Roman populiste : poétique du travailleur errant

Oui oui oui Catherine Poulain poursuit le récit à posteriori de sa vie de bohème 🙂 Vivement, vivement après Le Grand Marin, se plonger dans Le coeur blanc. J’ai hâte…

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« Deux ans après Le Grand marin, où elle racontait son dur labeur de pêcheuse en Alaska, Catherine Poulain décrit un autre monde qu’elle connaît bien, pour l’avoir beaucoup exercé : celui des saisonniers.

Son héroïne, Rosalinde, est allemande et vend ses bras aux horticulteurs provençaux, avec d’autres travailleurs nomades et précaires, la plupart marocains et algériens. Rosalinde suit, dans le Vaucluse, le cycle naturel des fruits et légumes : après les asperges, elle ramasse et cueille les melons, les fraises, les olives, les cerises, les abricots, les raisins.  Bientôt, les feux vont ravager la région et les hommes vont devenir fous… C’est Faulkner chez Bosco. Et la confirmation que Catherine Poulain écrit avec son corps pour parler de ceux dont la littérature se désintéresse en général, hier les marins pêcheurs, aujourd’hui les tâcherons de la terre qu’elle appelle « les enfants de la route et de l’errance »… «  France Inter – Le Masque et la Plume 28.10.2018

Zoom sur : la littérature populiste

 

 

Highlight : Avant la fin de l’été

Embarquez pour un road-movie docu-fiction sur les routes d’une France sans artifices, qui se confondent et font des allers-retours avec les images d’un là-bas si proche et si loin. Méditez mine de rien au gré des escales avec Arash, Ashkan et Hossein sur les paradoxes et questionnements liés à la mobilité : where is home, where I AM, where I feel at home ? Confusion des lieux, confusion des identités, le Territoire m’autorisera-t-il, in fine, à me composer un être complet ?

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Documentaire de Maryam Goormaghtigh, 2017, 80′

L’Extrait

« Tu sais ce que je me suit dit, la dernière fois que je suis allé en Iran ? Que quand je suis là-bas je suis plus heureux. Quand je me réveille là-bas, je me sens mieux. Mais je préfère celui que je suis ici, à la personne que je suis là-bas. C’est étrange. A mon avis, l’image que j’ai de moi ici, je veux dire le Hossein que je suis ici, correspond davantage au Hossein que j’aimerais être, mais je suis plus heureux en Iran et je ne sais pas pourquoi. »

Le Pitch

« Après 5 ans d’études à Paris, Arash ne s’est pas fait à la vie française et décide de rentrer en Iran. Espérant le faire changer d’avis, ses deux amis l’entraînent vers le sud de la France pour une dernière virée commune.

La voiture chargée à ras bord, les voilà partis vers l’été méridional, avec à la clé nuits dans des campings, bières aux fêtes de village et air marin. Un jour, les trois amis font la connaissance des musiciennes Charlotte et Michèle… Arash rentrera-t-il vraiment en Iran?

AVANT LA FIN DE L’ÉTÉ est une ode originale à l’amitié, qui repousse avec volupté les frontières de la fiction. » Lien

« Si le farsi est l’une des plus belles langues du monde à parler et à écouter, elle est également l’une des plus belles à filmer. Maryam Goormaghtigh nous entraîne dans une errance hédoniste sur les routes de France à travers les yeux de trois Iraniens, qu’elle filme avec une grande tendresse et une intimité impressionnante. Des siestes, des repas et des bons mots : on se régale, on discute avec sagesse de photographie, de musique, ou d’interprétation des rêves… et surtout de nanas et de drague. La virilité de ces personnages d’ordinaire exploités dans les «buddy movies» en prend un coup, puisque c’est bien la féminité rafraîchissante de ces hommes qui se révèle peu à peu ici. Derrière cette virée débonnaire scintille, en creux, le sombre éclat de l’âme en exil. L’appel de l’enfance, de sa terre, de sa musique, de sa poésie, de sa langue. La réalisatrice parvient, sans dogmatisme, à construire un aller-retour incessant et fécond entre deux mondes que beaucoup de clichés opposent : la France et l’Iran. On a ainsi parfois l’impression de faire du tourisme en Iran, alors qu’on est au milieu de la France profonde. Les paysages français deviennent une extension du geist iranien, avec une finesse, une simplicité, un humour qui affleurent sans recherche d’effets, sans volontarisme narratif ou esthétique. Une image splendide et surtout une très belle bande son servent à merveille ce film qui fleure bon la liberté dans un écrin très oriental : anodin en façade, riche à l’intérieur. »Lien

La réalisatrice – Maryam Goormaghtigh

Née en 1982 à Genève, Maryam Goormaghtigh étudie la réalisation à l’INSAS, Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des Techniques de Diffusion, à Bruxelles, après des études de Musicologie et d’Histoire et esthétique du cinéma à Lausanne. Après plusieurs courts et moyens-métrages, dont Bibeleskaes, coréalisé avec Blaise Harrison, et Le fantôme de Jenny M (55’) sélectionnés notamment au festival Visions du réel à Nyon, Maryam Goormaghitgh collabore pendant deux ans à la revue documentaire CUT UP d’Arte en réalisant plusieurs court-métrages ainsi qu’au Webdocumentaire Code barre (Fipa d’or 2012 à Biarritz). Avant La Fin de l’été est son premier long-métrage, une comédie documentaire qui se joue des genres. Actuellement, elle écrit un long-métrage de fiction et réalise parallèlement une série documentaire pour Arte créative dont la sortie est prévue en septembre 2017. Lien

Lien dossier de presse

Épilogue… territorial

Aux dilemmes sur la liberté-solitude ou l’entrave-cocon, aux réflexions sur la meilleure forme d’intégration, la composition, les renoncements, la transmission, la religion, la petite cellule et les contraintes sociales, affectives, politiques…  A la recherche de l’amour et de sa propre voie.. La balade prend un tour plus grave avec l’immersion dans le récit du Territoire, qui semble, in fine, avoir le pouvoir de trancher pour nous… Du choix individuel, du conflit intérieur au déracinement imposé par la géopolitique, ce n’est peut-être pas celui qu’on pense qui finira par rentrer le premier… Alors le mouvement et l’ouverture deviennent fuite, la fuite exil ou le retour définitif… Sacrifier sa jeunesse, ses idéaux et ses rêves à la patrie ? Refuser de se sacrifier aux exigences d’un Territoire trop exigeant et risquer de flotter à jamais sur le Réseau ? Oui le Territoire a le pouvoir de nous dire halte-là, de nous transformer d’êtres complexes en êtres déchirés, de nous exiler intérieurement… Rattrapés ! Alors à quand l’épisode II, « Le choix d’Hossein » ?

Highlight :philosophie errante

Eloge de l’errance un jour éloge de l’errance toujours… Avec Natchave, dernier essai d’Alain Guyard et réjouissante errance philosophique.

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 » Jusqu’à il y a peu, en philosophie, antique patrie du concept poli à la main et de la dialectique fin moulue, Alain était synonyme de commerce pondéré, de sagesse en trois points et de radicalisme sur coussin d’air. Enfin Guyard vint. Guyard le goliard, le poissard, le soudard, nous rappelant que les Alains, long time ago, furent une tribu des plus barbares. Avec lui philo se fit folie, défroqua la toge, mit les doigts dans le nez et dans la prise, se risqua aux mauvais lieux et substitua au portique de Zénon ceux que Dame Sécurité impose à l’entrée des centrales.

En témoignent à la barre les trois titres qu’icelui publia au Dilettante, on l’y voit philosopher au coeur de la taule, frôler le ravin avec des Gitans et s’encanailler la sagesse avec tout ce que le monde compte de marginaux.

À lire Natchave, son quatrième titre, le dossier de l’auteur s’épaissit : natchave, en bel argot, signifiant « s’en aller, partir, se faire la belle ». S’y démontre en effet ce que le futur pensant retiendra comme « le théorème de Guyard ». Énonçons : « La profondeur de la pensée est fonction de l’usure des semelles. » À savoir que si, quelqu’un se dit penseur, matez-lui les tatanes : pures d’éraflures, vous avez affaire à un rentier du logos, un de ces fonctionnaires du cogito qui touillent la soupe conceptuelle dans un sens puis dans un autre ; mais, si elles sont usées jusqu’à la corde ou si le crèpe est fourbu, sans doute avez-vous touché un vrai, un tatoué du jus de crâne.

Car le philosophe va et sa pensée va de concert, marche, rôde, randonne, dort dehors et rentre tard, passe en fraude. Au fil de ce flamboyant et turgescent traité de philosophie à grandes foulées, Guyard nous modèle un Socrate SDF, lointain disciple des chamans thraces, nous cisèle un portait d’Antisthène l’anti-système, maître de Diogène, déroule l’histoire des goliards, escholiers en rupture de colliers académiques et de bancs de galère scolastique, entrelardant le tout de tranches de vie juteuses, guyanaises, camarguaises et surtout gitanes. Tous les chemins mènent aux Roms. » Lien Le Dillettante

 

Collision des Voix

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« CHRONIQUE. Une vitrine de la Librairie du Boulevard à Genève a été brisée par un groupuscule d’extrême droite.

Dès mardi matin, les libraires ont placé un message sur la vitrine brisée: «Vitrine saccagée par l’extrême droite. Recouvrons la haine par des messages de soutien et d’ouverture!» Les post-it et feutres mis à disposition ont permis et permettent toujours aux habitués de la librairie et aux simples passants d’exprimer leur solidarité. La vitrine est entièrement recouverte de messages. »

Extrait article journal Le Temps, , 19.10.2018, Lien

 

Beyrouth, 2018…

Sumus Ombres…

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À l’intérieur d’un tribunal, ZAIN, un garçon de 12 ans, est présenté devant LE JUGE.
LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »
ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie » Lien distributeur

« Je ressens toujours un besoin, à travers mes films, de m’interroger sur le système préétabli, son incohérence, et même d’imaginer des systèmes alternatifs.
Au départ de Capharnaüm , il y a eu tous ces thèmes : les immigrés clandestins, l’enfance maltraitée, les travailleurs immigrés, la notion de frontières, leur absurdité, la nécessité d’avoir un papier pour prouver notre existence, laquelle serait invalide le cas échéant, le racisme, la peur de l’autre, l’impassibilité de la convention des droits des enfants… »
Capharnaüm je vous en reparlerai, peut-être, plus tard… Là je suis trop secouée par la prise d’otage esthétique de Nadine Labaki. Speechless. Hopeless ?

Immanquable responsabilisation du Territoire…

Emmanuel M., 16 octobre 2018, discours prononcé à l’occasion du remaniement de son gouvernement

« Le monde se fracture, de nouveaux désordres apparaissent et l’Europe bascule presque partout vers les extrêmes et à nouveau cède aux nationalismes. Il faut que la France garde la maîtrise de son destin. »

« Je demande au gouvernement d’agir en ayant conscience de ce moment ».

Passage…

J’ai entendu l’autre jour dans une émission un intervenant (que l’auteur m’excuse pour l’emprunt) prononcer ces mots

Le carambolage est père du métissage

Des mots qui ont fait écho en moi avec la thèse de cet auteur qui voilà bientôt une décennie a modifié ma vision du monde. Cet auteur c’est Arjun Appadurai qui dans son ouvrage majeur Après le colonialisme – les conséquences culturelles de la globalisation, faisait déjà en 2006 peu ou prou diagnostic similaire concernant le chaos ambiant. Et dans cette oeuvre il louait déjà aussi, entre autres, le Glocal

Appadurai_AprèsLeColonialisme

Alors Circulez y’a personne à enfermer moi jdis 😉

 

Cohabi-Lignon

Le Lignon, une Cité-Village glocal d’un kilomètre de long…

« Moi je l’aime bien mon village ! »

« Avec ses deux grandes tours, sa barre d’immeuble de plus d’un kilomètre et ses 6000 habitants, le monstre de béton fait un peu peur. Pourtant quand Jean-François et Lionel s’approchent de la Cité du Lignon, les habitants se succèdent pour nous raconter, « On air », à l’antenne de Caravane FM, un bout de leur vie comme sur une place de village : la magie opère et la cité se révèle… » Lien RTS

–> Un épisode de Caravane FM, « Une mini station de radio ambulante s’installe dans des lieux à la marge, à l’écart de la vie ordinaire. Pendant 48 heures, jour et nuit, les deux animateurs de cette radio hyper locale mettent tout en oeuvre pour favoriser les échanges et les partages entre résidents et visiteurs de ces univers clos. Émotions, larmes, confessions bouleversantes, éclats de rire, les moments forts sont captés par les caméras de la RTS. Il en résulte une émission de télévision originale qui dévoile comment se tissent les liens humains. » Diffusé sur la RTS

Retrouvez La Cité du Lignon dans Le Projet Cosmopolis – Genève, ville internationale ou ville mondiale ?

Et… dans le New York Times

Highlight : Rentrée littéraire

Production littéraire toujours miroir d’un monde en mouvement. Cette rentrée charrie encore avec elle récits d’exil, échos de nos Mobilités et parcours géographico-identitaires initiatiques. Coup d’oeil.

33 Tours de David Chariandy, chez Zoé, traduit par Christine Raguet, 176 pages. Roman initiatique au coeur de la diaspora caribéenne de Toronto.

« À Scarborough, on boit des bières au bord de la Rouge, on rêve d’Aisha, la fille la plus intelligente du lycée, on se bat avec les gangs rivaux. Ou alors, on se retrouve chez Desirea’s, qui tient autant du salon de coiffure que du night club. Michael et Francis, deux frères adolescents, mènent dans cette banlieue de Toronto une existence rythmée par les descentes de flics et le racisme ambiant. Ils n’ont jamais connu leur père et leur mère, Ruth, travaille nuit et jour pour leur donner une chance. Mais les espoirs de ces trois-là volent en morceaux lorsqu’une fusillade éclate, un jour d’été 1991.

33 tours est une histoire à haute tension, un hommage à l’art métissé du hip hop et un hymne à l’amour fraternel. » Lien éditeur

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis, Errance à Toronto & Contes postmodernes What we all long for

Swing Time de Zadie Smith, chez Gallimard, traduit par Emmanuelle Aronson et Philippe Aronson, 480 pages

« Deux petites filles métisses d’un quartier populaire de Londres se rencontrent lors d’un cours de danse. Entre deux entrechats, une relation fusionnelle se noue entre elles. Devant les pas virtuoses de Fred Astaire et de Jeni LeGon sur leur magnétoscope, elles se rêvent danseuses. Tracey est la plus douée, la plus audacieuse mais aussi la plus excessive. Alors qu’elle intègre une école de danse, la narratrice, elle, poursuit une scolarité classique au lycée puis à l’université, et toutes deux se perdent de vue.
La plus sage devient l’assistante personnelle d’Aimee, une chanteuse mondialement célèbre. Elle parcourt le monde, passe une partie de l’année à New York et participe au projet philanthropique d’Aimee : la construction d’une école pour filles dans un village d’Afrique. Pendant ce temps, la carrière de Tracey démarre, puis stagne, tandis que progresse son instabilité psychologique. Après une série d’événements choquants, les deux amies se retrouveront pour un dernier pas de danse.
Roman d’apprentissage et de désillusion, le cinquième roman de Zadie Smith opère également une réflexion sur le racisme, l’identité, le genre et la célébrité, avec beaucoup de rythme, d’humour et d’émotion. » Lien éditeur

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis Contes postmodernes, White Teeth

Au loin de Hernan Diaz, chez Delcourt, traduit par Christine Barbaste, 334 pages. Une odyssée à travers l’Amérique, un regard singulier sur la condition du migrant

« Jeune paysan suédois, Håkan débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère Linus à New York. Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied, remontant à contre-courant le flux continu des pionniers qui se ruent vers l’Ouest. Les caravanes se succèdent et les embûches aussi. Trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer. Håkan croise ainsi la route de personnages truculents et souvent hostiles : une tenancière de saloon, un naturaliste original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de loi…

Et, tandis que s’écrivent à distance les mythes fondateurs de l’Amérique, il devient un héros malgré lui. Peu à peu, sa légende grandit. Håkan n’a plus d’autre choix que de se réfugier loin des hommes, au cœur du désert, pour ne plus être étranger à lui-même et aux autres. » Lien éditeur

 

Les billes du Pachinko de Elisa Shua Dusapin, chez Zoé, 144 pages. Entre Japon et Corée, un récit sur la langue, les racines, le voyage, la transmission…

« Claire va avoir trente ans et passe l’été chez ses grands-parents à Tokyo. Elle veut convaincre son grand-père de quitter le Pachinko qu’il gère pour l’emmener avec sa grand-mère revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s’occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français. Elisa Shua Dusapin propose un roman de filiation, dans lequel elle excelle à décrire l’ambivalence propre aux relations familiales. Elle dépeint l’intériorité de ses personnages grâce une écriture dépouillée et plonge le lecteur dans une atmosphère empreinte d’une violence feutrée où l’Extrême-Orient joue son rôle. » Lien éditeur

Salina – Les trois exils de Laurent Gaudé, chez Actes Sud, 160 pages

« Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre. »  Lien éditeur

Petite de Sarah Gysler, chez Equateurs, 180 pages

« « Je suis née au milieu des années nonante dans une famille décomposée. On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d’urgence par cœur et savent faire cuire des pâtes avant même d’être en mesure d’atteindre les casseroles. Petite, on a tenté de m’expliquer que j’avais des « origines » par ma mère et un père qui ne peut plus courir parce qu’il a trop travaillé. En classe, j’écoutais des professeurs désabusés me raconter comment réussir ma vie. Plus tard, on m’a dit que je travaillerai dans un bureau parce que c’est ce qu’il y avait de mieux pour moi, qu’assez vite j’aurai un mari, une maison, puis des enfants, qui verront le jour presque par nécessité. À vingt ans, j’ai arrêté d’écouter les gens et je suis partie. Seule, en stop et sans un sou en poche. J’ai traversé l’Europe jusqu’au Cap Nord, sans autre but que de ne pas pourrir chez moi. On peut dire que j’ai fui. C’était mon premier grand voyage. Dans ce livre, j’ai voulu raconter mes errances, mes chutes et comment la route m’a sauvée. »
S. G. Ce livre est un roman d’apprentissage foudroyant, celui d’une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l’enfance, son dégoût d’une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d’être libre qui la pousse à dépasser ses peurs. » Lien éditeur

La Maison Golden de Salman Rushdie, chez Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 416 pages. New York entre deux ères, « un roman d’immigrés« 

« Le jour de l’investiture de Barack Obama, un énigmatique millionnaire venu d’un lointain Orient prend ses quartiers dans le bijou architectural des “Jardins”, une communauté préservée nichée au cœur de Greenwich Village, à New York. Flanqué d’une jeune maîtresse russe, la sulfureuse Vasilisa, Néron Golden est accompagné de ses trois fils adultes, aussi brillants que névrosés : Petronius, dit Petya, l’agoraphobe génie de l’informatique, Lucius Apuleius, dit Apu, l’artiste mystique, et Dionysos, dit D., l’indéfini sexuel.
Parmi les demeures qui ceignent les Jardins se trouve celle de René Unterlinden, jeune cinéaste putatif, traumatisé par la récente disparition de ses parents dans un accident. Quand les Golden emménagent, René, comprenant que ces fascinants nouveaux voisins seront son remède et sa muse, fait leur connaissance, devient leur familier et calque l’écriture du scénario de son film sur les événements qui secouent cette maisonnée dont bien des secrets, passés, présents et futurs, lui échappent encore.
Le passé ? C’est l’Inde que Néron Golden a fuie mais qui va les rattraper, lui et les siens.
Le présent, ce sont les huit années du mandat Obama, l’Amé rique des grandes espérances de 2008 et leur progressive dégradation, tandis qu’en embuscade un Joker aux cheveux teints s’apprête à accéder au pouvoir…
L’avenir, c’est celui, obscur, d’un monde contemporain livré au doute, mais dont l’éblouissante imagination de Salman Rushdie transcende les peurs, les rêves et les égarements. » Lien éditeur

Les exilés meurent aussi d’amour de Abnoussse Shalmani, chez Grasset, 399 pages

« « Ma mère était une créature féerique qui possédait le don de rendre beau le laid. Par la grâce de la langue française, je l’avais métamorphosée en alchimiste. C’était à ça que servaient les mots dans l’exil : combattre le réel et sauver ce qui restait de l’enchantement de l’enfance. »

Shirin a neuf ans quand elle s’installe à Paris avec ses parents, au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle. Dans cette tribu de réfugiés communistes, le quotidien n’a plus grand-chose à voir avec les fastes de Téhéran. Shirin découvre que les idéaux mentent et tuent ; elle tombe amoureuse d’un homme cynique ; s’inquiète de l’arrivée d’un petit frère œdipien et empoisonneur ; admire sa mère magicienne autant qu’elle la méprise de se laisser humilier par ses redoutables sœurs ; tente de comprendre l’effacement de son père… et se lie d’amitié avec une survivante de la Shoah pour qui seul le rire sauve de la folie des hommes.

Ce premier roman teinté de réalisme magique nous plonge au cœur d’une communauté fantasque, sous l’œil drôle, tendre, insolent et cocasse d’une Zazie persane qui, au lieu de céder aux passions nostalgiques, préfère suivre la voie que son désir lui dicte. L’exil oserait-il être heureux ? » Lien éditeur

Départ de Mr. Collomb. Option glocale…

A l’heure de la grande compétition des échelles identitaires, si la rhétorique nationale semble avoir le vent en poupe, au pays du progressisme, les élus affichent désormais sans complexe leur goût pour la Ville et n’hésitent plus à bouder la gouvernance nationale…

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AFP Manuel Valls, Christian Estrosi et Gérald Darmanin ont d’ores et déjà exclu de rejoindre le ministère de l’Intérieur.

Le choix du mix Glo(bal)+(lo)Cal

Gérard Collomb, Manuel Valls, Christian Estrosi, Benjamin Griveaux ou Mounir Mahjoubi… Retour dans un Grand Lyon dynamique et ouvert pour l’un, départ transnational vers une Barcelone globalo-régionale pour l’autre, ancrage à Nice, métropole régionalo-touristique pour le troisième, préparation à la course pour la Ville-Monde parisienne pour d’autres, le navire État-nation n’a plus le vent en poupe… dur dur de conduire une nation dans ces conditions.

Source image : Huffingtonpost.fr

 

Les Routes de la Mondialisation

Pour la grande majorité de la population, dans l’Antiquité, les horizons étaient assurément locaux – le commerce et les rapports avec autrui s’effectuaient sur de courtes distances. Cependant, les réseaux des diverses communautés s’entrelaçaient si bien qu’ils créaient un monde complexe, où les goûts et les idées étaient modelés par des produits, des principes artistiques et des influences distants de milliers de kilomètres…

Les-routes-de-la-soie« Il y a deux millénaires, des soieries faites mains en Chine étaient portées par les riches et les puissants de Carthage et d’autres villes de Méditerranée, des poteries réalisées en Provence arrivaient en Angleterre et dans le golfe Persique. Dans les cuisines du Xinjiang, comme dans celles de Rome, s’utilisaient des épices et condiments récoltés en Inde. Des bâtiments du Nord de l’Afghanistan affichaient des inscriptions grecques et l’on montait fièrement des chevaux d’Asie centrale à des milliers de kilomètres plus à l’est.

Nous pouvons imaginer la vie d’une pièce d’or d’il y a deux mille ans, battue peut-être dans une forge provinciale, comprise dans la solde d’un jeune soldat qui s’en sert pour acheter des marchandises à la frontière septentrionale de l’Angleterre; elle revient à Rome dans les coffres d’un fonctionnaire impérial chargé de percevoir l’impôt, avant de passer dans les mains d’un négociant en route vers l’Orient, d’être utilisée pour payer des denrées à tels marchands venus vendre leurs articles à Barygaza. Là, elle est admirée et montrée à des chefs de l’Hindou Kouch; ceux-ci s’émerveillent de son dessin, de sa forme et de sa taille et la confient à un graveur pour qu’il la copie – il vient peut-être de Rome lui-même, ou de Perse, ou de l’Inde, ou de la Chine, ou c’est peut-être un autochtone qui a appris l’art de battre monnaie. Il s’agit d’un monde relié, complexe, assoiffé d’échanges. »

Peter Frankopan, Les Routes de la Soie, pp. 46-47

Good Bye Mr. Aznavour, Bohème glocal

Au revoir cher Charles Aznavour, meilleur représentant du glocalisme 😉

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Vous immense poète qui teniez à adapter vos œuvres aux goûts locaux, à traduire vos chansons en russe, en espagnol, en anglais… à les glocaliser.

Vous à la fois voix de l’exil, français revendiqué, ambassadeur arménien, résident suisse, artiste nomade insatiable d’ailleurs,… compositeur d’Identités décomplexé

Vous, héros local, national et global

Vous bling bling et populaire, Bohème pour toujours, Hybride assumé. 

Vous qui offrez une leçon d’ouverture et de sérénité dans un monde encerclé de murs et de débats passionnés…

Emmenez-moi…

Vers les docks où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi de fruits
Les bateaux
Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes aux reflets de ciels bleus
De mirages
Traînant un parfum poivré de pays inconnus
Et d’éternels étés où l’on vit presque nus
Sur les plages
Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Voix off. Un monde (re)mobil(isé)?

Le président suisse Alain Berset a fait campagne à New York pour le nouveau Pacte migratoire de l’ONU. « Que les négociations sur le Pacte portent leurs fruits en ces temps difficiles est une grande victoire de la coopération dans la diplomatie multilatérale. »

Alain Berset a fait l’éloge de ce Pacte mondial sur la migration, le premier document historique de ce type sur lequel tous les pays du monde ont travaillé conjointement – à l’exception de deux, a-t-il déclaré lors d’un événement en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Les États-Unis et la Hongrie se sont tenus à l’écart des négociations.

Alain Berset a présenté le plan avec le président mexicain Enrique Peña Nieto. Le texte, qui doit être approuvé à Marrakech en décembre, a été négocié durant 18 mois sous la houlette des ambassadeurs des deux pays. Le « Global Compact on Migration« , en version originale, vise à rendre la migration mondiale sûre, ordonnée et régulière.

Terrain difficile

La migration est une question complexe et parfois controversée, a indiqué le Fribourgeois. Souvent, elle est accompagnée de termes négatifs tels que protectionnisme, chauvinisme et même racisme manifeste. Une migration réglementée offrirait pourtant des opportunités que l’économie mondiale se doit saisir.

Aujourd’hui, les migrants internationaux représentent déjà 3,4 % de la population du monde; ils produisent près de 9 % de la richesse mondiale. « La migration doit être considérée comme un enrichissement – économique et culturel « , a déclaré M. Berset lors de l’événement auquel il a été invité par l’ancien maire de New York Michael Bloomberg.

Dans son introduction, M. Bloomberg a clairement souligné l’importance de la migration pour le succès des activités commerciales, a aussi expliqué M. Berset. « L’économie et la société dépendent de procédures migratoires efficaces et transparentes« , a souligné l’actuel président de la Confédération suisse.

Pays de migration

La Suisse est aussi un pays de migration: un habitant sur trois est immigré ou issu de parents immigrés. A l’inverse, plus de 750’000 Suisses, soit près de 10% de la population résidente, vivent à l’étranger et y contribuent à la prospérité économique, a rappelé le conseiller fédéral. Sans les travailleurs étrangers, de nombreux secteurs en Suisse ne fonctionneraient pas aussi bien qu’actuellement.

Par exemple, le secteur de la santé s’effondrerait, a illustré Alain Berset, par ailleurs ministre de la Santé. Et nous n’enregistrerions probablement pas autant de succès en football sans migrants, a ajouté le président.

Source article : bluewin.ch/Infos

Histoires d’une Nation pour vivre ensemble

Aujourd’hui, un quart de la population française trouve ses racines à l’extérieur du territoire. Dans cette série, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants de ces femmes et de ces hommes qui ont joint leur destin à celui de la France nous racontent leurs histoires. Leurs romans familiaux tissent le récit d’une Histoire de France revisitée, reliée à celle du monde et de ses soubresauts. L’acteur Roschdy Zem prête sa voix à ce récit multiple et inédit.

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https://www.francetelevisions.fr/Histoires-d-une-nation

Pour eux, être français a été toute une histoire. De Michel Drucker à Camélia Jordana, de Ramzy à Estelle Mossely, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants d’Italiens, de Polonais, d’Arméniens, de Russes, d’Algériens, de Marocains, de Cambodgiens ou de Chinois, connus ou pas, déroulent face à la caméra leurs trajectoires familiales. Ces histoires sont celles de toutes ces générations venues faire leur vie dans un nouveau pays, la France. Elles nous racontent 150 ans de l’histoire nationale, qu’elles éclairent à la lumière de la manière dont la République les a accueillies et a redéfini les lois sur la nationalité.

Histoires d’une nation commence quand la IIIe République, traumatisée par la défaite face aux Allemands et la guerre civile qui s’est ensuivie en 1871, décide de construire une véritable nation. Dans chaque village, dans chaque quartier, à l’école comme sous le drapeau, tout le monde doit se sentir français. Dans un pays qui est toujours allé chercher sa main-d’œuvre et ses ressources au-delà des frontières et chez qui les hommes n’ont cessé de chercher refuge, cette idée simple peut unir autant qu’elle divise.

Histoires d’une nation jette un nouveau regard sur ce projet républicain et l’histoire de ses habitants, enfin complète.

Deux soirées, quatre épisodes

Invasions dans TOUTES les directions !!!!!

Migrer ? S’expatrier ? Bouger c’est bouger. Pas de hiérarchie dans les Mobilités ! Aller, venir, un peu beaucoup butiner s’ancrer retourner aller voir, aller-retour ou aller sans retour, aspiration partagée, mouvement naturel de l’humanité 😉

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« Qui n’a pas rêvé, un jour, de visiter des villes mythiques à travers le monde ? Chaque semaine, « French in the city » vous présente une de ces villes à travers les yeux de Français qui y vivent depuis un, cinq, dix ans ou plus, certains par envie et choix de vie, d’autres par nécessité.

Système éducatif, gastronomie, loisirs mais aussi business, ces Français sont souvent confrontés à un véritable choc culturel. S’adapter à ce nouvel environnement, un pari pour les parents, mais aussi pour les enfants. Mais quand le charme opère, nombreux sont ceux qui y restent. Ces Français aux parcours divers nous guident dans les secrets de leur ville adoptive et nous racontent ce qui la rend magique et unique à leurs yeux. » 6play.fr

Alors embarquons sans tarder pour Tokyo, Beyrouth, San Francisco, Mexico, New Dehli, Vancouver et autres Villes-Monde refuge !!!!

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis – Invasions dans toutes les directions !!!!!

De la Gentrification et des « Little Men »

Le délicat Little Men du réalisateur Ira Sachs traite DU phénomène glocal urbain contemporain qu’on appelle Gentrification…

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Le pitch

« Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d’abord très cordiales, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s’avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins. » Lien vers distributeur

Ou comment, à travers l’amitié entre deux jeunes adolescents, le réalisateur montre de manière subtile le mécanisme de mutation des quartiers populaires en marche dans nos grandes cités. On sort du film avec cette question : malgré les résistances, à l’instar des autres flux, on n’arrêtera pas la gentrification ?

Gentrification : La gentrification désigne une forme particulière d’embourgeoisement qui concerne lesquartiers populaires et passe par la transformation de l’habitat, voire de l’espace public et des commerces. (Anne Clerval, Hypergéo) Lire la définition complète ici

A lire ou à relire : Le Projet Cosmopolis – New York Five Boroughs Many Worlds

Conte (néo)post-moderne : Double Nationalité

Dans Double Nationalité, Nina Yargekov explore dans les moindres recoins L’obsession identitaire post-moderne. En explore toutes les contradictions, incongruités, complexités, épuisant le sujet, épuisant son lecteur avec finesse, humour, intelligence. Dans ce roman sociologique forme et fond sont au diapason. Obsessionnelles. Alors si vous vous intéressez à la question, vous pouvez vous replonger dans Le Projet Cosmopolis ou vous plonger dans Double Nationalité, LE roman qui en synthétise tous les contours. Alors prenez une grande inspiration et lancez-vous, mais soyez avertis. Nina Yargekov ne vous épargnera pas.

Dans un monde où les nationalismes luttent et nous somment de choisir UN camp, où les communautarismes nous somment de nous identifier, un monde qui offre une variété infinie de dérivés du mot Identité*, et où pourtant il ne manque que le plus essentiel d’entre eux, TRANSNATIONALISME, un monde où la nuance s’est exilée, un monde « devenu fou », la pauvre héroïne (en)quête identitaire questionne ses allégeance à l’une ou l’autre de ses nations jusqu’à la torture.

L’auteure convoque Ulysse, interroge le rapport à l’autre de la Hongrie (Yasigie) et de la France (Lutringie), le rapport à « l’empire » de la Hongrie et de la France, le rapport à la langue, le rapport au Territoire, les clivages intra-nationaux contemporains,… questionne en somme tout ce qui nous occupe dans ce blog. La quête d’identité qui tourne à l’hystérie identitaire, le duo nationalité-citoyenneté, le combo identité culturelle et identité politique, les types de refuges, le trait d’union entre État et Nation, les nations, les nationalismes, le racisme, l’hybridité, les statuts des hommes mobiles et des minorités, l’Histoire et ses héritages, les empires, les colonisations, la guerre contemporaine menée contre la Mobilité, le sort de la Deuxième Génération, les Murs… avec un humour grinçant et tarabiscoté.

Double Nationalité, c’est une quête qui tourne à l’hystérie qui tourne à la farce et nous renvoie un miroir grossissant et absurde des obsessions de notre époque. Un « roman » qui agit comme un électrochoc, un miroir burlesque de l’hystérie identitaire contemporaine. Une quête dont l’héroïne tire deux enseignements fort utiles ma foi. D’une part qu’il n’existe pas de nation-nounours ou de nation-tyrans mais des « cons partout » (590). D’autre part, que l’identité n’est JAMAIS figée, car le CONTEXTE, le contexte triomphe toujours (80), le contexte c’est la vie (344).

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Roman de Nina Yargekov, P.O.L, 2016, 688 pages. Prix de Flore

Le Pitch

« Vous vous réveillez dans un aéroport.

Vous ne savez pas qui vous êtes ni où vous allez.
Vous avez dans votre sac deux passeports et une lingette rince-doigts.

Vous portez un diadème scintillant et vous êtes maquillée comme une voiture volée.

Vous connaissez par coeur toutes les chansons d’Enrico Macias.

Vous êtes une fille rationnelle.

Que faites-vous ?

À partir de cette amnésie s’agit-il de s’inventer une vie ? de la reconstituer ? Et s’il s’agissait de deux vies, en fait ? Car c’est, comme son titre l’indique, cela le sujet de ce nouveau roman de Nina Yargekov : comment se débrouiller de deux cultures, deux langues, deux sensibilités, comment, de fait, mener une double vie alors qu’on voudrait beaucoup, même facétieuse et indisciplinée n’être qu’une ? Mais, à l’inverse, comment supporter que le pays dans lequel on semble vivre se prépare à l’adoption d’une loi interdisant la double nationalité ? » Lien vers site P.O.L

L’auteure

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numpage=12&numrub=3&numcateg=2&numsscateg=&lg=fr&numauteur=5970

Nina Yargekov est née en 1980.
Elle promet de défendre du mieux qu’elle peut les couleurs de la lettre Y, dont elle est ici (pour le moment) la seule représentante.

Nina Yargekov est née un 21 juillet, soit le même jour qu’Alexandre le Grand, mais 2336 années plus tard. Or (2+3)*(3+4) = 35 et il se trouve que Nina Yargekov a justement 35-7+8 = 36 ans. Toute la question est donc de savoir d’où provient ce chiffre 7 et ce qu’il signifie.

Nina Yargekov est née dans une commune de 29 660 habitants.
Elle écrit le jour, la nuit, dans l’espoir de devenir espionne, même si elle ne se fait guère d’illusions sur la crise structurelle qui frappe les services secrets depuis la chute du mur de Berlin.

Nina Yargekov est née à l’étranger, en France.
Elle aime la tarte citron meringuée, les boîtes de rangement et surtout le Code civil, qui est son œuvre de fiction préférée. Lien vers site P.O.L

* Au menu de Double Nationalité, quelques Mots dérivés : stressés identitaires, imposture identitaire, allégresse identitaire, retournement identitaire, enquête identitaire, mystère identitaire, incertitude identitaire, béance identitaire, vérité identitaire, chair identitaire, indétermination identitaire, flottement identitaire, oscillation identitaire, repli identitaire, trous identitaires, refondation identitaire, conservation identitaire, étiquetage identitaire, etc, etc, etc.

Citations

« (…) laquelle est la vraie n’était pas la bonne question (…) il vous est permis d’être les deux, c’est un droit et un pouvoir, une capacité et une puissance, et vous êtes les deux, pas moitié-moitié ou l’une puis l’autre en garde identitaire alternée mais à la fois pleinement française et pleinement yasige. Oui, vous avez le droit d’être plurielle, à bas les blocs uniformes, vive les matériaux composites, pourquoi choisir alors même qu’il est de notoriété publique que choisir c’est renoncer ? (…) double identité nationale (…) il convenait simplement de remplacer l’une OU l’autre par l’une ET l’autre. (…) vous, il y a une plante et deux pots et plein de racines dans tous les sens, vous êtes superposée, complexe et rhizomique, bizarre, libre et inclassable, vous n’êtes ni déracinée ni replantée, ni infidèle ni déloyale (…) vous vous affranchissez des clivages binaires (…) vous êtes queer de la nationalité. La classe. » (309-310)

« Au commencement, vous avez cherché à déterminer laquelle des deux filles était la vraie. L’une OU l’autre. Soit deux possibilités. Ensuite est apparue une troisième hypothèse, l’une ET l’autre. Mais vous avez oublié qu’il existait encore une autre option, une autre combinaison. A savoir que vous ne soyez NI l’une NI l’autre. » (658)

« Ni l’une ni l’autre. C’est encore trop simple. Plutôt un peu l’une, un peu l’autre, parfois l’une et l’autre, parfois aucune, en tous les cas là-bas toujours trop d’ici et ici toujours trop de là-bas. Identité à l’image de vos langues imparfaites, vous êtes tissée de deux moitiés idiomatiques, de deux verbes incomplets qui fonctionnent ensemble, qui dialogue continuellement (…). La solution s’impose rapidement. (…) Vous devez partir. Essayer ailleurs. Pour exporter votre bizarrerie. Vous extirper de l’éternelle alternative. Vous délester de la Lutringie. Vous délester de la Hongrie. Tenter d’être libre. D’être vous-même. (…) Que la seule voie praticable était l’ailleurs, le lointain. » (661)

« Devenir une terre d’immigration, quelle ascension géopolitique ce serait pour moyenne-patrie-chérie. » (500) (…) ce nouveau Mur c’est pour le plaisir, la jouissance d’être enfin, enfin du côté enviable, du côté gagnant, du côté occidental. Le désir, le plaisir, vous les comprenez. Mais n’y avait-il-pas d’autres moyens ? Le théâtre, la poésie, le cinéma ? Il y a quantité de façons de vivre ses fantasmes sans importuner le monde. » (504)

« (…) vous savez également (…) de quel bord politique sont ces gens, tous sans exception, ce qui ne fait qu’accroître votre malaise, non pas à cause des opinions qui ont cours ici (…) mais parce que cette homogénéité triomphante vous révulse, vous avez l’impression qu’il est interdit de penser certaines choses, des choses que vous ne penseriez probablement pas mais que par principe vous voudriez avoir le droit de penser. » (546)

« (…) la gare de l’Est est devenue un camp de réfugiés (…) Sidération, science-fiction (…) Ce n’est pas en cas de guerre qu’on supprime des trains ? Cela vous fige, vous vitrifie, vous tétanise, c’est si bizarre, anormal, fermer une gare, supprimer des trains, (…). » (596)

 » (…) deuxième génération. (…) Dans un cas il y a une fracture biographique. Un départ et une arrivée. Un avant et un après. Dans l’autre cas il n’y a que l’après (…) il n’y en a que pour l’exil et le déracinement, (…) qu’on passe à autre chose maintenant, au hasard à la situation des victimes collatérales, des enfants de l’ombre qui se sont retrouvés à grandir dans une bulle culturelle minoritaire, qui se sont tapé les hululements nostalgiques de leurs parents, qui une fois adultes sont pris en étau contraints de choisir entre l’os et le sol (…) » (241)

Nul homme n’est une île

NUL HOMME N’EST UNE ÎLE. Documentaire de Dominique Marchais, France, 2017, 96′

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« Nul Homme n’est une île est un voyage en Europe, de la Méditerranée aux Alpes, où l’on découvre des hommes et des femmes qui travaillent à faire vivre localement l’esprit de la démocratie et à produire le paysage du bon gouvernement.

Le local serait-il le dernier territoire de l’utopie ?

Des agriculteurs de la coopérative le Galline Felici en Sicile aux architectes, artisans et élus des Alpes suisses et du Voralberg en Autriche – tous font de la politique à partir de leur travail, plutôt de la politique leur travail – se pensent un destin commun.

«  Il fallait faire encore un pas et aller voir ce que pourrait être des gens qui s’émancipent. J’avais besoin de m’inspirer d’autres cultures politiques. Pour moi, mes deux premier films déconstruisent l’identité française. Le troisième, c’est comment on reconstruit une identité à un autre échelon, européen si on veut, ou même une identité sans territoire. Pas du tout l’idée d’un localisme enraciné.

Montrer, avec un peu d’ironie mais pas trop, que des suisses et des autrichiens opulents et des siciliens dans la mouise ont beaucoup plus en commun que ce qu’on pourrait croire. »

Dominique Marchais  Lien site distributeur

Beau projet glocal, transnational, qui se heurte encore à cette limite : le localisme, un glocalisme horizontal pour hommes blancs, éduqués et urbains ?

 

 

Voix off

Emmanuel Macron: « Je ne céderai rien à ceux qui prônent la haine »

« Le président français Emmanuel Macron a répliqué mercredi aux dirigeants hongrois et italien Viktor Orban et Matteo Salvini en affirmant qu’ils « ont raison » de le voir comme leur « opposant principal » en Europe sur le dossier des migrants.

« Je ne céderai rien aux nationalistes et à ceux qui prônent ce discours de haine. S’ils ont voulu voir en ma personne leur opposant principal, ils ont raison », a-t-il lancé, répondant à des journalistes mercredi au Danemark.

Un Conseil européen se tiendra le 20 septembre à Salzbourg sur le dossier migratoire qui fracture les 27. Selon Emmanuel Macron, il se structure une « opposition forte entre nationalistes et progressistes » en Europe. »

Article à lire sur RtsInfo.ch ici