Voix du FIFDH. Pêcheur d’Humanité

Chaque époque définit ses héros et ses criminels. Les criminels du jour deviendront les héros de demain. Les criminels d’hier les protecteurs populaires d’aujourd’hui… En fonction de notre rapport à la mobilité et la fiction qui prime les crimes deviennent des devoirs et les devoirs des crimes… Et les droits eux en perdent leur méditerranéen. Du coup, samedi, pour nous éclairer, après la projection de Strange Fish un héros humaniste ordinaire est sorti de l’écran, son chapeau de pêcheur en prime pour recevoir l’ovation qu’il méritait et nous raconter le « code de la mer », dont le Livre premier a pour titre Solidarité.

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Strange Fish, de Giulia Bertoluzzi, 2018, 55′
Quel effet peut avoir la vue d’un cadavre flottant dans l’eau comme un étrange poisson ? À travers les voix des héros anonymes de Zarzis, village de pêche au sud de la Tunisie, nous découvrons comment la tragédie des migrant·es a affecté le village et la communauté des pêcheur·euses. Un portrait puissant de Salah Mecherek, capitaine d’un bâteau de pêche à la sardine, Chamseddine Bourassine, président de l’association des pêcheurs et Chamseddine Marzoug, ex-pêcheur, bénévole pour le Croissant Rouge et actuel fossoyeur pour les nombreux inconnus qui s’échouent sur la côte. FIFDH

Voix du FIFDH. Activisme urbain

Face à l’urgence climatique, faut-il laisser le temps de germer à l’activisme des citoyens convertis au récit ? Ou entrer en résistance politique comme le propose désormais Cyril Dion ? Et si c’était à l’échelle locale que la graine s’épanouira Demain ? La transition durable semble en tout cas bien amorcée à Carouge, une des nombreuses communes du Grand Genève associée au FIFDH. La cité sarde qui a résolument adopté le « vert local » dans son identité territoriale avec son programme « Carouge, ville Zéro Déchet« , s’est naturellement associée au menu « résistance environnementale ». Ainsi le temps d’une matinée, le public a été invité à franchir les barrières de jardins nomades, visionner le documentaire Après Demain, enfin découvrir des acteurs locaux qui font des interstices urbains un laboratoire expérimental de vivre ensemble. Des botanistes qui cherchent une voie entre passage et ancrage, spontané et institutionnel, intégration des réseaux locaux et inscription dans un réseau global, collectif et individuel, ouverture et fermeture… Des activistes qui proposent rien de moins que l’Art-Evolution, autour de la poésie d’un jardin..

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« Deux ans après le succès phénoménal du documentaire Demain, Cyril Dion revient sur les initiatives que son film a inspirées. Il est accompagné de Laure Noualhat, une enquêtrice de renom très sceptique quant à la capacité des micro-initiatives à avoir un réel impact face au dérèglement climatique. Leur confrontation pleine d’humour les pousse dans leurs retranchements : qu’est-ce qui marche, qu’est-ce qui échoue ? Et si tout cela nous obligeait à inventer un nouveau récit pour l’humanité ? » FIFDH

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Après Demain, de Cyril Dion & Laure Noualhat, 2017, 72′

Voix du FIFDH. Intermed(iair)e zen

Cette année, la commune de Meyrin a proposé une résidence au photographe franco-algérien Bruno Boudjelal, qui nous a offert un intermède bienvenu en ce samedi après-midi. Sa posture de résistance ? Le regard étonné qu’il promène sur le monde et son propre parcours. Se laisser porter par le mouvement et les opportunités aussi… Hybride assumé, riche de sa double culture et ses multiples identités, le photographe porte désormais son patronyme originel avec sérénité. Bruno Boudjelal, ou la preuve par le récit que le malaise identitaire n’est pas une fatalité, la réconciliation une responsabilité individuelle, le fruit d’un combat, d’un parcours géographique fait d’allers-retours vers des origines. Le fruit d’une résistance à la place qu’on veut nous assigner aussi. Le fruit d’une réconciliation familiale avec son histoire et avec l’Histoire enfin.

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 » Le photographe franco-algérien et membre de l’Agence VU’ Bruno Boudjelal s’est toujours questionné sur sa propre identité, lui qui a découvert l’Algérie, le pays de son père, à l’âge de 32 ans. Inspiré par ses explorations personnelles, il a forgé une démarche singulière qui entremêle la mémoire collective, l’autobiographie, le documentaire, la couleur et le noir et blanc. Régulièrement publié dans la presse internationale et lauréat de prix prestigieux, son travail fait l’objet de 6 monographies et de nombreuses expositions à travers le monde. » FIFDH – Rencontre avec Bruno Boudjelal

le temps de son passage à Meyrin, ce conteur dont l’oeuvre semble encore devoir être ramenée aux errances des autres comme aux siennes, s’est fait le porte-voix légitime et subjectif de migrants entre-deux mondes. Et a pris comme point de départ une maxime de résistance pour le moins originale : « Ne mourrons pas fatigués« . Inspirée par un homme qui lui confia avoir résisté à toutes les épreuves de son longue traversée africaine grâce au… repos.

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« Bruno Boudjelal a pris ses quartiers à Meyrin de janvier à mars 2019. L’artiste a longuement rencontré des hommes et des femmes arrivé.es à Genève après un parcours migratoire difficile. A partir de ces mots puissants : Ne mourrons pas fatigués, Boudjelal leur a proposé de raconter comment, pris dans des flux incessants, ils et elles parviennent à ne pas perdre pied, à tenir, s’inscrire dans la vie. L’artiste les a écouté·es, photographié·es, et a relaté ces histoires dans des textes. » FIFDH

Voix du FIFDH. Et pourquoi pas la Joie ?

Métissages, hybridations, diversité… Pour dresser son portrait d’un monde en transit, le FIFDH ne croise pas seulement les voix, mais les formes aussi. Films, forums, expositions, performances ou poésie photographique ce mercredi soir. Avec Haïti – « En bas la ville », la voix de Laurent Gaudé s’est associée avec l’oeil qui voit de Gaël Turine pour nous faire voyager dans une capitale haïtienne en ébullition. Port-au-Prince, excès de chaos, excès de vie… et au milieu de la poussière et des combats, « Pourquoi pas… la joie » ?

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L’écrivain Laurent Gaudé et le photographe Gaël Turine proposent une soirée de poésie photographique qui plonge le spectateur dans une expérience visuelle et auditive haïtienne. Hybridation entre littérature et photographie, cette déambulation nous guide dans le quotidien des résidents de Port-au-Prince et de son centre-ville, Enba Laville en créole. Avec plus de 2 millions d’habitant·es, la capitale d’Haïti bouillonne entre les stigmates du séisme de 2010 et l’instabilité politique récurrente. Le regard croisé des deux auteurs remet en perspective la réalité désenchantée de la première république noire et en révèle toute la beauté et la dignité. FIFDH

Sur les photographies de Gaël Turine, Laurent Gaudé a posé sa voix en reprenant ce magnifique poème qui figurait dans son recueil De sang et de Lumière (2017, Actes Sud).

Et pourquoi pas la joie ?

« Tu es Solange, Fille de la ville. Tu marches lentement. Tu es partout chez toi, Reine en ces rues qui ne te salissent plus d’aucune poussière. Tu es Solange. Tout est à toi qui n’as rien. Et pourquoi pas la joie ? La fierté d’être femme, Fille de mère nombreuse, Indisciplinée au temps, Affranchie, Soeur des fougères qui plient doucement sous le vent. Solange, La fille qui ouvre le ciel Et rachète, Par le simple déhanchement de son sourire, Nos vies indistinctes. » Extrait, Et pourquoi pas la joie ?, 2013, Laurent Gaudé

Voix du FIFDH. Le Choc dés-Humanisations

Jeudi soir dans le cadre du Forum « Pour les peuples, contre les populismes », la romancière et journaliste philippine Ninotchka Rosca, la militante brésilienne et initiatrice du « groupe de femmes unies contre Bolsonaro » Ludimilla Teixeira  ainsi que la journaliste d’investigation italienne spécialisée en migration et droits humains Annalisa Camilli, sont venues nous alerter sur le « pouvoir du stylo » et la rapidité avec laquelle la violence s’est propagée dans leurs patries depuis l’arrivée au pouvoir de dirigeants fort(s) « populistes ».

Qui doute encore que quelques mots peuvent changer le monde ? Pas Samuel Huntington assurément… Décontextualisation, récupération, instrumentalisation. Vingt ans après son Choc des Civilisations la peur a effectivement changé de camp. Menant au pouvoir des militants de la verticalité qui jouent à fond la carte d’une vertu dont l’époque raffole tant. L’authenticité. Exilant la complexité, la nuance, le compromis, l’empathie… Substituant des images par des décrets, substituant des peurs abstraites à la peur bien réelle, de la disparition. Des pauvres, des minorités, du féminin libéré, des dissidents, des biotopes, in fine… de l’individu.

En route vers la déshumanisation ? Pour la jeunesse des « Recrues slovaques » assurément. Volontairement. Adeptes de l’auto-disparition, ils abandonnent leur identité pour un numéro d’immatriculation, au nom de la « civilisation slave ». Ceci avec l’accord parental, troublant.

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When the War Comes, de Jan Gebert, 2018, 80′

Pour pallier le manque de leadership de sa génération, le jeune Peter Švrček a fondé les « Recrues slovaques », un groupe fasciste et paramilitaire qui propose aux adolescent·es de participer à des entraînements physiques durant les week-ends. Ce que Peter et ses partisans visent dans l’absolu, c’est la création d’un État totalitaire capable de les équiper en armes et de les préparer au choc ultime des civilisations. FIFDH

Quelques tribunes anti-choc-des-civilisations dans Le Projet Cosmopolis :

 

 

Voix du FIFDH. Espoir ardent

Les Palestiniens nourrissaient l’espoir que la « Grande marche du retour » sur la frontière avec Gaza offre une visibilité à un drame qui ne connaît point de trêve. Voie muselée… Pour redonner une voix et résister à la violence de son gouvernement face à ce mouvement pacifique, Amos Gitaï a réalisé sa « Lettre à un ami de Gaza » dans laquelle des enfants israéliens assignent leurs parents d’un « Comment avez-vous pu laisser faire ça ? ». Et pour que ça s’arrête, il faut à tout prix créer de l’empathie, informer sur la situation de ce territoire interdit et mettre un visage sur ce voisin déshumanisé. En attendant les hommes, il faut à tout prix que des images circulent. Mission que remplit le « cri photographique » de Khalil Hamra avec « Pourquoi Gaza ?« , qui ouvre à des spectateurs hébétés les portes de cette insoutenable prison à ciel ouvert. Comment survivent-ils ? Comment les aider ? En commençant déjà par renverser une rhétorique dont Roger Waters nous expose le décryptage édifiant dans The Occupation of the American Mind. Mais alors si tout est construction il n’y a pas de fatalité ? Et si on connaît les armes de son voisin alors on peut mieux résister…

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Pourquoi Gaza ?, exposition de Khalil Hamra

L’ICAM, Associated Press et Visa pour l’Image présentent l’œuvre du photographe palestinien Khalil Hamra : une bande de terre de 360 km2, plus de 2 millions d’habitant·es privé·es des services essentiels se débattent pour survivre au milieu des ruines. Un quotidien qui renvoie vers le monde des images de destruction et de souffrances. Face au désastre, le cri photographique lancé par un regard gazaoui nous fait partager la résilience et l’espoir malgré tout. FIFDH

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The Occupation of the American Mind, de Roger Water

Alors que des sondages récents montrent une opinion publique globale se retournant nettement contre la politique d’Israël, le soutien du public américain envers le gouvernement israélien tient bon. The Occupation of the American Mind, narré par Roger Waters et dans lequel figurant d’éminent·es expert·es sur le conflit israélo-palestinien, jette un regard sur la guerre de l’information que l’Israël et ses partisans mènent aux États-Unis. FIFDH

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Un Tramway à Jérusalem. Amos Gitaï, 2018, 93′
En desservant la ville d’est en ouest, le tramway de Jérusalem traverse chaque jour des dizaines de religions et de cultures, qui se côtoient de manière éphémère. Cinéaste de l’exil et des territoires, Amos Gitaï signe une comédie douce-amère où la fine fleur des comédien·nes israélien·nes et palestinien·nes partage l’affiche avec Mathieu Amalric et Pippo Delbono. FIFDH
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Lettre à un ami de Gaza, Amos Gitaï, 2018, 34′

Nous coulons, en choisissant d’aller avec le troupeau, méchant et satisfait de son propre droit. Quel abîme faudra-t-il atteindre pour que les jeunes soient choqués des actes de leurs parents et de leurs grands-parents et cessent de les imiter, une émulation pour le pire ? Permettons-nous une minute d’optimisme et disons que la question sera posée avant qu’il soit trop tard. Lien distributeur

Voix du FIFDH. Rendre visible l’invisible

Pour donner une voix de papier à nos concitoyens invisibles, c’est dans l’ombre que Genève a porté son projet, à l’abri des cris et de l’hystérie, à l’abri de la tyrannie de l’instantanée aussi. Quinze ans. Un temps politique nécessaire pour proposer une variante posée dans un contexte sensible. L’Opération Papyrus, conjonction des forces, conjonction des courages, conjonction de l’humanisme et du pragmatisme genevois aussi. Car papyrus a permis une double opération de visibilité, démasquant dans la foulée des acteurs économiques qui contribueront désormais eux aussi aux deniers étatiques. La solution genevoise fera-t-elle des émules ? L’avenir nous le dira. En attendant lundi les voix se sont succédées sur la scène pour exprimer leurs sentiments, entre enthousiasme et fragilités…

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Opération Papyrus. Documentaire de Béatrice Guelpa & Juan José Lozano, 2019, 56′, un film RTS
De février 2017 à décembre 2018, Genève a proposé aux personnes « clandestines » bien intégrées et résidentes depuis 10 ans de régulariser leur situation. À la clé : des papiers et une nouvelle vie, ce qui a provoqué espoir, mais aussi angoisses et méfiance. Présenté en première mondiale, ce film donne pour la première fois la parole aux associations, aux syndicats, aux employeur·ses, aux milieux politiques et bien sûr, aux personnes sans statut légal, pour raconter une aventure humaine inédite. FIFDH