumières de la ville lui donne le sentiment qu' »everything is possible« . Les pieds dans le passé, le regard tourné vers le futur, sans contradiction.

Connexion et complicité immédiate. Même langue, même engagement, même communauté. Mais pas tout à fait même réalité. A mi-visite du tour de la première, une « amie » pourtant Shanghai native, rejoint le groupe, manifestant une curiosité très appuyée pour chacun de nous, la raison de notre visite, notre impression sur la Chine… Visite sous surveillance, visite encadrée… Quant à la totalement a-politisée seconde, elle a préféré Shanghai, la « Young & Global City », à Pékin, more « Historic & Politic ».

Malgré ce sentiment d’appartenance à une même communauté milléniale mondialisée, je ne peux m’empêcher d’être consciente de ce qui nous sépare. La liberté. Et d’avoir de la peine pour mes deux « soeurs », pour cette jeunesse avide du monde mais sous ouverture surveillée.

Un projet pour Shanghai. A « Socialist Global City »

A l’ère du « neo-middle-ages », où localisme et nationalisme dament de plus en plus volontiers le pion au globalisme, où les urnes font souvent le choix de l’autorité. A l’ère de l’éclatante réussite économique chinoise, on peut légitimement oser poser cette question : le capitalisme d’État, best way nowadays ? En contrôlant des citoyens dans ses vitrines mondialisées, le gouvernement communiste chinois ne semble pas prêt de laisser tomber ce filon…

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Pour nous en convaincre, faisons une dernière escale incoutournable au « Urban Planning Exhibition Center » qui fait le lien entre passé et présent de la cité et expose son futur. Follow Old Traditions – Create a New World – Serve the Nation. Tout un programme. Décliné en autant d’injonctions.

« Followed Old Traditions », rappel des fondamentaux. Après un rappel de l’Histoire dans la première partie du musée, une exposition est dédiée à la culture ancestrale chinoise, offrant un pilier d’action pour le citoyen amené à « Face the world and serve the country« .

« As Kang Youwei mentioned inThe Note of Rite, the original is the foundation of everythings. In China, the classics of original included The Book of Changes, The Book of Ancient Poems, The Book of Ancient History, The Book of Rites, The History of the Lu State. When people return to the original, they will find the root of Chinese Classics and search the original of national culture. Also people will gain inspiration from the original and get the courage of making process. »

Participation citoyenne. Le présent est quant à lui axé sur la participation. Ainsi le citoyen est invité à émettre des voeux pour sa future cité idéale. Une cité qu’on lui promet comme aurant de « Fairy tales in the magic world« .

Une Shanghai futuriste, une « Beautiful Eco-City« .

Quant au futur, la vision est claire

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Shanghai will be an excellent global city and a modern socialist international metropolis with world influence.

Shanghai la Vitrine. Lieu « hors-sol » to « Serve the Nation ». En errant dans la cité, je suis tombée sur une perspective qui pourrait résumer le programme bien mieux que ne le feraient tous les mots…

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Marchandise en Vogue libre Envolée de la finance Citoyens sous surveillance… Le futur de la Cosmopolis ? Ce qui reste(ra) de la globalisation ?

Échappée zen

« Je sais pas si j’ai trouvé l’harmonie intérieure dans ce jardin-invasion, mais au fond c’est peut-être cela l’harmonie du monde. Le mouvement perpétuel. L’équilibre entre la roche à priori immobile et le fleuve qui coule lui inexorablement. Pourquoi les hommes seraient-ils les seuls à devoir s’immobiliser ? / …Rond comme cette porte, rond comme les pensées de l’homme immobile qui… tourne en rond /

Poissons, brochettes, dim sums, dumplings, balls, buns, bols, pâtisseries, perles de thé, pains au sésames ou pains fourrés aux haricots… Manger rond. Histoire-Pensée-Architecture-Encadrement. Tout est rond.

… A un moment on atteint la capacité à faire abstraction de la foule et à rentrer à l’intérieur de soi, la capacité à être en harmonie AVEC les autres, parmi eux, malgré eux / … « Government this, Government that », écho à « État doit ceci, État devrait faire cela », et si c’était « ça » dont l’Homme avait besoin ? / … Rond comme les boules de riz gluant, rond comme les perles vendues au marché d’à côté / Rond comme le Vieux Shanghai encerclé / Rond comme les lignes des malls / Encerclés par les gouvernements protecteurs que les citoyens appellent de leurs vœux / Rond comme la pratique « paradoxale » du Tao, … » Pensée en vrac, prise au vol

… Encerclé comme le Vieux Shanghai (like Butik Bitang  in Kl) par la course à la post-modernité. Face aux nouveaux complexes ultra fringants, Old Shanghai has definitely no chance.

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Mais à-côté de l’hyper touristique-patrimonialisé-en danger Vieux Shanghai ou l’hyper aseptisée-économique-show-off Pudong subsiste encore une Shanghai populaire. Avec ses cantines, ses scènes de rue, sa spontanéité, sa bouillonante vitalité. Parce qu’ils auront beau faire. C’est TOUJOURS la VIE qui gagne à la fin…

En Transit(ion)

Escale Nr 2 – Tokyo. Lost in the Map

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Instantément, je vais passer de « Qu’est-ce qui peut bien fasciner mon entourage dans cet îlot homogène » à « Mais comment ai-je pu attendre cet âge avancé pour découvrir cette cité ? » Cette question je vais souvent me la poser, perdue dans cette ville monde complètement hors normes, singulière, ambivalente, insaisissable… capitale de la glocalité ?

J’avoue, j’ai délibérément boudé Tokyo pour le Projet Cosmopolis. Mea culpa. M’enfin, la capitale d’un des pays les plus ethniquement homogènes du globe, civilisation en déclin, urgence aux mélanges, qui intègre plus volontiers des robots qu’elle ne s’ouvre au Monde pour sa survie, avait peu de chance de se révéler la Cosmopolis !

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Avec le Projet Glocal, ma quête de la Cosmopolis a évolué en une en quête des lieux susceptibles de jouer leur va-tout dans notre monde à la croisée des chemins. Et Tokyo est devenue une évidence. Boudée par le PC. Totalement dans l’air du PG. Coeur battant de ce Japon qui, dit-on, allie subtilement authentiques traditions et hyper modernité (bla bla banalités). Qui manie fermeture et ouverture avec habileté. Des voies portées aux nues dans cette ère de néo-post-modernité. Coeur battant d’une île qui a su glocaliser la mondialisation. Et pour la première fois, rencontre avec une île géolocalisée de l’autre côté de la ligne de front. Celle de la Deuxième guerre mondiale. Celle de la colonisation de mes « deuxièmes maisons ».

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Le Japon, une culture « trop » préservée ? Nô, sumos, cosplay, cérémonie du thé, mangas, culture électronique ou origami… à priori pas grand chose qui me parle. Une attirance toutefois pour son art du bonzai, sa littérature, son cinéma et sa gastronomie. Ou pour ces traits qu’on lui prête volontiers : pudeur, modestie, zen, délicatesse, politesse, subtilité, sobriété. Folie contenue ?

A priori mon appétence pour le chaos méditerranéen et la spontanéité a de quoi éprouver « Stupeur et tremblements » devant sa propreté, sa discipline morale affichée, sa hiérarchie ritualisée, sa société ultra codifiée. Pourtant son côté « calviniste » devrait rassurer la genevoise adict que je suis. Par ailleurs mes amis japonais ont jusqu’ici contredit tous ces clichés. Des clichés et une in-appétence qui rendent ce voyage d’autant plus excitant. J’ai hâte de me laisser surprendre… Reste à savoir comment le raconter. En mode instagram ou en mode Nicolas Bouvier ?

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Bref, beaucoup d’a-prioris et une seule certitude avant de débarquer. Je ne sortirai pas de la cité. Besoin de m’épuiser et d’épuiser la ville. De m’épuiser dans la ville. Alors accros à la rentabilité géographique zappez si vous craignez l’ennui, car je m’apprête à vous faire le récit de 8 plain days in Tokyo Only ;-).

En Live de Tokyo (à 8 mois près ;-))

6 (2)Au Menu. Spectacle de rue, poésie urbaine, feel the map à l’observatoire, feel the story au musée, meet the hot spots dans ses quartiers traditionnels ou décalés, feel the pulse dans ses marchés, feel the connexion everywhere.

Au Menu. Shibuya / Sanctuaire Meiji-Jingu / Harajuku / Jimbocho / Akihabara / Sumida River / Asakusa / Shinjuku / Golden Gai / Kabukicho / Sendagi / Yamanote Line / Sugamo / Tsukiji / Ginza / Roppongi, …

 

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  • Je me perds littéralement à Shibuya et saisis le sens du mot « culture insulaire »
  • Je cherche une way out et finis par prendre racine dans le métro
  • J’arpente la cité avec mon ami M. qui m’ouvre les portes pour un menu tradi-cosmo… mystérieux « 1f 2f 3f », petites gargotes réservées aux initiés,  restos traditionnels avec chaussures à l’entrée, best sushis bars de la cité, English pub ou Belgium Brewery dans la volée
  • Après Shanghai, je renforce mon aversion pour la connexion et m’affirme en militante du droit à la déconnexion
  • Je reste hantée par l’image de Tokyo post DGM découverte au musée. Et scotchée à la vitre de l’observatoire, je comprends mieux l’architecture un peu chaotiquement bricolée de cette tentaculaire cité
  • Entre galeries du métro, galeries marchandes et galeries de bureau, je « goûte » la everygrey life du « Salary Man »
  • J’explore les quartiers animés de Harajuku et Akihabara, avec leur foule d’adolescents excentriques et me demande comment on passe du Cosplay au Salary Man
  • Y’a tellement de Japonais au Japon que je réalise une fois n’est pas coutume la richesse et la vitalité de nos sociétés européennes mélangées
  •  Je découvre les nouvelles utopies urbaines fermées à Roppongi
  • Je traque les centralités ethno-commerciales coréennes, françaises et musulmanes
  • A défaut de street food, je me mêle aux salary men dans les chaînes fermées, car ici c’est à l’intérieur qu’on mange à la volée
  • Je tente de comprendre la logique nippone en adhérant pas tout à fait à l’argumentaire local sur la fumée
  • Après Pudong et les foules ultra-connectées de Shanghai, je contemple l’ultra bondée et policée Tokyo, et entre dictature politique et dictature sociale, je me demande si c’est ça notre avenir, la solution face à la surpopulation, et convoque l’idéologie de décroissance et de retour à la simplicité de ceux qu’on appelle communément les bobos
  • Je tente de m’orienter sur la carte, y parviens rarement… atterris régulièrement dans les rues souterraines, où les stations sont traduites et les directions indiquées… frustration pour la randonneuse urbaine que je suis
  • Je passe totalement inaperçue, me heurte à une distante indifférence à peu près généralisée
  • Je me sens finalement trop mal à l’aise pour rentrer dans un bar à chats… Autre expérience locale avortée avec le bar à chiens, à lapins, ou à …. hiboux !
  • Je retrouve mon amour d’enfance, Mario, à Akihabara….20190511_135619 (2)
  • Je me laisse surprendre par le coût de la vie
  • Je prends un bun à l’anko pour un pain au chocolat 😦
  • Je retrouve l’odeur de la forêt au coeur de la cité
  • Je tombe en amour devant la poésie des jardins

L’Art de se perdre

Lost in Shibuya. Lost in Ashihabashi. Lost in Tokyo Station. Lost in writing. Lost with the rules. Lost in the wcs…

20190511_132628 (2)Me suis bien perdue today. Au sens propre comme au figuré. Vivement que mon ami traduise pour moi cette cité. Codée. Codifiée. Pas les clés. Dépaysée. Global city certes mais totale singularité. Transportée. Maybe I should have watched Lost in Translation before coming ;-.

Orientation, culture, codes, règles sociales. Quand je suis accompagnée tout me paraît simple, évident, accessible, familier. Dès que j’erre de mon côté, je ne comprends plus, je suis perdue, décontenancée. Besoin d’être indroduits in this city. J’imagine que c’est ce qu’on entend par « culture insulaire ». Tokyo, first impression

Spécificité locale : fumée à l’intérieur de minuscules gargottes confinées ok, fumer à l’extérieur interdit…

Si Shanghai est une ville facile, lisible, à Tokyo on a besoin d’une traduction, d’une « introduction », et peut-être d’un gps aussi… mais suis une ouf moi, jveux mla jouer aventurier. C’est map en papier only.

Shibuya – Première journée. J’ai pourtant choisi un quartier « facile » pour commencer. Même avec l’aide de bienveillantes guides locales, je n’arrive déjà pas à sortir du métro. Épique. D’ailleurs parlons-en du métro de Tokyo,… j’en avais fait des grandes villes, jsuis pas une néophyte en global cities, mais alors ça j’avais jamais vu. Bref, à chaque percée, je sais pas de quel côté aller. Ni où je suis. Map et caligraphie illisibles for me. Enfin libérée j’ai eu faim. Mais là encore compliqué. Jvoudrais simplement me contenter de pousser la porte d’un rez-de-chaussée. Mais rien n’est simple ici. Suis encerclée de panneaux 1F-2F-3F, etc. devant autant d’ascenseurs qui conduisent je n’en sais fichtre rien. Un air de « Ce rêve bleu » en japonais résonne dans la rue. J’ai pris aucune photo, jsavais pas ce que je voyais.

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Why so many stuffs ? É-pu-ré elle a dit Marie K., from Tokyo !

Îlot d’expériences

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En fait Tokyo est si singulière que c’est un véritable supermarché à expériences

qu’on ne peut faire qu’ici. Ville électronique d’Akihabara, royaume du Kawaii Harajuki, bar à filles, bars à bêtes, bars à robots, love hotels, hotels capsules, quartiers surannés, parc-forêt ou jardin-poème.

J’avais oublié the smell of the forest avant de venir à Tokyo…

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Rikugi-en, la magie d’un jardin conçu comme un poème…

Un dimanche de marchés. Des hipsters Sendagi, des ancêtres, Sugamo, des poissons Tsukiji

20190511_152854 (2)Un rallye de Mario Kart dans la rue (Akihabara), rien de plus banal jvous dis

Tracking Openness

D’Edo à Tokyo. De l’ouverture « à la civilisation » à la Global City

Tout aussi incontournable que la visite sociologique au supermarché, chacune de mes errances en Ville-Monde prévoit un détour par son musée d’histoire. Au Edo-Tokyo Museum, je cherche à comprendre si cette réputation historico-actuelle d’un îlot au fort goût pour l’isolement n’a pas été exagérée. Je cherche à saisir le rapport du Japon à l’ouverture et aux mondialisations.

Au Edo-Tokyo Museum je découvre une sorte de super-héroïne rompue à l’éphémère et anéantie maintes fois, par le feu, par les séismes, par la guerre. Et qui à chaque fois renaît plus forte et plus folle de ses cendres.

On va pas refaire l’Histoire ici, mais pour résumer très grossièrement, après deux siècles d’isolement, le Japon s’ouvre au monde sous l’ère Meiji. Edo, la Warriors Capital devient Tokyo, la capitale de l’Est et le pays se lance dans une course à la modernisation et à l’expansionnisme qui le conduira jusqu’en 1945…  Fermeture, ouverture sous l’ère Meiji, colonisation, Deuxième Guerre mondiale, mondialisation libérale…

« Japan in the Edo period is often viewed as having been isolated from the international world. However, in reality, interactions with Holland, China and Korea continued throughout the period, and people’s Curiosity toward foreign countries and cultures were constantly stimulated. » (Edo-Tokyo Museum)

20190514_123601 (2)Bon ok pour la Cosmopolis on repassera….

Même si Edo avait déjà un petit penchant cosmopolite. « Living in the machi of Edo were people from the provinces who spoke different dialects and kept various customs. They came from diverse places of origin, occupations, and backgrounds. » (Edo-Tokyo Museum) qui encouragea son développement. « Edo, the Shogun’s castle town, had flourished as a metropolis with a population of more than one million » (Edo-Tokyo Museum)

Et today alors, qui a le droit d’entrée ? La majorité des étrangers de Tokyo viennent de  Chine, Corée, Thailande, Turquie, Middle East, Australie, USA, Germany, France. Le visa pour étudiants est assez aisé. Le must c’est d’obtenir son diplôme ici, because then « they trust you » et t’as des chances de rester. Droit de passage accordé aussi si tu as des « special skills ». Sinon ben il faut te marier.

Ambivalence du rapport à l’Autre

Qui a lu Stupeur et tremblements aura été marqué par l’expérience traumatisante de cette petite fille qui se rêvait japonaise et finit dame-pipi à Tokyo. Y’a aussi les chiffres sur l’immigration et autres échos de leur fermeture qui font penser que les Japonais manquent de curiosité pour l’étranger… Les Japonais seraient-ils les Bernois du far-east ? Le Japon est le royaume des Otakus. Otaku qui signifie maison. D’où peut-être cette appétence pour l’enfermement…

D’une manière générale, j’ai le sentiment que les Japonais entretiennent un rapport ambivalent à l’Autre. Entre inclusion/ouverture et mise à distance/fermeture. A l’image de leur culte pour l’ère Meiji, ère de l’ouverture, en dissonance avec un des taux de laisser-passer les plus bas du monde. A l’image de mon ami M., Couch surfer aguerri, marié un temps à une Italienne, logeant depuis plusieurs mois gratuitement une photographe américaine, qui cultive savamment grande disponibilité et amitié à bonne distance. A l’image de cette metropolis qui réserve nombre de ses lieux aux initiés, aux locaux, imposant de surcroît ci-et-là une « charge for tourists » only.

Cette distance est certes l’héritière d’une Histoire d’isolement, mais d’histoires de colonisations aussi. Une histoire compliquée avec la Chine et la Corée particulièrement. Une Histoire à digérer. Et une jeunesse mondialisée qui aujourd’hui aspire à côtoyer ses pairs sans méfiance. Ne plus traîner ce lourd passé. Passer à autre chose. Sans tabous. Ensemble.

Fermeture aux clichés

7 (3)Quoi qu’il en soit, quand on décide de faire des milliers de kilomètres pour battre les pavés d’une cité, c’est que ce qu’on veut avant tout mettre à distance, ce sont les clichés. Et mettre en lumière l’ouverture. Celle de cette jeunesse voyageuse et ultra-connectée. De ces amis japonais rencontrés à l’occasion d’un séjour linguistique. De ces rencontres inopinées que t’offre la cité, comme ce promeneur qui te propose spontanément de te guider, tout navré de ne parvenir à échanger… barrière linguistique only. Celle affichée de mon lieu d’élection aussi. Au Sakura Hotel, c’est drapeaux partout, inside the lobby et on The Menu. Taiwanese Chicken Rice, Taco Rice (JAP), Loco Moco Hawaiian Rice, Seafood Paella, Nasi Goreng (MAL), Sheperd’s Pie (UK), Borscht (HONG), Spaghetti (IT), Teriyaki Pizza Halal (JAP), Chicharron (US), Sausages (GER), Nachos (MEX), Poutine (CAN), etc, etc., etc. Y’en a pour tous les palais globalisés !

Enfin, les artistes ne furent pas en reste lors de cette traque à l’ouverture en m’offrant de déambuler dans les dédales d’une exposition très… connectée (Musée Mori).

maxresdefault« Life today seems freer and more convenient than ever before, as we embrace multiculturalism and diversity, and reap the benefits of rapid technical advances, particularly in information technology. On the other hand, « divisions » of various sorts are also becoming increasingly apparent – as seen in the problem of the internet – which by rights ought to foster openness conversely reinforcing opinions and perception of a similar nature, poverty and discrimination sparked by growing economic disparity, and the migrant crisis, to name just a few. Roppongi Crossing 2019 will focus on the « connexions » highlighted by myriad forms of creative expression from contemporary art to fashion, AI, and Artificial Life. The various types of connection presented by the 25 participating artists and groups – joining polar opposites, fusing the heterogenous, giving visual expression to existing ties, etc. – will encourage us to look more critically at the world, taking conventional ideas and inverting them, perhaps offering some clues for addressing the divisions in society today. This exhibition will hopefully help us find new connections with the artwork and provide meaningful opportunities to engage with present realities. »

Diversity in Tokyo – The City of « Enlightement » on the map

Alors oui, je persiste, Tokyo est une metropolis qui s’intéresse à l’Autre. Et qui laisse de la place aux centralités culturelles d’Ailleurs aussi. Une place qui elle aussi cultive l’ambivalence avec la mise à distance…

Enclaves d’hier…

« Le gouvernement Meiji promut activement sa politique d’Enlightement dans la capitale, construisant de nombreux symboles de cette ouverture. Parmi eux the Rokumeikan, construit « as a place for international goodwil and an opportunity to demonstrate Japan’s achievement of modernization »; « Quasi-Western-style architecture » comme « the brick town » de Ginza, la gare de Shinbashi, le S Theater ou encore la Holy Resurrection Cathedral. Une enclave étrangère, Tsukiji fut construite pour commercer avec les pays étrangers. Les étrangers y étaient installés avec l’établissement de résidences et d’hôtels « only for foreigners« . » (Tokyo-Edo Museum)

Depuis l’ère Meiji déjà, l’Autre eut ses espaces réservés dans la cité. D’abord le quartier de Tsukiji. Plus tard et dans une moindre mesure celui de Roppongi, labellisé « quartier des Occidentaux » et mecque de la vie nocturne contemporaine.

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« Dès son origine, Edo, une cité de diversité avec des « people from different provinces who spoke different dialects and kept various customs. They came from diverse places of origin, occupations, and backgrounds. » « The common people of Edo integrated various customs and seasonal events that were introduced from the provinces, and lived their lives rigorously while facing disasters and epidemics. » Une vie frugale et simple « but the wisdom of urban lifestyle that was fostered through the life in the row houses created a unique lifestyle. »

Centralités culturelles d’aujourd’hui

Si le musée d’histoire de la ville met en avant le multiculturalisme d’hier, la cité n’est aujourd’hui pas exempte de diversité culturelle. Comme à Okubu, Shinjuku, qui abrite Shin-Okubo, le plus grand quartier coréen du Japon. Royaume du trio K-pop, karaoké, kimchi. Dans son prolongement se trouve Islam Yokocho, le quartier musulman où notamment les population du Sud-Est asiatique mais aussi du Moyen-Orient viennent transférer leurs devises, s’approvisionner en épices et produits hallal. Ikabari quant à lui, un peu le pendant de la rue Saint-Anne à Paris, te propose de voyager de Lyon à la Bourgogne, de Bretagne à… Picard 😉 en passant par Barcelone. En revanche on ne trouve pas de major Chinatown à Tokyo, l’Histoire aura voulu qu’il s’ancre à Yokohama.

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Quartier d’Okubo, Shinjuku

Okubo, Islam Yokocho, Ikabari. Centralités coréennes, musulmanes et frenchy

Quant au rapport à la religion, il est assez ouvert. Une tolérance distante, ma foi assez logique de la part d’un peuple qui « Don’t have the concept« . Au Japon you just « Could be shinto and bouddhist and whatever else« . Si à Singapour on trouve temple et mosquée side by side, à Tokyo c’est plutôt temple et sanctuaire qui se côtoient. Une diversité tournée vers l' »interne ».  En fait à Tokyo on voue surtout un culte aux Ramen 😉 !

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Meiji Glocalization

Et si le rapport du Japon à l’ouverture et au monde avait toujours porté la marque de la glocalisation ? Une hypothèse développée en flânant au Sanctuaire Meiji-Jingu.

Saké & Bourgogne… ou la « Japanese Glocalisation »

Finalement, c’est en l’abordant sous l’angle de la glocalisation, promue on le voit dès la période Meiji, que je commencerai à mieux saisir la culture japonaise. Adopter des richesses chez l’Autre et les adapter à chez soi. Le concept pourrait carrément avoir été inventé ici. De l’ouverture du pays à l’occupation post DGM puis l’arrivée de la mondialisation, la nation a su réinterpréter sa culture insulaire pour créer sa propre mondialisation. Une modernité « glocale » rendue possible parce qu’intégrée non pas progressivement, mais greffée sur une fermeture, un isolement.

Biblio : Dictionnaire des migrations internationales - Approche géohistorique - Sous la direction de Gildas Simon - Armand Colin - 2015 / La réticence historique japonaise vis-à-vis des populations allogènes, Marc Humbert, UMIFRE 19, 2010 / Introduction. Changement et diversité au Japon. Vincent Mirza et Catherine Laurent Sédillot, in Diversité urbaine, 13, (1), 2013 / Le Japon, pays d'immigration, Abdelhafid Hammouche, Hommes et migrations, 2015 /Les "Hafus" mettent le Japon au défi de la diversité. Le Temps, 04.08.2015, https://www.letemps.ch/culture/hafus-mettent-japon-defi-diversite

Life of a Salary man

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From 8 am to 9 pm. From Tokyo Station to quick early dinner among men in shokudo or izakaya….

…  The Salary Man Schedule

The sinistre life of a Salary man…. I can help but wonder… How can you live like this ? Mon ami M. qui bosse pour une organisation scientifique internationale, se demande bien après quoi courent tous ces hommes en gris… lui qui apprécie l’esprit de quartier, roule à vélo, fuit Roppongi et Ginza.

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Mais où sont les femmes ?

Zen ?

Haaa le zen japonais. Le monde entier l’envie. Moi-même j’admire ici la capacité des Tokyoites à rentrer à l’intérieur d’eux-mêmes et se recueillir malgré tout ce monde. Pour tordre ce qu’il considère comme un autre cliché, mon ami M. m’invite à apprécier le so famous zen japonais à l’heure de pointe du matin, où les « agressive » Tokyotes se comportent « like animals« … Parole de Japonais, they’re « not « japanese » anymore » between 7 and 9am. J’ai suivi son conseil 😉

Le conformisme, une idéologie ?

De l’excentrique Harakuju au grey suit… Comment passe-t-on de ça… à ça ???

Parcours balisé(s). Oppression contenue, oppression à pas feutrés

Comment se conduire aux WCs, dans quel sens marcher, où fumer, … Omniprésence des textes injonctifs. Poésie post-moderne incontournable pour conduire une cité de 23 millions d’habitants ? La masse, une limite à la liberté individuelle ? Ou un manque de confiance dans la responsabilité individuelle ? Quoi qu’il en soit, les Japonais n’étouffent pas que sous leurs masques, ils étouffent sous leurs propres règles aussi. Si à Shanghai tout est rond, à Tokyo tout est carré. Encadré et encadrant. Urbanisme, métro, parcs, jardins, jusqu’aux nouveaux projets urbains.

Masque sur la bouche portable greffé dans la main, guidé par des flèches dans le métro et dans la rue… le parcours urbain comme métaphore de l’existence sociale du Japonais. Ville basse, ville de câbles, ville multi-centrique, ville…compl(iquée)exe. L’architecture même de la cité poliss(c)e le citoyen. Métros-maisons, centres urbains fermés, parcs forteresses, jardins sanctuarisés, caméras omniprésentes. Parcours encadré, balisé. Interdits ajoutés à structure sociale entravante… Véritable épreuve pour esprit latin ! Asako, cette tragédie visionnée dans l’avion, métaphore de la société japonaise ? Folie convenue, folie contenue. Prête à exploser ? Jeunesse décalée, salary men ennivrés. Ils s’épuisent au boulot, ils se contraignent pour faire tout comme il faut. Et dire qu’ils vont être les premiers à se faire remplacer par des robots….

Mais le conformisme japonais, la figure du carré, de l’ordre, se doit elle aussi d’être nuancée. Tokyo, son architecture un peu chaotique, son esthétique un peu anarchique. Entrelacs de câbles. Compliquée. Résultat d’une Histoire mouvementée. Une société rompue aux ruptures, à l’incertitude, à l’éphémère, aux relèvements, moins aux soulèvements. Une société loin d’être lisse. Complexe. Une cité dont la beauté et la folie se révèlent surtout la nuit.

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« A Mature Civilization »

Mais ce que contraint surtout ce cadre social japonais qui peine à évoluer c’est la natalité. D’ailleurs à Tokyo, s’il est un cliché qui n’est pas balayé par le pavé, c’est tout ce qu’on a pu entendre sur la démographie japonaise en déclin et le vieillissement de la population. Et pourtant elle choisit le robot à l’étranger. Tokyo, ville d’aînés où l’on croise ici un restaurant tenu par des robots, là un espace où des hommes paient pour carresser une femme sous un voile ou pour un simple contact avec le féminin. Partout des restos fréquentés par des salary men only, qui pour combler l’absence peuvent toujours enchaîner avec un Maid Café. Sans parler du phénomène Otaku, … Tout ceci conjugué, fatalement, une chute de la natalité. La fin annoncée d’une civilisation ?

C’est un ami japonais qui me donnera s(l)a/une clé de cette interrogation. Le Japon = une Mature Civilization. Vs le reste du monde, des « Pre-mature Civilizations ». Une question de stade de développement tout bêtement. Bon pour l’Europe ils hésitent. La Suisse, éventuellement. Pas une théorie. Juste un constat. Partagé sans condescendance aucune. Pas raciste, juste réaliste. Le Japon traîne derrière lui ses ancêtres, est conscient de sa finitude. Une mature civilization, avec ce que ça implique de déclin. Un peu comme le cycle de vie d’un produit. Conscience d’être une civilisation. Conscience de ce que ça implique de responsabilité aussi. Conserver le passé. Du coup peur du métissage = peur de la dissolution de la civilisation. Une société mature qui se dirigerait donc consciemment vers sa fin ?

Quoi qu’il en soit, this year is a very special one for grandeur et openness. A New emperor et a New Era qu’il est prévu de célébrer comme il se doit durant toute l’année ! On célèbre aussi l’ouverture avec les Jeux Olympiques 2020 en préparation et l’accueil imminent de la  Japan 2019 Rugby World Cup. Des événements qui donnent lieu à un sensible effort de « traduction » d’une cité jamais figée. Qui poursuit sa mutation.

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20190515_190028 (2)Une mutation qu’on célèbre à notre façon en cette dernière soirée avec mon ami M. Dernière soirée pour moi, dernière soirée pour cette gargotte où l’on aura goûté au fameux oden (pot-au-feu japonais) pour seulement… 3 francs ! Fou rire nostalgique au fond d’une ruelle au coeur d’un quartier en pleine gentrification.

Shanghai. Tokyo. Face à face

Shanghai contrôle politique +++. Tokyo contrôle social +++. Shanghai bulle déconnectée ultra connectée. Rue chinoise vivante et bruyante. Tokyo île masquée ultra préservée. Rue japonaise écrasante et encadrée. Tokyo ville de codes. Shanghai ville de de symboles. Autoritarisme social vs autoritarisme politique. Fascination pour la singularité culturelle japonaise. Tokyo une expérience totale. Emportée par l’énergie et la confiance chinoise. La course vers le ciel de Shanghai.

Chine-Japon. Deux voisins. Deux grands rivaux. Histoire à trainer. Respectueuse méfiance. Deux voies géopolitiques à suivre. Nouvelles Routes de la Soie et conquête du monde côté chinois. Insularité conquérante et rapprochement avec les USA de Mr T. pour le Japon.

Shanghai-Tokyo. Diversité métropolistique vs monopoles ethniques. Des métropoles en mutation aussi. Gentrification éclatante à Shanghai, transformation pour l’ouverture à Tokyo.

LA grande force de ces deux géants de la globalisation ? la glocalisation. Glocalisation version japonaise, qui a su préserver sa culture insulaire et inventer sa propre modernité. Glocalisation version chinoise, qui a su intégrer le full package de l’Histoire, le retourner pour l’exploiter à son profit.

En route vers la déshumanisation ?

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En transit enfermée encerclée de caméras dans un temple de la consommation encadré. L’aéroport, le rêve des dictateurs. Des citoyens repus et distraits alignés comme des bêtes contemplant le mouvement du monde derrière des grillages… L’aéroport, métaphore et futur de la Metropolis ? Leurs voies, notre avenir commun global(isé) ?

Shanghai et Tokyo, mes Global Cities les + policées. Je rentre avec une faim de Méditerranée et totalement disgusted with connexion.

Aseptisation – Connexion – Sécurisation – Digitalisation – Clôturisation … Dystopie de la future Global City ?

Insularisme et autoritarisme. Leurs voies pour glocaliser la mondialisation ? Le Royaume ultra-connecté, notre avenir commun ? Le maillage qui nous piège allié à l’Anneau qui nous enferme ? Le futur de la globalisation, alliance du Réseau ultra et du Territoire ultra saupoudré d’une pincé de localisme ? Welcome Les Furtifs, welcome to Game of Thrones, welcome to Neo-Middle-Ages ? Notre salut ? Militer pour le droit à la déconnexion, militer pour le droit à la liberté. Re-Glocaliser ces voies. Résister au contrôle total(itaire). CQFQ.

Épilogue. Pékin Express

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Mon sésame de sortie…

Après Lost in Translation… Pekin Express et Le Terminal ;-). Avion retardé par des intempéries. Correspondance manquée. Douze heures pour obtenir un sésame de sortie. Dehors que du gris. Prisonniers dans cette immense ruche verrière flottante encerclée de smog, enveloppée, opaque, étouffante. Dedans le chaos.  Des milliers de voyageurs perdus et à bout qui crient, pleurent, s’endorment. Scènes de chaos, craquages mentaux, perte de civilité, exaspération face à des fonctionnaires dépassés, privés de technologie, privés de connexion, privés d’initiatives… Lieu d’un autre temps. Contraste brutal avec l’aéroport-vitrine de Shanghai. Kafkaïenne bureaucratie. Science fiction moyen-âgeuse. Coeur du régime et fonctionaires à l’avenant. Peu avenants. L’individu n’est rien parmi la multitude, écrasé, effacé.

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Mes sésames d’entrées. Ironie du sort, je m’e(n) sors de Chine avec deux entrées sans visas, j’en demandais pas tant…

Une nuit-journée sans fin, où on apprend le « xéxé so much », mais je m’embrouille aligato nihau je dis quoi je suis où je mélange tout je suis perdue je suis crevée… et près l’Art de se perdre, on s’initie à l’Art de perdre aussi. Je finirai par rentrer. Le bagage (a)léger…

20190520_184501 (2)Expérience riche d’enseignements. Remise en cause de ce mode de vie, ce mode de voyager. Aucune marge. Temps milimétré. Escale prolongée à oublier. Monde ultra-sécuritaire qui joue à être ouvert. Aéroports devenus décidément des lieux traumatisants. Torture du retour. Besoin de voyage facile. Dans ces moments on se jure que c’est terminé qu’on ne voyagera plus jamais ainsi… mais après une longue nuit de 4 heures plus tard 😉 on reste convaincu que le voyage est juste un mal nécessaire pour qui se passionne de comprendre le monde. Et pis il me reste encore un dernier PG duo à arpenter… Dans le mood de la Ville-Monde, en mode Maglev comme il se doit…

Compagnons de route

Le voyage continue. Shanghai – Tokyo en mode glocal

  • Fondation Baur, Musée des Arts d’Extrême-Orient, « L’Asie à Genève » & Exposition temporaire « Asia Chic – L’influence des textiles chinois et japonais sur la mode des Années folles » 2019
  • Le Thé, Dim Sum, rue des Bains 65
  • Yakitori, rue de Monthoux 15
  • Kampai, rue de Monthoux 25
  • Centre de médecine chinoise Bejing Tong Ren Tang Swiss, rue Abraham-Gevray 1
  • Quartier des Pâquis. Épiceries asiatiques (Thu Hang, rue de Monthoux 52/Asia Store, rue Pradier 8) et supermarché japonais (Uchitomi, rue Ferrier 13)
  • Exposition « Nicolas Bouvier – Déambulations japonaises » 2019, Centre culturel du Manoir, Cologny
Warning : cet article a été écrit avant le Covid 19 ... new world ?

 

Ici Genève. Portes Ouvertes

La Nuit de l’Hôtellerie. Une initiative 100% glocale. L’occasion d’ouvrir les frontières de la Genève globale à la Genève locale. L’occasion de pousser les portes de légendaires institutions. L’occasion de mettre en lumière l’âme et le patrimoine de la cité. L’occasion de vivre une expérience singulière. De découvrir des mondes en soi, rencontrer les passionnés qui les « habitent » et assister à leur chorégraphie savamment rythmée. La Nuit de l’Hôtellerie. Une initiative 100% connexion.

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Pudiques ouvertures

Pudique Genève. Qui s’apprivoise, se mérite, se devine, se laisse désirer, se déguste sur la durée… Pudique elle laisse à chacun l’espace pour être ce qu’il est. Pudique, elle offre de la place aux mondes pour cohabiter. Pudique ses mondes s’y croisent souvent sans s’entrecroiser. Ballet de flux. Locaux, internationaux, touristes, pendulaires, transnationaux co-habitent en s’ignorant. Pudique elle regorge d’univers à découvrir, de secrets bien gardés. Pudique elle abrite des lieux mythiques aussi…

 

Armures, Fairmont, Intercontinental, Metropole, Mövenpick, Président Wilson, Richemond, Bristol, Mandarin Oriental, Ritz-Carlton, Hôtel d’Angleterre... Chacune de ces portes évoque des tranches d’Histoire locale et globale. Abrite un Monde en soi. Lieux mythiques qui ont connu plusieurs vies et accueilli d’illustres personnages. Lieux mythiques qui ont tant d’h(H)istoires à raconter. Des histoires de familles, des histoires de citoyens, des histoires du Monde. Lieux mythiques qui sont les gardiens d’un bout de l’âme de notre cité.

Amateurs de fables de contes et de légendes, saisissez l’occasion ! Ce week-end leurs gardiens vous accueillent pour les partager. Davantage que du tombé impeccable d’un rideau, de la vue imprenable sur le Jet d’Eau, du luxe insolent et de la gastronomie raffinée, mes papilles sont d’abord friandes de l’histoire des lieux.

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C’est une authentique Genève de saison qui nous donnait rendez-vous ce week-end là, enveloppée de son mythique manteau hivernal. Les établissements affichaient avec beaucoup d’entrain leur volonté commune d’ouvrir leurs portes internationales à la Genève locale. Nous avons été reçus comme dans un cocon au Richemond, comme à la maison au Métropole, comme des VIP au Kempinsky.

Escale no 1 – Le Richemond, une saga familiale

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Le Richemond, fleuron genevois et « pension de famille » internationale tenue par les Armleder durant plusieurs générations. Découvrez la romanesque histoire du Richemond ici.

La visite.« Dans la légende du Richemond ». Après avoir jouer les gouvernants en chef dans une suite, nous avons été accueillis par le maître des lieux dans le Ballroom, où l’équipe nous avait concocté une dégustation de vins 100% locale, un massage des mains et un atelier floral .rpt

Escale no 2 – Le Métropole, un patrimoine local

rptSaviez-vous que Le Métropole fut un temps le siège de la Croix-Rouge ? Saviez-vous que le Métropole a failli être détruit avant d’être classé bâtiment historique et racheté par les citoyens ? Saviez-vous que le Métropole, en tant que patrimoine de la Ville de Genève nous appartient ? Et qu’en tant que propriétaires, il nous appartient aussi de le révéler. En s’inspirant par exemple du fringant duo qui nous a accueillis avec beaucoup de chaleur et de simplicité, et le souci de briser les barrières en invitant les Genevois à ne pas se laisser intimider et à pousser la porte de « leur » hôtel. A noter que l’unique palace de la Rive gauche travaille actuellement sur un projet de communication ayant pour objectif de mettre en avant l’histoire du lieu. Quant à moi, après un tour sur le rooftop, je sais déjà où je vais regarder le prochain Grand Feu !rpt

 

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Escale no 3. le Fairmont, patrimoine global

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Noga Hilton, Kempinski, Fairmont… Parce qu’on ne sait plus comment il s’appelle ni à qui il appartient (Nessim Gaon, fond souverain, financiers, cheikh, groupes hôteliers,…), on l’appellera désormais le Grand Hôtel de Genève. On retiendra surtout la passion transmise par son virevoltant gastronome poète, ancien maître d’hôtel, aujourd’hui intarissable responsable de la formation. Qui n’a pas ménagé sa passion pour…

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Nous faire découvrir chaque recoin de cette Ville dans la Ville (palette de restaurants, « forêt », lounge, bar, club, théâtre, spa, piscine, salles de réunion, commerces, agences, etc.). … Des « clés d’or » au boucher maison, mettre en lumière le ballet de ses 400 collaborateurs. … Nous faire plonger dans les baies vitrées des plus fastueuses suites de ce Business Palace qui a su conserver son identité au gré de ses changements de propriétaires. … Nous perdre dans le dédale des couloirs un brin désuets dont le célèbre architecte Jean Nouvel assurera la mue dès l’année prochaine. Pour que le Grand Hotel of Geneva reste l’emblème de sa rade.

… Nous donner envie de prolonger l’expérience avec son mythique chocolat chaud :-)…

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Pour en savoir +

« La Nuit de l’hôtellerie est destinée à faire découvrir AUX RÉSIDENTS les hôtels de leur ville, à travers un week-end portes ouvertes. ​

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Pousser la porte d’un hôtel devant lequel on passe tous les jours. Démystifier les coulisses des palaces, rencontrer des professionnels en exercice, susciter des carrières auprès d’un jeune public, participer à des ateliers, assister à des animations originales.

Les habitants d’une ville sont souvent les personnes connaissant le moins leur parc hôtelier, or ils sont fréquemment amenés à conseiller des clients potentiels, lors de leur déplacement à l’étranger, ou en cas de visite de proches.​

Un tarif unique et préférentiel leur est proposé, sur justification de leur domicile.

​Présentation des métiers de l’hôtellerie, en collaboration avec les écoles hôtelières, afin que le jeune public puisse les découvrir, et poser des questions aux professionnels les exerçant.

​Cuisine, conciergerie, service en salle, etc., tous les intervenants du secteur répondront aux interrogations des visiteurs, et les aiguilleront vers des écoles ou des filières existantes, parfois représentées sur place. » Site Internet Nuit de l’hôtellerie

 

Atelier pâtisserie à l’Hôtel d’Angleterre, visites des coulisses du Fairmont, de l’Intercontinental, du Ramada, du Richemond, Atelier mixologie au Jiva Hill, Atelier cocktails au Mandarin Oriental, Atelier housekeeping au Métropole, Atelier sushis au Mövenpick, dégustation de vins genevois à l’Hôtel Royal et chez le Président Wilson, dans la peau d’une gouvernante en chef au Richemond, coktails masterclass à l’Hôtel de la Paix, etc., etc., etc. Programme Nuit de l’hôtellerie 2020

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Zoom sur le Grand Genève

Voyager à bord du Léman Express vous a donné envie de faire plus ample connaissance avec le Grand Genève ? Glossaire, chaîne dédiée, émission connectée ou Forum citoyen, voici quelques pistes pour explorer le projet transfrontalier.

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GENius Loci

L’association GENius Loci a pour but d« Accompagner l’émergence de projets favorisant la coopération transfrontalière, ainsi qu’une citoyenneté inclusive sur le territoire du Grand Genève. » Lien

Glossaire SENSible

Outil de décryptage et d’appropriation du territoire pour faciliter la compréhension mutuelle transfrontalière autour de Mots comme Identité, Territoire, Bien commun, …

« Le Glossaire SENSible. Porté par l’association GENius Loci, le Glossaire SENSible est un outil d’appropriation et de décryptage qui a pour objectif de faciliter l’intercompréhension et l’ajustement mutuel. Des personnes ressources dans différentes disciplines et des habitants sont mis à contribution pour apporter leur propre définition, vision, éclairage, perception sur une même notion clef. Les contributions sont singulières et prennent différentes formes au choix des contributeurs (rédactionnelles, visuelles, sonores…). » Lien

Grand Genève TV

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Forum d’agglomération

« Le Forum d’agglomération est l’instance de concertation de la société civile transfrontalière à l’échelle du Grand Genève. Confronter les points de vue, échanger des idées, effectuer des propositions, nourrir les réflexions sur le devenir du Grand Genève, tels sont les objectifs du principe de participation au sein de l’agglomération. Les forces vives du territoire et les élus s’associent afin de créer la première instance de concertation pérenne à l’échelle du Grand Genève. » Toutes les infos ici

Émission transfrontalière

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« Chaque mois, Céline Argento s’intéresse à notre région frontalière autour des grandes thématiques qui l’agitent. On pense évidemment à l’emploi, la consommation, les transports, tous éminemment imbriqués entre les différentes zones du Grand Genève. Mais cette région, c’est aussi des femmes et des hommes qui coopèrent sur ces sujets et bien d’autres comme l’économie, la faune, l’enseignement, le développement durable.
C’est dans cet esprit d’effacement de la frontière que le magazine est abordé avec chaque mois, une thématique différente. Des invités représentant Nyon, Genève et la France voisine (Ain et Haute-Savoie) sont conviés à discuter sur le plateau de Léman Bleu ou en extérieur en cas d’événements notables.

L’émission fait également un point sur l’actualité transfrontalière, et met en avant un gros chantier en cours dans le Grand Genève.
La dernière partie de l’émission est consacrée à la découverte de bons plans et activités à faire dans la région. Ski raquette, confection du reblochon, visite de chocolaterie, tout est fait autour d’un credo : pas besoin d’aller très loin pour s’amuser !

Une émission rassembleuse, abordée avec bonne humeur, qui colle ainsi à son nom : ENSEMBLE. » Lien Léman Bleu

En direct du Grand Genève. Léman Express, Jour J

15 décembre 2019, 5h du matin, le trait d’union prend ENFIIIIIN son service !!! Alors on saute le brunch, on se précipite sur le quai d’une des gares ultra-modernes construites pour l’occasion et on se laisse voyager au gré des nombreuses animations organisées le long du réseau !

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Léman Express Vivons plus grand

« Un million de personnes reliées entre elles »

  • Le plus grand réseau ferroviaire transfrontalier d’Europe
  • La concrétisation du Grand Genève
  • Un projet de plus d’un siècle
  • « Historique »
  • Une « Révolution »
  • « L’entrée de Genève dans le 21ème siècle »
  • Une nouvelle façon de penser la mobilité
  • La construction d’une agglomération transfrontalière de près d’un million d’habitants
  • 6 lignes réparties sur 230 kilomètres, 45 gares, 2 cantons, 2 pays
  • Une amélioration de la qualité de vie avec un désengorgement sensible du trafic routier
  • L’émergence de nouveaux quartiers
  • Un nouveau dynamisme pour Genève
  • La création d’une communauté identitaire… régionale ?

Léman Express en fête

Le 12 décembre, jour de l’Escalade (!) les autorités suisse et française inauguraient officiellement le rapprochement entre les deux pays. Clin d’oeil à l’Histoire…

Trois jours plus tard, les Genevois s’étaient déplacés nombreux pour découvrir les impressionnantes nouvelles gares. L’occasion de prendre conscience de la mesure du chantier et de se presque réconcilier avec la décennie de travaux. 

Des quartiers redynamisés

ptrCe jour-là, « en raison d’un mouvement social en France« , le train dans lequel j’étais monté ne traversera pas la frontière. Transit via Chêne-Bourg donc et escale parmi la joyeuse foule rassemblée aux festivités des Eaux-Vives.

Le Réseau du Léman Express

A utiliser sans modération ! Pour le quotidien ou pour des virées à Annecy, Évian ou St-Gervais-les-Bains… CONNECTÉS !

Depuis ma gare, il me faut seulement 6 minutes pour rejoindres les aux Eaux-Vives, 58 minutes pour Evian et à peine 45 minutes jusqu’à La Roche-sur-Foron.

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A suivre : une journée à bord du Léman Express…

Ici Genève. Pont en danger

En octobre 2019, importante mobilisation pour sauver le FIFOG – Festival international du Film oriental de Genève – à la suite d’un désengagement financier de la Ville qui mettait en danger un Festival qui « mélange les arts, fait rêver, pose des questions pertinentes et promeut la liberté. Espace d’affirmations et de célébration des différences et des droits sociaux et culturels, le festival honore l’image d’une Genève solidaire, havre idéal à de si précieuses rencontres artistiques et humaines. » La mobilisation a porté ses fruits, mais le FIFOG reste en sursis. Affaire à suivre donc et en attendant rendez-vous  pour la 15ème édition !

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Octobre 2019 – ACTE I. Le FIFOG en danger !

Pétition – Extraits

« AU NOM DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE DÉFENDONS LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM ORIENTAL DE GENEVE !

Malgré le franc succès de sa 14e édition, placée sous l’égide de la Commission suisse pour l’UNESCO, le festival voit son avenir menacé par le désengagement brutal des autorités culturelles de la Ville de Genève, dans le soutien à l’événement. (…) Elles nient brutalement le festival comme symbole de diversité, espace de dialogue et de découvertes, vecteur d’intégration et de promotion de la Genève internationale, fenêtre sur l’Orient à feu et à sang, vitrine pour les cinéastes en difficultés.

Retrouvez toutes les informations ICI

15 Décembre 2019. ACTE II. LE FIFOG SAUVE SA PEAU…

… « MAIS LE PLUS DURE RESTE A FAIRE !

Hier soir, le budget de la Ville de Genève a été adopté à une large majorité. Le FIFOG a réussi à sauvegarder la moitié de sa subvention (80’000 CHF au lieu des 160’000 CHF) allouée par la ville. Merci à vous, et à celles et ceux qui ont travaillé avec conviction pour rendre cela possible.

Ainsi le FIFOG sauve sa peau, mais le plus dure reste à faire : voler (organiser sa 15ème édition) avec des ailes blessées ! Pour cela, il a fortement besoin de votre soutien !

Vive la Démocratie ! Vive la Diversité ! Vive le FIFOG ! »

Retrouvez toutes les informations ICI

 

Ici Genève. Histoires de passage

Dans la pièce ICI, histoire(s) de Genève jouée du 10 au 14 décembre à la Comédie, Philippe Mascadar s’appuie sur une scénographie originale pour nous raconter ces artistes et intellectuel-les venu-es d’ailleurs qui ont marqué l’Histoire de la cité.

« Un homme arrive à Genève. Il vient de très loin. Cet homme est à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose. Il a une question à poser, une requête à formuler, un secret à délivrer. Il est venu à Genève comme on consulte un oracle. Comme d’autres avant lui. Il frappe à la porte du bureau de l’IICI, l’Institut international pour la coopération intellectuelle. Ce bureau a été, dans les années 30, le refuge d’artistes, exilés, réfugiés, en transit, acteurs et témoins d’une Europe à feu et à sang. Un théâtre d’ombre et de lumière…

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… Aujourd’hui, il est tombé en ruines. En tournant les pages du grand livre de Genève, l’homme ressuscite des personnages et des histoires, dessine une improbable constellation poétique. Ludmilla et Aniouta Pitoëff, Arthur Adamov, Stefan Zweig, Robert Musil, Greta Prozor, Romain Rolland, Rosette Wolczak, Nikolaï Boukharine, John Berger, Gerhart Riegner, Anna Dostoïevskaïa, s’y sont croisés. Le bureau revit et Genève avec lui. »

Philippe Macasdar sera cet homme. Tout à la fois lui-même, comédien et personnage, il mène l’enquête, et vous invite à le suivre. Entre hier et aujourd’hui. Ici même. Genève est un puzzle éclaté, l’homme va s’employer à le recomposer. « L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. » (Friedrich Nietzsche). Lien

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Histoires de passage

Genève est le résultat de ceux qui l’ont traversée. Ceux qu’elle a bien accueillis ceux qu’elle a mal accueillis ceux qu’elle n’a pas accueillis… Ceux qui l’ont aimée passionnément ou ceux qu’elle a refroidis. De Zweig à Lénine en passant par Borges, Pitoëff ou Mary Shelley, le metteur en scène s’appuie sur son mur de grands hommes pour nous parler de Genève. Myope, contradictoire, mystérieuse, observatrice, duale… Genève qui se porte mieux quand le monde va mal, revitalisée par les réfugiés qui la traversent ou s’y installent. Genève dans l’oeil du cyclone, à la fois en-dehors et en son coeur. Genève ville d’anarchistes où l’on vient fomenter des révolutions, ville de brume qui a inspiré des monstres. Pour vous en convaincre, il suffit de jeter un coup d’oeil au mur-décor d’ICI, histoire(s) de Genève.

La Genèse du projet

Philippe Mascadar nous raconte comment sa rencontre fortuite avec une oeuvre a orienté sa création et… sa vie.

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Ici Genève. FILMAR 2019

Ce week-end, escale à la 21e édition du FILMAR en América Latina, qui propose du 15 novembre au 1er décembre une « odyssée cinématographique en Amérique latine ».

Des cinéastes alertes au monde, la découverte de cinématographies émergentes comme celle du Guatemala, la projection de films en langue autochtones, de la poésie, de la fantaisie, des cris, des regards singuliers. Toute la programmation riche et foisonnante de cette 20ème édition est à découvrir ici

FILMAR : éloge du septième art latino-américain

« La diversité genevoise naît de la multitude des nationalités qui la compose, des langues qui la font retentir, des cultures qui s’y expriment. Et des dialogues qui s’y engagent, comme des ponts entre des histoires a priori déconnectées.

Des manifestations culturelles comme le Festival FILMAR en América Latina sont autant de ces ponts. Le cinéma est en effet vecteur de rapprochement et facilite le dialogue entre les peuples, entre les genres, entre les générations. Il permet également de prendre le pouls d’une société. Voire d’anticiper ses virages, puisque l’effervescence de la scène culturelle précède souvent les bouleversements politiques.

Ces mondes que FILMAR contribue à rapprocher depuis plus de 20 ans maintenant ont cependant toujours autant à découvrir l’un de l’autre. C’est pourquoi, à côté des quelques 80 films projetés, les deux tables rondes prévues sur la relève cinématographique et le regard des femmes sur les femmes devraient nous permettre de lever un coin supplémentaire du voile qui recouvre de mystère « l’autre ».

Je me réjouis que, chaque année, le public se presse un peu plus nombreux pour découvrir les programmations concoctées par l’équipe de FILMAR. Et se plonge ainsi dans des histoires qui sont celles de l’une des plus importantes communautés du pluralisme genevois. »

Sami Kanaan. Conseiller administratif en charge de la culture, Genève

Ici Genève. « Nous saisonniers, saisonnières… »

Du 30 octobre au 24 novembre « Nous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931-2019 » rend hommage aux travailleuses et travailleurs qui l’ont construite et ont façonné son identité, à travers une exposition mais aussi des débats, échanges d’expériences, conférences ou films. Un travail de mémoire initié par la ville pour donner la parole et mettre en lumière les travailleurs italiens, espagnols, portugais, yougoslaves, albanais ou kosovars qui ont contribué à faire de Genève ce qu’elle est aujourd’hui.

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Nous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931 — 2019
Nosotros, temporeros, temporeras… Ginebra 1931 — 2019
Nós, trabalhadores temporários e temporárias… Genebra 1931 — 2019
Noi, lavoratori e lavoratrici stagionali… Ginevra 1931 — 2019
Ne, punëtoret dhe punëtorët sezonalë… Gjenevë 1931 — 2019
Mi, sezonski radnici, sezonske radnice… Ženeva 1931 — 2019

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Une nouvelle carte de Genève pour mettre en lumière la contribution des saisonniers à sa construction

« « Qui a construit Thèbes aux sept portes ? Dans les livres, on donne les noms des Rois. Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ? » Dans le poème intitulé Questions que se pose un ouvrier qui lit, Brecht évoque ainsi l’absence d’actrices et d’acteurs clés dans les récits historiques.

S’agissant de l’essor de Genève et de la Suisse dans la seconde moitié du 20e siècle, le rôle joué par les travailleurs et les travailleuses immigrées n’est-il pas lui aussi occulté ? Or des dizaines de milliers de saisonniers et de saisonnières ont contribué à construire plusieurs « cités-satellites », de grandes infrastructures du canton, d’imposants bâtiments de la Genève internationale et participé à l’expansion de l’hôtellerie-restauration et de l’agriculture genevoises.

Fruit d’une motion du Conseil Municipal de la Ville de Genève, l’exposition Nous, saisonniers, saisonnières… Genève 1931-2019 leur rend hommage.

Associant des approches historique, mémorielle et artistique, l’exposition témoigne des dures conditions de vie et de travail que la Suisse a réservées aux personnes détentrices d’un permis A. Elle ravive les enjeux d’un épisode controversé de l’histoire de ce pays.

Afin de reconfigurer les modes de partage de la mémoire, l’exposition recourt à plusieurs formes de narration construites au travers de documents historiques, d’archives personnelles, d’interventions artistiques et de récits filmés produits pour l’occasion. Elle donne voix aux saisonniers et saisonnières, ainsi qu’aux travailleurs et travailleuses migrantes d’aujourd’hui.

Le retour opéré sur l’ensemble de ces histoires est d’autant plus important que leurs enjeux sont plus que jamais d’actualité. En témoignent les conflits entre l’Union européenne et la Suisse sur les conditions de travail dans ce pays, de même que la fragilité des conditions d’existence des sans-papiers, entre autres personnes en situation précaire. Évoquer ce passé et les situations qui lui font écho, c’est aussi tenter de développer un autre regard sur les migrations d’hier et d’aujourd’hui. » Lien

Visite guidée

Ce dimanche matin, la foule réunie au Commun – espace d’exposition d’une ancienne usine dans laquelle ont travaillé des saisonniers – pour participer aux visites guidées a surpris les organisateurs…

 

… qui n’ont pas ménagé leurs connaissances pour nous présenter l’exposition, divisée en deux parties.

Une première partie « politique » qui revient sur  l’histoire du permis A, son évolution, les débats et les campagnes qui l’ont entouré, les tentatives de division des ouvriers autochtones et immigrés, la convergence des luttes ouvrière, féministe et immigrée, une certaine solidarité genevoise, les positions des différents acteurs ou encore la dynamique politique-économique-syndicats. Autant d’infos qui offrent un troublant écho aux actualités et permettent de mettre en perspective les enjeux politiques contemporains et de questionner notre attitude face à l’Europe, la libre circulation et la future votation initiée par l’UDC.

 

Une deuxième partie qui revient sur le parcours du saisonnier, depuis la rédaction de la lettre de motivation, au départ du village d’origine, en passant par le système des passeurs, la visite médicale à l’arrivée, les rudimentaires conditions d’habitation (avec des photographies de Carouge ou du Foyer des Tattes), les allers-retours au pays, la solitude du déraciné, les enfants cachés, enfin le paradoxe entre la Suisse affichée et les conditions de vie et de travail des ouvriers qui ne touchent pas aux fruits de la croissance spectaculaire qu’ils contribuent à créer.

 

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Échos glocaux. Voi(es)x du peuple

Après l’élection du Parlement européen en mai, les élections fédérales helvétiques furent une nouvelle occasion de prendre le pouls populaire contemporain.

Chapitre I – Printemps – Élections européennes

Pas de tsunami populiste. La Droite pro-UE reste première dans l’hémicycle.

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Chapitre II – Automne – Élections fédérales en Suisse

« Poussée verte, recul de la droite: la nouvelle carte politique de la Suisse » à découvrir ici

A Genève, les Verts deviennent le premier parti du canton. Pour les détails

Conclusion : un peuple qui en a assez de ceux qui en ont marre ?

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Seuil, août 2019, 112 pages

Le populisme est le produit de deux secousses telluriques. Premier séisme : la montée d’un immense ressentiment contre les partis et les institutions politiques. Face à l’échec de la droite et de la gauche à contenir les excès du capitalisme, la radicalité « anti-système » a brisé les compromis que l’un et l’autre camps étaient parvenus à édifier. Deuxième séisme : la fin de la société de classes, au profit d’une société d’individus pensant leur position sociale en termes subjectifs. Une nouvelle polarité en résulte, qui sépare les « confiants » des « méfiants » envers autrui. La droite populiste surgit au croisement d’une double méfiance – à l’égard des institutions politiques et à l’égard de la société. Elle prospère sur le désenchantement démocratique, tout en renouvelant le clivage gauche-droite. Fondé sur des données inédites, cet ouvrage se révèle essentiel pour comprendre le présent et l’avenir des sociétés démocratiques. Lien

Ici Genève. SEP, Share their stories

Au coeur du Vieux Carouge, SEP crée du lien, raconte des histoires à travers des vêtements et des accessoires brodés confectionnées par des artistes réfugiées en Jordanie. N’hésitez pas à pousser la porte de leur boutique de la Rue Vautier, vous y trouverez forcément keffiyeh à votre cou…

What story is hanging in your closet ?

Des vêtements qui racontent une histoire. Une mode éthique. Une mode qui fait du sens. Une mode qui crée du lien. Un circuit transnational « court ». Des pièces uniques, stylées, à mixer pour afficher un look singulier.

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Through design, artists tell stories.

Through fashion, people share the stories they believe in.

Through SEP, artists who are refugees give you the platform to tell their story.

It is not just any story. It is not even one story. SEP pieces each tell a story. Stories seeped in history, geography, identity and survival. Stories that allow us to reflect on and understand who we are and where we come from. Stories that inspire us.

oznorSEP creations blend Middle Eastern cross-stitch craftmanship, passed down from generation to generation, with contemporary Italian style. They are distinguished by their intricate embroidery, geometric patterns and sophisticated design. More importantly, they are one-of-a-kind pieces in that every stitch tells a story, and no two pieces look the same.

SEP gives you access to beautiful hand-embroidered lifestyle accessories, allowing you to empower talented artists with personal, economic and professional ability.

Join the SEP movement to empower, not pity.

Toutes les infos icisepjordan.com

 

Ici Genève. Portraits

A l’initiative de l’Hospice général, #VisàGE propose des portraits de Genevois qui oeuvre pour une Genève ouverte, avec la volonté de montrer les différents visages de l’intégration.

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Nous lançons une série de portraits intitulée #VisàGE, pour « visage » mais aussi pour « je vis à Genève ».

Cette série est née de la volonté de montrer les différents visages de l’intégration au sein de notre canton. Qu’il s’agisse de personnes ayant parcouru un bout de chemin avec nous, d’employeurs engagés ou encore de citoyens bénévoles, tous œuvrent à leur manière pour une Genève plus ouverte.

#VisàGE sera diffusé régulièrement sur nos différentes plateformes. Afin de rendre compte de la diversité des personnes rencontrées, les portraits pourront se présenter sous de multiples formes : vidéos, photos ou articles.

Tous les visages sont à découvrir ici

Highlight. Rentrée littéraire 2019

Pour Elisabeth Philippe de l’Obs, cette rentrée littéraire est marquée par la revanche de la France périphérique. Dans ce cru il est question de réappropriation du Territoire donc, de femmes, of course, d’identité ça va de soi, d’exil, de mouvement encore, de bâtards toujours, de Méditerranée enfin. Micro sélection.

LOIN. Alexis Michalik. Albin Michel, 656 pages

MICHALIK« Comment avoir l’audace de prétendre être en vie si l’on vit sans oser ? »

Tout commence par quelques mots griffonnés au dos d’une carte postale : « Je pense à vous, je vous aime ». Ils sont signés de Charles, le père d’Antoine, parti vingt ans plus tôt sans laisser d’adresse. Avec son meilleur ami, Laurent, apprenti journaliste, et Anna, sa jeune sœur complètement déjantée, Antoine part sur les traces de ce père fantôme. C’est l’affaire d’une semaine, pense-t-il… De l’ex-Allemagne de l’Est à la Turquie d’Atatürk, de la Géorgie de Staline à l’Autriche nazie, de rebondissements en coups de théâtre, les voici partis pour un road movie généalogique et chaotique à la recherche de leurs origines insoupçonnées. Alexis Michalik a décidément le goût de l’aventure : après  le succès phénoménal d’Edmond, le comédien, metteur en scène et dramaturge couronné par cinq Molières, nous embarque à bord d’un premier roman virevoltant, drôle et exaltant. Albin Michel
LE GHETTO INTÉRIEUR. Santiago H. Amigorena. P.OL., 192 pages

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Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question : que se passe-t-il dans cette Europe qu’ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt ? Difficile d’interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l’un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle ? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : « Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l’intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager. » Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C’était l’arrière-grand-mère de l’auteur.

Santiago H. Amigorena raconte le « ghetto intérieur » de l’exil. La vie mélancolique d’un homme qui s’invente une vie à l’étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l’auteur qui écrit aujourd’hui : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai commencé un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Ce roman est l’histoire de l’origine de ce silence. P.O.L.

 

TOUS TES ENFANTS DISPERSÉS. Beata Umubyeyi Mairesse. Autrement, 256 pages

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Peut-on réparer l’irréparable, rassemble ceux que l’histoire a dispersés ? Blanche, rwandaise, vit à Bordeaux après avoir fui le génocide des Tutsi de 1994. Elle a construit sa vie en France, avec son mari et son enfant métis Stokely. Mais après des années d’exil, quand Blanche rend visite à sa mère Immaculata, la mémoire douloureuse refait surface. Celle qui est restée et celle qui est partie pourront-elles se parler, se pardonner, s’aimer de nouveau ? Stokely, lui, pris entre deux pays, veut comprendre d’où il vient.
Ode aux mères persévérantes, à la transmission, à la pulsion de vie qui anime chacun d’entre nous, Tous tes enfants dispersés porte les voix de trois générations tentant de renouer des liens brisés et de trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui. Ce premier roman fait preuve d’une sensibilité impressionnante et signe la naissance d’une voix importante.
Autrement

MUR MÉDITERRANÉE. Louis-Philippe Dalembert. Sabine Wespieser Éditeur, 336 p

murméditerrannéeÀ Sabratha, sur la côte libyenne, les surveillants font irruption dans l’entrepôt des femmes. Parmi celles qu’ils rudoient, Chochana, une Nigériane, et Semhar, une Érythréenne. Les deux se sont rencontrées là après des mois d’errance sur les routes du continent. Depuis qu’elles ont quitté leur terre natale, elles travaillent à réunir la somme qui pourra satisfaire l’avidité des passeurs. Ce soir, elles embarquent enfin pour la traversée. Un peu plus tôt, à Tripoli, des familles syriennes, habillées avec élégance, se sont installées dans des minibus climatisés. Quatre semaines déjà que Dima, son mari et leurs deux fillettes attendaient d’appareiller pour Lampedusa. Ce 16 juillet 2014, c’est le grand départ. Ces femmes aux trajectoires si différentes – Dima la bourgeoise voyage sur le pont, Chochana et Semhar dans la cale – ont toutes trois franchi le point de non-retour et se retrouvent à bord du chalutier unies dans le même espoir d’une nouvelle vie en Europe. Dans son village de la communauté juive ibo, Chochana se rêvait avocate avant que la sécheresse ne la contraigne à l’exode ; enrôlée, comme tous les jeunes Érythréens, pour un service national dont la durée dépend du bon vouloir du dictateur, Semhar a déserté ; quant à Dima, terrée dans les caves de sa ville d’Alep en guerre, elle a vite compris que la douceur et l’aisance de son existence passée étaient perdues à jamais.
Sur le rafiot de fortune, l’énergie et le tempérament des trois protagonistes – que l’écrivain campe avec humour et une manifeste empathie – leur seront un indispensable viatique au cours d’une navigation apocalyptique. S’inspirant de la tragédie d’un bateau de clandestins sauvé par le pétrolier danois Torm Lotte pendant l’été 2014, Louis-Philippe Dalembert, à travers trois magnifiques portraits de femmes, nous confronte de manière frappante à l’humaine condition, dans une ample fresque de la migration et de l’exil. SWÉditeur

LE COEUR DE L’ANGLETERRE. Jonathan Coe. Gallimard, 560 pages

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Comment en est-on arrivé là? C’est la question que se pose Jonathan Coe dans ce roman brillant qui chronique avec une ironie mordante l’histoire politique de l’Angleterre des années 2010. Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux émeutes de Londres en 2011, de la fièvre joyeuse et collective des jeux Olympiques de 2012 au couperet du référendum sur le Brexit, Le cœur de l’Angleterre explore avec humour et mélancolie les désillusions publiques et privées d’une nation en crise. Dans cette période trouble où les destins individuels et collectifs basculent, les membres de la famille Trotter reprennent du service. Benjamin a maintenant cinquante ans et s’engage dans une improbable carrière littéraire, sa sœur Lois voit ses anciens démons revenir la hanter, son vieux père Colin n’aspire qu’à voter en faveur d’une sortie de l’Europe et sa nièce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce. Au fil de cette méditation douce-amère sur les relations humaines, la perte et le passage inexorable du temps, le chantre incontesté de
l’Angleterre questionne avec malice les grandes sources de crispation contemporaines : le nationalisme, l’austérité, le politiquement correct et les identités. Dans la lignée de Bienvenue au club et du Cercle fermé, Le cœur de l’Angleterre est le remède tout trouvé à notre époque tourmentée. Gallimard

ICI N’EST PLUS ICI. Tommy Orange. Albin Michel, 352 pages9782226402905-xÀ Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux. Débordant de rage et de poésie, ce premier roman, en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, impose une nouvelle voix saisissante, véritable révélation littéraire aux États-Unis. Ici n’est plus a été consacré
« Meilleur roman de l’année » par l’ensemble de la presse américaine. Finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award, il a reçu plusieurs récompenses prestigieuses dont le PEN/Hemingway Award. Albin Michel

MÉCHANTES BLESSURES. Abd Al Malik. Plon, 224 pages

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Méchantes blessures est un roman qui, avec poésie, analyse le rêve de faire peuple d’une certaine jeunesse française éprise de culture et issue des banlieues et de l’immigration.
Et si notre vie n’était que le résultat d’une succession de traumatismes ? Et si tout ce qui est vrai pour un être l’était également pour une ville, un pays ou un continent ? Alors les différentes blessures qu’inflige l’existence aux individus s’apparenteraient aux crises que connaissent de tout temps les nations.
Kamil n’est pas seulement un rappeur esthète, musulman et noir aux racines congolaises, né à Strasbourg et assasssiné à Washington, en plein jour, dans le parking d’une boîte de strip-tease, il est aussi l’incarnation d’une certaine idée du génie français. Méchantes blessures raconte la vie et la mort de ce Français du XXIe siècle.
Dans ce récit subtilement tissé, entre roman noir, conte philosophique et spirituel, Abd Al Malik imprègne durablement l’esprit et transmet par son écriture sa vision d’un avenir commun.
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ÉLOGE DES BÂTARDS. Olivia Rosenthal. Gallimard. 336 pages

élogebâtards«Un ange aurait pu passer s’il y avait encore eu des anges.»
Dans Éloge des bâtards, nous suivons neuf personnages entrés en désobéissance. Face au pressant danger qui les menace, ils vont, contre toute attente et cinq nuits durant, remonter aux origines de leur propre histoire, et ainsi sceller entre eux de nouveaux liens. Avec ce roman conçu comme une chambre d’échos, Olivia Rosenthal réhabilite la puissance empathique et subversive de la parole. Gallimard

LA MER A L’ENVERS. Marie Darrieussecq. P.O.L, 256 pages

MERAL'ENVERSRien ne destinait Rose, parisienne qui prépare son déménagement pour le pays Basque, à rencontrer Younès qui a fui le Niger pour tenter de gagner l’Angleterre. Tout part d’une croisière un peu absurde en Méditerranée. Rose et ses deux enfants, Emma et Gabriel, profitent du voyage qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Libye, le bateau d’agrément croise la route d’une embarcation de fortune qui appelle à l’aide. Une centaine de migrants qui manquent de se noyer et que le bateau de croisière recueille en attendant les garde-côtes italiens. Cette nuit-là, poussée par la curiosité et l’émotion, Rose descend sur le pont inférieur où sont installés ces exilés. Un jeune homme retient son attention, Younès. Il lui réclame un téléphone et Rose se surprend à obtempérer. Elle lui offre celui de son fils Gabriel. Les gardecôtes italiens emportent les migrants sur le continent. Gabriel, désespéré, cherche alors son téléphone partout, et verra en tentant de le géolocaliser qu’il s’éloigne du bateau. Younès l’a emporté avec lui, dans son périple au-delà des frontières. Rose et les enfants rentrent à Paris. Le fil désormais invisible des téléphones réunit Rose, Younès, ses enfants, son mari, avec les coupures qui vont avec, et quelques fantômes qui chuchotent sur la ligne… Rose, psychologue et thérapeute, a aussi des pouvoirs mystérieux. Ce n’est qu’une fois installée dans la ville de Clèves, au pays basque, qu’elle aura le courage ou la folie d’aller chercher Younès, jusqu’à Calais où il l’attend, très affaibli. Toute la petite famille apprend alors à vivre avec lui. Younès finira par réaliser son rêve : rejoindre l’Angleterre. Mais qui parviendra à faire de sa vie chaotique une aventure voulue et accomplie ? P.OL.

ROUGE IMPÉRATRICE. Leonora Miano. Grasset, 608 pages

rougeimpératriceLe lieu  : Katiopa, un continent africain prospère et autarcique, presque entièrement unifié, comme de futurs Etats-Unis d’Afrique, où les Sinistrés de la vieille Europe sont venus trouver refuge. L’époque  : un peu plus d’un siècle après le nôtre. Tout commence par une histoire d’amour entre Boya, qui enseigne à l’université, et Illunga, le chef de l’Etat. Une histoire interdite, contre-nature, et qui menace de devenir une affaire d’Etat.
Car Boya s’est rapprochée, par ses recherches, des Fulasi, descendants d’immigrés français qui avaient quitté leur pays au cours du XXIème siècle, s’estimant envahis par les migrants. Afin de préserver leur identité européenne, certains s’étaient dirigés vers le pré carré subsaharien où l’on parlait leur langue, où ils étaient encore révérés et où ils pouvaient vivre entre eux. Mais leur descendance ne jouit plus de son pouvoir d’antan  : appauvrie et dépassée, elle s’est repliée sur son identité. Le chef de l’Etat, comme son Ministre de l’intérieur et de la défense, sont partisans d’expulser ces populations inassimilables, auxquelles Boya préconise de tendre la main. La rouge impératrice, ayant ravi le cœur de celui qui fut un des acteurs les plus éminents de la libération, va-t-elle en plus désarmer sa main  ? Pour les «  durs  » du régime, il faut à tout prix séparer ce couple… Grasset

RHAPSODIE DES OUBLIÉS. Sofia Aouine. Éditions de la Martinière, 208 pages

rhapsodieoubliés« Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Leon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans. »

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui. Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin. Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant. La Martinière

PAR LES ROUTES. Sylvain Prudhomme. Gallimard, 304 pages

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« J’ai retrouvé l’autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l’ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m’avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J’ai frappé à sa porte. J’ai rencontré Marie. » Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l’amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles. Gallimard

CEUX QUI PARTENT. Jeanne Benameur. Actes Sud, 336 pages

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Tout ce que l’exil fissure peut ouvrir de nouveaux chemins. En cette année 1910, sur Ellis Island, aux portes de New York, ils sont une poignée à l’éprouver, chacun au creux de sa langue encore, comme dans le premier vêtement du monde. Il y a Donato et sa fille Emilia, les lettrés italiens, Gabor, l’homme qui veut fuir son clan, Esther, l’Arménienne épargnée qui rêve d’inventer les nouvelles tenues des libres Américaines. Retenus un jour et une nuit sur Ellis Island, les voilà confrontés à l’épreuve de l’attente. Ensemble. Leurs routes se mêlent, se dénouent ou se lient. Mais tout dans ce temps sus pendu prend une intensité qui marquera leur vie entière. Face à eux, Andrew Jónsson, New-Yorkais, père islandais, mère fière d’une ascendance qui remonte aux premiers pionniers. Dans l’objectif de son appareil, ce jeune photographe amateur tente de capter ce qui lui échappe depuis toujours, ce qui le relierait à ses ancêtres, émigrants eux aussi. Quelque chose que sa famille riche et oublieuse n’aborde jamais. Avec lui, la ville-monde cosmopolite et ouverte à tous les progrès de ce XXe siècle qui débute.
L’exil comme l’accueil exigent de la vaillance. Ceux qui partent et ceux de New York n’en manquent pas. À chacun dans cette ronde nocturne, ce tourbillon d’énergies et de sensualité, de tenter de trouver la forme de son exil, d’inventer dans son propre corps les fondations de son nouveau pays. Et si la nuit était une langue, la seule langue universelle ? Actes Sud

Ici Genève. Ô Vives à Vous ?! Adios La Bodega…

Durant tout l’été, La Ville est à Vous organise des fêtes de rues dans les différents quartiers de la cité. Escale à celle des Eaux-Vives, pour la suite de notre Chronique d’une Gentrification. L’occasion de sonder l’avancée des « festivités »…

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Ô VIVES A VOUS ! Vraiment ?

Entre les vitrines des tout derniers cafés branchés et les bâtiments en « réhabilitation« , place aux vides-greniers…

… et à la mixité sociale, âme du quartier.

Subsiste une atmosphère populaire aux Eaux-Vives, malgré la gentrification en mode TGV … mais pour combien de temps ?

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Gentrification chapitre « loin d’être le dernier« … Août 2019… La Bodega cède le pavé à The Hamburger Fondation… Une page est définitivement tournée…

cof

 

 

Ici Genève. NO’PHOTO

Escale à NO’PHOTO, deuxième édition de la Biennale de la photographie de Genève. Du 21 septembre au 5 octobre 2019 à travers la ville.

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« Une nouvelle dimension est donnée à la deuxième édition de NO’PHOTO, biennale de la photographie à Genève, avec plus d’une centaine de photographies dans une vingtaine de lieux. Deux semaines permettent de découvrir des images qui questionnent, qui documentent, qui portraiturent, qui observent, qui rendent compte, qui racontent. La photographie est exposée, projetée, de forme inédite et mise en débat. » (dossier présentation). Toutes les informations ici

Michel Bührer. Babel à New York. Esplanade Wilsdorf.

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Highlight. Localier genevois

« Un journaliste dans sa ville. Le plein air lui sert de lieu de travail. Du matin au soir, il arpente les marges de l’actualité courante, déambule dans les rues à la rencontre des gens, sillonne les quartiers à bicyclette…

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Editions Labor et Fides, 2019

… Aux communicants qui rêvent de faire la pluie et le beau temps, il préfère les ciels gris et les aubes incertaines. Son journal a fait de lui un localier, après l’avoir employé pendant longtemps comme chroniqueur culturel. On le cherche, il est au Palais de Justice, à écouter la vraie vie en procès. On le cherche toujours, il est en conversation avec un sans-abri ; puis au bord du fleuve, en train de confesser le plaisir des baigneurs en eau vive, adeptes comme lui de la nage à contrecourant. On le cherche encore, il est dans une maison de retraite, à fêter l’anniversaire d’une centenaire.

Jusqu’à l’heure du bouclage, il couvre les embardées de la nature, les chutes d’arbres et les caves inondées, les gestes qui sauvent et les mauvaises nouvelles. Le malheur des gens est au bout de la rue. C’est le moment de sortir sa carte de presse : « Racontez-moi… » Lien éditeur

Ici Genève. Fête de l’Olivier

Ce week-end escale à la Fête de l’Olivier, qui célèbre les 40 ans de la Librairie l’Olivier dans le cadre du 4ème Festival des Musiques arabes et méditerranéennes. Rendez-vous du 20 au 22 septembre à l’Alhambra de Genève.

Vendredi à l’Alhambra Françoise Flore Atlan et l’orchestre Fouad Didi chantent l’esprit de Cordoue tandis que le Sary et Ayad Khalifé Quartet nous font découvrir leur projet mêlant jazz, musique traditionnelle orientale et musique classique.

Vendredi à l’Alhambra on fête l‘Institut des Cultures Arabes & Méditerranéennes et on rend hommage à Alain Bittar, un Genevois bâtisseur de ponts.

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« L’ICAM est un espace non confessionnel pour valoriser le pluralisme des identités de Genève à travers une meilleure connaissances des cultures arabes et méditerranéennes » Concerts, expositions, librairie, rencontres, conférences. Venez rêver, laissez-vous transporter, partager un brunch, découvrir des sons aux influences multiples, des artistes oniriques et novateurs. Lien

Ici Genève. La « Quinzaine »

Du 16 septembre au 6 octobre, la sixième édition de la Quinzaine de l’Urbanisme se décline en trois temps forts à travers trois lieux. « Lire & écrire l’architecture » dédié à la culture du bâti au Pavillon Sicli, « Explore – Festival de la ville de demain » à l’Usine Parker et « Lancy avant demain » à la Grange Navazza. Expositions, conférences, ateliers, débats pour penser, inventer, explorer la ville de demain… Programme foisonnant, choix forcément frustrant…

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Du coup le mien s’est porté sur l’atelier « Local, Regional, Global : La mobilité dans la ville-monde. » Organisé notamment par le bureau de sciences sociales Mobil’Homme et le collectif URBZ, spécialisé dans la programmation urbaine et la gouvernance participative.

« Comment la ville compacte, la ville intelligente et démocratique répond-elle au niveau local à des changements et des enjeux qui se jouent à l’échelle globale ? »

Découvrez le menu complet ici qui éclaire sur les mutations à l’oeuvre dans notre cité, les nouveaux quartiers ou le nouveau train. Qui propose également de « Penser le Grand Genève« , « Faire ville ensemble« , « Construire des futurs souhaitables pour Genève« .

 

Ici Genève. Un samedi ordinaire…

14 septembre 2019. Un samedi ordinaire pour la cité de Jean, Jean-Jacques et Henri qui trouve toujours pléthore d’événements à célébrer, de causes à mettre en lumière. Aujourd’hui projecteurs sur la frontière, la planète et la solidarité.

Festival Alternatiba – Parc des Bastions 10h-19h

Fête sans frontière – douane de Moilesulaz – 10h – 21h

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Les villes de Thônex et de Gaillard s’associent pour fêter l’extension du tram jusqu’à Annemasse ainsi que la construction de la nouvelle plateforme douanière de Moillesulaz! Toutes les infos ici

Manifestation SOS Méditerranée – Place de Sardaigne, Carouge – dès 16h

sos méd

 

Highlight. One emerging from a point of view

Can two women cross paths and yet never meet? Collapsing the boundaries between documentary and fiction, Wu Tsang presents a video installation – commissioned by the Fast Forward Festival 6 – that offers a different take on the phenomenon of migration. Taken together with the performance “Sudden Rise at a Given Tune”, the two works enter into dialogue to create subversive images of contemporary reality.

wutsang

In “One Emerging from a Point of View” (2019), the artist continues an ongoing exploration of a “third” space between two overlapping video projections, focusing on this overlap to create visual entanglement. As images cut and bleed into each other, two disparate narratives intertwine through synchronised camera choreography. Set on the northeastern shore of Lesbos, Greece, the work revolves around a scenario in which two women cross paths three years ago – although they never met. One is a young woman from Morocco (Yassmine Flowers), who arrives in Athens after many months of travel through Turkey and Lesbos’ Moria camp. The other is a photojournalist (Eirini Vourloumis), who is assigned to document the “crisis” and becomes personally involved with the fishing village of Skala Sikamineas, where locals have been first responders to the mass influx of refugees coming mostly from Syria, Iraq, Afghanistan, and North Africa. (Text originally published for Sharjah Biennial 14, courtesy Sharjah Art Foundation.) Lien