Printemps. Errance en enclave. Épisode 1/2

Embarquez avec moi pour une expérience singulière, une immersion « à moitié » de plusieurs mois dans une communauté lacustre, de retour « à moitié » dans un ancien chez moi (on a le goût de l’hybridité ou on ne l’a pas ;-)). Suivez-moi dans l’ultime étape d’un parcours géo-identitaire qui se soldera par un divorce avec la nostalgie…

Dans les épisodes précédents…

2013 - 21 sept 3 (2)Après avoir vu l’Auberge espagnole, avoir sauté dans un avion, fui un lieu magnétique, un champ de bataille aussi, après m’être installée dans la cité par gourmandise et nécessité de dépasser le complexe d’infériorité et le manque de dynamisme qui plombent nos périphéries, après y être retournée à moitié pour retrouver mon autre moitié, après avoir trouvé ma maison d’élection, après avoir testé beaucoup de logis, après m’être lancée dans un projet de documentaire avorté inspiré par La Jetée sur l’image d’enfance et le lieu-nostalgie, …

Après que ma deuxième maison soit partie en fumée et avoir été arrachée à mon image d’enfance, après m’être installée pour de bon dans ma cité d’élection, après avoir été en proie chaque automne et chaque printemps à des crises de nostalgie, après avoir compris que j’étais définie par mon hybridité, après avoir décidé de retrouver une deuxième maison…

Après n’avoir d’autre choix que de me plier à une temporalité imposée, après m’être envolée pour le PC, embrasser le monde, exorciser, temporiser, après avoir transformé le projet de documentaire avorté en chapitre sur la nostalgie…

Après avoir retrouvé une sécurité, après les jalons posés, après être partie en pèlerinage-repérage, après un coup de foudre et une autre année à fantasmer, … me voilà, à l’aube de prendre possession de ma mini-maison à deux pas du lieu où j’ai grandi.

Les Deux Maisons, un mantra, une théorie

Pour ceux qui auraient zappé Le Projet Cosmopolis, petite séance de rattrapage. L’idée peut se résumer en un mot : le TRANSNATIONALISME (lien vers le PC), ou la nécessité d’habiter plusieurs lieux, de revendiquer plusieurs identités pour s’épanouir dans un monde mobile et globalisé. Par extension, le transnationalisme ne se limite pas aux multi-appartenances transfrontalières, mais s’étend à toutes sortes de combos identitaires. Ainsi, on peut goûter la cité, ses mélanges et son énergie et en même temps conserver ses ancrages, son lieu-refuge, choisir de ne pas se couper de ses racines, d’une part de soi. Il est des lieux qu’on a dans la peau. Ca ne s’explique pas, ne se théorise pas. C’est comme ça. Aujourd’hui la politique tente d’instrumentaliser la géographie, de diviser les lieux et les générations. Foutaise, on est à la fois de là-bas et ici !

La deuxième Maison : une nécessité

Lac 2011 16Ainsi, pour être complet dans un monde urbain, mobile et globalisé, on a besoin d’embrasser ses Deux Maisons. Au risque de voir un Monde en mal d’identité(s) s’embraser. On est complet que lorsqu’on est parvenu à composer avec les lieux qu’on se choisit et ceux qui nous ont constitués. On est serein que lorsqu’on accepte sa propre Hybridité. Sa dualité. Il suffit ensuite de transformer ce joyeux duo en Triptyque, en y ajoutant une bonne dose de Mobilité : maison-racines + maison d’élection + errances vers les horizons. Et voilà, le tour est joué !

Pour résumer, la théorie des deux Maisons = multiplication et composition des Lieux et des Identités = un Lieu Racines + un Lieu d’Élection + le Monde, le Mouvement, pour les compléter.

La maison mobile : une rêverie, une fascination

Ma fascination pour ce mode de vie vient sans doute pour partie de mon goût pour la littérature, pour l’histoire, pour la géographie. Pour moi la caravane évoque les caravansérails, les époques de grandes découvertes, les premières mondialisations, l’érudition, les voyageurs aventuriers. L’Est, La Route de la Soie. Les communautés éphémères. La solidarité qui se tisse dans la curiosité. Mais ça évoque mon enfance aussi. En camping, j’y ai grandi, fabuleux terrain d’aventures pour l’enfant que j’étais. Monde parallèle aussi, sur le mode ancrage-passage, champ de possibles circonscrit. Le camping comme maison et comme loisir aussi, à la sortie de l’école, on saute dans la voiture, et on fait le tour des campings pour aller livrer des mini-maisons. Des échappées qui m’ont donné goût au mouvement et nourri mon imaginaire. Une sensation que je n’ai cessé de rechercher depuis.

La maison mobile : une philosophie, une alternative

J’ai la conviction ancrée que pour fluidifier notre 21ème siècle en voie de territorialisme et en proie à une crise du logement, la territorialité mobile est une des solutions. Et mon militantisme ne s’arrête pas au Projet Cosmopolis. En 2009 déjà, je participais à un reportage télévisé qui avait pour but de modifier notre image de ce mode d’habiter et baptisé « Opération Camping« . Car soyons honnêtes, aujourd’hui le camping est encore trop souvent associé tantôt aux gitans, aux réfugiés, aux victimes de la crise, aux vacances démographiquement caractérisées rosé-pétanque-barbecs, ou plus récemment au Glamping, son alternative bobo-citadine… Mais rarement présenté comme véritable alternative. Comme nouveau mode d’habiter. Mini maison, mini jardin, proximité avec la nature, liens qui se tissent entre résidents ancrés et touristes de passage. Ancrage limité. Moi j’imagine un camping-monde aussi, où on réinvente la cohabitation. Un camping qui rime avec poésie. Un lieu hors-monde qui propose du temps en suspens aussi. Au choix. 

Pas encore une alternative ancrée, mais déjà bien une réalité. Lisez Un Monde de Camps. Visionnez le documentaire Slums Cities of Tomorrow. Pensez à ces nouveaux nomades qui depuis la crise aux États-Unis ont choisi de vivre en RV ou ont opté pour des Tiny Houses. Deux modes d’habiter en passe de devenir là-bas de véritables modèles de société. On y consacre même des séries de télé-réalité. Plus près de chez nous, on utilise des campings pour loger des réfugiés. J’ai la conviction que la mentalité achat-d’un lopin-érection-de-barrières-réservé-à-la-famille-nucléaire-prière-de-ne-pas-rentrer ne peut pas constituer une alternative écologique et politique dans un monde où la territorialité est  à repenser.

Je ne suis pas dupe. Le chemin est long. A commencer par ma cité d’élection où j’ai longtemps cherché à concilier vie en camping et immersion dans la cité. Mais malgré une grave crise du logement, s’installer en camping reste interdit. Why ??? J’ai abandonné temporairement l’idée. Ce sont d’abord les regards qu’il faut changer. Car l’habitant de la mini maison est associé à marginalisation. Une image véhiculée par les médias et qui nourrit l’imaginaire collectif. Le retraité nomade lui fait rêver. Mais reste une anomalie. Un droit lorsqu’enfin acquis celui de sortir de la conformité. Ajouté à cela, on rencontre encore une fois un défaut d’hybridité. Le plus souvent, les campings résidentiels s’opposent aux campings touristiques. On a décidément tort de ne jamais vouloir hybrider.

Une année à fantasmer

Bref, let’s see. L’été dernier je m’étais promis que quoi qu’il arrive cette année il serait le dernier à patauger à la piscine municipale du quartier. Cette saison, je vais la passer les pieds dans l’eau et sous les pins 🙂 Cet été je vais retrouver ma région et jouir de toutes mes passions : nager dans mon lac, jouer à l’hôtesse, me gaver de lectures, écrire à foison, faire des siestes, me retrouver, rencontrer, m’infiltrer en territoire inconnu et pratiquer le reportage en immersion, le tout en plein air et dans la nature. What else ?! Produit de mon époque et projet idéologique aussi, ce trip camping incarne tous les trends du moment : écolo, identitaire, etc. Une saison au camping pensée comme un acte poétique, sociologique, écologique, nostalgique.

Attachement à la région, à la famille d’élection, attachement à la terre qu’on ressent dans sa chair, besoin de revenir donc. Témoin d’une lutte fratricide pour un micro-territoire,  vu la folie gagner les gens pour un bout de terrain, vu le lieu s’embraser. Réfugiée dans la cité, « errance » identitaire, besoin de concilier terre d’origine et d’élection, de réconcilier les deux maisons, de revenir sur le mode non ancré, sur le mode du passage, de revenir à moitié donc.

Pour le choix de ma deuxième maison, j’ai donc écumé tous les campings de ma région racines. Et pour être au plus près de mes aspirations j’ai pris l’option camping touristique et caravane, une maison qui roule, qui ne s’ancre que provisoirement, compromis parfait pour une hybride en mouvement. Pour le reste, le choix du lieu s’est fait à l’instinct. Pour le coup, le coup de coeur a supplanté la raison.

« Retour à Forbach »

Avril. Ca y est !!!!!!! J’arrive, je reviens. La ptite merveille est posée. Plus qu’à prendre mes quartiers sous les pins. Sur la route la radio diffuse l’interview du réalisateur de « Retour à Forbach« … J’entends ces mots-là : retour vers une part de soi, Front national, réconciliation, héritage, frontières, charbon, abandon, périphérie, dead zone, mono-industrie, crise, mettre le lieu en récit, faire l’histoire du lieu, etc. Ca résonne en moi. Et pour cause, à peine arrivée à la station du coin, voici comment je suis (a)ccueillie par le discours ambiant « Nous on doit encore payer notre essence, on n’a pas notre carte de réfugié » (…?…). Voilà voilà, ça promet… J’aimerais bien qu’on m’explique pourquoi dans ces zones périphériques la teneur des discours est inversement proportionnelle à la qualité de vie. Matériellement plus avantagés que dans la cité, et pourtant plus amers aussi. Candeur polluée.

Atterrissage à côté

On m’avait prévenue, mais comme je suis très très très obstinée et que j’ai une vision d’un monde possible dans ma tête alors je peux me faire très entêtée. Mon mantra ? C’est pas parce que ça n’existe pas que ça ne peut pas exister. J’ai donc rejeté successivement les mises en gardes de Mr. H, sorte d’Albert Einstein pour qui ni la maison ni les lieux ne signifient rien. J’ai fait la sourde oreille aux avertissements du marchand de caravanes aussi : ce camping est un territoire 100% suisse-allemand où on vit les uns sur les autres, dans la promiscuité et où les résidents, des « apparts people », y transposent exactement les mêmes modes de fonctionnement et les mêmes travers territoriaux qu’à la maison, calculant minutieusement pour être certains qu’on ne leur vole pas le moindre centimètre de terrain. Des résidents qui « passent » ici depuis 20 ans, sont donc chez eux et comptent bien le rester. J’ai rejeté cette réalité : la Suisse et l’Europe ne sont pas adaptées à la vraie mobilité.

Oui on m’avait dit tout ça. Mais ces pins j’en ai rêvés depuis une année. Le coup de foudre… Un camping au bord du lac à quinze minutes d’où j’ai grandi. Un terrain de 600 places qui à la haute saison se transforme en véritable petite ville éphémère. Pas d’ancrage possible, une fois la saison terminée, le lieu doit être rendu. Un lieu populaire aussi. Un lieu tout trouvé pour les férus de lac, de nage, de barbecues, de lectures, de nature et de… sociologie ! Où j’imaginais avoir l’opportunité de rencontrer des touristes de passage. Alors pas question de me laisser polluer. Je devais le faire, succomber à ces tentations. Et pour toutes les raisons sentimentales et identitaires déjà évoquées aussi.

Le retour avorté

C’est Pâques, je m’étais réjouie d’inviter mes vieux amis et leurs familles, j’imaginais déjà les adultes attablés, les enfants jouer… Ils m’avaient dit se réjouir de m’avoir à nouveau « par là ». Oui mais voilà. Retour « home » remuant et seule chez moi (?). Il semblerait que je sois partie depuis trop longtemps. Il semblerait qu’il n’y ait plus de place pour moi dans leurs vies. J’aurais dû préparer ce retour moitié-moitié. Notre époque a tué la spontanéité.

We de Pâques. Le camping fourmille de familles. Le vide. Mais qu’est-ce que jfais là ?!? J’ai froid ! Je suis seule et j’ai froid ! Je touche la « maison » du doigt. Je me cache dans les bois. Ca n’a aucun sens ! Après le désir ardent, la chute du désir. Natel éteint, pas le courage d’attendre mon ami prévu pour le lendemain. Je me hâte de rentrer dans ma cité d’élection. Fuir le vide. Et cette autre moi. Oui autre moi there. Retrouvailles… avec cette pauvre chose… Retrouvailles avec une part de moi et pas la meilleure version…

Retourner sur la terre d’enfance, là où la famille n’est plus… Trouble… Paradoxe… No sense ? D’où l’on vient = là où on a grandi ? Ici n’est pas chez moi, et chez moi la famille n’est plus… Dans une enclave, étrangère, à dix minutes d’où j’ai grandi. Étrangère un jour étrangère toujours ? Étrangère chez moi, étrangère ici.

Immersion dans une Gated Community

Photos-reportage : cycle de vie d’un village éphémère et  scènes de la vie quotidienne.

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En fait je ne suis pas de retour chez moi mais je me retrouve immergée dans une enclave où personne ne parle ma langue. Troublant. Une enclave suisse-allemande que je dois quitter pour que ouf au village d’à-côté, j’entende parler ma langue et que cesse mon sentiment d’irréalité.

En gros voilà comment j’avais imaginé le lieu : du passage, pas de clôture, pas d’ancrage, village éphémère, micro-société –> Non ! Communauté ! Communauté d’habitués. Et Communauté labellisée « familiale » comme on dit. Scission qui oppose familles et bâtards ? Je les mets mal à l’aise dans ce camping. Pas de place pour les poètes (de passage) ici. Et dans les villages à côté, je ne me reconnais pas/plus non plus. On est en 2017, plus en 2010… Le monde néo-post-moderne a supplanté le monde transnational. Le monde d’Huntington a vaincu celui d’Arjun Appadurai. J’ai dû rester crocher. Terminé le Projet Cosmopolis, place au Projet Glocal. On sort des villes et on se réconcilie.

Ainsi dans ma périphérie en 2017 on retourne chez soi, on fait à nouveau plus d’enfants, la « valeur famille » revient à fond. J’interroge mes amis restés ici, qui me confirment qu’il y a beaucoup de jeunes dans le village. Dans leur majorité, les jeunes sont restés ou y sont retournés pour faire famille, pour la qualité de vie comme on dit. Pour l’identité sans doute un peu aussi. Je me ballade avec eux au marché, dans leur vie… J’apprécie la sympathie et la simplicité mais beaucoup moins la misogynie, la façon dont la femme est déterminée par sa situation matrimoniale… Peut-être ma fuite avait-elle inconsciemment  quelque chose de féministe aussi…

Régions périphérisées, uniformité des styles de vie ? Pas de places pour la singularités, les destins en différé, les pas de côté ? En tout cas, pour la première fois de ma vie, dans ce camping, je ressens un sentiment d’exclusion sociale. Pour moi c’était un acte poétique ce caravaning sous les pins… seulement il semblerait qu’il n’y ait pas beaucoup de poètes ici… Comment transformer un sentiment de rejet en art ? Va savoir… J’ai tout l’été… En attendant je me console en me répétant que TOUT est expérience et que je ne vis d’ailleurs que pour ça.. Et pis y’a la nature aussi… Je pensais goûter la compagnie de touristes… j’ai failli pleurer l’unique fois où j’ai entendu parler anglais. L’esprit du passage ne souffle pas sur ce camping. Ici c’est instinct de territoire, esprit de communauté… Une communauté de laquelle je me sens exclue.

En fait j’ai un peu honte de l’avouer, mais je découvre en quelque sorte le monde suisse-alémanique ici. Je me suis toujours sentie plus étrangère outre-Sarine qu’en Ville-Monde. Pour ne parler que de mes escales de l’an dernier, le vrai exotisme pour moi ça a été Kandersteg, pas Hong Kong. J’avoue aussi que je me sens plus proche d’un Singapourien sumatrais que d’un Suisse-Allemand. Question de langue et de mentalité. Enfin, je dois signaler m’être sentie moins rejetée en villes-monde musulmanes que dans cette enclave familiale tout ce qu’il y a de plus helvétique.

Pour faire face, je m’évade par la pensée… et mon évasion me conduit à Montréal, où le combat des Québécois prend désormais sens pour moi. Entre Québécois et Romands, le parallèle est tout trouvé. Et je suis en proie, en lutte avec un sentiment que je n’avais pas connu jusqu’ici : le racisme. Ses causes ? Démographie déséquilibrée, sentiment d’invasion, sentiment qu’on rejette mon mode de vie aussi, barrière de la langue, voisins considérés trop « territoriaux ». Un constat : dans ce pays, on ne se connaît pas. Et une interrogation : patriotisme suisse ? Un consensus politique. Nationalisme suisse ? Les Suisses ne feront jamais la guerre, culturellement trop différents. La Suisse, un consensus politique vs un patriotisme culturel. La clé de sa neutralité ? No sé. En attendant, mes premiers liens, je les noue avec ma voisine néerlandaise, qui comprend bien ce que je peux ressentir dans le coin…

Donc si je résume mes toutes subjectives observations, ce camping n’est pas le lieu de passage d’une société éphémère mais celle d’une communauté ancrée et démographiquement homogène. Un lieu fermé. Un lieu fabriqué. Par des membres dont je réalise qu’il leur serait impossible dans leurs bourgades respectives d’évoluer dans une telle homogénéité. Homogénéité culturelle, sociale, linguistique. Oui, ce camping looks ni plus ni moins like a Gated Community.

Ce n’est certainement pas la démographie que je m’attendais à retrouver, moi qui ai grandi dans le genre de petite bourgade où on vit vraiment mélangés, contrairement aux grandes villes où c’est un peu chaque couche sociale et culturelle son quartier, où finalement on se contente de se croiser dans les lieux ponts. Une petite bourgade juste à côté, où on a l’habitude de gérer la complexité d’un monde mélangé. Où du reste je me souviens qu’au moment de l’éclatement familial déjà, ce n’est pas la bourgeoisie locale qui nous a soutenus mais les immigrés.

A SUIVRE…

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