Highlight. One emerging from a point of view

Can two women cross paths and yet never meet? Collapsing the boundaries between documentary and fiction, Wu Tsang presents a video installation – commissioned by the Fast Forward Festival 6 – that offers a different take on the phenomenon of migration. Taken together with the performance “Sudden Rise at a Given Tune”, the two works enter into dialogue to create subversive images of contemporary reality.

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In “One Emerging from a Point of View” (2019), the artist continues an ongoing exploration of a “third” space between two overlapping video projections, focusing on this overlap to create visual entanglement. As images cut and bleed into each other, two disparate narratives intertwine through synchronised camera choreography. Set on the northeastern shore of Lesbos, Greece, the work revolves around a scenario in which two women cross paths three years ago – although they never met. One is a young woman from Morocco (Yassmine Flowers), who arrives in Athens after many months of travel through Turkey and Lesbos’ Moria camp. The other is a photojournalist (Eirini Vourloumis), who is assigned to document the “crisis” and becomes personally involved with the fishing village of Skala Sikamineas, where locals have been first responders to the mass influx of refugees coming mostly from Syria, Iraq, Afghanistan, and North Africa. (Text originally published for Sharjah Biennial 14, courtesy Sharjah Art Foundation.) Lien

Highlight. Vilnius, Paris, Londres

Dans Vilnius, Paris, Londres, Andreï Kourkov nous parle de Circulation européenne. De rêves, de mobilité, d’Eldorado et de désenchantement. D’un espace commun qui ne suscite aujourd’hui plus l’adhésion. Vilnius, Paris, Londres raconte juste l’histoire d’aventuriers européens qui fêtent Schengen et veulent juste circuler. Rien de plus banal que le mouvement. Juste un soir. Juste une histoire qui se joue aux dés. Rien de définitif là-dedans. Vilnius, Paris, Londres, un portrait de la jeunesse européenne qui s’inscrit dans la veine du magnifique « Europe, She Loves« .

Wet Eye Glasses

« C’est la fin des gardes-frontière et des contrôles de passeports, un immense espoir pour un pays minuscule: le 21 décembre 2007, à minuit, la Lituanie intègre enfin l’espace Schengen. Comme beaucoup de leurs compatriotes, trois couples se lancent dans la grande aventure européenne. Ingrida et Klaudijus tenteront leur chance à Londres. Barbora et Andrius à Paris. Et si Renata et Vitas restent dans leur petite ferme à Anyksciai, eux aussi espèrent voir souffler jusqu’à l’Est le vent du changement. Mais l’Europe peut-elle tenir ses promesses de liberté et d’union ? Estampillés étrangers, bousculés par des habitudes et des langues nouvelles, ces jeunes Lituaniens verront l’eldorado s’éloigner de jour en jour. Kukutis, un vieux sage qui traverse l’Europe à pied, le sait bien, lui : « Peu importe la ville où l’on veut atterrir, c’est le voyage lui-même qui est la vie. » Dans ce roman tour à tour drôle, tendre et mélancolique, Kourkov donne un visage à tous les désenchantés du rêve européen. » Lien éditeur

Vilnius, Paris, Londres raconte les Villes-Monde et les périphéries. La recherche de la bonne place entre eldorados saturés et territoires de la nation. Vilnius, Paris, Londres raconte l’histoire d’une initiation géographique, une histoire d’allers-retours et de stratégies. De stratégies géographiques et identitaires.

Vilnius, Paris, Londres raconte l’Europe d’avant et le destin des anciens, comme Kukutis et son « coeur-planisphère » à qui la guerre a coupé les jambes. Qui depuis refuse de se définir d’un État-nation auquel il préfère la région. Après l’oubli délibéré et l’invention d’un nouveau soi chez la Maison Golden, l’appartenance régionale, encore une option pour s’identifier.

Vilnius, Paris, Londres raconte l’errance perpétuelle. La barrière des langues. Les destins singuliers de héros ordinaires dans une Europe si brassée qu’on y confectionne du  « Made in Britain » qu’aucun Britannique ne fabrique de près ou de loin (408).

 Extraits

« Il s’étonna et réfléchit à l’équilibre. A l’équilibre de la circulation des voitures et des hommes. Quand cet équilibre existait, tout marchait bien dans le monde. Cent véhicules allaient d’Allemagne en Pologne, et cent de Pologne en Allemagne, un Kukutis lituanien arrivait dans un village polonais tandis qu’un Kukutis polonais atterrissait par hasard dans une ferme de Lituanie. Ainsi devaient être les choses, et ainsi sûrement étaient-elles, mais personne ne voyait rien de ce mouvement car personne ne pouvait observer d’en haut avec autant d’attention ce qui se passait en bas sur Terre. » (104)

« Belleville, vite devenu familier, réjouissait l’oeil de ses enseignes en chinois et en arabe. Toutes les vitrines étaient allumées alors que la plupart des boutiques étaient déjà fermées. Des représentants de l’Internationale parisienne – Indiens, Africains, Arabes, Vietnamiens – faisaient la queue devant un cybercafé où l’on pouvait téléphoner sans se ruiner dans le monde entier. »

« (…) une grande ville… – Dans laquelle la moitié des vitrines des magasins de la rue principale est barrée de bandes de papier collées en croix. Comme dans un film de guerre ! » (387)

« Et si cette nuit-là, ce fameux 20 décembre dans la petite maison de Renata, (…) ils avaient décidé d’émigrer tous ensemble dans le même pays, la même ville ? Peut-être qu’alors tout serait différent à présent, et surtout plus gai. Pourquoi s’étaient-ils dispersés ? Pourquoi chacun voulait partir dans « son » pays, dans « sa » ville ? Pourquoi l’idée ne leur était-elle même pas venue de partir ensemble ? (…) Il appréciait certes sa solitude lituanienne, sa propre réserve, la distance savante qu’il maintenait avec cette Angleterre indifférente et polie. » 409

« – Je ne suis pas allemand non plus, rétorqua le vieillard. / – Les Allemands ont souvent honte d’avouer qu’ils sont allemands, affirma l’homme sur un ton de reproche. Ils s’inventent tout de suite des nationalités particulières. L’un se dit bavarois, le deuxième silésien, le troisième souabe. / – Eh bien moi, je suis lituanien. / – Ah voilà, le quatrième se dit lituanien !  » Le conducteur fronça les sourcils tandis qu’un sourire méprisant s’esquissait sur ses lèvres. Kukutis haussa les épaules. « Très bien, continua-t-il d’une voix grinçante. Dans ce cas, je vais vous dire la vérité. En fait, je suis samogitien. / – Vous êtes quoi ? / – Samogitien, de Samogitie, expliqua Kukutis avec impatience. Mais quand je suis attablé dans une brasserie avec un Sudovien, un Aukstaitien, un Tuteisien et un Dzükijen, au moment de lever nos verres, nous disons : « Nous, Lituaniens, savons boire mieux que les Allemands et chanter plus joyeusement que les Polonais! » (412)

« Je ne vous recommande pas de rentrer en Lituanie je parle seulement de Paris. Lille est aussi une grande ville. C’est toujours la France, peuplée de Français, mais la vie y est beaucoup moins chère et plus facile qu’ici. Peut-être réussirez-vous à y trouver votre place ? (422)

« Tout le monde veut vivre dans le Sud, au bord de la mer, quelque part entre Nice et Cannes. J’y ai vécu moi aussi. Mais il n’y a pas de travail là-bas. Le travail se trouve toujours ou presque dans le Nord où beaucoup ne voudraient pas vivre mais vivent néanmoins. Si j’étais prêt à tout et si j’avais vingt ans, je laisserais tout tomber, je filerais sur la Côte d’Azur, je prendrais le risque… Mais je serais sûrement bien de retour. Dans le Nord, au moins, il y a du travail. Il faut faire dans la vie ce qu’on aime et à l’endroit où l’on vit ! C’est l’idéal… » (428)

« Nous devons rentrer à la maison, reprit Andrius à voix basse quand il eut rassemblé ses idées. A la maison, en Lituanie. Nous passerons là-bas un peu de temps, peut-être une année. Nous mettrons l’enfant au monde, nous apprendrons le français, nous gagnerons de l’argent. Et alors nous pourrons revenir à Paris. Nous savons maintenant comment c’est ici… Nous aurons plus d’expérience ! » (424)

« Les gens de chez nous n’ont pas l’habitude de partir à l’étranger, expliqua-t-il. Ils restent au pays et ils boivent. Puis ils se pendent, victimes de dépression. Nous occupons la première place dans le monde en nombre de suicides. » (439)

 » (…) je n’ai jamais parlé encore avec un Anglais par ici, je n’en ai même jamais rencontré. Rien que des Roumains, des Polonais, des Bulgares, des Lituaniens… » « Moi non plus, déclara-t-il. Nous sommes là depuis décembre, et pas un seul Anglais. » (440)

« Moi, un putain d’Anglais ? s’indigna l’homme. Je suis irlandais, de Cork! » (441)

« La mère de Philippe disait que Paris, ce n’est pas la France. » (444)

« Nous sommes partis ensemble, vois-tu. Tous nos amis et parents le savent. Ce serait bizarre de rentrer seul à la maison, non ? Même si j’en ai envie… Mais ce n’est que le mal du pays. C’est mieux ici de toute façon, ici on a des chances… Des chances de quoi ? Dieu seul le sait ! Des chances diverses et inattendues. Je n’aurais jamais imaginé que je deviendrais jardinier ou que je fabriquerais des cages pour des bestioles comme toi ! » (462)

« Qu’allaient-ils devenir là-bas, si ce nonagénaire acceptait de les employer chez lui ? Bon d’accord, ils iraient faire les courses, s’occuperaient du ménage, cireraient les planchers, prépareraient les repas, laveraient son linge. Mais était-ce bien là ce pour quoi ils avaient quitté Vilinius ? Ce pour quoi ils avaient émigré à Paris ? » (470)

« Elle l’avait conduit à Londres et avait fait de lui un émigré. Elle l’avait conduit dans le Surrey, au manoir Mr Krawec, et converti en jardinier. Puis elle l’avait changé en expert ès fabrication de cages à lapins. C’était dément ! » (481)

« Nous ne sommes plus en Lituanie où l’on peut s’enterrer dans une bicoque au milieu de la forêt d’Anyksciai et attendre docilement d’être vieux. Nous sommes en Angleterre, nous sommes en guerre. En guerre pour un avenir heureux.«  (433)

« A ce souvenir, ils convinrent tous les deux que le temps en France filait mille fois plus vite qu’en Lituanie, et que c’était sans doute la raison pour laquelle il leur semblait vivre depuis des années ici, au milieu des Français, déménageant de place en place en quête de stabilité et de bonheur. (…) il lui vint un rêve fragile, fuyant, dans lequel une balle de basket passait de main en main, sans jamais atteindre le panier. Et dans cette balle, il se reconnut. » (491)

« Que lui avait-elle dit alors ? Qu’il devait changer et commencer par se choisir un nouveau nom ? Quelle bêtise ! Perdre son nom, n’était-ce pas se perdre soi-même ? Perdre ses souvenirs, son caractère, ses sentiments, sa patrie, si ronflant soit ce mot ? » (495)

« Plus Andrius se familiarisait avec Farbus et ses environs immédiats, plus cruellement il ressentait l’incongruité de sa présence en ces lieux. » (506)

« Où ai-je donc échoué ? songea-t-il. Nous étions partis pour Paris, là où la vie bouillonne et où on ne s’ennuie pas. Là où on peut gagner sa vie et être heureux. Et nous nous retrouvons dans un cimetière ! » (512)

« Et quand il vit le train à grande vitesse Thalys et entendit l’annonce du mot Amsterdam, il se sentit à nouveau comme à Paris, dans une ville où on se sentait vivre. » (524)

– Et avant Londres ? insista Klaudijus, désireux de creuser jusqu’aux racines, jusqu’à sa véritable patrie. « Vous devez avoir résidé longtemps à Londres pour parler aussi bien l’anglais ! » « Je suis né à Londres, déclara-t-il avec véhémence. Je suis anglais ! » (539)

« Il se prit à méditer sur la France et se sentit floué : c’était comme si le pays l’avait invité à venir, pour le rejeter ensuite à peine arrivé. » (542)

« Aussi n’était-il resté à Andrius que le rêve. Le « rêve américain » avait déjà perdu en ce temps-là sa popularité: ceux qui en souffraient avaient quitté le pays dès les années 1990. Avaient subsisté des rêves plus simples et plus proches : le parisien, l’irlandais, l’anglais. Il avait choisi le parisien, bien qu’il ne fût jamais allé en France auparavant. » (543)

« Au-delà des murs du bistrot ne l’attendait que l’indifférence polie de la France. » (544)

« Oui, la Grande-Bretagne, ce n’étaient pas seulement le Surrey et le Kent, c’était un immense pays. Surtout comparé à la Lituanie. Et si le Sud, à en croire Tiberi et Laszlo, n’était peuplé que d’immigrés du monde entier, là-bas, dans le Nord, il ne devait pas s’en trouver un seul. Parce que c’était le Nord, justement, et bien plus difficile d’accès. Et quand même on y parvenait, on se retrouvait alors dans un tout autre monde. Lui, il saurait y aller, et deviendrait là-bas le premier et unique Lituanien à s’y installer, et il se sentirait enfin en Angleterre. Ou plutôt en Ecosse. Et on le regarderait avec une curiosité bienveillante, car il serait le premier représentant d’une nation, d’un peuple autrefois puissant, fondateur du Grand-Duché de Lituanie, (…) « (565)

« Seulement à ce moment il se prenait pour une victime de l’indifférence polie de la France, ou simplement de la vie. Alors qu’à présent, il faisait partie d’elle. Il était lui-même devenu la France ou tout bêtement un être humain qui avait pris conscience de sa propre indifférence polie pour le monde qui l’entourait et ses habitants. » (572)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Highlight. Invasions dans toutes les directions

Des émigrés suisses à L.A., une communauté chinoise à Paris, des Français en Israël, des « Expats » à Genève, des « repatriés » africains. D’où qu’ils viennent où qu’ils aillent, quels que soient les noms dont ils sont affublés, les séries de l’été nous offrent des portraits d’humains en mouvement, tout simplement.

DES SUISSES A LOS ANGELES. Doc-feuilleton de l’été 2019. RTS Un, 5 épisodes

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A Los Angeles, 20 millions d’individus vivent leur aventure entre océan et montagne. En cinq épisodes, nous suivons le quotidien de cinq Suisses.
Lauriane vient d’arriver à UCLA pour un semestre sur le campus, Dora a décidé de rentrer en Suisse. L’architecte Roger compose avec un quotidien semé d’embûches administratives. Entre vie d’artiste et vie de famille Francesca n’a pas une minute. Randy, quand il quitte son costume, mène une vie simple et parfois solitaire. Lien RTS
« NOUS, MIGRANTS ». 20 portraits. Série Médias francophones publics. Été 2019
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La réalité des flux migratoires est diverse, mais leur moteur est toujours la perspective d’une meilleure vie. Avec ce que cela implique de déracinement et d’efforts d’adaptation. En vingt portraits sensibles, les rédactions des Médias Francophones Publics vous invitent à découvrir une partie de cette réalité. Une série inédite à suivre en intégralité tout l’été sur France Inter, La 1ère RTBF, La 1ère RTS, RFI et ICI Radio-Canada Première. Lien
EXPAT A GENEVE. Série vidéo. Tribune de Genève. Juin 2019

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Tout au long de la semaine, découvrez la vie des expatriés genevois. Une Américano-cubaine, un Portugais et un Hollandais nous parlent de leur intégration et partagent leur regard sur la région. Une série à découvrir en sept épisodes. Lien

Highlight. La Maison Golden

La Maison Golden, dernier opus de l’écrivain Salman Rushdie raconte le glissement de l’Amérique de Batman à l’Amérique du Joker. Tragédie-saga familiale restituée par l’artiste-voleur en immersion, mais surtout roman sur l’identité, l’Inde, l’Amérique, la mondialisation. Sur Un Monde qui bascule vers le sectarisme. Sur un pays où le langage est devenu un champ de mines. Où « l’élite » et donc la connaissance, la vérité, est honnie. Où la présence des communautés transnationales rend vaine la cape d’invisibilité de ceux qui tentent de fuir. Où tous les mondes sont désormais irrémédiablement liés.

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« Le jour de l’investiture de Barack Obama, un énigmatique millionnaire venu d’un lointain Orient prend ses quartiers dans le bijou architectural des “Jardins”, une communauté préservée nichée au cœur de Greenwich Village, à New York. Flanqué d’une jeune maîtresse russe, la sulfureuse Vasilisa, Néron Golden est accompagné de ses trois fils adultes, aussi brillants que névrosés : Petronius, dit Petya, l’agoraphobe génie de l’informatique, Lucius Apuleius, dit Apu, l’artiste mystique, et Dionysos, dit D., l’indéfini sexuel. Parmi les demeures qui ceignent les Jardins se trouve celle de René Unterlinden, jeune cinéaste putatif, traumatisé par la récente disparition de ses parents dans un accident. Quand les Golden emménagent, René, comprenant que ces fascinants nouveaux voisins seront son remède et sa muse, fait leur connaissance, devient leur familier et calque l’écriture du scénario de son film sur les événements qui secouent cette maisonnée dont bien des secrets, passés, présents et futurs, lui échappent encore. Le passé ? C’est l’Inde que Néron Golden a fuie mais qui va les rattraper, lui et les siens. Le présent, ce sont les huit années du mandat Obama, l’Amérique des grandes espérances de 2008 et leur progressive dégradation, tandis qu’en embuscade un Joker aux cheveux teints s’apprête à accéder au pouvoir… L’avenir, c’est celui, obscur, d’un monde contemporain livré au doute, mais dont l’éblouissante imagination de Salman Rushdie transcende les peurs, les rêves et les égarements.«  Lien Actes Sud

Extraits

« Que dirons-nous (…) quand ils nous demanderont « D’où venez-vous? » « Vous faites foirer la séance d’identification. Vous leur dites que nous sommes des serpents qui venons de muer. Vous leur dites que nous débarquons à peine de Carnegie Hill. Vous leur dites que nous sommes nés hier. Vous leur dites que nous nous sommes matérialisés par magie ou que nous arrivons des alentours d’Alpha du Centaure à bord d’un vrai vaisseau spatial caché dans la queue d’une comète. Vous leur dites que nous ne sommes de nulle part ou de n’importe où ou de quelque part, que nous sommes des êtres de fiction, des charlatans, des êtres réinventés, des mutants, autrement dit des Américains. » (16)

« Ils aimaient leur ville parce qu’elle ne ressemblait pas au reste du pays. « Rome ze n’est pas l’Italie, m’a appris mon père, et Londres n’est pas l’Angleterre et Paris n’est pas la France et zezi n’est pas les États-Unis d’Amérique. Zezi est New York. (…) Z’est un bulle«  (33)

« Cette obsession moderne de l’identité me révolte (…) C’est une façon de nous rétrécir au point que nous devenons des sortes d’étrangers les uns pour les autres. Avez-vous lu Arthur Schlesinger ? Il s’élève contre la marginalisation perpétuelle qui résulte de l’affirmation des différences. » (85)

« Il existait un musée des Amérindiens sur Bowling Green et un Italian American Museum sur Mulberry Street et le Polish American Museum à Port Washington, et il y avait deux musées pour les juifs, au nord et au centre de la ville et c’étaient là manifestement des musées de l’identité mais le MoI, le Museum of Identity, avait de plus vastes ambitions, son conservateur charismatique s’intéressait à l’identité en soi, la grande force nouvelle apparue dans le monde, déjà aussi puissante que n’importe quelle théologie ou idéologie, identité culturelle et religieuse, nation, tribu, secte et famille, c’était un champ multidisciplinaire (…) « Dieu est mort et l’identité remplit le vide« . (87)

« Quand je pense à D. je me rappelle la phrase de Theodor W. Adorno : « La plus haute forme de moralité est de ne pas se sentir chez soi lorsque l’on est chez soi«  (124)

« Je la sentais, la colère (…), tout le mécontentement d’un pays furieusement divisé, et tous pensaient avoir raison, que leur cause était juste, que leur douleur était unique, qu’on devrait s’intéresser à eux (…) » (166)

« Prends-le comme mon besoin de découvrir s’il y a lieu d’y chercher un lieu qui serait le mien. (256) (…) Je n’éprouve plus le besoin d’être ici. (…) Parce que j’en suis venu à croire à la mutabilité totale de l’individu. Je crois que sous la pression des événements on peut tout simplement cesser d’être ce qu’on était pour tout simplement être la personne qu’on est devenu. » (265)

« L’Amérique avait quitté la réalité pour entrer dans l’univers de la bande dessiné. (…) Ce fut l’année des deux bulles. Dans l’une de ces bulles, le Joker hurlait et les rires préenregistrés du public se déchaînaient au moment ad hoc. Dans cette bulle, le changement climatique n’existait pas et la fonte des glaces dans l’Arctique n’était qu’une nouvelle opportunité pour l’industrie du bâtiment. Dans cette bulle, ceux qui commettaient des assassinats au moyen d’armes à feu ne faisaient qu’exercer leurs droits constitutionnels mais les parents des enfants assassinés étaient anti-Américains. Dans cette bulle, si ses habitants remportaient la victoire, le président du pays voisin, au sud, qui envoyait aux États-Unis des violeurs et des assassins, devrait payer la construction d’un mur (…), les déportations de masse seraient une bonne chose, et on ne ferait plus confiance aux femmes journalistes parce qu’elles avaient du sang qui leur sortait de leur je-ne-sais-quoi, les parents des héros tombés à la guerre s’avéreraient être les suppôts de l’islam radical, les traités internationaux n’auraient plus à être honorés, (…) la multiplicité des faillites viendrait faire la preuve d’une connaissance experte du monde des affaires, (…) et tandis que le Deuxième Amendement deviendrait sacré, le Premier ne le serait pas (…). Dans l’autre bulle, il y avait la ville de New York. » (273-275)

« Le monde extérieur s’était mis à ressembler à un décor de carton-pâte. Dehors, c’était le monde du Joker, le monde de ce qu’était devenue la réalité américaine, c’est-à-dire une sorte de mensonge radical (…). » (312)

« Mon âge adulte coïncida avec l’arrivée de l’Ere de l’Identité (…) J’admets que je suis une entité plurielle. (…) Je peux me définir de différentes manières. Mais ce que je ne suis pas c’est un être univoque. Je contiens des multitudes. C’est contradictoire ? Très bien, alors je suis pleine de contradictions. Être pluriel, multiforme, est une chose singulière, riche inhabituelle et c’est moi. Se laisser cantonner dans des définitions réductrices est une supercherie. S’entendre dire si vous n’êtes pas ceci vous n’êtes rien est un mensonge. Le musée de l’Identité est trop impliqué dans ce mensonge. Je ne peux plus y travailler. (…) Je soupçonne que l’identité, au sens moderne du terme – nationale, raciale, sexuelle, politisée, controversée est devenue une série de systèmes de pensée dont certains ont poussé D. Golden au suicide. La vérité c’est que nos identités nous restent impénétrables et c’est peut-être mieux ainsi, que l’individu demeure un fouillis et un chaos, contradictoire et irréconciliable. (…) La flexibilité devrait être acceptée. L’amour devrait primer, pas les dogmes de l’identité.«  (324-325)

« Cette ville de rêve a disparu (…) Tu as toi-même construit par-dessus et tout autour et tu as écrasé la ville ancienne sous la nouvelle. Dans le Bombay de tes rêves, tout n’était qu’amour et paix, pensée laïque et absence de communautarisme, hindous et musulmans étaient bhai bhai, (…) Dans la ville de Mumbai nous avons gagné la guerre des gangs mais une guerre bien plus importante se prépare. (…) Avant on se battait seulement pour le territoire. Cette bataille est finie. Maintenant c’est l’heure de la guerre sainte. » (363)

« Peut-être m’étais-je-trompé sur le compte de mon pays. Peut-être le fait d’avoir passé ma vie dans une bulle m’avait-il fait croire à des choses qui n’étaient pas vraies ou qui ne l’étaient pas suffisamment pour triompher ? Quel sens auraient les choses si le pire arrivait, si la lumière disparaissait du ciel, si les mensonges, les calomnies, la laideur, devenaient le visage de l’Amérique ? » (377)

« Le bouffon était bien devenu le roi et les habitants se forçaient à constater que le ciel ne s’était pas écroulé. (…) Les meilleurs avaient perdu courage, les pires étaient remplis d’enthousiasme (…) mais la République était plus ou moins intacte. (…) Il arrive que ce soit les méchants qui gagnent. (…) Comment peut-on vivre quand (…) tout ce que vous avez jamais possédé c’est votre esprit et que vous avez été élevé dans la croyance en la beauté du savoir (…) l’éducation, l’art, la musique, le cinéma devient l’objet de détestation. » (391)

« La Crise de l’identité qui se concentrait sur les convulsions schismatiques qui s’étaient emparées de l’Amérique (…) une Amérique coupée en deux, son mythe fondateur traîné dans le caniveau du sectarisme (…). » (396)

« Cela faisait plus d’un an que le Joker avait conquis l’Amérique et nous étions encore sous le choc, nous en étions encore au stade des lamentations mais nous éprouvions à présent le besoin de nous unir et d’opposer l’amour, la beauté, la solidarité et l’amitié aux forces monstrueuses en face de nous. L’humanité était la seule réponse possible à cet univers de bande dessinée. Je n’avais pas d’autre plan que l’amour. » (398)

« Il y a ici des compagnies qui peuvent prêter assistance à celles de là-bas, qui peuvent faciliter des voyages, mettre en oeuvre des stratégies. Les clowns deviennent rois, les vieilles couronnes gisent dans le caniveau. Les temps changent. Ainsi va le monde. » (411)

« Nos visages se confondent les uns avec les autres et la caméra tourne si vite que tous les visages disparaissent et ne reste plus qu’un fondu, les lignes de vitesse, le mouvement. Les personnes, l’homme, la femme, l’enfant, deviennent secondaires. Seul demeure le mouvement tourbillonnant de la vie. » (414)

 

 

 

 

Ici Genève. Genève 2050

GENÈVE 2050 propose de se projeter dans l’avenir, pour anticiper et conjuguer au futur les politiques publiques. Genève 2050 c’est : Un sondage en ligne (jusqu’au 28 juillet), des micro-trottoirs, mais surtout des ateliers et des débats autour des questions comme « Mieux vivre ensemble à Genève en 2050 », « Nouveaux modes de participation citoyenne », « Réflexions croisées avec le Grand Genève », « Les mots du futur », etc. du 22 mars au 17 avril. Voir toute la programmation ici

genève2050

« Penser ensemble un futur désirable. Au cours des prochaines décennies les territoires de Genève et de la région vont vivre d’importantes évolutions, dans de nombreux domaines : vie en société, santé, énergie, éducation, aménagement, mobilité, environnement, travail ou d’autres encore. Au-delà des moyens de consultation déjà utilisés par la voie démocratique, «Genève 2050» propose de se projeter dans l’avenir, pour anticiper et conjuguer au futur les politiques publiques, pour accompagner les changements, en identifiant ensemble des pistes et des indicateurs permettant de définir une vision de cet avenir commun. Insertion, Interaction, Innovation. Tels sont les axes clés de cette législature pour l’Etat de Genève. Ils balisent dès aujourd’hui la route pour «Genève 2050». Cette démarche est portée par l’Etat avec la société civile, les communes, les milieux académiques et économiques, les partenaires de la région ainsi que la Genève internationale. Ce printemps, l’Etat de Genève vous informe, vous consulte et vous invite à participer activement à définir «Genève 2050», en venant aux ateliers ouverts à toutes et à tous, puis en répondant à un questionnaire en ligne. Les résultats de la consultation et l’image qu’ils auront permis de dessiner pour l’avenir seront ensuite largement communiqués. » Lien

 

Highlight. Nouvelle Histoire du Monde

La Revue Sciences Humaines de ce mois de mai propose un dossier sur la nécessité, à l’heure « la mondialisation économique s’accompagne d’une montée en puissance des récits nationalistes », à écrire une Nouvelle Histoire du Monde.

histoiremonde

« Globale, universelle, connectée… Comment écrire l’histoire du monde ? »

expose les enjeux liés à l’écriture de cette Nouvelle Histoire, qui conduit à « repenser le monde dans sa complexité« , à élargir son champ à la planète entière, à écrire une histoire commune de l’humanité. Une histoire hybride, multipolaire. Une Histoire à l’image de l’espace mondial. (Sciences Humaines, Mai 2019, no 314. Laurent Testot)

Histoire Mondiale de la France

Une proposition qui s’inscrit dans la continuité du « best-seller » Histoire Mondiale de la France sorti en 2017 sous la direction de Patrick Boucheron.histoirefrance

« « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France » Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831)

Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s’embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l’identité, mais prend au large le destin d’un pays qui n’existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l’incarner tout entier. Une histoire qui n’abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c’est par dates qu’elle s’organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue.

Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l’ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d’historiennes et d’historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s’agit de prendre la mesure d’une histoire mondiale de la France, c’est-à-dire de raconter la même histoire – nul contre-récit ici – qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l’élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante !

Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu’un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment. » Lien éditeur

La Ruée de Boris Charmatz

Un ouvrage lui-même à l’origine d’une démarche originale de l’artiste Boris Charmatz qui prouve une fois encore que les mondes sont hybrides, perméables, bricolés. Les arts comme les lieux !

ruée
Politis

« Pour ses 10 ans, le Musée de la danse envahit joyeusement le TNB avec une improvisation collective dans tous les espaces du théâtre. Boris Charmatz conçoit un chaos historique, dansant, criant, vacillant : une ruée. Une quarantaine d’artistes mettent en bouche et en corps, à toute allure, le livre Histoire mondiale de la Francecoordonné par Patrick Boucheron, penseur associé du TNB. Précipité de mouvement et de texte, ils courent entre geste et pensée, histoire et instant dansé. Cela forme l’exposition agitée d’un livre qui parcourt « toute » l’histoire de France, depuis la préhistoire jusqu’à 2015. Une invitation à plonger dans la « grande » histoire, celle d’une France dont la définition échappe sans cesse. Une histoire de ce qui est perméable, incertain, mouvant, redéfini au cours de l’histoire, en permanence. N’est-ce pas cela l’art ? Un hommage au multiple et au complexe, à l’insaisissable de ce qui pourtant, nous construit ? » Lien Musée de la danse

Voir l’article https://www.politis.fr/articles/2018/11/la-ruee-geste-historique-39626/

 

Highlight. La tyrannie des Identités ?

Par Laurent Dubrueil et Francis Fukuyama…

La dictature des identités. 2019

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Bienvenue dans le monde de la politique d’identité, qui, d’Amérique jusqu’ici, est en passe de devenir notre horizon commun. Selon la bonne nouvelle identitaire répandue chaque seconde par le brouhaha de la communication et le babil des «réseaux sociaux», nous agissons, vivons et pensons en tant que catégories, au besoin croisées (par exemple homme blanc juif, LGTBQIA) et volontiers blessées.
Comme le révèle son expérience américaine et préfiguratrice, qui diffuse à partir du foyer des universités, la politique d’identité conforte l’avènement d’un despotisme démocratisé, où le pouvoir autoritaire n’est plus entre les seules mains du tyran, du parti ou de l’État, mais à la portée d’êtres manufacturés et interconnectés que traversent des types de désirs totalitaires. Cet ordre mondialisé est une dictature moralisatrice qui distribue les prébendes en fonction du même, qui remplace le dialogue par le soliloque plaintif et la vocifération, qui interdit, qui censure l’inattendu – dont les arts – au nom du déjà-dit et des comme-nous.
Malgré son succès grandissant, une telle entreprise peut encore être défaite, à condition, du moins, d’en vouloir comprendre les manifestations contemporaines. Lien 

Identity – The demand for dignity and the politics of resentment. 2018

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The New York Times bestselling author of The Origins of Political Order offers a provocative examination of modern identity politics: its origins, its effects, and what it means for domestic and international affairs of state

In 2014, Francis Fukuyama wrote that American institutions were in decay, as the state was progressively captured by powerful interest groups. Two years later, his predictions were borne out by the rise to power of a series of political outsiders whose economic nationalism and authoritarian tendencies threatened to destabilize the entire international order. These populist nationalists seek direct charismatic connection to “the people,” who are usually defined in narrow identity terms that offer an irresistible call to an in-group and exclude large parts of the population as a whole.

Demand for recognition of one’s identity is a master concept that unifies much of what is going on in world politics today. The universal recognition on which liberal democracy is based has been increasingly challenged by narrower forms of recognition based on nation, religion, sect, race, ethnicity, or gender, which have resulted in anti-immigrant populism, the upsurge of politicized Islam, the fractious “identity liberalism” of college campuses, and the emergence of white nationalism. Populist nationalism, said to be rooted in economic motivation, actually springs from the demand for recognition and therefore cannot simply be satisfied by economic means. The demand for identity cannot be transcended; we must begin to shape identity in a way that supports rather than undermines democracy.

Identity is an urgent and necessary book―a sharp warning that unless we forge a universal understanding of human dignity, we will doom ourselves to continuing conflict. Lien

 

Highlight. Les États désunis de maître Wiseman

Une nation. Deux visions. Un tableau composé par Frederick Wiseman avec In Jackson Height et Moronvia, Indiana.

2015. In Jackson Heights

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« Jackson Heights est l’un des quartiers les plus cosmopolites de New York. Ses habitants viennent du monde entier et on y parle 167 langues. Ce quartier incarne à lui seul la nouvelle vague d’immigration aux États-Unis et concentre les problématiques communes aux grandes villes occidentales comme l’immigration, l’intégration et le multiculturalisme.

Wiseman s’invite dans le quotidien des communautés du quartier new-yorkais, filmant leurs pratiques religieuses, politiques, sociales et culturelles, mais aussi leurs commerces et leurs lieux de réunion. Il met également en lumière l’antagonisme qui se joue au sein de ces communautés, prises entre la volonté de préserver les traditions de leur pays d’origine et la nécessité de s’adapter au mode de vie et aux valeurs des États-Unis. »

2018. Monrovia, Indiana

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« Monrovia, petite ville agricole du Midwest américain compte 1400 habitants, dont 76% ont voté pour Trump aux dernières élections présidentielles. Des salles de classe aux réunions municipales, du funérarium aux foires agricoles locales, Frederick Wiseman nous livre une vision complexe et nuancée du quotidien de cette communauté rurale, portrait d’une Amérique souvent oubliée et rarement montrée. » Lien

Un samedi à Jackson Heights. Le Projet Cosmopolis, 2015

Ancrage (?) à Bio Land

Carouge, un an déjà… Après quatre saisons en « mode local », je m’apprête à m’envoler pour de nouvelles errances globales ! L’occasion de faire un ptit bilan… Alors, la be(u)lle carougeoise, escale ou ancrage ? Nouveau terrain de jeu ou nouveau mode de vie ?

 

  • Chapitre I. Printemps. Jet Lag
  • Chapitre II. Été. Goût du Local
  • Chapitre II. Automne-Hiver. Assignation
  • Chapitre III. Printemps. Renaissance
  • Épilogue. Été. La Conversion (?).

Atterrissage

Avant de trancher, petit portrait de cette cité pleine de charme à l’âme artisanale et à l’esprit bohème, festif, bourgeois. Qui cultive l’esprit communautaire local et la douceur de vivre sur ses terrasses, ses places piétonnes, ses marchés, dans ses bistrots, ses galeries, les commerces indépendants (only !) qui jalonnent ses rues à angles droits.

 

Bienvenue dans le refuge des familles de la génération Y, locavores au mode de vie bio. Bienvenue dans le Vieux Carouge, où se croisent aristocratie locale et jeunesse branchée. Bienvenue dans une cité « Zéro Déchet » pilotée par de vert-ueux et fringants politiciens.

 

Histoire d’ouverture. Ancienne cité sarde inventée à la fin du 18ème pour concurrencer Genève, Carouge a été pensée et conçue comme une ville ouverte, une ville d’ouverture. Ville à peupler pour désengorger une grande soeur (déjà !) en proie à la crise du logement. Ville où le calviniste venait s’encanailler. Refuge pour adeptes de toutes les religions. Ville d’aubergistes et d’artisans. Ville horizontale au petit air de Méditerranée.

 

Une ambition affichée

Une promenade dans ses vitrines donne le ton de la cité. Dans le Vieux Carouge, on trouve en vrac des épiceries « bio + locale », des vêtements « bio, naturels et écologiques », des bars à vin bio, un cinéma Bio, des boutiques « éthiques, responsables et solidaires », des boutiques de seconde main, des boutiques remerciant leur « aimable clientèle qui privilégie les commerces locaux« , des commerçants qui indiquent la provenance géographique de leur personnel…

 

Le Vieux Carouge commerçant en vrac

… de poétiques artisans (polisseurs de meubles, restaurateurs de bouquins usés, maroquiniers, canneurs-rempailleurs, verriers, bijoutiers, cartonniers, marbriers, menuisiers, chapeliers…) qui vous ouvrent leurs portes à l’occasion de visites guidées….

 

… des galeries, chocolateries, brasseries, fines épiceries, glaciers en série, librairies,  bouquineries, antiquaires, marchands de vélos, barbiers, vieux cafés, cafés branchés,  cafés vélos, tea-rooms rétros…

Pour adhérer à la communauté, rien de plus aisé, choisissez votre maraîcher, votre boulanger, votre boucher et sortez votre caddie ! La ville ouverte se referme sur vous ? Traversez le pont-frontière et n’écoutez pas les quelques figures historiques pour qui  l’autre côté de la rivière est déjà un ptit peu étranger…

Cité en mouvement

Carouge n’est pas une be(u)lle endormie. Entre ambition écologique, création de jardins urbains participatifs, projets de piétonisation, transition climatique, passage du LémanExpress, revitalisation, la cité connaît une véritable dynamique.

 

Une évolution qui rime aussi avec destructions de quartiers populaires remplacés ci et là par des containers aseptisés… 

 

Carouge côté face : tout doit disparaître ?

Une évolution qui n’a pas échappée à la gourmandise des bailleurs, si on en croit ce que murmure  le trop dynamique turn-over des petits commerçants du coeur de la cité…

 

Ville ouverte ?

L’atmosphère de la cité charme les visiteurs de passage. Mais au-delà de cette identité-vitrine bohème un brin marketée, la cité sans fortifications n’aurait-elle pas un petit côté forteresse pour qui voudrait faire plus qu’y passer ? Carouge, ville d’ouverture ou citadelle imprenable ?

Carouge. Entre goût du localisme…

 

… et secrets bien gardés.

 

Entre portes des petits artisans intimidantes à pousser, jardins dont on peine à trouver le code d’entrée et étendue de la cité fermée intérieure, Carouge réserve son intimité et demande du temps pour l’apprivoiser. Des secrets et une pudeur qui ajoutent au charme de la cité ?

Jardins collectifs ou jardins intérieurs qui se révèlent lors des visites guidées, la cité oscille entre ouvert et fermé.

Jardin des Moraines, Friche Cardinal-Mermillod : la rhétorique poétique qui entoure ces espaces collectifs et participatifs se veut inclusive, mais qu’en est-il sur le jardin ? faut-il montrer patte verte pour entrer dans la coopérative communauté ?

Conçue à l’origine comme une ville d’ouverture, Carouge doit aujourd’hui relever le défi de la post-gentrification. Veiller à ce que son localisme ne dérive pas à l’idéologisme, à ne pas se replier à l’intérieur, à ne pas se montrer excluante…

Chapitre I. Printemps. Jet Lag

Quant à moi, est-ce que je vais m’ancrer dans cette bulle qui jusqu’ici se résumait à mon lieu de socialité, lieu-parenthèse entre deux refuges dans mon antre a-identitaire transfrontalier, où je n’avais même pas envisagé de leurrer sur un grenier ?

 

A priori de passage… dans cette nouvelle vie. Moi qui suis plus adepte de la tiny house, du cocon horizontal, me voilà la châtelaine d’un attique flambant neuf surplombant la Place Royale où je marche sur la pointe des pieds. Pour la bohème on repassera ! Pour la légitimité aussi puisque mon élection est un don du Réseau. Orgueil, compromis, compromissions ? La question ne s’est même pas posée, après dix ans d’errance immobilière dans la capitale mondiale de la crise du logement, on ne refuse pas une telle opportunité. Et la mi-trentaine bien entamée, on feint d’être ravie sans réserve face à ces amis trooop happy for me d’enfiiiin avancer, quand eux ont déjà signé plusieurs papiers.

Hé oui, à se laisser porter par les opportunités, à jouer la carte de la spontanéité, à assouvir une insatiable curiosité, on se réveille un matin avec un CDI de fonctionnaire, à promener son caddie de légumes du marché dans The commune « Zéro Déchet ». Et on se demande éventuellement « je suis où moi dans cette vie » ? Alors que j’assiste perplexe à l’entreprise de marquage territorial, à l’ancrage conquérant de mes voisins qui agitent la perceuse pour se sentir chez eux, après tout nous ne sommes que des locataires dans ce pays… Mon âme à moi n’a point encore investi les lieux. Pour l’instant elle reste hors-sol. Elle se réfugie ici, dans ce blog flottant.

Alors pourquoi pas oui. Sauf que moi qui so far ai toujours mis un grand soin à rester une outsider, à n’appartenir à rien, I don’t (want to?) fit in. Outsider de valeurs dans « the place to be », nouvelle élue dans la communauté trendy des bio-tiful people, injonction à jouir et à souscrire.

Alors parenthèse, expérience-laboratoire pour le PG, chapitre géographique à ajouter, nouveau lieu à épuiser ? A voir… Sauf qu’en attendant de me déterminer j’ai troqué mon rôle d’outsider passive contre un rôle d’actrice active… de la gentrification. Il faut assumer. Je me persuade que ça ne (me) change (en) rien, que je ne suis à priori pas si loin de moi, que la centralité sert aussi à rassembler, à accueillir quelques âmes de passage. Du coup je me languis d’accueillir le fameux sofa. En attendant, j’entame mon initiation au marché local. Révélation du menu saturnal du microcosme carougeois. Marelle, terrasse, glace et apéro. Petits et grands jouissent de la vie sur la place royale, dans une bulle extra-territoriale, épargnée par les affres du monde et du temps. Lumineux étonnement sociologique.

Peut-on passer d’un profil glocal à un profil local ? Ce qui est certain c’est qu’on est pas seulement déterminés par son lieu d’élection mais aussi par son logement apparemment. Mon emménagement ici est synonyme de localisme et d’embourgeoisement. D’une certaine assignation. Car plus de moyens alloués à l’ancrage signifie fatalement moins de moyens disponibles pour l’errance… Et par conséquent plus de poids à la vie locale. On dirait bien que la bohème s’embourgeoise à Bobo-Land…

Chapitre II. Été. Goût du Local

Influencés par l’environnement, façonnés par le lieu, déterminés par le logement… Reste maintenant à bricoler une vie au diapason… Augmenter son taux d’activité pour assumer son loyer, consommer local à l’occasion et siroter du vin bio en terrasse… Et quand on a la fugue en passion, travailler à ne renoncer ni aux errances ni à la caravane sous les pins.

Alors en attendant de travailler plus pour gagner plus, je vais passer mon été dans ma nouvelle cité. Ici no nuisance sonore durant la Coupe du Monde de football, les sonnettes de vélo ne portent pas assez loin 😉 Dans ma bulle, j’entends malgré tout les échos d’une Coupe d’un Monde mobile, un monde au climax de la ré-ethnicisation. Il est question d’immigration, de héros (bi)-nationaux, d’appartenance, d’allégeance, de géopolitique, de racisme, de Nation…

La France, à défaut de se contenter de célébrer, s’interroge sur l’évolution sociologique de ces vingt dernières années. Quant à Barack Obama, il tente de mettre tout le monde d’accord sur la définition de la nation. « (…) On se voit dans l’autre, on partage des espoirs et des rêves communs. C’est une vérité incompatible avec toute forme de discrimination basée sur la race, la religion ou le sexe. Et c’est une vérité qui porte ses fruits de façon très pratique puisqu’elle permet à une société de profiter de l’énergie et des qualités de tous ces gens-là. Regardez l’équipe de France qui vient de remporter la Coupe du Monde. Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont Français, ils sont Français ! » (Barack Obama, 17/07/2018, Johannesburg).

Voyage(s) immobile(s)

Pas de moyens pour l’errance ? Soit, je me concocte un stimulant voyage glocal qui ne rime pas seulement avec énième été à la piscine municipale ;-). Au programme ? Explorations urbaines dans mon inépuisable cité, voyages littéraires « lacustres », voyages par procuration. Moments de plénitude les pieds dans l’eau locale, dans la hiérarchie de mes passions il y a l’eau, tout en haut… d’où je m’évade dans la chaotique Beyrouth, les embruns normands, le soleil poussiéreux et mordant du Sud de l’Italie, au Burundi, à Paris, dans la poésie… Agrémentés de ptites virées Shengen, en bus, en train ou en avion. Occasions de prendre conscience de la nouvelle obsession européenne pour la sécurité…

Mon été est aussi consacré à promener les touristes de passage. A accueillir sur mon canapé. A butiner, collectionner des personnages. Comme G. qui oeuvre pour AirBnb entre Paris et sa Normandie natale où il projette d’acquérir un vieux moulin pour y créer une communauté. Comme N. de Melbourne qui a découvert le Vietnam d’origine de son père à 29 ans après la mort de ce dernier et dont le mot préféré est Nostalgie. Ou R., Brésilien adepte de bon vin qui butine l’Europe entre Belgique, France et Italie au gré des opportunités…

 

Je ne manque pas non plus une occasion de peaufiner mon intégration en participant à toutes les fêtes communales, Vogue, Fête de la Tomate, Vide-grenier… où je déambule sous les yeux médusés d’A., jeune « mineur non accompagné » guinéen avec lequel je partage un moment de temps à autre et qui a le plus grand mal à saisir l’appétence locale pour les vieilleries. Adolescent en transit, en attente d’une probable décision d’expulsion. Adolescent comme les autres, transcendant sa traversée du désert, qui rêve de grosses cylindrées, de voyages autorisés et d’une vie de banquier. Qui ne veut pas retourner dans un « chez lui » assigné où rien ni personne ne l’attend. Où les voitures, il n’avait vocation qu’à les retaper… Étudiant qui ne demande avant de « rentrer » qu’à obtenir son baccalauréat dans le lycée privé où son statut ne diffère pas de celui de camarades pour la plupart enfants de fonctionnaires internationaux.

Un adolescent en décalage avec ceux du cru qui font leurs emplettes en seconde-main et somment leurs parents de ne voyager qu’en train. Un jeune homme ambitieux qui a du mal à comprendre la doctrine « l’argent ne fait pas le bonheur » en vogue sous nos cieux. Un adolescent qui fait partie de la dernière (?) vague de rêveurs européens. Si on en croit les récents sondages indiquant que la politique de la forteresse aurait gagné…

Mon « voyage » rime enfin avec l’appli Genève en Eté. Car Genève est une ville qui se déguste sans modération à cette saison. Et it’s not all about the lake ! Les événements « terroir » occupent désormais une bonne place dans la grille. Fête de la nature, Festival du Terroir, Festival de la Nature et du Terroir, Fête de l’Abeille et du Terroir, Chouette Nature, Alternatiba, Fête de la Ferme de Budé, etc. Une Genève au diapason avec le trend écolo reflété dans les films de ce début d’été, entre rêve d’éolienne et exil en forêt.

Quant à ma nouvelle cité elle se révèle « the place to be » pour les citoyens en quête d’authenticité. Sur les terrasses les échanges tournent souvent au partage de trucs et astuces pour sauver l’environnement. Les embouteillages de poussettes ont remplacé ceux des voitures. Les jardins partagés commencent à porter leurs légumes. Quant au « big deal » de l’été, il grille autour de cette question cruciale :  le barbec’, végan, végé ou carné ?

 

Les lieux nous façonnent, alors pour éviter de trop appartenir, l’essentiel est de (se) diversifier. Rien ne sert de s’évader. Sortir de sa bulle, aller au centre, ailleurs, tout le temps. Quitter mon microcosme et ce village plein de charme pour une rue bourrée de style, la Rue de Carouge, rue trait d’union qui regorge de trésors cachés. Rue qui Mix & Mash. Harmonie du dépareillé, du mélange des genres. Dernier bastion populaire à l’injuste réputation où se déroulent  une grande partie de mes activités : café-librairie qui sert le meilleur gâteau au chocolat de la ville, café à 3 francs, école pour adultes, lieux culturels, tea-room où la foule se presse le dimanche, école de swing, petits restos ethniques, Taverne à concerts, bars à boire, bars à Jazz, bar à jeux, bars à disques, bars popus, bars alternos, boutiques de 1ère et seconde mains, etc. Une rue foisonnante qui se révèle au quotidien.

Ou faire escale dans le quartier des origines, qui mute à la vitesse d’un changement de vitrine every day. S’arrêter au numéro 5 de la Rue de la Scie, où ma famille loua durant presque cent ans un appartement pour une broutille. Un bâtiment aujourd’hui vidé pour rénovation et désormais encerclé à gauche par un bar vegan, à droite par un barbier. Quant à ma gargote portugaise préférée, elle n’a pas résisté… 

 

Enfin, s’évader pour écrire à l’hôtel Ibis du « coin », seule chaîne qui a obtenu son laisser-passer dans la cité, après avoir été « glocalisée » par des artistes locaux.

Chapitre III. Automne-Hiver. Assignation

 

L’été genevois s’achève avec un festival de swing et une Journée du Patrimoine. Nostalgie. Définitivement Le Mot de l’été. Nostalgie d’un patrimoine à préserver, d’une ouverture en exil, d’un mode de vie à réhabiliter.

Du Musée d’ethnographie à la Brocante locale… Ville-Monde oblige, Genève a concocté une Journée du Patrimoine… « sans frontières » qui propose notamment la visite d’un Musée d’ethnographie qui doit se réinventer (que faire de toute cette Histoire ? Comment penser l’Altérité ? Comment repenser les échanges ?). Une ballade terminée en apothéose à la… Brocante dominicale locale.

 

Patrimoine d’ici qu’on s’arrache à la brocante locale, patrimoine de là-bas à restituer. Époque du « retour », les hommes comme les oeuvres ont vocation à rentrer. Nostalgie, LE mot de l’ère néo-post-moderne. La mode est à la nostalgie ? Qu’à cela ne tienne, mélangeons les époques, mélangeons les styles, mélangeons les idéologies. Swinguons, chinons, bri-co-lons !

Voyage au Japon en mode local

La fin de l’été devait aussi être marquée par un voyage long courrier. Mais, assignée par les « circonstances de la vie » comme on dit, au revoir Shanghai-Tokyo, bonjour Festival du Japon sur la place municipale… Ha, localisme quand tu nous tiens…

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Suivront deux saisons à se contenter d’allers-retours vers une image d’enfance. Les histoires d’économie, d’écologie ou de Territoire ne détiennent apparemment pas le monopole de l’assignation…

 

Chapitre III. Printemps. Renaissance.

 

Voir intro et la collection d’articles du printemps.

Épilogue. Été. La Conversion (?)

C’est déjà à nouveau l’été ! Et me voici de retour de mes errances des Villes-Monde du futur et from Paris, où il a été question un temps de rejoindre jules à… Eurodisney. Carouge c’est ptetre un peu Disneyland vous me direz, mais Eurodisney c’est quand même un peu too much pour moi, faut pas déconner. Des errances qui furent en tout cas l‘occasion d’une prise de conscience reconnaissante de ma « captivante » qualité de vie, et à défaut d’une totale adhésion aux valeurs marchandées ici, d’une contamination bien entamée. Ah quand on a goûté à la centralité… Pis vous en connaissez beaucoup vous des lieux où en 2 foulées ou 1 Bus no11 on se retrouve au Bout du Monde ? Sérieusement ? Alors le temps serait-il venu de finalement se poser ? … let’s see. D’arrêter d’analyser et de se contenter de jouir ? mmmhh… no sé.

On me demande souvent à moi qui suis libre pourquoi je ne pars pas ? Peut-être que je pourrais tout à fait vivre ailleurs… ou pas. Je suis connectée à Genève. A ses vibrations. J’aime ma ville, sa pudeur et son chaotique ennui. J’aime cette Genève en mouvement(s), cette Genève complexe, qui continue à me stimuler. Quand on a la chance d’avoir trouvé son lieu-diapason, pourquoi songer à se déterritorialiser ? Peut-être que lorsque je l’aurai épuisée je pourrai éventuellement envisager de me reterritorialiser. Mais comment quitter une cité où à peine débarqués on devient Genevois d’adoption ? Ca se résume peut-être à ça une Ville-Monde finalement. Un lieu où la citoyenneté prime sur la nationalité. Un lieu où l’appartenance est déterminée par l’envie.

 

 

 

Escale. Forum Expat, Paris

Dans notre monde hybride, Localisme, Populisme et Globalisme Co-Habitent désormais … Pour tenter de m’y retrouver entre climat de fermeture généralisée et médias qui consacrent expatriés, changements de vie et autres « French in World Cities » … Je me suis rendue au Forum Expat à Paris, afin de voir où est-ce qu’on est encore Bien-Venus !

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Quelles sont les nouvelles (ultimes ?) Terres d’Accueil ? Comment s’y prendre concrètement pour émigrer ? Pour le savoir, je me suis rendue au Forum Expat, salon annuel destiné aux candidats à la Mobilité,  où s’exposent des villes, des îles, des régions, des nations… 

Un salon qui n’a pas trop de deux jours pour expliquer les différents types de visas et autres formalités administratives. Bref derrière le rêve ben y’a beaucoup de papiers. Et pour s’exiler il faut surtout savoir jouer. Ca tombe bien, c’est ce que le salon se propose justement de nous apprendre…

On découvre rassérénés qu’il existe encore quelques raisons valables de s’imposer. On peut par exemple repeupler les périphéries d’ailleurs ou aller y occuper les métiers en pénurie de main d’oeuvre. Combler la recherche d’investisseurs de lieux avides de développement. Pas de schizophrénie donc de la part de ceux qui s’exposent ici. Pragmatisme only. Nécessité territoriale et économique.

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Travailler, entreprendre, vivre à l’étranger? C’est possible

Courrier International présente la 7è édition du FORUM EXPAT les 12 & 13 juin au CARREAU DU TEMPLE

2 jours de rencontres et de conférences avec les acteurs de la mobilité internationale.
Vous souhaitez travailler, entreprendre ou vivre votre retraite  à l’étranger : venez réaliser votre projet de vie à l’international
Vous êtes expatrié : venez optimiser votre expatriation ou préparer votre retour en France
Ministères, ambassades, chambres de commerce, associations des Français à l’étranger et entreprises prestataires de services spécialisées dans l’expatriation seront présents. On retrouvera aussi de nombreux « espaces pays », correspondant aux destinations préférées des expatriés dans le monde
Tous vous apporteront des réponses adéquates à vos préoccupations et problématiques personnelles :
– trouver des conseils, soutiens et opportunités pour construire votre mobilité professionnelle en tant que salarié ou chef d’entreprise,
– organiser votre quotidien  ou votre vie de famille (éducation, santé, logement, retraite),
– gérer au mieux votre patrimoine financier ou immobilier.

Le monde vous appartient ! Venez réaliser votre projet à l’international

2 jours de rencontres et de conférences dédiés à l’expatriation vous attendent pour affiner votre projet ou le lancer. Vous retrouverez de nombreux « Espaces pays » : Canada, États-Unis, Allemagne, Portugal, Île Maurice, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et bien d’autres… Ce sera l’occasion de rencontrer des experts issus de ministères, d’ambassades, de chambres de commerce, d’associations de Français à l’étranger et d’entreprises prestataires de services spécialisées dans l’expatriation.

Les Conférences

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Des conférences factuelles. Techniques. Pratiques. Différents systèmes de visa, assurances, impôts, logement, ici on parle concrètement et on traite surtout le « comment ». Mais on aborde aussi l’état d’esprit à adopter pour réussir son expatriation.

Canada, USA, Portugal

Comment s’expatrier aux États-Unis ? Des possibilités extrêmement réduites ces dernières années par Mr. T pour une salle archi bondée par une majorité de candidats à l’expatriation dans les deux ans… Ma main n’a pas rejoint les aspirants… Elle est restée un peu médusée par la puissance du mythe américain à l’ère où l’American dream a viré à l’American nightmare. Du coup les conférenciers s’étaient surtout déplacer pour présenter le principe BAHA – « Buy American Hire American » et les dernières voies disponibles pour entrer aux USA. A savoir Visas E2, H1B, G1. Des sésames limités en tout  à 65’000 entrées par année. Autant dire une chance quasi nulle pour les aspirants présents à qui pour ne pas trop les déprimer on a proposé de se tourner du côté du mariage ou de la Green Card Lotery…

Les stands

oznorOn fait la queue devant les stands canadiens, la République tchèque est apparemment moins sexy, le Portugal drague les retraités, le rêve mauricien est accessible à condition… de trouver un job first, l’Allemagne affiche son pragmatisme et se permet éventuellement quelques préjugés, la présence US se résume à un cabinet juridique… Bref on trouve de nombreuses déclinaisons au fil des stands… On trouve surtout des villes et des provinces plutôt que des pays. 

Avec des slogans comme « Nous embauchons », « Viens te souder au Québec ! », « Île Maurice réalisez votre rêve », « Vivre ma vie de retraité au Portugal », « Un bel avenir pour vous au Québec », « Vous rêvez de venir vivre au Canada ? », « Venez investir et vous installer au Portugal », « République tchèque, the country of uprising standard », « 10 bonnes raisons pour faire des affaires à Barcelone« , « Le portail d’accueil de la main-d’oeuvre qualifiée étrangère« , »Make it in Germany »

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Paris Aujourd’hui

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Je profite de l’occasion pour prendre un peu le pouls de cette cité que j’avais quittée après les attentats… Une cité qui revendique aujourd’hui le Droit au sommeil, au Rêve, à la Respiration, à la Lumière… Une cité au climat moins tendu, où la cohabitation semble s’être un peu apaisée.

Je retrouve le quartier de Belleville, où j’ai posé mon sac dans une pimpante auberge de jeunesse avec rooftop et vue sur tout Paris. J’y fait la rencontre du jeune Iranienne qui visite l’Europe en solo, avec qui on partagera a room, our dreams, du wine & cheese le temps d’une soirée. Qui fera écho aux observations de la journée. Études, inflations, N., aspirante dentiste à Boston me donne les raisons qui poussent les Iraniens à continuer malgré tout à s’expatrier outre-Atlantique, où les annonces de Mr T sont désormais une réalité. Où des Iraniens sont récemment restés coincés à l’aéroport de NYC, privés de droit au retour… Du coup, N. cherche désormais un lieu plus accueillant à l’égard des siens, un lieu où rejoindre une communauté iranienne.

Hommage. Michel Serres

Le 1er juin, le grand Michel s’en est allé rejoindre le facétieux Jean. HABITER là-haut, au paradis des sages et des philosophes. Quelques extraits en forme d’hommage. Et l’espoir qu’on n’oublie pas sa lumière.

Habiter
Le Pommier, 2011

« Depuis l’embryon lové dans le ventre de sa mère jusqu’aux métropoles qui couvrent la Terre de leurs lumières permanentes, les humains ont inventé mille façons d’habiter.

Mais les animaux et, plus étonnant, les végétaux avaient déjà exploré de nombreux modes d’habitat.

Michel Serres nous dévoile les secrets de ces architectures séduisantes et multiples, nous en montre les termes et le sens, et esquisse ainsi le monde de demain. »

« Aux habitants de mon pays de naissance »

 

De l’exil et de l’émigration

Né sur les bords de Garonne dans une tribu de mariniers rompue aux exercices exigés par les courants flambants aux inondations de printemps ou d’hiver, parmi les peupliers, les saules et les rives de lise, pêcheur de sable, travailleur à la pelle et casseur de cailloux, assourdi par le tonnerre des machines à broyer le granit et l’ophite ; agriculteur, gardeur de vaches dès l’âge tendre, rameur de vignes, ramasseur de patates, couvert de cette poussière rêche qui se mêle à la sueur au moment du dépiquage…

Nostalgie

… je me croyais le droit naturel d’habiter le pays dont j’étais imprégné. (…) Or, acculé, dès le plus jeune âge, à décider entre un pays et un métier ­ ou tra-vailler ou habiter, voilà n’avoir pas le choix ­, je perdis vite, supplice exquis, ce paradis de terre et d’eau. J’ai donc vécu toute ma vie dans l’émigration et la nostalgie, déraciné, traînant mes chausses gasconnes de par le monde. En ces lieux étranges, nul, jamais, ne m’attendait ; ni tourtière, ni tourin, ni alose aux pruneaux, que je n’ai plus goûtés depuis quarante ans. Ouvrier immigré ou émigré ­ cela dépend du point de vue ­, j’ai mangé le pain dur de l’exil.

Habiter

Savent-ils leur chance calme, les gens dont le bonheur n’a jamais quitté leur cadre paysager de naissance, qui ont su ou pu garder les mêmes amis jusqu’à leurs petits-enfants communs, qui reconnaissent les noms patronymiques des copains de leur ancienne école sur la photo de classe où posent leurs neveux, imaginent-ils le bonheur de ne devoir jamais changer d’usage, de métier, de maison, d’alimentation, de climat ni de langue, conçoivent-ils enfin vraiment, comme seul un exilé peut se les représenter, les délices contenus dans ce verbe pourtant simple : habiter ? (…)

Non, l’homme ­ ou même le vivant ­ n’est pas, comme dramatiquement le dit Pascal, un point perdu, fondu, absorbé, noyé dans l’espace, mais il habite un lieu, un renflement, un pli, une singularité locale de l’étendue, site, au contraire, très remarquable. (…)

Habiter veut dire se poser, ou, mieux encore donc, se préposer. À partir de cette situation initiale, ou pré-position, la relation vivante pousse tout autour, doucement. (…) Autour des pierres stables pousse la mousse ; avoir s’ensuit d’habiter. Donc, errant sans case, je n’ai rien. (…) Comment deviner si l’on erre par incapacité d’habiter ou si l’on ne peut demeurer par accoutumance de l’errance ? (…)

Sans doute ne suis-je que Personne, comme tous les voyageurs dont l’ombre tant s’usa aux aspérités du monde qu’il n’en reste même pas le souvenir. Voilà le point sans dimension absorbé, noyé, dévoré par l’espace homogène. Toujours absent, ce non-habitant-là doit se nommer, aussi bien, Horla, ce fan- tôme venu des vaisseaux et poussant à brûler sans cesse sa case, si aisément logé partout et nulle part, sans habitat ni habitude, si totalement privé d’avoir et donc, en fin de bilan, de substance ou d’être qu’il peut n’avoir même pas d’image au miroir. (…)

Hors ou dans ?

(…) La location ou situation dans un lieu suppose que l’on y aille et que l’on en vienne, que l’on passe par lui, donc la mobilité de l’errant. Le sédentaire, fixe, n’est pas dans un lieu, mais chez lui où le lieu est à lui ou de lui. En lui ? Voilà deux sortes de vivants, issus de règnes différents : propriétaire, de fore ; locataire, de faune.

Retour

Or donc, je peux confesser que le pire destin, pour l’exilé, consiste à revenir, un matin, dans son pays natal, dont il rêve jour et nuit, depuis son départ amer. (…)

Lancé dans une autre histoire, son chemin n’a pas seulement bifurqué dans l’espace, mais surtout dans le temps. Devenu autre quand il revient, il retrouve sur place un espace qui a tout autant évolué que lui. C’est par conséquent au pays même qu’il ressentira surtout le vrai mal du pays : l’exil au dehors se fait désormais plus douloureux dedans. Le seul lieu donc où l’errance ne sait jamais ramener ses pas reste celui de l’en- fance, de la formation et du souvenir, paradis perdu, terre promise où le lait du feuve coule avec le miel des fruits de sa plaine (…)

Labourage et pâturage

Oiseau migrateur, l’errant rêve de vivre comme un arbre, immobile et posé là. (…) Partir équivaut à disparaître, et pour celui qui part et pour ceux qui le voient partir. Elle est vieille comme l’occupation de la terre, la séparation cruelle entre les sédentaires et les nomades, entre labourage et pâturage. Les voyageurs et les habitants ne vivent pas dans le même monde. Alors que les premiers traversent toujours le désert, les agriculteurs fixés modèlent et créent leur paysage.

Eau

Le sédentaire habite le lieu, le pasteur erre le long de l’espace et de la durée (…). L’un a la terre, lourde et pleine de mémoire, l’autre suit l’eau, légère, mobile et toute d’oubli. (…) Parti de mon pays, j’ai surtout, ailleurs, aimé les fleuves, ces compte-temps. (…) Voilà comment, désespérément, trouver, dans le mobile, du stable. (…)

Lourd et léger

(…) La question du nomade revient : de quoi, maintenant, remplir le temps ? Réponse : de cette finesse légère qu’on inventée jadis certains peuples pasteurs (…). pars avec le plus léger, c’est-à-dire ce que tu peux ou ce que tu sais; cela suffit; apprends donc pour quitter. Quitte pour apprendre. La seule fortune authentique réside dans l’apprentissage (…) Et apprendre, toujours, consiste à partir.

Habiter a pour racine et origine le verbe avoir : celui qui voyage n’a plus rien; le voici alors bien forcé d’être. (…) l’apprentissage élève l’être en enseignant qu’on peut se moquer d’avoir. Dans une civilisation où se multiplient les échanges, où chacun habitera le mouvement même du voyage, (…) Le lourd, désormais, se fonde sur le léger. Si j’ose dire, ce léger fait de nous tous des élèves.

Le plus léger

Un jour (…) les plus intelligents des anciens Bédouins (…) sous la voûte gigantesque (…) psalmodiaient (…) : La brise fine (…); le grain léger (…); la transparence de l’air (…); l’élément le plus subtil (…); la plus petite inclinaison (…) souffle vif, genèse (…), lumière issue de la lumière, seul Dieu, vrai Dieu.

Les cathares et les troubadours

Naître d’Aquitaine n’impose pas des obligations de langue seulement, mais de sens et de vie surtout (…) nos aïeux les Cathares (…) enseignaient que la société, les institutions et l’histoire portent sans cesse témoignage des forces du Mal et consacrent la victoire de leur puissance. (…) Inversement, le bien se détache de toute appartenance mondaine. (…) la gloire (…) nous exile de la paix. Tout le mal du monde vient de la recherche de son lustre (…) Si nous voulons la paix, mieux vaut éviter toute gloire, ou plutôt (…) la serrer. (…) verbe qui dit à la fois mon nom et la vérité à laquelle nous restons fidèles : une sorte d’habitat pudique de l’ombre.

Envoi

Par pudeur donc et fidélité cathare, je dédie le livre d’aujourd’hui à ma lignée gasconne, paysanne et marinière, qui, souvent, ne savait même pas écrire et en l’honneur de laquelle tous les matins j’écris, à l’habitat que j’ai perdu, sans doute pour toujours, et dont l’absence pathétique demeure en moi présente, comme au coeur de tous ses exilés, la Garonne vive, sa lise légère et la langue musicale de ceux qu’elle irrigue et inspire.

Extraits tirés de Habiter, consultable sur le site des éditions du Pommier

Highlight. Des nouvelles d’Arjun Appadurai

Dans L’Âge de la régression, Arjun Appadurai se penche aux côté de ses pairs sur la montée des populismes dans le monde, processus global aux déclinaisons nationales, sur la fatigue de la lenteur démocratique à l’heure instantanée, sur la crise d’hystérie autour des réfugiés, sur une identité européenne qui hésite entre héritages chrétien, romain, grec, Renaissance ou Lumineux. Quelles sont ses valeurs ? Qu’est-ce qui la définit ? la religion, le droit, l’empire, la démocratie, l’humanisme, la laïcité, l’universalisme ? Le débat semble loin d’être tranché…

ageregression
Premier Parallèle, 2017

Nous vivons un tournant historique.
Ascension de partis nationalistes (Front national), démagogie (Donald Trump), repli sur soi (Brexit), tendances autoritaristes (Hongrie et Pologne), appels à la « grandeur » et à la « pureté » nationale (Narendra Modi en Inde, Vladimir Poutine en Russie), vague générale de xénophobie et de crimes haineux, brutalisation des discours politiques, complotisme, « ère post-vérité », appels à l’érection de murs toujours plus nombreux, toujours plus hauts…
Tout se passe comme si nous assistions à un grand retour en arrière. Comme si la peur et la violence l’emportaient sur les espoirs d’ouverture nourris ces trois dernières décennies.
Quinze intellectuels, chercheurs et universitaires de renommée internationale explorent les racines de la situation qui est la nôtre aujourd’hui et que l’on peut appeler une grande régression. Ils la replacent dans son contexte historique, élaborent des scénarios possibles pour les années à venir et débattent des stratégies susceptibles de la contrecarrer.
Ce livre représente la première tentative de penser un moment extrêmement déroutant et de dresser une sorte de portrait moral de nos sociétés actuelles. Publié en treize langues, le livre paraît simultanément dans le monde entier. Editions Premier Parralèle

Les Voies de la Résistance. Retour au FIFDH

« Rendre visible l’invisible ». Le mois dernier à Genève le FIFDH a intensément rempli sa mission. Quant à moi, j’ai profité de cette immersion pour m’adonner à mon activité préférée, butiner et faire l’éponge. L’occasion de capter l’émotion ainsi que l’urgence des participants au terme des projections, au terme des forums, au terme du Festival. Qu’est-ce qu’on peut faire ????? Certains nous ont soufflé qu’il fallait commencer par trouver sa voix et une voie pour témoigner. Ca tombe bien, le Festival en avait convié d’innombrables, inspirantes et inspirées. Du coup j’ai tendu l’oreille aux moyens d’actions et autres motifs d’espoir évoqués puis croisé les voix pour vous bricoler une esquisse de « boîte à outils du résistant », melting pot subjectif et modeste, circonscrit pour l’essentiel aux « combats » du PG.

 

 

Escales

  • Soirée d’ouverture. Discours. Responsabilité et droits humains & Forum. Sur leurs épaules : le combat des femmes défenseuses des droits humains (On Her Shoulders d’Alexandria Bombach)
  • Exposition. Pourquoi Gaza ? De Khalil Hamra
  • Rencontre avec Bruno Boudjelal – Exposition Ne mourrons pas fatigués
  • Forum. Faire du droit au logement décent une réalité (Push de Fredrik Gertten)
  • Promenade Rousseau
  • Forum. Une croix sur les valeurs suisses ? (La preuve scientifique de l’existence de Dieu de Frédéric Baillif)
  • Autour d’un film. Autour d’Opération Papyrus (Opération Papyrus de Béatrice Guelpa & Juan José Lozano)
  • Les personnes migrantes vous accueillent. Au Centre des Tattes
  • Poésie photographique. Haïti – En bas la ville, de Gaël Turine et Laurent Gaudé
  • Forum. Pour les peuples, contre les populismes (When The War Comes de Jan Geb)
  • Forum. Qui parle encore des Palestiniens ? (The Occupation of the American Mind de Loretta Alper & Jeremy Earp)
  • Après Demain. Défis écologiques à Carouge. Visite interstices urbains / Après Demain de Cyril Dion & Laure Noualhat / Rencontre avec des acteurs locaux
  • Forum. Migrations. Quand la solidarité est criminalisée (Strange Fish de Giulia Bertoluzzi)
  • Exposition Être et avoir, de Thierry Dana
  • Rencontre avec Amos Gitaï (Lettre à un ami de Gaza & Un Tramway à Jérusalem)
  • Retour sur l’édition 2019 du FIFDH
  • Forum de clôture. Les nouveaux damnés de la terre : discussion avec Edouard Louis (A Northern Soul de Sean McAllister)

 

 

 

 

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Avec les Voix de

Nadia Murad - Prix Nobel de la Paix 2018, Voix du peuple yézidi Sareta Ashrap - Équipe d'enquête de l'ONU sur les crimes de Daesh Chaloka Beyani - Ancien rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des personnes déplacées Tetiana Pechonchyk - Directrice Centre d'information sur les droits humains en Ukraine Hajer Sharief - Cofondatrice Together We Build It en Libye. Khalil Hamra - Photographe palestinien Bruno Boudjelal - photographe, membre Agence Vu Fredrik Gertten - Réalisateur, Suède Leilani Farha - Rapporteuse spéciale de l'ONU sur le droit au logement, Canada Maria Lucia de Pontes - Juriste, avocate et militante contre les expulsions, Brésil Jean-Jacques Rousseau - Penseur et Citoyen libre Frédéric Baillif - Réalisateur, Genève Christine Beerli - Avocate, politicienne et ancienne vice-présidente du CICR Tim Guldimann - Ancien ambassadeur et conseiller national, Suisse Dick Marty - Ancien procureur général TI et député, Suisse Richard Stallman - Cofondateur du mouvement GNU, Président Free Software Foundation Thierry Apothéloz - Conseiller d'État chargé de la cohésion sociale, GE Anne-Frédérique Widmann - Réalisatrice et journaliste, RTS, Genève Jean-Philippe Ceppi - Producteur Temps Présent Béatrice Guelpa & Juan José Lozano - Cinéastes Marianne Halle - Responsable communication Centre de Contact Suisses-Immigrés Thierry Horner - Secrétaire syndical SIT Laurent Gaudé - Écrivain Gaël Turine - Photographe Raymond Loretan - Club diplomatique de Genève Bertrand Badie - Professeur Sciences-Po Paris Jan Gebert - réalisateur, Tchéquie Ninotchka Rosca - Romancière et journaliste, Philippines Ludimilla Teixeira - Militante, "Groupe de femmes unies contre Bolsonaro", Brésil Annalisa Camilli - Journaliste d'investigation spécialisée en migrations et droits humains, Italie Noura Erakat - Avocate spécialisée dans les droits humains Sami Mshasha - Porte-parole UNRW. S. Michael Lynk - Rapporteur spécial sur la situation des droits humains dans les territoires occupés Stéphanie Lammar - Conseillère administrative Carouge Sébastien Lutzelschwab - Association LargeScale Studio Jean Rossiaud - Conseiller municipal Les Verts, Forum démocratique mondial, Président monnaie Le Léman Chamseddine Mazoug - Pêcheur de Zarzis, membre Croix-Rouge tunisienne Jordi Vaquer - Codirecteur Open Society Initiative for Europe Sara Mardini - Militante humanitaire syrienne réfugiée à Berlin Amos Gitaï - Cinéaste, Israël. Sean McAllister - Réalisateur, GB Steve Arnott - Héros de A Northern Soul et fondateur du Beats Bus Edouard Louis - Ecrivain Caroline Abu Sa'da - responsable éditoriale du Forum FIFDH Isabelle Gattiker - Directrice générale FIFDH.

Les Maux & les Mots du FIFDH

Bazar rhizomique

Contre les atteintes aux droits humains, résistons tous azimuts !  Le FIFDH articule et fait converger des combats à priori éloignés, tissant ainsi un réseau de luttes inter-connectées pour en dresser les états généraux. Droit au mouvement, au refuge, aux origines, à la justice, au logement, à la ville, à la connaissance, à la dignité, à un environnement sain, à la solidarité, à la Liberté, à la vie tout simplement… Interdépendance du monde, interdépendance des droits. Dans ce grand Bazar, on fait coexister et cohabiter les combats. On ne hiérarchise pas, on n’oppose pas, on ne met pas en compétition. On ne choisit pas. Les Hommes ou l’Environnement. Le Peuple ou la Globalisation. Les points cardinaux. Mobilité, populismes, luttes sociales, écologie, conflits armés, territoires oubliés, minorités. Tous les grands enjeux contemporains sont abordés.

Polyphonie métissée

Résistons sous toutes les formes ! Reflet d’un monde hybride, le Festival mélange les formes – Fictions, Forum, expositions, performances, événements, etc. – et croise les voix d’artistes, d’activistes, de citoyens, d’intellectuels, de politiques,…

Hommage aux Bédouins

Résistons vrai ! Leïla Slimani, Amos Gitai, Bruno Boudjelal, Aïssa Maïga et bien d’autres… Le Festival a mis en avant des réconciliateurs, des héros transnationaux qui refusent de jouer la parodie de la pureté et préfèrent accumuler les identités. Qui proposent de raconter le monde vrai, le monde authentiquement hybride d’aujourd’hui.

« Mais qui êtes-vous exactement ? »

Qui refusent de s’assigner, comme ces Palestinienne-Hollandaise et Israélienne aux origines multiples du film d’Amos Gitai, qu’un soldat israélien somme de s’identifier…

« Nous sommes tous des bédouins »

Telle est la posture du cinéaste venu présenté « Un Tramway à Jérusalem« , film qui parle de déplacement. Déplacement d’un tramway qui en traversant la Ville-Monde divisée permet les germes d’une société et d’une cohabitation. Déplacement de l’humanité surtout. « Toute l’humanité est déplacée, elle est dans sa phase nomade« . A contre-courant du mouvement de fermeture, Amos Gitai dresse le portrait d »Un pays composite, de gens déplacés, un pays moderne. »  Une métaphore du monde contemporain.

Communion dans l’Agora

20190314_214537Résistons Ensemble ! Le FIFDH c’est aussi un caravansérail, lieu de convergence des luttes et des bédouins qui les portent. Zone neutre, territoire protégé de l’hystérie, au coeur d’une cité-monde capitale éphémère des Droits humains. Pour permettre l’émotion, la communion, la consolation, la réflexion, l’émulation. Pour vibrer, s’indigner, réfléchir ensemble. Ici gloire est rendue aux héros humanistes qui sortent de l’écran pour rejoindre la scène au terme des projections. Ici les combattants viennent reprendre force, courage et espoir. Ici, assurément « ça a été la semaine du câlin« .

Au FIFDH on créé les conditions de la rencontre. Bazar où on troque, plateforme d’échanges de solutions et de bons procédés. Ici, il se passe quelque chose. Behind the scene aussi. Des ressortissants de RDC se retrouvent au terme d’un forum pour s’organiser. Un musicien prend ses quartiers et fait groover un Festival qui le lui rend bien en participant au financement de son projet. Des artistes, des activistes se mêlent à l’audience pour poursuivre l’échange. Un public lance l’idée d’un réseau international de possibilités d’accueil des réfugiés de la dé-mobilisation.

Accountability

« Les dominants ne sont jamais responsables, les dominés toujours« . Qui est responsable ? Qui est concerné ? Qui doit résister ? Du Forum d’ouverture au Forum de fermeture, Responsabilité a été le mot-clé. Parce que personne n’est à l’abri, parce que nous sommes tous concernés. Parce qu’il vaut mieux s’activer aujourd’hui pour ne pas avoir à résister demain.

Des Voix & des Voies

Résistons mais contre qui, contre quoi, comment ? Résister contre le Pouvoir quel qu’il soit quand ils bafouent nos droits. Résister contre le nihilisme, la fatigue morale et la résignation aussi. Et pour ça rendez-vous dans l’agora éphémère où on se rassemble après la diffusion des oeuvres. Pour esquisser des pistes d’actions pour se mettre en mouvement, se mobiliser individuellement ou collectivement. Pour révéler des moteurs d’espoir aussi.

Les Voies de la Résistance

La « Boîte à outils du Résistant » ce sont 43 moyens pour agir ou pour espérer. Et si elle vous paraît un brin utopique, tant pis pour vous ! Parce que tout ce qui suit est inspiré de voies réelles. Et j’ai (presque) résisté à ma tendance à en rajouter…

1. Le pouvoir du Récit. « Tout est histoires qui embarquent et font changer l’Histoire« . Tout est fiction, tout est construction. Il n’y PAS de fatalité. Tout est à inventer. Construire des imaginaires = résister.

« Tout est histoires qui embarquent et font changer l’Histoire« 

2. Le pouvoir de l’Art. Les oeuvres nous donnent la possibilité d’être l’Autre, d’être pluriels, de s’enrichir, d’habiter des Ailleurs. Elles tendent un miroir au monde. Créent une émotion collective. Fabriquent de l’empathie. Elles posent des questions ouvertes. Ne prennent pas partie. Elles transcendent, au-delà de la géopolitique. L’artiste n’appartient à personne, il est l’Autre pour tous. Devant un pamphlet, c’est l’homme qui « appartient à » qui réagit. Devant une oeuvre, c’est l’humain qui ressent. Devant une oeuvre, on est Ensemble.

« Les défis se relèveront grâce aux nouvelles formes d’organisations sociales et politiques« 

3. L’ère du RéseauSi le monde d’hier était pyramide, celui de demain sera réseau. Horizontal. Démocratique. Généreux. Au niveau local, il est partenariat et mise en commun des ressources. Au niveau global, il est interconnexion des hommes et des lieux. Il est la possibilité pour les activistes de créer des liens, de s’incarner dans des réseaux internationaux. De tester des actions localement puis les exporter globalement. De créer des communautés d’intérêts. D’élargir leur champ d’actions et d’inspirations. Car des solutions existent partout. Réseau de luttes, réseau d’actions.

Glocal issues, Glocal actions. Transition écologique, populisme, financiarisation, gentrification, etc., autant de processus globaux déclinés localement. Des maux « locaux » qui appellent des solutions globales et… déclinables.

4. Un multilatéralisme civil, une société civile transnationale. Qui redonne espoir aux victimes de conflits, face à un multilatéralisme institutionnel international, machine de paix trop lourde, trop souvent « impuissante, néocoloniale et arrogante ». Monde des États. Monde d’avant ?  » All those civil voices give us hope« .

« It is time to be actively good« 

5. L’engagement citoyen individuel. Le « Citoyen-Acteur ». Chacun joue son rôle, chacun fait sa part. Accumulation et conjonction de petites actions et de micro-initiatives.  « The power in individual act. » Contre le tout ou rien, pour « Des actions locales et superposées, une multitude de lignes de fuite. » L’homme de demain agit et s’engage à son niveau. Politiquement, économiquement, écologiquement. Citoyen-acteur, consommateur-acteur, citadin-acteur. 

6. L’engagement politique. « Contre la raison d’État, le citoyen a toujours un droit. » Grève des loyers à Toronto, grève des jeunes pour le climat, des femmes pour l’égalité, marches, bulletin de vote, littérature de confrontation, boycott, manifeste pour un « Shift« , pression populaire qui met en échec un projet de loi, procès en inaction intenté contre l’État. On dirait qu’on dispose d’un véritable festival de droits civiques !

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7. L’engagement poétique. Pour « révéler l’âpre beauté du vivant« , l’esthétique dans le chaos, la poésie partout. Changer les lunettes, proposer un autre regard que le regard politique. Contrer les images dramatiques et dénoncer par la beauté. « Réenchanter le monde » et la ville autour de la poésie d’un jardin. Combattre le goût pour l’aseptisation généralisée et embrasser à la fois l’ombre et la lumière. Révéler un rythme, la grâce, le style, l’énergie, la vitalité, la création. Réhabiliter la richesse du monde. 

8. Ensemble I. La force du collectif. « La valeur n’est pas dans le code source, la valeur est dans la communauté. » L’individualisme n’est plus d’actualité. L’engagement se conjugue au pluriel. Amitié, fédération, union, rassemblement. Structuration et association des petits moyens et des grandes convictions. Mise des compétences en commun. Responsabilisation de tous pour contrer le cynisme de quelques-uns.

« Together » We Build It

9. Ensemble II. La conjonction des forces. Pour faire changer les choses durablement Après Demain, il faut le concours de TOUS les acteurs. Une association des élus, des entrepreneurs et des citoyens.

Un pragmatisme win-win. « En fait, il n’y a pas de projet plus libéral qu’Opération Papyrus. » Les gardiens du Réseau-économique et du Territoire-État sont aussi capables de s’associer pour mener à bien une entreprise humaniste. De s’associer autrement que pour créer l’alliance du pire, se faire la guerre, aboutir au grand « displacement »… 

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10. La grande Mobilisation. Créer des mouvements. Une puissante voie d’action ainsi que l’ont démontré les innombrables mouvements portés par les intervenants qui ont été au coeur du Festival. Un mouvement, la mobilisation pour une lutte crée « une dynamique porteuse d’espoir« . Un mouvement permet d’afficher son pouvoir et lancer à Goliath « We are a global movement« . Créer du mouvement. « Make some noise ! » Marcher, dénoncer, faire du bruit. Pas de troubles, pas de vagues, pas de résultats ? Se mettre en mouvement. Pour révéler l’invisible, pour témoigner, pour défendre une cause et convaincre. Réhabiliter le mouvement. Pour que Nadia et les autres n’aient pas en permanence à convaincre pour avoir le « droit de sauver leur vie ». Pour que Sara faute d’avoir eu le droit de passer, retourne reconstruire son pays avec le goût de l’amertume ancré. Pour ne pas perdre une génération. Pour que cette jeunesse n’ait pas seulement le droit de ne pas « mourir fatigués« . Pour que les travailleurs de l’ombre n’aient pas à choisir entre un emploi ou un permis. Parce que l’immobilisme est toujours la cause ou le résultat du problème. Parce que le monde vivant et vibrant doit rester un idéal. Croire au mouvement, donner sa chance à l’autre, croire qu’il peut changer.

Make some noise !

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11. Ouvrir. Faire progresser les frontières, toutes les frontières. Les frontières des communautés, des nations, du savoir, des droits. Ouvrir sa maison, accueillir pour sauver, éduquer, construire un monde with less haine for tomorrow. Ouvrir pour éviter l’alliance du pire, « l’enclosure », la disparition progressive des droits et à terme, l’extinction.

12. Dénoncer. « Not step aside when you see a conflict in another part of the world« . Because in doing so, you could be the next victims. Confortables aujourd’hui, les compromis avec les autoritarismes et les drames d’ailleurs sont un piège pour demain. Choisir son camp en gardant à l’esprit que l’Histoire est toujours en mouvement et les bannis du jour seront éventuellement les héros de demain. Et c’est pas ce brave Jean-Jacques qui nous contredira…

Do not step aside

Dénoncer. « Ce ne sont pas les actes qui gênent, c’est le témoignage qui gêne« . Faire circuler les images, de Gaza, de Syrie, de Méditerranée, des injustices de partout. Pour informer, créer l’empathie, ré-humaniser. Parce que face au visage de l’autre se développe le sens de la responsabilité. Faire circuler les mots, dénoncer, témoigner, confronter.

13. Le pouvoir des Mots. Si tout est fiction et récit, ces derniers se construisent avec des mots. Tandis que Saskia Sassen insiste sur la nécessité d’inventer un nouveau langage pour comprendre le monde « financiarisé » d’aujourd’hui, d’autres proposent de redonner une substance aux mots, un sens aux concepts : dimension morale du mot politique, dimension souveraine du  mot citoyen. Le film sur la colonisation des esprits par le gouvernement israélien met quant à lui en avant de façon spectaculaire la puissance de la rhétorique stratégique. Les mots, pour décoloniser les esprits. Les mots, pour expliquer la complexité aussi. Une urgence en France où l’échec politique est surtout le résultat d’un langage inapproprié. Les Mots = arme de construction massive pour le résistant !!!

14. Le rôle des Médias. Une étude a analysé le contenu des news sur la période précédent l’élection du gouvernement actuel en Italie. 50% de ces news traitaient des migrants… Résultat, aux images d’invasion ont suivi des décrets de restriction des libertés…

15. Connaissance & Education. « Le savoir est un outil d’émancipation au service de la communauté« . L’éducation qui permet à une société de ne pas s’effondrer. La connaissance qui permet de comprendre les mécanismes à l’oeuvre et de résister. La connaissance, à ne pas confondre avec l’information, qui est un leurre.

16. L’art du compromis. « Sortir d’une discussion avec un compromis est une bonne chose« . Et si dans un monde qui prend goût à la radicalisation, la neutralité avait une utilité ? Et si la neutralité et les valeurs suisses étaient d’abord un outil d’action, de médiation, pour résister, être utiles et non un « outil de lâcheté » ? Si ce savoir-faire était davantage sagesse que renoncement ? Il semblerait que le pays de la capitale des droits humains ait encore un rôle à jouer, pour autant qu’il résiste aux compromissions.

« La logique du partage est le moteur des sociétés émancipées« 

17. Participer à la Révolution du partage. « La logique du partage est le moteur des sociétés émancipées. » Un moteur qui existe en germe avec des expériences de communautés qui se mettent en place un peu partout. On assiste aux « germes d’une société nouvelle qui s’expérimentent au quotidien. » L’avenir est fondé sur le partage, sur l’Open Source, la mise en commun des savoirs, des idées, des solutions, des biens. Sur un nouveau rapport à la propriété.

18. Con-tribuer. Faire le deuil de l’engagement total pour l’option vie hybride. Comme tous ces bénévoles engagés, associatifs, qui ont été mis à l’honneur dans les oeuvres et sur le podium, qui mobilisent leur temps libre pour la société, une cause, un combat.

19. Le Courage. « L’Opération Papyrus est une histoire de courage cumulés. » Une somme de courages politique, associatif, économique et citoyen qui a conduit à une double opération de visibilité, légale et financière. Le courage se cumule donc au pluriel, mais aussi au singulier. Car le courage, c’est aussi accepter le prix à payer pour l’engagement. Déplaire, cliver, se brouiller avec les siens, être exclu ou banni. Car « ces gens qui prouvent par leur courage que cette souffrance n’est pas inévitable » tendent un miroir à la lâcheté et questionnent le pouvoir. Le courage, c’est savoir désobéir enfin. Faire preuve d’audace, d’initiative. S’opposer aux ordres, au  climat ambiant, au boss ou aux siens pour suivre ce qu’on sait être juste, défendre un projet de loi, dénoncer une injustice. Se faire objecteur de consciences.20190316_153453

« Aimer son pays dans la justice, la vérité, l’espoir« 

20. Un patriotisme engagé. « Aimer son pays dans la justice, la vérité, l’espoir« . Droit de réponse des héros diffamés, violentés, salis, accusés par les pouvoirs d’être des complices, des criminels, des « agents des passeurs » ou des « traitres à la patrie« . Que ce soit un réalisateur qui s’élève contre la partition ou des associations qui sauvent des migrants, tous défendent une humanité plus grande que la nationalité et militent pour un cercle vertueux. « Élargir les droits de l’autre, c’est élargir ses propres droits.« . Réduire la circulation de l’autre, c’est s’enfermer…

21. La Génération We. Des Millenials ultra connectés, impliqués dans la révolution du partage et la lutte pour l’écologie. En faisant circuler les images, ils font et défont les tendances et trembler des gouvernements, en mettant à sac leurs entreprises de diabolisation.

22. Le localisme. Cultiver son jardin. Consommer chez son voisin. Opter pour une monnaie en circuit fermé. Limiter sa mobilité. Se re-localiser.

« Cities are to be the leader »

23. La Ville-Monde. Dans un monde interdépendant et face aux nouveaux gouvernements nationalistes autoritaires, « Cities are to be the leader« . Agissant au niveau local, les villes s’organisent au sein d’un réseau global, s’activent, légalisent, résistent. La Ville-Monde, conceptualisée par Saskia Sassen dont j’ai regretté l’absence sur le festival. Je me souviens avoir assisté il y a quelques années à une de ses conférences sur l’avenir de la ville globalisée après le collapse financier de 2008. Dans le contexte actuel, je mourrais d’envie de lui demander à quoi pourrait ressembler la « Ville-Monde nationaliste »…

24. L’important c’est la cause. Privilégier les causes aux carrières politiciennes. Dépasser sa personne pour défendre quelque chose de plus grand que soi. « La défense des droits humains n’est pas censée nous faire des amis.« Défendre des causes et non des personnes. Ne pas jeter la cause quand l’individu nous déçoit. 

20190316_17194425. Les Porte-luttes. A contre-courant du délit « d’appropriation », porter les luttes des résistants fatigués. Pour leur éviter la double peine : être victime + mobiliser son énergie défaillante pour lutter. Porter les luttes des résistants est un combat qui incombe aussi aux diasporas. Le Festival a ainsi vu défiler sur l’estrade de puissants portes-voix transnationaux venus plaider la cause de leurs pairs assignés à résidence. 

26. Les Réconciliateurs. Rôle qui incombe aux hybrides géographiques. Pratiquer les allers-retours pour réconcilier, donner une voix et faire changer les voi(es)x. Faire converger les classes et les géographies. Comme Edouard Louis qui après s’être réconcilié avec son enfance s’emploie à réconcilier territoire périphérique originel et lieu monde électif. De se faire la voix des classes populaires de « là-bas » et leur « offrir la possibilité de dire Je suis, j’existe, je souffre » sans avoir honte. De recentrer leur voix en parvenant à les convaincre que le combat n’oppose pas des minorités mais des dominants et des dominés. Comme Bruno Boudjelal, dont le parcours géographico-identitaire et la double culture permettent d’incarner une oeuvre qui mixe histoire collective et autobiographie. Comme Jean-Jacques Rousseau aussi en son temps ;-), devenu véritablement « Citoyen de Genève » à Paris, âme libre, aux deux milieux, réconciliateur engagé du bas et du haut de sa cité.

27. Trans-. Transgresser, Transnationaliser, Traverser. Les communautés, la barrières, les frontières, les enjeux. Relier. Comme un tramway. Oser se paumer. Refuser la place qu’on veut nous assigner.

28. Communautés & Société. Pour permettre aux communautés de survivre, elles doivent paradoxalement militer pour la société. Parce que le modèle communautaire élevé à échelle nationale conduit, in fine, à l’exclusion voire à l’élimination des minorités. C’est l’ère de la « réethnicisation de la politique« , de la guerre menée par les gouvernements autoritaires contre les minorités tous azimuts. Pauvres, femmes, minorités ethniques, migrants. Chacun son bouc émissaire.

« Il faut que l’autre existe« 

29. Renoncer à la pureté identitaire « Il faut que l’autre existe« , pour que les victimes d’aujourd’hui ne deviennent pas les bourreaux de demain. Pour ne pas prendre le risque de « remplacer un despotisme colonial par un despotisme indigène« , parce que « Une société pure sera toujours prise en otage par une force autoritaire« . Renoncer à la pureté idéologique et à l’idéal-type du grand récit libéral. A la compétition effrénée, la guerre de tous contre tous. La guerre contre soi-même surtout. Renoncer à l’être total, au lieu total. Remplacer la compétition par la solidarité.

30. Responsabilité « microscopique ». La cohabitation, une société, le monde se construit à chaque instant dans les plus insignifiantes et quotidiennes de nos interactions. Parce que la guerre n’est somme toute que « l’addition de nos plus petites haines« . 

31. Exemplarité. Pour changer le monde, il faut commencer par « se changer profondément soi-même. Sinon, une fois « 68 » passé, on retourne dans ses pantoufles… » (La preuve scientifique de l’existence de Dieu)

32. Choisir ses armes. Dans le film de Frédéric Bailif nos activistes s’interrogent sur la forme que doit prendre leur combat. Répondre au terrorisme par l’action violente ? Dégommer les politiques défaillants ? Plus tard, dans les allées de l’exposition de Khalil Hamra sur Gaza, un visiteur constatait dépité à quel point un homme seul qui dégomme un politique peut changer le monde… pour le pire. Alors qu’on doit être des millions à répondre par la paix pour arriver au même résultat. A l’image de ce Palestinien qui après avoir passé 20 ans dans ses geôles devint un fervent militant pour la paix avec Israël…

33. Armés d’émotions. La honte et la colère comme moteur pour Edouard Louis « Ne pas cesser d’avoir honte et utiliser cette honte pour être autrement dans le monde« . Ne pas évacuer la colère. La colère est bonne, légitime. La colère doit toujours être réactivée. « La colère dit la vérité« . Se servir de sa rage et de son indignation pour Dick Marty. Dénoncer par le rire, en réalisant un « film volontairement délirant » pour Frédéric Bailif. L’humour, comble de l’insolence et de la… résistance ? Ne pas cesser de rêver comme Steve, comme le FIFDH.

« Et pourquoi pas la joie ? « 

34. Jouer. Il n’y a pas que le capitalisme qui soit plastique, qui s’adapte aux contraintes qu’on lui impose. Le citoyen sait jouer lui aussi ! Il joue avec les outils législatifs à disposition, il joue à récupérer les armes de l’adversaire et les retourner contre lui. Il joue à expérimenter de nouvelles formes d’organisation, à tâtonner, puis à exporter, partager la bonne formule. Il joue le jeu du compromis aussi quand il le sait être la moins mauvaise des solutions. Il joue à hacker, à désobéir quand le combat l’impose.

35. « Peopliser » les combats. Faire porter le drame de Nadia par l’image d’une certaine Amal Clooney. Convier des voix qui comptent. Convaincre des cibles VIP pour diffuser une action. Créer « l’événement ». S’adapter au monde d’aujourd’hui. Mettre en lumière les porte-voix.

36. Se financer consciemment. L’argent, nerf de la guerre et de la paix. L’argent qui pousse des États à s’allier avec des monstres financiers, évinçant de concert des populations. L’argent, au coeur de la politique et de ses règles de financement. Financement qui décide de la paix. Ou quand le sort du coeur du monde se joue dans les hémicycles américains. L’argent qui manque aussi. Parfois pour le bien quand « less money » aboutit à « more ideas » ou quand il encourage le développement de nouvelles formes de financement. Un financement citoyen, un financement participatif. L’argent, dont les organisations humanitaires ne peuvent se priver. Ou quand le compromis avec le réseau économique vaut toujours mieux que la compromission avec des autorités criminelles. La corruption au coeur des guerres partout. La corruption, à combattre d’abord en chacun de nous. 

20190308_21544237. Women (strong) Voices. La Journée Internationale de la Femme a marqué l’ouverture du Festival, qui a consacré à son terme un film féministe et mis en avant durant dix jours des voix de femmes fortes. Hajer Sharief, Noura Erakat, Sara Mardini, Leilani Farha, Leila Slimani et bien d’autres. Des femmes qui face aux secousses contemporaines, au « straight men disorder » proposent d’autres visions pour un monde plus juste. Et si on optait pour la voie féministe ?

38. L’humanité. « Ne pas imaginer ne pas le faire« .

39. La grande Récupération. Pour qu’il n’y ait pas que les peurs et les algorithmes qui aient le droit de cité et de circuler. Les nationalistes récupèrent nos peurs, Blackstone nos villes, Monsanto et Microsoft nos savoirs et nos innovations. Alors récupérons !!!! Nos peurs prises en charge par des « entrepreneurs populistes » qui les instrumentalisent et les entretiennent à leur profit. Qui nous « ethnicisent » et nous transforment en communautés politiques identitaires. Récupérons le peuple pour pratiquer comme la Maire de Barcelone un « Good populism« , celui qui nous permet de récupérer nos villes colonisées par des monstres financiers qui ont récupéré à leur profit la crise de 2008. Récupérons nos savoirs pour inciter des géants comme Google à jouer le jeu « par pragmatisme »…

Avec le pessimisme on fait avancer seulement le nihilisme. Avec l’espoir, on mobilise, on est dans l’action, le futur.

40. Cultiver l’espoir. « L’espoir et les discours optimistes seuls peuvent combattre le populisme qui se nourrit des postures déclinistes et de la peur. » Et s’armer de Foi. La foi qui permet aux résistants d’y croire, donne aux militants la force de poursuivre le combat. Celle qui révèle des images de robes de mariées à Port-au-Prince ou à Gaza. Sans foi, pas d’espoir. La foi c’est la vie qui gagne, la vie qui continue. Malgré et au milieu des combats.

41. Le pouvoir de l’achat. Le consommateur-activiste n’a peut-être pas le poids pour s’attaquer aux lobbies et « Mettre en échec le pouvoir politique du monde des affaires« , n’empêche son pouvoir de résistance est énorme. L’argument économique remporte le combat face à l’échec des arguments moraux. Lorsqu’ils prennent acte que « ça ne marche plus« , lorsque la réputation et l’image sont en danger, les géants de la finance révisent leurs pratiques et les multi-nationales se rêvent éco-responsables… Le consommateur-activiste a le pouvoir de créer des incitations positives là où le politique se débat avec les alliances dans lesquelles il s’est empêtré.

Libre not Gratis !

42. « Libre not Gratis ». Le consommateur-activiste devrait renoncer au mythe de la gratuité. Car quand l’Autre devient gratuit, y’a fort à parier que le prochain à l’être soit ses enfants !

43. Épilogue : Des Voix & des Voies. Toutes ces pistes sont le fruit d’hommes et de femmes qui se battent pour ouvrir des voies. Des voix issues de la société civile, du monde culturel, politique, économique, … De tous les clans. Oui, dehors on trouve tellement de héros desquels s’inspirer, de personnages à mettre en scène pour inspirer. Tellement de modèles qui redonnent espoir en l’avenir. Et dire que l’être humain n’est plus à la mode… Malthus lui vole la vedette. J’ai été formée à penser que le malthusianisme était du passé… Alors qu’aujourd’hui on dirait bien souvent que l’homme trouve que l’Autre homme ou l’Homme tout court est de trop. Alors, pour éviter le sacre d’une idéologie qui mobilise sans humanité, réhabilitons l’Humanité !

Et pendant ce temps-là…

Pendant qu’on refaisait le monde, lovés dans notre bulle énergisante, dehors ce dernier ne s’est pas arrêté. Il cherche son désaccord harmonieux entre démocratie et tribalité, tradition et post-modernité, ouverture et fermeture.

On marche pacifiquement le vendredi... En Algérie pour la liberté, en Europe pour le climat. En Italie, Matteo Salvini loue Mussolini. Tandis que Mr T et Mr B entament un rapprochement et qu'en France, un Grand Débat tente de répondre au mouvement jaune. Deux conseillers sortent du Gouvernement Macron pour expliquer le progressisme. Le philosophe Raphaël Glucksmann crée son mouvement pour les Européennes. Le Qatar inaugure sa Rose des Sables à Doha tandis qu'en Nouvelle Zélande, c'est l'attentat contre le "grand remplacement". Le parti autoritaire du président Erdogan essuie un revers aux municipales en Turquie. Ce qui reste du président algérien Bouteflika lâche le pouvoir. L'immobilier Premium est en berne à NYC. Le territoire de l'État islamique n'est plus. 1 million de Britanniques crient Stop au Brexit à Londres. Un drame climatique fait des ravages au Mozambique.

Et demain ?

Le récit le plus puissant gagnera

On nous dit que tout est récit et que le récit le plus puissant gagnera. Alors lequel de ceux évoqués au Festival remportera l’adhésion ? Celui de parents qui voient l’Ecole Montessori comme le monde de demain ou celui des parents qui voient l’Ecole milicienne comme le monde de demain ? Peut-on réconcilier ces deux récits ? Peuvent-ils coexister ?

Je ne sais pas… Personnellement derrière le mot récit je vois un concept dont, de plus en plus, je me méfie : idéologies… Je leur préfère désormais des ptits mots tout simples – responsabilité, liberté, bon sens, humanisme, justice, solidarité – qui sont presque devenus honteux, qui ont été vidés de leur substance et ne signifient plus rien. Mais qui sait, en ré-embrassant à la fois la complexité et la simplicité peut-être serons nous moins friands de grandes idéologies, qui finissent toujours par diviser, inéluctablement. Totalitarisées, elles créent in fine des mondes où « les avis différents, les dissidences sont immédiatement taxés d’ennemis d’un peuple absolutiste et prétendument unanime… »

Think glocal !

Moi au milieu de cette « Bataille du libre« , je préfère la voie hybride proposée par la lucidité bienveillante des artistes, à la dictature des identités et au monde dirigé par le vide la colère la peur la culpabilité concocté par les marchands de peurs et de passions tristes. Je milite pour la Glocalité !!!

Think glocal ! Le modèle national a largement failli par le passé, il faillit encore largement à rapprocher aujourd’hui. Il leurrera peut-être un temps, qui sait… Quant au modèle d’appartenance locale, Rousseau a assisté à sa faillite, déjà en son temps et même dans une micro République comme Genève. Enfin, après ces dix jours de festival, on ne peut que constater au vu de l’état actuel des droits humains que le modèle global ait failli lui aussi. Mais si comme l’a expliqué Bertrand Badie « la quatrième vague populiste, universelle, qu’on vit en ce moment est centrée sur la peur de la mondialisation et de la dissolution« , si cette vague est glocale donc, alors la mondialisation peut être glocalisée elle aussi. Là où on a failli, c’est à expliquer aux peuples que la globalisation pouvait être récupérée, localisée, ré-appropriée, bricolée. Qu’ils étaient maîtres de ses variations. Qu’on peut tout à fait être citoyen du lieu où nous sommes et connecté à une globalité. Un « Citoyen du monde local » avec des racines et des ailes. Là où on a failli, c’est à substituer la nouvelle vague nationaliste par le « Happy Cosmopolitisme », phase de cohabitation globale d’un monde interconnecté et brassé par l’Histoire. Un monde post-colonial et multi polaire. Ce à quoi on doit s’activer, c’est à trouver le subtil équilibre entre passage et ancrage, Territoire et Réseau, mouvement et immobilité.

En attendant, militons, tout le temps, pas uniquement dix jours par an. Pour que demain ce ne soit pas une science-fiction qui l’emporte. Et pour que toute cette énergie ne sommeille jusque l’an prochain, l’idée a été lancée au Festival de créer un site de partage de voies d’actions et de possibilités d’engagements. Affaire à suivre donc. Et sinon, vivement l’an prochain et merci au FIFDH !!!!!!

Et pour clôturer le débat – Parole à la Présidente du Jury

 

 

 

 

 

Highlight. Trans-nation kurde

Renaissance, Résilience, Tolérance, Résistance, Reconnaissance… Une Transnation, quatre États, un trait-d’union vagabond et une Identité marquée, racine de l’ouverture et de la coexistence.

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À propos de Kurdistan Renaissance

Au cœur d’une région qui a tant donné à l’histoire de l’humanité depuis des milliers d’années, le peuple Kurde a réussi à créer une société ouverte au monde fondée sur un apprentissage approfondi, un équilibre entre les sexes qui permet aux femmes de participer activement dans tous les domaines et une société laïque permettant à différentes croyances de coexister paisiblement.

Les Kurdes croient fermement à leur identité, et comme un arbre aux racines profondes, cela les aide à résister aux vents et aux orages de l’histoire. Je peux dire qu’ils sont des combattants de la résistance qui ont pu contre-attaquer tous leurs ennemis. Ils connaissent toutes les pierres de leur champ de bataille, inspirés par une détermination ancestrale et viscérale pour défendre leurs terres et leur identité.

Pour les Kurdes, le XXe siècle est le rappel d’une période de souffrance pour un peuple à la recherche de la reconnaissance, de la liberté et de la paix.

Tout a commencé par une promesse non tenue : celle d’un État indépendant au début du XXe siècle. Ce fut la première trahison. Pendant des décennies, le contrôle sur le peuple kurde a été exercé à travers de nombreuses campagnes de répression et d’extermination dont la plus infamante fut la campagne d’Anfal menée par Saddam Hussein et impliquant le meurtre de plus de 180 000 civils, l’utilisation systématique d’armes chimiques contre la communauté rurale, y compris la terrible attaque chimique sur la ville d’Halabja.

Combien ont perdu leur vie au nom de leur identité et pour la reconnaissance internationale de l’Etat kurde? Environ 8 000 Barzanis ont été victimes de cette campagne d’éradication. Et combien de veuves? Combien de Kurdes ont été forcés à l’exil pour survivre? Aujourd’hui, l’État islamique menace aussi les communautés religieuses du Kurdistan, les Yézidis et les Chrétiens, Kakayees et Shabks, mais tout le peuple du Kurdistan irakien, les Peshmergas en tête, prépare leur défense.

Pourtant, les Kurdes ne sont pas seulement les combattants que l’on voit dans les journaux télévisés du monde entier. Ce sont des gens qui offrent un exemple à toute la région du Moyen-Orient. Depuis 2013, je mène un projet photographique de grande échelle sur ce peuple : sa capacité à résister, ses espoirs et ses peines, et sa façon d’organiser sa culture et la spiritualité de sa société. Par mon témoignage visuel, j’ai essayé d’offrir un hommage aux Kurdes et à leur contribution pour l’humanité.

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Reza’s Signature

Elex européennes 2019. « Un diagnostic, pas une prophétie »

« Populisme », « néolibéralisme », « nationalisme » : les mots se bousculent et pourtant l’insatisfaction demeure. Pour décrire ce qui nous arrive, nous ne manquons pas de savoirs. La crise de la démocratie fait l’objet de diagnostics récurrents. Mais c’est la stupeur qui domine, comme si la nouveauté du présent contribuait encore à accroître l’inquiétude…

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… Et si cette nouveauté tant de fois mise en avant était un obstacle à la compréhension ? Ce livre décrit la rencontre entre un philosophe inquiet du présent politique et l’année 1938. Tombé presque par hasard sur la presse française de 1938, l’auteur est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée « faiblesse des démocraties »), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons. L’abandon de la politique de Front populaire, une demande insatiable d’autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l’égard du droit et de la justice : l’auteur a vu dans ce passé une image de notre présent.
Ce livre ne raconte pas l’histoire de l’avant-guerre, il n’entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Il fait le récit d’un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-elle tant sur 2018 ? Non sur les événements, bien sûr, mais sur une manière de les interpréter systématiquement dans le sens du pire. « Récidive », c’est le nom d’une errance dans un passé que l’auteur croyait clos. C’est aussi le risque d’une nouvelle défaite.

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Elex 2019. Sagesse européenne

« Je suis né en 1930 dans le Sud-Ouest. La première chose que j’ai connue ça a été les réfugiés de la guerre d’Espagne. Les blancs et les rouges qui nous racontaient les horreurs qui se passaient. Ensuite ça a été 1939 la grande débâcle les gens venus du Nord qui débarquaient dans mon pays. Et là j’ai connu aussi les gens qui étaient dans la misère absolue. Dans le désespoir le dénuement absolu. Puis ensuite il y a eu le développement de la guerre avec toutes les horreurs que vous imaginez. Puis ensuite les guerres coloniales. Donc si vous voulez…

… entre ma naissance et mes trente ans ça a été la guerre la guerre la guerre la guerre la guerre. Et par conséquent j’ai une admiration éperdue pour la paix que nous a procurée l’Europe.

Vous voyez au fond de mes rides il y a ce malheur là. Il ne me quittera jamais. Et dire qu’il y a des gens qui sont pour le départ de l’Europe, mais ils sont fous ou quoi ? Chaque fois que je me regarde dans la glace le matin que je me rase je me dis Michel nous sommes en paix. Mais qui le dit parmi les contemporains ? La paix eux ils l’ont oubliée ils sont dans la paix, ils sont dans la paix comme je suis dans l’atmosphère que je respire. Mais c’est exceptionnel. Cette paix est exceptionnelle. La preuve c’est que quand j’ai écrit mon livre sur la philosophie de l’histoire je me suis aperçu que depuis l’origine des temps jusqu’à maintenant l’humanité avait été en paix 5% du temps. Vous vous rendez compte le malheur absolu de cette espèce qui est en guerre depuis 95% du temps ! Et là je porte ce souvenir profondément au fond de mes rides, y’a pas de doute. »

Michel Serres, dans La Grande Librairie, 27 février 2019

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Quand Michel Serres chahute avec Petite Poucette…

6 petits inédits dans lesquels s’exprime toute la sagesse bienveillante d’un penseur soucieux des jeunes générations

« Pour chanter les vingt ans du Pommier, mon éditrice me demanda d’écrire quelques lignes. Les voici. Pour une fois, j’y entre en morale, comme en terre nouvelle et inconnue, sur la pointe des pieds. On disait jadis de l’Arlequin de mes rêves, bienheureux comédien de l’art, qu’il corrigeait les mœurs en riant. Devenu arrière-grand-père, son disciple a, de même, le devoir sacré de raconter des histoires à ses petits descendants en leur enseignant à faire des grimaces narquoises. Parvenus ensemble à l’âge espiègle, j’en profite pour leur dire de l’humain en pouffant de rire. » Michel Serres

Un éloge de l’humilité et de l’espièglerie qui fait du bien en ces temps bousculés! Lien Editions le Pommier

Highlights. Un monde (trop ?) mobile !

« Savoir faire halte c’est savoir résister »… Et si la clé de la remobilisation tenait dans la résistance à « l’idéal mobilitaire » ? Si on se contentait de ralentir le mouvement au lieu de s’activer pour l’immobiliser ? Et si on goûtait aux temps morts, aux instants suspendus au lieu de s’engager dans une méditation sponsorisée pour accélérer notre productivité ? Et si on militait pour une mondialité humaniste au lieu de se désolidariser dans une mondialisation effrénée ? … Pour éviter que les exilés en marginali-Nation ne trouvent refuge dans le nationalisme !

LA SOCIÉTÉ SANS RÉPIT – La mobilité comme injonction. Christophe Mincke & Bertrand Montulet

Pourquoi sommes-nous si avides de mobilité et de changement ? Pourquoi le repos est-il perçu comme illégitime et la surcharge de travail, la norme ? Pourquoi nous appelle-t-on constamment à être autonomes et proactifs ? Pourquoi la politique, la pédagogie, la justice ou le management se trouvent-ils valorisés par l’ajout du terme « participatif » ? Pourquoi la flexibilité et l’adaptabilité sont-elles érigées en vertus cardinales ? Pourquoi les frontières font-elles partout l’objet de luttes, que l’on veuille les abattre ou les fortifier ? Cet ouvrage sonde nos représentations de l’espace, du temps et de la mobilité, pour révéler l’ampleur du bouleversement de notre rapport au monde qu’elles produisent. Il en résulte l’émergence d’un « idéal mobilitaire », fondé sur une valorisation de la mobilité pour elle-même, et articulé en quatre impératifs : activité, activation, participation et adaptation. Bien au-delà du domaine des déplacements physiques, cette injonction à la mobilité étend son emprise sur la famille, le travail, les territoires nationaux, les genres, les sexes ou encore la prison, les redéfinissant profondément. Ce volume propose non seulement des clés pour mieux comprendre les représentations de la mobilité et les normes sociales qui en découlent, mais également une grille d’analyse élargissant considérablement le champ des études de la mobilité. Lien éditeur

ÉLOGE DE L’IMMOBILITÉ. Jérôme Lèbre

Savoir faire halte, c’est savoir résister

Dans ce monde qui semble soumis à une accélération constante, où l’on ne cesse de louer la marche ou la course, nous souhaitons et craignons à la fois que tout ralentisse ou même que tout s’arrête. L’ambivalence de ce désir reste à étudier, comme ce que signifie aujourd’hui le fait de ne pas bouger.
La privation de mouvement est une peine ; le droit pénal, les disciplines scolaires ou militaires immobilisent ; les accidents et les maladies paralysent ; l’accélération technique se paye en inertie dans les embouteillages ou les bureaux. Les éloges de la mobilité comme la critique de l’accélération sont passés à côté de ces situations où l’immobilité s’impose, non sans violence.
Il faut redonner son sens à l’immobilisation. Car cette peine est aussi une étape, une station, impliquant le corps et la pensée. Tenir, debout, assis, dans la position du lotus ou même couché, c’est exercer sur soi une contrainte signifiante. Les « mouvements » d’occupation des places nous le rappellent, l’art également.

Lien éditeur

Voix du FIDH. Inspirational Souls

La dernière soirée du Festival a été marquée par la rencontre avec trois « Northern Souls », trois passeurs de voix humanistes et engagés. Avec un cinéaste qui après avoir parcouru le monde pour mettre en lumière des survivants loin de chez lui effectue un retour dans une cité natale post-industrielle, post-crises, post-Brexit en quête d’un nouveau récit collectif. Une cité qui s’est donnée pour mission de renaître, de se reconnecter localement et globalement grâce à la culture. Une cité oubliée où il va rencontrer le charismatique Steve, ouvrier-artiste rêveur combattif et optimiste. Steve fait slammer les jeunes des quartiers-marges, Steve a fait groover et pleurer le Festival. Steve a inspiré aussi. Car il a  transformé l’essai, sauté le pas, abandonné sa maigre « insécurité » pour son rêve. Enfin avec un écrivain qui après avoir prôné la fuite à tout prix pour un aller sans retour dans la ville-monde, pour En finir avec Eddy Bellegueule, est retourné dans sa périphérie d’origine pour donner une voix à ses concitoyens oubliés par la mondialisation, et militer pour réconcilier ses  identités et… sa nation.

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A Northern Soul, documentaire de Sean McAllister, 2018, 73′
Nommée Ville de Culture pour une année, Hull, une cité industrielle du nord de l’Angleterre, entre en effervescence. Magasinier le jour et fan de hip hop la nuit, Steve a un rêve : transformer un vieux camion en un « Beats Bus » itinérant pour faire slammer les enfants des quartiers. Mais la réalité est toujours plus compliquée lorsque la pauvreté vous mine… Le bouillant Sean McAllister nous offre une chronique tendre, intime et douce-amère sur le pouvoir de l’art, l’ambition et la persévérance. FIFDH

Les nouveaux damnés de la terre : discussion avec Edouard Louis autour de Qui a tué mon père

Voix du FIFDH. Pêcheur d’Humanité

Chaque époque définit ses héros et ses criminels. Les criminels du jour deviendront les héros de demain. Les criminels d’hier les protecteurs populaires d’aujourd’hui… En fonction de notre rapport à la mobilité et la fiction qui prime les crimes deviennent des devoirs et les devoirs des crimes… Et les droits eux en perdent leur méditerranéen. Du coup, samedi, pour nous éclairer, après la projection de Strange Fish un héros humaniste ordinaire est sorti de l’écran, son chapeau de pêcheur en prime pour recevoir l’ovation qu’il méritait et nous raconter le « code de la mer », dont le Livre premier a pour titre Solidarité.

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Strange Fish, de Giulia Bertoluzzi, 2018, 55′
Quel effet peut avoir la vue d’un cadavre flottant dans l’eau comme un étrange poisson ? À travers les voix des héros anonymes de Zarzis, village de pêche au sud de la Tunisie, nous découvrons comment la tragédie des migrant·es a affecté le village et la communauté des pêcheur·euses. Un portrait puissant de Salah Mecherek, capitaine d’un bâteau de pêche à la sardine, Chamseddine Bourassine, président de l’association des pêcheurs et Chamseddine Marzoug, ex-pêcheur, bénévole pour le Croissant Rouge et actuel fossoyeur pour les nombreux inconnus qui s’échouent sur la côte. FIFDH