La Gazette Novembre 2017

Il faut imposer la transparence !!!!!!!!

Au sommaire de cette Gazette, comme un avant-bilan de cette année 2017. Des choses s’esquissent, se dessinent par petites touches, certaines lancinantes, reviennent sans cesse, comme un mantra, un message, comme La Route de la Soie

Novembre 2017 – Semaine 1

1er du mois. Attentat à New York. En réponse Mr. T dit plus personne plus de visa. Il faut prendre exemple sur le Japon : plus d’enfants, plus d’immigrés, des robots et… bientôt l’extinction d’une civilisation ? Donc pour régler la question de la mobilité, les robots et pour régler le défi de la cohabitation ben le véganisme voyons !

La surprise du mois. Sortie des chiffres de la croissance européenne. Une croissance française au beau fixe, meilleure que prévu, mais pas question de sortir les drapeaux… montée au créneau de ceux qui disent « On importe trop. On doit être plus autosuffisants. On doit produire chez nous« . Produire localement pour mieux exporter d’ici. Donc le localisme ne serait pas qu’un problème de conscience écologico-sociale si je comprends bien, mais une question de pouvoir géopolitique aussi ?…

L’exposition du mois. Lieux saints partagés – Coexistences en Europe et en Méditerranée au Musée nationale de l’histoire de l’Immigration à Paris (LIEN). Une exposition qui présente les lieux partagés par les trois monothéismes, à l’image de l’île tunisienne de  Djerba. Une variante de l’exposition que j’ai vue au Mucem à Marseille en 2015 (Lien Marseille PC).

Le vainqueur de la décennie. Les États reprennent the power ! Des régionalistes et des capitalistes en prison de l’Espagne à l’Arabie, l’Offshore désigné comme la cause de tous les maux. En ce début du mois de novembre, le Territoire est soooo content 🙂

La Sortie Ciné de la semaine. Human Flow, documentaire d’Ai Wei Wei,  réfugié chinois à Berlin qui donne parole à des frères d’exil plus volontiers réduits au silence. 

Human Flow

Le constat : plus les nations se durciront et moins  elles consentiront à accueillir les réfugiés des autres. Consensus qui ne dit pas son nom. Des réfugiés qu’il s’agit de cacher, mais qui doivent aussi servir d’exemple : regardez ce qu’il vous attend si vous vous mettez en mouvement, si vous ne faites pas diligence à la maison. Alors le remède sera forcément citoyenne. Pas politique, pas nationale. La réponse sera transnationale et pas internationale, elle émanera de la société civile, pas des États. Les réfugiés ne seront pas plus soutenus par les autres États que ne le seront les indépendantistes.

L’évasion de la semaine. Une quête musicale en partage

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Ce week-end dans ma mini Cité-Monde « Le festival couvre une vaste étendue, de l’Espagne à l’Inde, en passant par l’Italie, la Grèce, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran ou l’Afghanistan. Cette programmation d’une grande richesse permettra de confronter des esthétiques musicales très différentes, mais unies par une mystérieuses parenté spirituelle. Les artistes présents sont tous de grands interprètes, engagés dans le renouveau de leurs traditions musicales respectives.«  Laurent Aubert, Directeur, Ateliers d’ethnomusicologie.

Et oui, l’identité c’est pas qu’une question de gouvernance, mais une question de découvertes aussi…

Et pour terminer, le clin d’oeil du Dimanche. Capital, magazine dans l’air du temps. Ce soir dimanche 5 novembre, dans Capital « Alors qu’un salon dédié aux produits fabriqués en France se tient à Paris, jouant la carte de la tradition et de l’authentique, zoom sur cet argument commercial fort. Au sommaire : La guerre des chaussettes. Face au géant chinois, comment les entreprises qui misent sur le made in France tentent-elles de résister ? La revanche des produits du terroir. La gavotte, une crêpe dentelle roulée sur elle-même, ou encore la bière artisanale sont autant de produits du terroir qui ont le vent en poupe. Faux made in France : attention aux arnaques. Vin ou gelée royale, certains produits tricolores a priori authentiques sont en réalité fabriqués à l’étranger. Que valent les labels made in France ? » (M6)

ÉTAT VS RÉGION, ACTE 1ER

Epidémie de fermetures, renforcement de l’autorité, en 15 ans l’État a repris la main et remporté le match qui l’opposait au Monde. Preuve en sont ces millions d’apatrides rejetés, invisibilisés. Preuve en sont aussi nos consciences modifiées. Ca c’est fait comme on dit. Mais qu’en sera-t-il du match ouvert qu’il entame avec la Région ?

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http://www.lefigaro.fr/international/2012/10/15/01003-20121015ARTFIG00624-la-catalogne-joue-avec-l-independance.php

Le régionaliste face à l’État. La parole à l’accusé. Après la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, alors que ses anciens ministres sont déjà incarcérés, Carles Puigdemont est poursuivi par la justice espagnole pour «sédition», «rébellion» et «malversations». Poursuite, et fuite au coeur de l’Union des États européens pour trouver du soutien, une protection.  En exclusivité au 19H30 de la RTBF du 3 novembre, la parole est à l’accusé. Un accusé qui clame la légitimité du gouvernement catalan élu. Qui accuse une justice politisée, au service de l’État. Qui prévient aussi, car pour lui la crise catalane n’est pas qu’une affaire domestique espagnole. Elle est le symptôme d’une crise européenne expliquée par la distance entre l’intérêt des populations pour la question régionale et le manque de soutien d’une Europe des États. Il revient sur le long contentieux entre l’Espagne et la Catalogne et le dialogue impossible demandé pendant des années. Il se demande enfin : est-il possible d’être indépendantiste en Espagne ? Y’a-t-il encore une démocratie digne de ce dans son pays ?

Extraits

Pour donner le ton, Question de la journaliste : « Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle, aujourd’hui quand vous voyez cette situation qui est quand même extrêmement complexe, qui fait peur à une bonne partie de l’Europe, vous pensez que l’idéal qui est le vôtre, mérite tout ça ? Les risques que vous faites courir à l’Espagne quand même, parce qu’il y a un vrai risque de crise aujourd’hui, y’a des risques économiques importants pour la Catalogne, on sait qu’en un mois y’a déjà 1900 entreprises environ qui ont délogé leur siège social, l’image de Barcelone et des autres villes de la région risque d’en prendre un coup, y’a quand même énormément de risques là et de responsabilités sur vos épaules, comment est-ce que vous gérez cela ?

  • Question de la journaliste : « C’est pas un contre-courant des mouvements européens ça ? » Réponse de Carles Puigdemont« Non parce qu’aujourd’hui les indépendances ça veut dire les interdépendances. Parce que l’indépendance d’aujourd’hui c’est pas l’indépendance du XIXe siècle. Ce qui est contre la modernité, ce sont les États-nations. Parce que il n’y a pas qu’une seule identité, il n’y a pas qu’une seule langue il n’y a pas qu’une seule culture il y a plusieurs. Et la Catalogne c’est un reflet de tout ça, il y a beaucoup de langues beaucoup d’identités, beaucoup de cultures. »
  • Question de la journaliste : « Vous ne craignez pas le scénario des Balkans ? » Réponse de Carles Puigdemont. Non il s’agit d’un mouvement pacifiste.
  • Question de la journaliste : « Et dans un an ? » Réponse de Carles Puigdemont « Ce qui est important c’est ce qu’il va se passer avec le pays. Qu’est ce que c’est le pays aujourd’hui ? Ce sont les gens, les populations. Il peut pas y avoir une patrie, sans les personnes ou contre les personnes, ou contre la volonté. Si la seule façon que a l’État espagnol de nous convaincre d’être espagnol c’est la force c’est l’imposition c’est la violence c’est pas très intéressant, c’est pas tout à fait moderne. La Catalogne va être ce que ses citoyens veulent qu’elle soit. S’ils veulent qu’elle soit une partie de l’Espagne, ça va être, mais si la majorité des Catalans veut devenir un Etat indépendant, ça doit être respecté, on doit accepter cette réalité, même si ça plaît pas à la majorité des Etats, mais c’est une réalité, on peut pas la cacher. »

Novembre 2017 – Semaine 2

Poursuivons le mois comme on l’a entamé, y’a pas de raisons 😉

Paradise Papers. Territoire vs Réseau, Round 26658214888

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Elise Lucet, meilleure porte-parole ever for le Territoire, et elle est trop content !

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Un peut dépitée aussi "Mais alors ils auront TOUJOURS une longueur d'avance ??? c'est décourageant !!!". 

Tiens, j’ai déjà entendu ce genre de phrase à propos des migrants… Hé oui on n’arrête pas le mouvement, ni celui des hommes, ni celui des capitaux apparemment, désolée…

Alors que faire pour faire contrôler les capitaux ? « Il faut imposer la transparence ! » clame une des invitées de Cash Investigation. Sinon, pour reprendre la main, y’en a qui ont trouvé une solution radicale. EN PRISON les détenteurs de capitaux !!! Après la purge de Poutine, voici venue celle du prince d’Arabie Saoudite.

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Digression sur les Paradise Papers. Encore une fois, la Grande Bretagne est au centre… du monde ? Qu’elle a colonisé politiquement, démographiquement, culturellement, économiquement…, Et encore en 2017, elle n’a pourtant plus l’air de rien, mais se trouve encore au centre de TOUT, au centre de tous les enjeux contemporains. C’est fou.

Pour résumer. 2017, statut du Mouvement… Les flux financiers ? Cachés –> dans des Lieux fictifs. Les flux humains ?  Cachés aussi –> dans des Non-Lieux.

Chasse au trans-nationalisme ? Dans cette lutte fratricide qui oppose Territoire et Réseau et la chasse que le premier, parfois à raison, livre au Mouvement, il ne faudrait pas que le Mouvement d’ordre lui-même dérive !!! Parce que j’ai parfois l’impression que c’est une véritable chasse aux sorcières qui se joue en ce moment, notamment contre des artistes qui auraient eu recours à l’optimisation fiscale… Vindicte populaire, médiatique et politique. Gare au glissement ! En d’autres temps on assista à d’autres types de chasses aux sorcières. Alors lorsqu’on s’habitue à lire ce genre d’articles « Paradise Papers » : Jean-Jacques Annaud, sept ans au Tibet, vingt à l’offshore (lien), ne devrions-nous pas commencer à nous interpeller ? En fait non car c’est nous-mêmes qui lançons la vindicte… Après avoir fait de chaque citoyen un garde-frontière, nous voici désormais recyclés en agent du fisc… et demain en gardien de l’identité nationale ? En entendant l’autre matin le chanteur Damso assumer son trans-nationalisme à la radio (Boomerang, France Inter, 10.11), en déclarant « Je suis africain, peu importe la nation« , je me suis surprise à penser « Prends garde Damso, si quelqu’un d’un peu radicalisé t’entend tu risquerais de te faire conspué »…

Happy Birthday Mr. T. Allez, haut les coeurs, y’a pas que l’évasion fiscale dans la vie, y’a les anniversaires aussi ! Et en cette fin de semaine toute la presse est concentrée « presque » avec une même application sur les One Year de Mr. T. Et à cette occasion j’ai entendu cette analogie architecturale que j’aimerais vous faire partager : Mr. T  = un Mur vs Obama = un Pont.

L’événement PG du mois. Ouverture du Louvre d’Abou Dabi

Et pendant ce temps-là au Moyen Orient. Ouverture du premier Musée universel du Monde Arabe. Continuons donc dans le lexique architectural avec ce mot-là : Passerelle.

A cette occasion, on a pu entendre un discours d’Emmanuel Macron sur l’islam et la fraternité entre les religions. « Nos religions sont liées. Nos civilisations sont liées. Et que ceux qui veulent faire croire où que ce soit dans le monde, que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs. Et Vous trahissent. »

Ironique retournement. A l’heure où les gagnants d’hier se ferment, Abu Dhabi, monarchie autoritaire, s’ouvre et projette de devenir un carrefour des civilisations. D’Est et d’Ouest. D’hier et d’aujourd’hui. Abu Dhabi, un émirat de culture musulmane qui veut donner une image de tolérance et d’accueil. Et par là même une leçon. Et une nouvelle piste de réflexion. Abu Dhabi importe le monde aussi : hier la Sorbonne from Paris, aujourd’hui le Louvre from Paris, demain le Guggenheim from New York.

http://www.sudouest.fr/2017/11/08/en-images-brigitte-et-emmanuel-macron-inaugurent-le-louvre-abu-dhabi-3930618-4608.php

Décidément, en cette fin d'année, le Projet Méditerranée se lie de toutes les façons au Projet Glocal. Irrémédiable confusion. Plus question de les dissocier.

Hâte d’y aller… Mais avant cela, il est temps de se procurer Les routes de la soie – L’histoire au coeur du monde de Peter Frankopan. Tant il est devenu clair pour moi en retravaillant ces Gazettes et en reparcourant l’année 2017, que le monde semble désormais converger vers un point cardinal.  Et que tout semble me mener à l’Est…

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Bref,  pendant ce temps-là, Mr. T pour fêter ses un an signe 250 milliards de dollars d’accords commerciaux avec la Chine, son ennemi rhétorique. Voilà pour les faits. Pour les déclarations, Trump défend « l’Amérique d’abord« , Xi Jinping la mondialisation. En gros chacun sert ses intérêts.

U.S. President Donald Trump and China's President Xi Jinping shake hands after making joint statements at the Great Hall of the People in Beijing
U.S. President Donald Trump and China’s President Xi Jinping shake hands after making joint statements at the Great Hall of the People in Beijing, China, November 9, 2017. REUTERS/Damir Sagolj

Lors de sa tournée, Mr T rencontre Poutine aussi, avec lequel il se met au moins d’accord sur un point : l’attachement à la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie. Une Syrie qui résume à elle seule ce début de 21ème. Démulticulturalisation,  renforcement des États et immobilisme face au drame syrien. Le terrorisme, l’EI, le réseau devenu territoire à combattre, comme une bouée de sauvetage pour les autres États, une excuse pour se ranger du côté de la souveraineté.

Balkanisation des courants de l’islam, fuite des chrétiens d’orient, et récemment démulticulturalisation en Birmanie aussi, avec la fuite de l’ethnie musulmane des Rohingas au Bangladesh voisin, Etat musulman. Mon Dieu, mais ça va s’arrêter quand cette plaisanterie ?

Exode urbain. Bon, et sinon y’en a qui fuient à l’intérieur aussi. Ceux-là ne fuient pas les combats ou les persécutions mais la ville, pour retrouver du sens. Alors si nous aussi on veut créer une nouvelle ethnie régionale ça se passe comment ? Éléments de réponse avec Des Racines et des Ailes « Sur les chemins du Massif central » (France 3, 8 novembre),

avec une membre de la cinquantaine d’anciens citadins installés dans la région, qui la sillonne dans son camion du Bio + Local et rénove avec son compagnon un habitat traditionnel. Leur objectif ? « lancer une nouvelle dynamique rurale, recréer quelque chose, réinvestir le territoire personnellement et professionnellement« .

Fuite littéraire. Sinon pour fuir le chaos on peut se réfugier dans la littérature aussi. En se jetant par exemple sur les opus lauréats des Prix littéraires sacrés cette semaine. Quoi que, à y regarder de plus près, pas sûr qu’on s’évade vraiment. Car cette fois-ci, à la fois le Prix Goncourt et le Prix Renaudot ont choisi de consacrer des ouvrages traitant des années 30′ et de la DGM. L’époque a perdu le goût de l’évasion on dirait. L’époque a peur. L’époque veut alerter. Et les auteurs le font avec des angles différents.

Dans « L’Ordre du jour« , Prix Goncourt, Eric Vuillard raconte les coulisses d’un moment d’Histoire particulier, l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. En liant la montée d’Hitler et du nazisme à l’allégeance des capitaines d’industrie allemands, l’auteur se démarque de l’angle habituellement adopté pour traiter de l’époque, à savoir l’opportunisme et la lâcheté du peuple. Alors qui sont les coupables, le peuple ou les entreprises ? Et la gangrène, le populisme ou le capitalisme ? Le duel Réseau-Territoire, ligne de tension indispensable ? Lorsqu’un État autoritaire s’associe avec le capital tout puissant, le drame ? Si ces deux-là cessent d’être dans l’opposition, dans l’inlassable et subtile recherche d’équilibre, danger ? Quelle analogie peut-on faire avec aujourd’hui ? L’association des États en reconquête de souveraineté et des multinationales, dernière barrière à ne pas franchir pour éviter de re-sombrer dans la folie ? 

CommémorationsBref, restons vigilants et observons ce qui se passe outre-Atlantique entre Mr. T et ses industries. Force est d’admettre qu’on a assisté à nul crash boursier depuis son avènement, qu’il fête d’ailleurs ces jours-ci. Déjà un an… Que un an ??? Tout le monde parle de cet anni en ce moment, et on entend à ce sujet beaucoup Douglas Kennedy qui en tournée promo dévie volontiers sur le sujet. L’homme a besoin de s’épancher. Pour l’auteur américain, le sacre de Mr T reflète la révolte des hommes blancs contre la société multiculturelle. Il nous raconte comment grâce au talent de Mr. T, les USA sont désormais divisés en deux pays distincts, deux pays qui se détestent. On parlait de mur et de pont précédemment…. Si le 9 novembre nous rappellera désormais chaque année le matin où on s’est réveillés avec Mr. T, rappelons nous également que le 9 novembre on commémore aussi la chute du Mur de Berlin… Haut les coeurs !

Evasions culturelles

Allez, c’est le week-end, et moi aussi j’ai décidé de prendre l’air. Juste une escapade, pas un exil. Je me rends à Lausanne où se tiennent actuellement deux expositions concernantes pour mon PG.

  • La première « Etrangement familier – Regards sur la Suisse » se tient au Musée de l’Élysée. Elle traite de tourisme, de nation et d’identité. Trois notions étroitement liées, l’identité étant souvent imposée de l’extérieur et l’identité touristique une façon de se présenter au monde, souvent en s’exotisisant, en se folklorisant. Du coup pour ses 100 ans, Suisse Tourisme a voulu faire différemment et fait appel à cinq photographes du monde entier pour contribuer à enrichir son identité touristique.

Présentation

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Monde en mouvement, Suisse en mouvement, images en mouvement

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Zoom sur

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Alors en vrai une frontière ça ressemble à quoi ? A ça

La frontière – Enjeux

  • C’est sous une pluie glaciale que je m’en vais ensuite retrouver une amie au Musée cantonal des Beaux-Arts pour enfin découvrir avec une pointe d’excitation le fameux Ai Wei Wei, ou plutôt l’exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres » qui lui est consacrée.mcb-a_Ai-Weiwei_Affiche-Poster_portrait

« L’exposition réunit plus de quarante travaux, produits entre 1995 et aujourd’hui, témoignant de la richesse de l’œuvre d’Ai Weiwei et de sa connaissance profonde de la tradition culturelle de son pays. Les motifs, les matériaux et les modes de fabrication ancestraux sont détournés par l’artiste, de manière ludique ou iconoclaste, pour formuler une critique du système politique chinois ou des relations internationales. » (lien)

Ai Wei Wei c’est le résistant. Celui qui provoque le pouvoir étatique. Qui combat l’accointance de ce dernier et du pouvoir économique aussi. Artiste chinois internationalement reconnu et désormais réfugié politique à Berlin. Artiste qui ne facilite pas la tâche au spectateur non plus 😉 Alors pour compléter l’impression esthétique et comprendre ses oeuvres, on déambule entre avec l’explication. 

Pour les oeuvres présentées, l’artiste a utilisé des techniques et des matériaux anciens qu’il a détournés de façon contemporaine pour nous parler de l’époque actuelle. Sont exposés notamment :

  • Ses doigts d’honneur (Study of Perspective) qu’il brandit devant des lieux emblématiques à travers le monde, de pouvoir notamment, pour dire « son rejet des icônes et des valeurs établies » et placer « l’individu au centre du monde »
  • Son Sunflower Seeds, qui consistent en cent millions de graine de tournesol en porcelaine symbolisant l’humanité, chacune peinte à la main par 1500 artisans chinois, et qui nous dit que même si toutes les graines ont l’air identiques, « chacune est unique, comme l’individu dans la société« . « Chacune est unique, et a pourtant l’air identique aux autres. L’accumulation de ces graines en fait quelque chose d’autre. »
  • Sa Map Of China, « condamnation de la destruction de la culture traditionnelle chinoise aux dépens du développement économique » mais aussi « récupération poétique de matériaux historiques, datant de la dynastie Qing, dans le but de recréer une nouvelle Chine unifiée, basée sur des possibilités littéralement constructives. »
  • Son père, le poète Ai Qing, opposant politique, exilé par le pouvoir durant 20 ans sous la férule de Mao et sa révolution culturelle…
  • Enfin, ses Six Blue-and-White Porcelain Plates, oeuvre récente qui témoigne du nouveau cheval de bataille de l’artiste, le sort des réfugiés.

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Six Blue-and-White Porcelain Plates : War, Ruins, Journey, Crossing the Sea, Refugee Camps et Demonstrations.

« Les six plats en porcelaine peints à la main forment une sorte de bande dessinée retraçant l’histoire de réfugiés, depuis la menace de mort, telle la guerre, qui les a fait fuir leur pays d’origine, jusqu’à leur arrivée dans des camps en Europe. Le dernier plat clôt ici le récit ne montrant des manifestations et l’expression du pouvoir policier : la boucle tragique est bouclée. Il faut mettre cette série en relation avec les nombreux voyages de repérage effectués par Ai Weiwei depuis deux ans, dans le monde entier, en particulier dans le bassin méditerranéen, en vue de réaliser un documentaire intitulé Human Flow (sortie prévue à l’automne 2017). Ce film possède un caractère éminemment accusateur envers la crise migratoire. Ai Weiwei, qui vit à Berlin depuis 2015, est un réfugié politique. Dans cette série d’oeuvres, il fait le lien entre la problématique des réfugiés et la Chine en choisissant un langage traditionnel : la porcelaine bleu et blanc typique des dynasties Yuan (1279-1368) et Ming (1368-1644). Jadis, des objets de luxe, symboles de richesse, étaient produits dans cette céramique, puis ils furent supplantés par de la vaisselle de fabrication quasi-industrielle, destinée à l’exportation. Le flux des réfugiés serait-il réduit par la classe politique et l’opinion publique à un simple transfert d’objets ?« 

Voilà pour mon escapade. Sinon ce week-end ou pouvait aussi assister au Festival Couleur Café ou à la pièce F(l)ammes dans ma cité, ou si on a la chance d’être à Paris participer à la Nuit transculturelle arabo-occidentale de la Poésie.

Le mirage de la décennie ? Dimanche soir, la désillusion. Je lis que deux journalistes suisses ont été emprisonnés et interrogés durant 50 heures dans le cadre de leur tournage consacré au Louvre à Abu Dhabi. Leur crime ? De s’être écartés du chemin balisé et contrôlé par les autorités en tentant de filmer un camp de travailleurs migrants en périphérie… Ce qu’on cache doit rester caché. Ist es möglich d’avoir droit à l’ouverture et la démocratie please ?!? Ouverture contrôlée, devenue antinomique avec liberté ? Paradoxe du siècle ? Avec tout l’enthousiasme que j’ai exprimé plus haut, suis un peu embarrassée… Vous devez me trouver bien candide. Bon ça c’est pas nouveau. Bon ben là moi j’abandonne hein… en tout cas pour ce soir mais je reprends ma quête dès demain car comme dirait un bon ami « Never Ever Give Up« …

En me couchant résonne en moi la phrase entendue au début d’un reportage sur ce nouveau carrefour de l’humanité. « Ce qui se passe ici aura une influence sur le 21ème siècle. » Alors le Louvre Abu Dhabi, espoir ou mirage dans le désert ?

En attendant de prendre la route vers l’Est et d’accoster dans cette médina d’Arabie, cette agora arabe dessinée par Jean Nouvel, avant de me faire mon idée sur ce centre de rencontres et de tolérance fidèle au progrès auquel est attaché l’émirat, avant de pouvoir pénétrer dans ce briseur de frontières créé pour rassembler les peuples, avant de découvrir ces oeuvres venues du monde entier, en somme avant de pouvoir me faire ma propre idée, je rallume et m’évade déjà du côté de Tbilissi en Georgie (Metropolis, Arte). Cité qui forte d’une identité marquée a décidé elle aussi de (re)prendre la Route de la Soie, en redevenant un noeud de communication, un creuset Nord-Sud-Asie-Europe. Cité hybride assurément. Entre quartiers allemands, passé soviétique, foi orthodoxe ancrée, clubs berlinois et modernité… Allez, bonne nuit !

Novembre 2017 – Semaine 3

Maxime automnale de la semaine. Le bouddhisme c’est le mouvement, le djihad entre autres définitions c’est le mouvement aussi, le judaïsme ? patrie portative du peuple de l’exil, papa François dit aux Chrétiens qu’eux aussi sont définis par mouvement. Pas de religion d’État. Territoire et religion à priori pas associés. Sauf que le Territoire est « in » dernièrement. Même le bouddhisme s’est mis à se définir ainsi en Birmanie. Mais heureusement l’EI c’est bientôt fini. Peut-être l’amorce d’un nouveau mouvement… Et puis surtout heureusement l’art, le baroque c’est toujours le mouvement.

Le Portrait littéraire de la semaine

Ce 15 novembre, La Grande Librairie propose un portrait de la société française en cinq ouvrages.« De l’hexagone à la croisée des mondes… Cette semaine dans La Grande Librairie, quatre écrivains parcourent la France, ses territoires, ses traditions, ses différences. 

Décryptage en compagnie de Lydie Salvayre pour son dernier roman jubilatoire et profondément humain : « Tout homme est une nuit » (Seuil). À ses côtés, Alice Ferney. La romancière signe « Les Bourgeois » (Actes Sud) et retrace les destinées d’une famille conservatrice du XIXe jusqu’au début du XXIe siècle. Également sur ce plateau : Paul-Henry Bizon pour « La louve » (Gallimard), premier roman engagé sur le monde agricole et ses mutations violentes. Mais aussi, Denis Jeambar qui publie « Où cours-tu William… » (Calmann-Lévy), polar politique étonnant où se mêlent pouvoir et littérature. Enfin, La Grande Libraire vous ouvre les portes d’un imaginaire débridé et foisonnant en présence du maître de l’anticipation Enki Bilal pour son nouveau récit orwellien « Bug » (Casterman). » (lien)

Le docu-Identité de la semaine. Et si on est las de lire, on peut aussi courir voir le documentaire « Faire la parole« , quête identitaire du pays basque a-politisée du réalisateur Eugène Green. (lien) arton3263

Brève du Territoire

11 novembre. Fête de l’indépendance de la Pologne

« Ce devait être l’anniversaire de l’indépendance retrouvée pour la Pologne, et c’est devenu l’une des pires manifestations xénophobes que l’Europe ait connue depuis des années. Environ 60 000 manifestants se sont retrouvés samedi dans le centre de Varsovie pour une marche nationaliste, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance, organisée par l’extrême droite. » (lien)

« La teneur des slogans invoquant la pureté ethnique de la Pologne, le « sang propre » et le suprématisme « blanc », selon Reuters et l’Afp, faisait froid dans le dos. « La Pologne pure, la Pologne blanche »… « Foutez le camp avec vos réfugiés »… « Dieu, honneur et patrie »… « Du sang propre »… Ou encore ce slogan répertorié par la CNN : « Prions pour un holocauste des musulmans » » (lien)

Fuite en Avent

Alors on fuit très vite ces nouvelles-là, on prépare notre pâte à biscuits, la cannelle pour le vin chaud, et on agende marchés de Noël ou autre marchés du terroir qui foisonnent à cette période. Les arbres sont nus maintenant alors on recherche un peu de magie et de poésie dans l’Avent.

Avec ma collègue on a bien appris notre leçon, on fait la tournée des producteurs locaux pour confectionner des paniers cadeaux pour le personnel. Puis après le job, je cours en cours où on aborde la mobilité à travers les permis de travail, de séjour, d’établissement. Et oui, la mobilité c’est pas que de la philosophie, mais du concret aussi. Du concret qui détermine nos amours aussi. Ainsi je comprends que pour l’amoureux de mon amie N., français, c’est tout bon, après le mariage il pourra obtenir un permis B via le regroupement familial, et en tant que membre de l’UE, grâce à la libre circulation il va pouvoir chercher du travail sans être soumis à un contingent et à la priorité au marché local. Idem pour Kevyn le mari de mon ami J. qui vient de Washington DC, regroupement familial et permis B. Plus compliqué cependant pour Anas l’amoureux de mon amie M., qui ne bénéficie que d’un permis de séjour dans « son » « pays ». S’il quitte Jérusalem Est, ce sera un aller-retour, il n’aura plus la possibilité de retourner en Israël…

Après les cours, fuite toujours, surtout pas de crochet home, on fuit la tournée des extrême-droites européennes proposée par l’équipe de Yann Barthès et on court au cinéma où décidément les réalisateurs français sont en mode « Vivre ensemble movies » cette année. Après Le sens de la fête et le Fabrice Eboué sur la cohabitation prêtre-rabbin-imam, sort Le Brio, rencontre d’une jeune fille franco-arabe issue de la banlieue bien décidée à prendre sa place, et un professeur provocateur ? raciste ? les commentateurs ne veulent pas trancher. Bref l’important étant de montrer qu’avec un peu d’intelligence et d’envie, of course les mondes peuvent se rencontrer.

20171123_173529Ce soir du reste les mondes se rencontrent à Genève aussi, à l’occasion d’un défilé. Genève, terrain neutre où les cultures du monde peuvent s’exprimer, mais aussi lieu d’une possible réconciliation de l’Europe et la Méditerranée. Genève qui du reste met à l’honneur ce week-end le cinéma sud-américain. Alors on se précipite au Festival Filmar ou on choisit de fuir encore pour une soirée à Lausanne cette fois, pour consoler son ami broyé par la grosse société qui l’emploie. On essaie de le convaincre qu’on a le choix, par notre manière de consommer, en tant que citoyen qui va voter. Qu’on peut faire en sorte que ni nous ni les autres ne deviennent gratuits et ne soyons remplacés par des robots. (Dans la société où il travaille, après avoir diminué les hommes dans tous les sens du terme, ils ont finalement décidé de les remplacer par des machines, et de toute façon quelle différence ça fait quand l’homme a été déshumanisé..) On a le choix de voter pour maintenir l’identité du pays, le choix d’ouvrir ses frontières pour palier à la démographie, le choix de ne pas pratiquer le dumping à tout prix. Le choix de ne pas se contenter de penser communauté nucléaire mais de penser société un peu, aussi.

Et surtout on a le choix de continuer à se parler, de respecter les idéologies des uns et des autres en fonction de leur vécu. Et à ce propos je m’interroge : ne devrions-nous pas opter pour un vote basé sur nos réalités individuelles vs un vote d’idéologie ? Afin que les résultats reflètent vraiment l’état de la société ? Un vote qui ne soit pas déterminé par la peur ou la rumeur ? Je pense à cela car je suis tombée l’autre jour sur le premier volet d’une tournée des extrêmes-droites européennes proposée par le magazine Quotidien (TMC). Ca se passait en Suède, pays envié par le monde entier pour son système social et sa stabilité, ce qui n’a apparemment pas suffi à le protéger du virus. Les représentants de l’extrême-droite interrogés ont été extrêmement clairs : le principe est de jouer sur les peurs des gens…

 

Novembre 2017 – Semaine 4

La Sortie Ciné de la semaine. Souvenez-vous, je me réjouissais déjà en début du mois qu’on soit de plus en plus nombreux à affirmer que le mouvement n’avait rien d’anecdotique, n’était pas anomalie, mais la condition de l’être humain. Et bien figurez-vous que cette semaine le Marseillais Robert Guédiguian le dit aussi à l’occasion de la sortie de son dernier opus, La Villa. Une villa dans laquelle il intègre des enfants migrants. Impossible pour lui aujourd’hui de faire un film sans y intégrer cette actualité, sans y intégrer des réfugiés. Le réalisateur rappelle qu’un seul mot peut incarner tous les types de mouvements, que ces derniers ne doivent être hiérarchisés, le mouvement pas être différencié. Il n’y a pas le mouvement des réfugiés et le nôtre, il y a le mouvement tout court, le mouvement comme histoire de l’humanité.

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Mais quel accueil imaginer dans un monde où chacun veut Sa maison, son mode de vie bourgeois, Son morceau de territoire circonscrit à lui, rien qu’à lui ? Robert Guédiguian n’a pas la réponse, mais y voit une responsabilité : parler du mouvement. Du mouvement qui vient se briser sur ces mondes qui ont atteint l’immobilité. Sur cette villa, laissée à l’abandon, au passé.

 

Alors je prends moi aussi mes responsabilités et je commence par ma collègue de bureau, qui cherche à investir depuis des mois pour investir, pour transmettre, pour posséder aussi. En vain. Pas de bien en adéquation avec son budget. Soit, un prêté pour un rendu. Elle m’a convertie aux paniers locaux, je la convertis à l’habitat nomade. A la maison légère, peu impactante, mobile, à toute une philosophie. Con-quise ! Thrilled ! On est comme des folles devant les photos de Tiny Houses, elle hallucine devant la nouvelle génération de maison-mobile. 20171129_122359

Mais bon voilà, l’habitat léger dans nos contrées, c’est pas encore la panacée… L’Europe pas vraiment adaptée à la mobilité. Pas le droit de vivre dans sa Tiny House ou installer sa maison mobile sur un terrain. Et croyez moi, dans la région j’ai cherché. Pour l’instant du moins, y’a pas moyen…

Epilogue

Novembre, encore une fois, n’a pas failli à sa réputation. Beaucoup de brumes, quelques percées. Même mon bar populaire préféré a fermé… il devrait rouvrir bientôt. Revendu à une graphiste dit-on… Comment on dit déjà, gentrification ?!?

Allez, See you in December

 

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