Zoom sur FIFDH 2021 – RÉSISTER

Le monde d’avant, le monde d’après… Et maintenant ? Coincés dans un État d’urgence… En suspension… L’occasion pour le FIFDH de se réinventer à travers 31 films, des Grands Rendez-Vous virtuels interactifs, un Prix du Public, un écho quotidien local, une utopie radiophonique, des entretiens et des autoportraits d’activistes, une Traversée de femmes dans l’espace public, des expositions, etc. Tour d’horizon des formes que prend l’Activisme en temps de pandémie, avec une petite sélection placée une nouvelle fois sous le signe de la Résistance.

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Comment résister en État d’urgence ? Pistes de réponses au FIFDH avec des artistes et des militants qui se débattent dans le cadre d’un changement global de paradigme, couronné par une pandémie qui a détruit en quelques mois des décennies de progrès pour les droits humains. Une pandémie qui s’est épanouie sur un terreau bien fertile si on en croit les oeuvres sélectionnées par l’édition 2021…

Grands rendez-vous FIFDH 2021

Une nouvelle fois contraint de transmettre des Voix(es) virtuelles, le Festival propose chaque jour Des Grands rendez-vous (à retrouver Ici) sous forme de débats et de rencontres, pour résister tout en saisissant toute la nuance et la complexité du monde…

Des Rencontres….

Avec Milo Rau, cinéaste du « No Border« , pour qui « l’art est avant tout un sport de combat« , venu présenter son Nouvel Évangile, une oeuvre mêlant « histoire, art et politique » dont l’ambition est de susciter « la compassion, la solidarité et l’éveil politique. » Un film dans la lignée d’une philosophie qui refuse aussi bien « les frontières entre les arts que les frontières entre les nations« .

Avec Santiago Amigorena et son Ghetto intérieur. Qui lutte pour qu’on cesse, en temps de crise, de réduire les minorités à une identité imposée. Pour l’auteur, dire « migrant » ou « arabe » est une manière de définir ce qui n’est pas définissable…  De Dé-finir, dé-terminer, finir, terminer… « Je me bats contre ça dans tous les sens. Je déteste qu’on dise pour moi-même que je suis un écrivain franco-argentin ou qu’on dise que je suis français ou argentin… Je défends une identité qui est toujours mouvante et du côté de la question. »

« Qu’est-ce qu’on essaie de dire quand on dit qu’un migrant est un migrant ? » Santiago Amigorena

Quand on dit « migrant » ou « arabe » aujourd’hui on nie la complexité d’une identité… Celle d’un Syrien qui a vécu au Liban avec des parents turcs dont l’un est peut-être Arménien, peut-être musicien, sûrement plein d’autres choses comme n’importe quel être humain… Bref, Santiago Amigorena se bat contre l’absurdité de l’assignation… identitaire.

Avec la mythique Angela Davisune militante toujours au front, qui nous met face à notre responsabilité et notre pouvoir en tant que citoyens. C’est à Nous, société civile, de changer. A nous de mobiliser et de faire pression sur Nos politiques. Qui insiste sur le lien entre système capitaliste et esclavage. Et sur un racisme utilisé avant tout pour diviser les travailleurs. Un racisme structurel qui doit être combattu à l’échelle de la société et pas à l’échelle individuelle. Qui nous parle d’intersectionnalité, de convergence entre luttes climatique, féministe, anti-raciste, anti-capitaliste. Qui nous dit que notre salut passera par notre capacité à conceptualiser. Définir des nouveaux concepts pour définir une nouvelle manière de penser le monde.

Avec Arundhati Roy autour du nationalisme indien et son Azadi – Freedom, Fascism, Fiction.

Azadi

« The chant of ‘Azadi!’ – Urdu for ‘Freedom!’ – is the slogan of the freedom struggle in Kashmir against what Kashmiris see as the Indian Occupation. Ironically, it also became the chant of millions on the streets of India against the project of Hindu Nationalism. Even as Arundhati Roy began to ask what lay between these two calls for Freedom – a chasm or a bridge? – the streets fell silent. Not only in India, but all over the world. The Coronavirus brought with it another, more terrible understanding of Azadi, making a nonsense of international borders, incarcerating whole populations, and bringing the modern world to a halt like nothing else ever could. In this series of electrifying essays, Arundhati Roy challenges us to reflect on the meaning of freedom in a world of growing authoritarianism. The essays include meditations on language, public as well as private, and on the role of fiction and alternative imaginations in these disturbing times. The pandemic, she says, is a portal between one world and another. For all the illness and devastation it has left in its wake, it is an invitation to the human race, an opportunity, to imagine another world. »

Arundhati Roy qui nous dit que l’Inde nationaliste hindou de Modi est un mensonge. Que l’Inde est une Nation faite de 1.2 milliards de minorités qui ont nourri à l’heure de l’indépendance l’idée d’unité dans la diversité. Le contraire de cette Inde nationaliste qui nourrit sa propre autodestruction. Un nationalisme toxique, un autre type de virus qui s’est propagé à l’échelle globale et dont les effets de division ont été accentués par la pandémie. Arundhati Roy insiste sur le pouvoir de l’Art pour combattre ce virus. Met les artistes face à leur responsabilité, ceux-là qui ont contribué à disséminer le venin nationaliste, ont oublié de s’opposer, oublier leur rôle, à savoir inventer, dénicher, mettre en lumière d’autres imaginaires.

L’ultra-nationalisme des hommes forts, des « hommes de la situation »… on prolonge la question avec deux débats autour de la gestion de la crise sanitaire, Paradoxes de la réponse à la pandémie et Pandémie et libertés individuelles. D’un côté Ai Weiwei qui présente dans son film Coronation comment les hommes forts de sa mère-patrie gèrent en déshumanisant et de l’autre Alain Berset venu confesser les tâtonnements démocratiques du régime politique des hommes faibles, ou comment ces derniers tentent de gérer la situation en conciliant libertés humaines et État d’urgence sanitaire.

État d’urgence… Et après ? On y réfléchit autour d’une rencontre encore, avec Alain Damasio et son combat pour Empuissanter le vivant, inventer de nouveaux modes de luttes, de nouveaux imaginaires pour conserver nos libertés face à un « cyber-libéralisme » liberticide. Ou comment imaginer le « monde d’après » une pandémie qui nous a encore davantage enfermés dans un « techno-cocon« . Besoin d’inspiration ? Alain Damasio lui n’en manque pas et nous offre une respiration à l’occasion d’un concert de « rock fiction« . On y réfléchit autour d’un débat enfin, entre Dominique Méda et Erik Orsenna, sur la question Des bullshit jobs et encore, pas pour tout le monde ! Autre tentative de repenser le monde d’après, celui de l’économie mondialisée et des inégalités entre travailleurs accentuées par la pandémie.

Et parce que dans ce contexte de confinement globalisé on aurait tendance à oublier que des dizaines de millions d’hommes et de femmes se sont eux retrouvés bloqués sur la route et que le durcissement politique généralisé a fait de la solidarité « une mission périlleuse pour les humanitaires« , on débat pour « Aider les personnes migrantes » avec Behrouz Boochani et Helena Maleno.

Un débat qui fait écho au film ShadowGame, mais aussi à Délit de solidarité, 385 Disparus en Méditerranée, Le Nouvel Évangile, et tant d’autres du cru 2020 ou 2021… Des films et un débat qui posent le contexte : la criminalisation de la migration et de la solidarité, de « l’humanitaire », par des États qui usent de la violence et enferment les migrants dans des camps de rétention. Des États-forteresse dont la lutte contre la Mobilité alimente esclavagisme et torture, organisés par des réseaux de passeurs criminels, qui commettent des crimes contre l’Humanité mollement réprimés et soutenus par une propagande anti-réfugiés. Des crimes qui se déroulent dans l’indifférence généralisée d’un contexte dés-humanitaire encore aggravé par les mesures prises par ces mêmes États pour contrer la pandémie. 

Alors comment combattre ce  virus-là ? Pour Behrouz Boochani, le langage journalistique n’est pas efficace pour contrer la propagande anti-mobilité. Il faut utiliser un Autre langage, utiliser la littérature « to challenge the system« . Survivre, résister à la déshumanisation par la Création. Il met en garde contre le « not my business« . Car ce qui se passe en Australie, où un texte de loi sur la politique migratoire a été passé en « secrecy« , a un impact négatif sur l’ensemble de la démocratie australienne. On ne peut pas faire comme si ça ne nous concernait pas tous en tant que citoyens. Behrouz Boochani tente de nous faire comprendre qu’en fermant les yeux « You’re not only damaging the refugees but YOU. Manus is IN a System. You cannot walk away« . Que cette façon de diriger s’applique à nous aussi. Nous faisons partis de ce SYSTEME. Ainsi la gestion mise en place sur l’Île de Manus, qui consiste à diviser les communautés, à créer la haine pour mieux contrôler, est une métaphore de ce qui se passe à grande échelle avec la société. They are « running Australia like Manus« , « Violence comes to your bed« . On est tous concernés, il y a un Nous et ensemble « WE should resist« .

TÉMOIGNAGE D’UNE ÎLE-PRISON. Beyrouz Boochani, 2019

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 » Il avait fui l’Iran pour s’exprimer librement et pour échapper à la prison, dont il était menacé pour son engagement politique en faveur de la cause kurde. Mais en 2013, le bateau qui devait conduire Behrouz Boochani en Australie a été intercepté par les autorités et le journaliste est depuis détenu sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au nord de l’Australie. Au fil de milliers de SMS, envoyés à l’aide d’un téléphone portable secret à un ami traducteur, Behrouz a documenté la vie dans ce camp de détention monstrueux, les multiples violations des droits humains, les conditions de vie déplorables, l’incompréhension et le désespoir des prisonniers innocents. Comme tant d’autres dépouillé de son identité, de son humanité et de son individualité, Behrouz a réussi à faire entendre dans une oeuvre magistrale la révolte silencieuse des migrants injustement traités à travers le monde. Ceux qui, comme le peuple kurde, n’ont plus que la montagne pour alliée. »

Pour répondre à la criminalisation de la mobilité, Helena Maleno (chercheuse, journaliste et défenseure des droits humains espagnole) a de son côté fondé le mouvement collectif Ca-minando Fronteras, « un collectif qui défend les droits des personnes et des communautés en mouvement« . Elle rejoint Behrouz Boochani sur la nécessité de contrer le discours officiel relayé par des grands médias complices d’une politique forteresse, en ayant recours à l’art. L’art pour proposer un discours capable de mettre à nu l’unique politique migratoire européenne, au-delà des rhétoriques : une politique de GUERRE aux frontières. Une nécro-politique qui consiste à « faire mourir et laisser mourir« . Et une guerre qui est avant tout un grand BUSINESS. Helena Maleno rejoint également Behrouz Boochani sur le fait que nous faisons TOUS partie du même système. D’un système qui déshumanise. D’un système qui criminalise les navires humanitaires et nourrit un esclavage soutenu par un racisme structurel. Mais un système qu’on peut contrer, en créant des RÉSEAUX de résistances, des réseaux de VIE. Pour l’activiste, il faut « prendre les rues avec l’amour« , « Construire ENSEMBLE, depuis la base, de façon CRÉATIVE« . Il faut « se servir des ARTS to empower the refugees », créer un « tissu de protection collective » pour contrer la criminalisation individuelle, se mettre ensemble pour gagner en VISIBILITÉ.

Tout comme Angela Davis, les deux activistes soulignent qu’il est de NOTRE devoir d’imposer à NOS gouvernements un changement de politique. En attendant, rendez-vous est pris pour tenter de faire quelque chose ensemble. C’est ça le FIFDH, des connexions…

Bilan en suspension

L’Inde d’Arundhati Roy, la Chine d’Ai Wei Wei, l’Iran de Behrouz Boochani, les États désunis d’Angela Davis, l’Europe de Milo Rau, etc., etc., etc. Autant d’artistes chassés ou muselés par tous ces « Hommes de la situation« . Des hommes forts qui criminalisent le mouvement tout en engendrant davantage de mouvements. Des hommes forts qu’on élit, contribuant à créer les conditions de notre propre confinement. Car l’arrêt du mouvement ne connaît pas de limite d’échelle. Il est total ou n’est pas. Mais ces hommes forts y croient. Des hommes forts qu’on élit pour nos enfants, l’identité nationale de nos enfants, l’avenir économique de nos enfants, la qualité de vie de nos enfants… Des hommes forts qui ont vu dans la pandémie une opportunité inespérée d’apporter leur solution : (s’)enfermer. Et bien, après avoir visionné quelques films sur ces enfants – des enfants envoyés sur les routes de la mort, des enfants perdus, des enfants traqués, des enfants sans boulot et sans statut – on peut dire que c’est un sacré boulot. Alors c’est quoi le plan maintenant ?

Et bien, on peut déjà tenter une Grande Traversée, comme Zeinixx, Amikal et Nadia Seika et leur fresque vagabonde :-)…

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Grande Traversée, fresque des graffeuses Zeinixx, Amikal et Nadia Seika

De Kinshasa à Genève, de Dakar à Lausanne, des artistes militantes féministes partent en voyage pour « convoquer « l’ailleurs » et « l’ici » », tendances globales et vécu local.

Et puis on peut partir à la rencontre d’un peu de douceur enfin avec une Déclaration des droits humains mise en musique par Max Richter (Disques Voices et Voices II) et Yulia Mahr. Une pièce qui achève de nous convaincre du pouvoir de l’Art dans la défense des droits humains. De la nécessité de créer un langage neuf, « to make a piece which felt hopeful » pour rêver durant ce « very challenging time« . Du devoir, « Out of this darkness, try to make something brighter« . De faire entendre des « Voices to be a bridge from the world of yesterday into the world of tomorrow, the post-pandemic world » De ne jamais oublier que

« At the same time there is This Feeling of Potential«  »… Max Richter

Déclaration universelle des droits de l’homme. Extraits… 

  • Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. (Article 3) 
  • Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. (Article 4)  
  • Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. (Article 5)
  • Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé. (Article 9)

Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. 
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

  • Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. (Article 14)
    1. Tout individu a droit à une nationalité. 2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. (Article 15)

Alors on en est où aujourd’hui ? Je nous laisse méditer la chose devant quelques films sélectionnés pour nous aider à y voir plus clair….

FILMS FIFDH 2021

Une petite sélection confinée classée en trois grands thèmes : Millenials, Mobilité, État d’urgence, et qui interroge plus que jamais la place des artistes, des activistes et leur rôle dans la résistance au confinement idéologique, au confinement géographique, au confinement sanitaire.

MILLENIALS

A quoi ressemble le monde des Millenials ? Comment s’en sortent nos si chers enfants, ceux-là mêmes qu’on croit défendre en croyant à des hommes forts ? Ces enfants de la génération Z, celle-là même qui a grandi dans un monde post 11-9, un monde obsédé par l’identité, un monde enfermé dans la virtualité. Les enfants résistants de Dear Future Children, les enfants sans argent de Call me Intern, les enfants sans maison de Shadow Game, les enfants sans projets de White Noise font tous partie de cette génération…

DEAR FUTURE CHILDREN Documentaire de création de Franz Böhm

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All-GB-AUT, 2021, 89′

« Durant les mois qui ont précédé la pandémie, 50 pays ont connu des manifestations citoyennes contre la corruption quand partout des lycéen-nes faisaient grève pour le climat. Âgé de 20 ans, Franz Böhm est parti caméra au poing à Hong Kong, en Ouganda et au Chili dresser le portrait de trois jeunes activistes engagées corps et âme pour l’environnement, la démocratie et contre la corruption. Ce film brûlant est présenté en première internationale.« 

« Durant les mois qui ont précédé la pandémie, 50 pays ont connu des manifestations citoyennes »… Une pandémie tombée à point nommée donc pour certains États… Dear Future Children dresse le portrait d’une jeunesse qui force l’admiration et dévoile le coût élevé que ces enfants paient pour leur lutte.

« A force de combattre le dragon, on devient le dragon. » Nietsche

SHADOW GAME Documentaire de création de Eefje Blankevoort et Els van Driel

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PB, 2021, 90′

« Si c’est un jeu, c’est l’un des plus dangereux. Chaque jour, des adolescent-es fuient leur pays ravagé par la guerre, tentant de traverser les frontières européennes en quête d’un avenir meilleur. Nature hostile, clôtures ou gardes armé-es: chaque pas gagné sur leur destination finale l’est aussi sur la mort. Sur fond de passage à l’âge adulte, un film étourdissant où des vies se consument sur les routes clandestines d’un continent fortifié. »

« Je ne veux plus jamais voyager, je resterai ici pour toujours »

« L’ennemi n’est pas le désespéré mais celui qui sème le désespoir. Pas celui qui fuit mais celui qui pousse à fuir.  » 

Quel est ce monde enfermé où des parents en arrivent à devoir envoyer leurs enfants sur les routes de la mort et de la déshumanisation ? Des enfants contraints à flotter dans un mouvement perpétuel qui les contraint à adopter cette unique stratégie de survie : jouer. Jouer, seule façon de survivre dans une Forteresse hypocrite qui en persistant à lutter contre le mouvement des hommes finit par figer les coeurs, la vitalité des peuples, la vie. Une Forteresse qui s’auto-confine et s’auto-détruit. Combattre l’élan vital, l’aller-retour, le provisoire, la fluidité ? Une folie dont les effets renforcent la cause. Documentaire glaçant, nécessaire, insupportable ? What can I do ? Pistes et moyens d’agir sur shadowgame.eu.

WHITE NOISE Grand reportage de Daniel Lombroso

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USA, 2020, 95′ 

« Comment se construit le nationalisme d’extrême droite aux États-Unis ? En suivant dans leur intimité trois représentant-es de la droite dure américaine, le journaliste d’investigation de The Atlantic Daniel Lombroso décortique les mécanismes à l’oeuvre au sein des mouvements populistes et racistes hier marginalisés, et présents dans le discours dominant et sur les grandes plateformes de médias sociaux. Un film urgent qui dévoile de l’intérieur la fabrique de l’extrémisme et de l’idéologie suprématiste.« 

Avec Daniel Lombroso, on part à la rencontre de personnages perdus, des personnages en guerre. WAR, le mot est prononcé. Une guerre ethnique associée à la volonté de créer un État ethnique, avec rhétorique sur la responsabilité de ses élu-es et discours nataliste à l’avenant. Pour remplacer ceux qui menacent de les remplacer, la communauté élue est exhortée à produire les « bébés de la guerre ». Dans ce White Noise, on retrouve deux Millenials, dont une jeune femme qui traque ses « frères » de ShadowGame jusque sous les ponts de Paris…

Potentiel de dangerosité trop élevé… Dans White Noise, Daniel Lombroso déconstruit les motivations et les incohérences de ces clowns tristes auxquels on ne devrait jamais confier les clés du monde. Un monde dans lequel ils sont désormais « mainstream » et pourtant toujours pas contents…

… et « faux » combat opportuniste ? Daniel Lombroso ne rejoint pas l’idée d’un racisme structurel soutenue par Angela Davis. Pour lui, on est avant tout face à un « naked racism« , un racisme porté par des individus qui se sont agrégés dans un mouvement. S’intéresser à leurs histoires c’est comprendre. Comprendre c’est le premier pas pour agir ou ressentir… pitié et empathie pour ces êtres qui cherchent un sens à leur vie. L’un voulait devenir un artiste, l’autre est l’époux d’une femme d’origine iranienne et avoue s’être laissé dépassé par son « personnage ». On croit comprendre à la fin du film que la petite dernière, enceinte, aurait trouvé l’amour avec un « non white » et… « It doesn’t matter » cause he is « the most wonderful person she met« … heureux de l’entendre. Incohérents et opportunistes. Juste tristes. Reste que la haine seule ne constitue pas un projet.

CALL ME INTERN Projection spéciale – Documentaire de Leo David Hyde et Nathalie Berger

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CH-NZ, 2019, 67′ 

«  En 2015, Genève est frappée par l’affaire David Hyde, stagiaire non-rémunéré de l’ONU qui dormait sous tente aux bords du lac Léman : le scandale fait le tour du monde. Un coup de communication savamment orchestré pour démontrer l’injustice vécue par les Millenials, obligé-es de trimer des années sans aucun salaire. A partir de Genève, les deux cinéastes montent une enquête implacable sur un système mondial qui précarise les jeunes, frappé-es par une forme d’esclavage moderne parfaitement légal. »

Dispositif similaire à Dear Future Children, David Hyde suit trois Millenials en lutte contre une autre forme d’esclavagisme contemporain. Qui en sus contribue à diviser géographiquement et socialement une génération qui n’avait pourtant pas vraiment besoin d’un encore autre combat… Initialement au programme de l’édition 2020, le réalisateur a publié une savoureuse missive dans l’ouvrage Révoltes

MOBILITÉS

LE NOUVEL ÉVANGILE Documentaire de création de Milo Rau 

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All-CH-IT, 2020, 107′

« Que prêcherait Jésus aujourd’hui ? Qui seraient ses apôtres ? Ému par le sort réservé aux migrant-es, le metteur en scène suisse Milo Rau part à Matera, au sud de l’Italie, sur les traces de l’Évangile selon saint Matthieu de Pasolini. Le bouillonnant activiste camerounais Yvan Sagnet devient le Christ. Ses apôtres ? Des migrant-es, des paysan-nes ou des travailleur-ses du sexe. Un film politique et hybride implacable, entre documentaire et fiction, remarqué au Festival de Venise.« 

Réduits en esclavage dans la Forteresse hypocrite, les héros en mouvement de Milo Rau mènent un combat pour faire entendre leur voix, se dés-invisibiliser. « Nous fabriquons votre nourriture. Nous méritons l’humanité et la dignité« . Des héros qui prennent leur destin en main, construisent leur maison, leur territoire, leur pain. Proposent un autre chemin. Le Christ activiste d’aujourd’hui connaîtra malheureusement le même destin que le Christ activiste d’hier….

THIS RAIN WILL NEVER STOP Documentaire de création de Alina Gorlova

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« Ayant fui la guerre en Syrie, la famille Suleyman est dispersée de l’Irak kurde à l’Ukraine où vit Andriy, volontaire à la Croix-Rouge lors d’un conflit armé. Rendant visite à un de ses frères en Allemagne, il est confronté à un dilemme : fuir la guerre ou continuer à secourir ses victimes. Construit comme un cycle infini fait de guerre et de paix, cette oeuvre majestueuse, primée à l’IDFA, frappe par ses images monochromes et par son souffle narratif déchirant.« 

Un cycle infini de guerre et de paix pour un cycle infini de mouvements. CQFD.

MARCHANDS DE SOMMEIL, LES NOUVEAUX PROFITEURS DE LA PRÉCARITÉ Projection spéciale. Documentaire de Gabriel Tejedor et Antoine Harari 

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CH, 2021, 26′ 

 » La communauté philippine ne cesse de grandir à Genève et pourtant elle est l’une des plus discrètes. Sans-papiers pour la plupart, ses membres vivent caché-es, à la merci de tous les escrocs. Pour se loger, impossible d’obtenir un bail légal, et beaucoup doivent s’en remettre à un-e marchand-e de sommeil. Ces personnages sans scrupules louent des chambres à 3 ou 4 fois le prix du marché, tirant profit de la misère. Une enquête Temps Présent exclusive, sur un sujet de l’ombre.« 

Un monde en mouvement, grande hypocrisie, la suite. Dans la guerre menée contre la mobilité, certains arrivent à « bon port », notamment par le biais de réseaux transnationaux. Sans-papiers, sans droits, pour certains après avoir été à la merci des passeurs, les voici à la merci de marchands de sommeil sans scrupule qui profitent de leur statut de clandestins. On retrouve là encore des mères… des mères qui vivent loin de leurs enfants, prenant soin des enfants des autres pour le bien-être de leurs enfants.

ÉTAT(S) D’URGENCE…

Comment ces États en guerre contre la mobilité gèrent-ils l’arrêt sur image sanitaire ? Comment composent-ils avec les Mouvements qui les composent, le mouvement qui les transforme ?

GHOSTS Fiction de Azra Deniz Okyay 

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TUR-FR-QAT, 2020, 90′

« Istanbul, dans un futur proche. Alors que la ville est en proie à des troubles politiques, 4 personnages voient leurs destins s’entrechoquer. Pour ce premier long métrage couronné au Festival de Venise, la cinéaste et photographe Azra Deniz Okyay livre un opus complexe et bouleversant, brillamment monté, scandé par une magnifique bande sonore. Un portrait puissant de la Turquie contemporaine et une ode à ses fantômes. »

Portrait d’un basculement : basculement d’un État dans l’autoritarisme, basculement du destin de ses citoyens qui se débattent avec ce mouvement. Nationalisme religieux, cohabitation avec les réfugiés syriens, corruption, gentrification,… la réalisatrice dresse le portrait d’une Turquie en plein bouleversement.

CORONATION Documentaire de création de Ai Weiwei

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ALL-CHINE, 2020, 113′

« Janvier 2020. Face à la pandémie, la Chine invente un nouveau concept: le confinement. Wuhan est entièrement fermée. Que s’y passe-t-il réellement ? Depuis l’Europe, Ai Weiwei propose à 12 habitant-es de Wuhan de filmer au coeur de l’enfer, dans les hôpitaux, les parkings de livraison, les appartements confinés ou la morgue. A partir de 500 heures d’images, l’artiste réalise une oeuvre-maîtresse qui donne enfin un visage et une parole à une population balayée par la raison d’État.« 

Images surréalistes d’hôpitaux. L’homme déshumanisé. Tout est blanc. Aseptisé. A l’hôpital ou à la morgue, l’Homme n’est rien. Un parmi des milliards. Combattre une pandémie, à quel prix ? Sauver l’humain implique-t-il de « l’effacer » ? Dans ce contexte, la résistance contre l’État est loin d’être démocratisée et Le Parti salué, à en croire les propos de cette vieille femme : 

« C’est une bonne leçon pour ceux qui ont envie de partir » « Ce n’est pas bien de gagner de l’argent ici et d’aller le dépenser à l’étranger. » « Ils vont tous revenir en courant. » 

PANDÉMIE, LA RÉVOLTE DES CITOYENS CONTRE L’ÉTAT Grand Reportage de Matteo Born et Françoise Weilhammer 

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CH, 2021, 52′ 

« A travers toute l’Europe, des dizaines de milliers de personnes ont perdu des proches lors de la première vague de la covid 19. Étions-nous préparé-es à une pandémie ? Beaucoup critiquent l’impréparation et la négligence de l’État, et s’organisent pour demander des comptes à leurs autorités politiques et sanitaires. Ce reportage de Temps Présent ausculte pour la première fois ces mouvements citoyens en Suisse, en Autriche et en Italie, et donne la voix à celles et ceux qui demandent à la justice de faire son travail.« 

Confinements… Nos États nous enfermeraient-ils pour compenser leurs propres manquements ? Les citoyens paient l’addition, mais ce ne serait à priori pas une fatalité. Certains déjà ont choisi de faire valoir leurs droits. De renverser le débiteur.

TAÏWAN, UNE DÉMOCRATIE A L’OMBRE DE LA CHINE Projection spéciale. Documentaire de Alain Lewkowicz

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FR, 2020, 52′

 » Pour la Chine, c’est une province séparatiste qui doit revenir au bercail. Pour ses 24 millions d’habitant-es, c’est un État souverain, doté de sa propre constitution et de dirigeant-es démocratiquement élu-es. Maintenant que Hong Kong a été aligné, Taïwan entend se dresser face à Beijing en jeune démocratie dynamique, devant pour cela essuyer d’innombrables cyberattaques qui visent à déstabiliser ses institutions et à exacerber les divisions.« 

Et pour finir, une touche d’espoir avec Taïwan. Taïwan ou la Résistance d’un État. Taïwan, îlot de résistance, laboratoire démocratique dans un monde sur la route de l’autoritarisme politique. Taïwan, une technologie au service de la démocratie et non du totalitarisme liberticide. Taïwan et son Mouvement des Tournesols qui dit non à Pékin. Taïwan ou le paradigme générationnel, où les Millenials, encore eux, entendent bien faire entendre leur voi(e)x.

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau » Alexis de Tocqueville

FIFDH 2021 – BILAN

Un très bon cru de films, une grande cohérence dans la programmation, l’expérimentation d’une nouvelle façon de vivre le Festival, en mode « ubiquité ». Le FIFDH 2021, une version virtuelle qui transcende la géographie et permet de s’ouvrir à un public plus dispersé. Un laboratoire pour les prochaines éditions ? Pourquoi ne pas pérenniser la possibilité de visionner les films virtuellement pour assister physiquement à davantage de forums, pérenniser l’offre de débats en replay, pérenniser le Prix du Public et la possibilité d’intervenir à distance ? Affaire à suivre donc… Ce qui est certain, c’est qu’on se réjouit de retrouver l’émotion collective de l’agora, de la salle de cinéma, de tous ces lieux où on peut vibrer et s’interroger ensemble. Tout ce que le virtuel ne pourra jamais remplacer.

FIFDH 2021, un constat. Les débats, témoignages et oeuvres présentés ont dressé le portrait d’une guerre contre la Mobilité à son paroxysme. Un contexte de résistance au mouvement pour un confinement arrivé à point nommé… Et un durcissement des États qui s’est accentué avec la pandémie. 2021, des virus au pluriel, des virus déshumanisants. Et un immense respect pour tous ces cinéastes qui luttent et peaufinent leurs oeuvres durant des années. Des cinéastes résistants qui méritent la visibilité offerte par un Festival qui doit, par tous les moyens, continuer à exister pour faire entendre leurs voix. Alors see you next year, on croise les doigts…!

YOU are locking us, in our homes, in our fears, in our nations… But WE are watching you !

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Installation We are watching – Les Yeux du monde sur l’action climatique

Alors, cette petite sélection vous a donné envie de poursuivre l’engagement ? Retrouvez toute la programmation sous fifdh.org

Retour sur l’édition du FIFDH 2020 avec

RÉVOLTES est un recueil de témoignages qui regroupe les contributions libres d’invité-es de la 18e édition du Festival du film et forum international sur les droits humains. Suite à l’annulation des évènements publics pour cause de pandémie du COVID-19 en mars 2020, nous avons proposé à nos invité-es de contribuer sous forme de texte, de poème, de correspondance, de dessin, d’image ou de photographie, toutes formes d’expressions susceptibles de témoigner de leurs perceptions et préoccupations.

Animés par cet élan et énergie, nous avons réuni activistes, artistes, journalistes ou encore cinéastes dans cette publication qui a pour sujet « Les révoltes », thématique centrale de cette 18e édition du FIFDH Genève.

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« J’ai une voix, je veux parler, je ne suis pas invisible. Ne nous enlevez pas la seule chose qui nous reste : la possibilité de témoigner. » Abdul Aziz Muhamat, activiste pour les réfugié-es.

 

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