Highlight : AS-SYRIA-TION

Insyriated
Film de Philippe Van Leeuw
2017

« Dans la Syrie en guerre, d’innombrables familles sont restées piégées par les bombardements. Parmi elles, une mère et ses enfants tiennent bon, cachés dans leur appartement. Courageusement, ils s’organisent au jour le jour pour continuer à vivre malgré les pénuries et le danger, et par solidarité, recueillent un couple de voisins et son nouveau-né. Tiraillés entre fuir et rester, ils font chaque jour face en gardant espoir. » Lien

Erasme. Trois moments d’Europe

Chapitre I. 1936. Rêve d’Europe

« L’Europe est coincée entre fascistes et démocrates, comme jadis entre catholiques et protestants. Erasme s’est posté entre les fronts. Pour rassembler. Nous, qui croyons en l’Europe, rappelons-nous ce premier Européen, ce pacifiste enthousiaste. Même s’il a échoué.« 

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« Je crois en une Europe libre. Je crois que frontières et passeports appartiendront un jour au passé. Mais je doute que nous puissions le voir. Mon pessimisme sur l’avenir proche, hélas, a toujours été justifié. Mon seul espoir repose sur ces grands mouvements qui traversent les siècles. Pour moi et aussi, hélas, pour vous, ils viendront trop tard. »

Stefan Zweig – Buenos Aires, septembre 1936

Adieu à l’Europe et… à la vie

« Avant de quitter la vie de mon propre gré et l’esprit clair, je me sens tenu de remplir un dernier devoir : remercier sincèrement le Brésil, ce merveilleux pays qui a offert une halte si hospitalière à mon travail et à ma personne. Chaque jour, j’ai appris à aimer un peu plus ce pays, que j’aurais préféré à tout autre pour reconstruire une nouvelle vie après que j’aie vu disparaître le monde de ma propre langue et ma patrie spirituelle, l’Europe, se détruire elle-même. Mais passé soixante ans, il eut fallut des forces exceptionnelles pour tout recommencer et les miennes, après ces longues années d’errance apatride, sont épuisées. Je crois donc qu’il vaut mieux, pendant qu’il est temps, et la tête haute, mettre un terme à une vie où le travail de l’esprit fut la plus grande joie et la liberté personnelle la plus haute valeur en ce monde. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir l’aurore après la longue nuit ! Trop impatient que je suis, je les devance. »

Stefan Zweig – Petropolis, 22 février 1942

Chapitre II. 2002. Hymne à l’Europe

Rappelez-vous, en 2002 sortait L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, l’hymne de la Génération Erasmus. Ere de la mobilité triomphante et de la foi en une Europe multiculturelle. affiche

«Les inscriptions en Erasmus ont doublé après L’Auberge espagnole»

Depuis sa création, 5 millions de jeunes Européens ont bénéficié du programme. Et ils ont donné naissance à plein de bébés Erasmus ;-).

Chapitre III. 2016. Europe malade

L’Europe au seuil de changements sociaux et économiques. Gros plan sur les opinions et le désenchantement de quatre couples, sur leurs luttes quotidiennes, leurs combats, les enfants, le sexe et la passion. Un film sur la politique de l’amour. Séville, Tallinn, Dublin, Thessalonique: Europe, she loves. Lien distributeur

MV5BMTU1Nzk2Nzg1NF5BMl5BanBnXkFtZTgwMjI3NjIwODE@._V1_Et demain ?

Crise idéologique, tendance localiste et ancrage des nationalismes… Une Europe à réinventer !

Les autres, que sont-ils devenus ? Ont-ils toujours foi en cette Europe qui a scellé notre amitié ou sont-ils sensibles au climat de repli ?

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Le programme Erasmus a 30 ans. Les premiers étudiants à en avoir bénéficié ont autour de 50 ans. Hier, ils étaient cette nouvelle jeunesse européenne, unifiée par le programme d’échanges. Que sont-ils devenus ? Qu’ont-ils gardé de l’esprit d’Erasmus ? Pour Sébastien Legay, l’immersion a eu lieu à Amsterdam, en 1992. Il vivait dans un appartement avec 17 colocataires, qu’il a entrepris de retrouver. (Infrarouge – France 2 – 2017 – 52′)

On ne tombe pas amoureux d’un marché unique. Il faut avoir un aspect qui permette aux citoyens et aux citoyennes de s’identifier beaucoup plus avec l’Europe.

Alain Smith – Premier directeur du bureau Erasmus

On voulait inventer cette Europe qui fait que les gens se connaissent, que les gens puissent communiquer entre eux, et puissent à partir de là concevoir une Europe qui leur appartienne.

Albert Prévos – Fondateur de l’agence Erasmus France

Dans le joyeux documentaire de Sébastien Legay, on croise aussi un jeune anglais qui a voté en faveur du Brexit sans y voir de contradiction avec son échange imminent. Il a voté pour que change cet « énorme corps inconnu« , cette « union très économique » et ne voit pas d’incompatibilité entre Brexit et Erasmus, convaincu que le programme d’échanges restera toujours ouvert aux Britanniques. Quentin, jeune français qui bien qu’il respecte ces arguments regrette « de remettre des barrières alors qu’on a réussi à créer quelque chose de grand » et redoute que les prochaines générations ne puissent être aussi ouvertes, « Et ça, ça fait peur« .

Il y est aussi question du caractère élitiste du programme, argument défendu par le Secrétaire général du parti Podemos Espagne, qui a en son temps bénéficié pour compléter les aides publiques et la bourse Erasmus, du soutien financier d’un père inspecteur du travail et d’une mère avocate. Une vision loin de l’expérience du réalisateur, qui donnait des cours de français pour compléter sa bourse et n’a lui pas connu cette soi-disant bulle élitiste.

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis – La Génération Erasmus et la crise

L’Europe de NOS Voi(es)x…

Dans quelques mois l’Europe se mobilisera pour sa grande échéance. Déjà des campagnes venues d’ailleurs se partagent la vedette avec des programmes disons plus gourmands…

Leurs Mots…

« Ca va être une véritable bataille radicale très claire entre deux visions assez polarisées d’ailleurs de ce qu’est l’avenir de l’Europe et je pense que c’est aussi au-delà de ça une véritable bataille qui est menée pour l’âme de ce qu’est l’Occident. Je crois que il y a une rupture par rapport à la vision progressiste des trente ou quarante dernières années, au multiculturalisme et que l’instant le mouvement est vraiment populiste, il est en rupture par rapport à ça. Et le mouvement populiste c’est le cri du peuple qui ne veut pas mourir. Et notre mission à nous, nous pensons être vraiment le porte-parole de l’homme de la rue. Je veux dire de l’homme ordinaire qui a été alors beaucoup de décisions ont été prises sans tenir compte de lui sans prendre en compte ses intérêts, par des élites un peu hors-sol je les connais bien j’en ai fait partie. » (…)

« Je vois et je comprends combien l’homme ordinaire a été le grand oublié et le grand méprisé de ces élites qu’on connaît très bien on les a fréquentées, on en a fait partie. Quand vous faites partie des élites vous êtes dans le monde du haut, vous êtes dans les avions, vous êtes dans les hôtels, je veux dire vous êtes dans les quartiers sécurisés, votre expérience du multiculturalisme elle est impeccable.

Mais quand vous êtes l’homme ordinaire ben vous vous coltez si je puis dire les gens nettement moins éduqués ou qui ont des visions totalement différentes et ça si vous faites partie des élites vous pouvez pas le capter. Croyez-moi vous ne pouvez pas le capter. C’est le peuple qui est en train de se réveiller et qui a dit vous avez pris des positions des attitudes des politiques contraires à mes intérêts; vous m’avez forcé à vivre avec des gens avec qui je ne voulais pas vivre, faut être très clair hein; vous m’avez mis en concurrence pour parler d’économie vous avez laisser venir faire des produits de Chine hein euh et faire en sorte que quand je vois dans les villes de France souvent y’a la petite industrie souvent qui structurait la moindre commune etc. et je vois et souvent la plupart quand on passe en France profonde elles sont abandonnées souvent et avec des commerces fermés etc. donc vous avez abandonné cette France profonde voire vous avez pris des décisions à Bruxelles qui font que tout d’un coup pour prendre un exemple le camionneur belge ou français qui fait du transport international se retrouve tout d’un coup en concurrence avec le Roumain ou le Bulgare qui travaille pour le quart du prix.

Vous avez pris ces décisions contraires à tous mes intérêts en projetant au chômage des millions de personnes et bien cette démocratie ce peuple il est en train de réagir de reprendre les choses en main. C’est ça l’instant populiste. Et il est partout dans le monde, les peuples n’acceptent plus ce diktat du politiquement correct de certaines élites d’une partie des médias tout ça est en train d’exploser. C’est l’ancien monde cet ordre libéral-progressiste, libre-échangiste, politiquement correct qui est en train d’être remis en cause et c’est un point de rupture je pense dans l’histoire de l’Occident ce qui est en train de se passer. »

Mischaël Modrikamen, Parti populaire belge… et « parti » d’une grande bourgeoisie politique. Donc lui c’est le peuple, et me je suis quoi ??? Exclue de cette belle « communauté » parce que j’aime les gens et que je crois en NOUS ? Pourquoi récupère-t-il NOTRE cri ? Pourquoi parle-t-il pour NOUS ? Pourquoi devrait-il y avoir deux NOUS,  définis par notre rapport à la Mobilité ? Le peuple c’est quoi c’est qui ?

« Steve Bannon : l’Europe dans le viseur »

Steve Bannon & Friends, du hauts de leurs perchoirs, inventent un monde où populaire ne rime qu’avec colère(s)…

(Extraits : France Culture – Grand Reportage, Vendredi 19 octobre 2018 Lien)

Même échéance, autre projet, avec Bons baisers d’Europe, une émission de Stéphane Bern qui joue la carte de la gaie mobilité…

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Ou avec Metropolis (Arte) et ses portraits de métropoles européennes face à leur destin. Exemple avec la progressiste Varsovie qui lutte dans une Pologne en repli.

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Dossiers, rencontres et entretiens, Metropolis explore l’actualité artistique et intellectuelle en Europe.

Nos Vies, nos voies

Bastion libéral et métropole dynamique, Varsovie, capitale économique mais aussi  capitale politique entre les mains du gouvernement national-populiste et du parti ultraconservateur au pouvoir. Metropolis est allé à la rencontre d’artistes installés dans la capitale polonaise pour deviner, entre ouverture et traditionalisme, quelle voie pourrait prendre ce bastion de la liberté.
Parmi eux, Karolina Czarnecka , comédienne, femme et progressiste, venue de l’est du pays il y a six ans. Une région d’origine où beaucoup de gens sont favorables au gouvernement, notamment grâce aux aides financières qui encouragent la natalité et le confinement des femmes au foyer.
« Je viens moi-même d’une région très conservatrice de la Pologne. Mais ma conviction c’est qu’il y a des droits et des libertés qui doivent s’appliquer à tous. Peu importe leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur orientation sexuelle ou le lieu d’où ils viennent. »
Karolina assiste avec tristesse à la croissante division de sa société. Une division qui la déchire entre ses racines et ses ailes.
« Je souhaite que les vieux modèles conventionnels disparaissent et que quelque chose de nouveau se crée. Moi-même, je suis arrivée ici pour réaliser mes rêves. Dans ce magnifique monde de Varsovie où tant de choses se passent. Et pas seulement du point de vue culturel. Je suis sûre que la liberté à laquelle j’aspire comptera toujours pour moi. Et je la défendrai toujours. »
Karolina veut continuer à rêver. Et pour l’instant Varsovie le lui rend bien, la résistante ayant majoritairement opté pour la route de l’ouverture et de la communauté européenne aux dernières élections communales.
(Extrait : WESTEND FILM & TV PRODUKTION GmbH / ZDF, Michael Ames /Allemagne/2018 A voir sur Arte)

Fruit d’une Mobilité infra- ou trans-nationale, Karolina c’est Nous. Une génération dont le seul crime est d’avoir suivi le Mouvement, d’avoir voulu rendre fiers nos parents en se bougeant. Alors n’allez pas croire, surtout à l’heure où la mini-communauté redevient super trendy, qu’il y ait division entre eux et nous, pas plus qu’une rupture consommée avec notre enfance, nos régions ou pays d’origine, avec l’autre moitié de nous.

IL N’Y A PAS DE DIVISION. Que de la FABRICATION, de nous, de la division… Alors arrêtons de gaspiller toute cette énergie à crier un monde fantasmé et employons-nous plutôt à améliorer celui qu’on a. Puisqu’il n’est d’AUTHENTICITÉ que dans le présent, ça va de soi.

Le Mot d’ordre : Réconciliation. Période de transition. Monde et époques mélangés. Bazar. Degré maximum de complexité. Le programme : stop au chagrin, on se met en marche et on milite sans relâche pour les Deux Maisons. On FABRIQUE un monde qui métisse c(s)es deux moitiés !

En attendant, les fêtes arrivent à point nommé. Il est temps de retrouver nos foyers, nos familles, nos racines, il est temps de célébrer.

Et Monsieur Bannon, vous feriez bien d’en faire autant au lieu de vous incruster chez nous, de nous imposer, d’importer votre modèle. Vous qui criez tant le chacun chez lui et n’hésitez pas à fustiger l’importation des cultures d’autrui… Un peu de cohérence merci ;-).

 

 

 

Glocalisation. Variation sur un thème

Et si les variations (g)locales de la mondialisation n’étaient pas tangibles ? une substance, la poésie, certains diraient l’âme particulière du lieu, de la langue, de la culture qu’impregnent et dont sont imprégnés les habitants, de passage ou ancrés. Une âme qui dans les Villes-Monde résulte du mixage de tous les lieux que tous les ajoutés ont emporté et fait circuler.

L’uniformisation est un mythe. L’uniformisation est utilitaire, juste une passerelle aux codes partagés : une langue, quelques gratte-ciels, quelques enseignes en commun pour se tendre la main.

A côté des possibilités infinies, à côté se recréé toujours quelque chose de singulier. Pour autant qu’on accepte l’authenticité du moment, qu’on ne s’acharne pas à figer, à entraver le mouvement organique de la vie, le flux de l’Histoire qui s’écoule et s’écrit… la constante recomposition du même chant.

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis – Babel Éloge à la Ville-Monde

 

Nation & Division. Mythe romanesque à échelle multiple

Le démantèlement d’une fédération de nations qui a donné son nom à un processus de division –> un « choc des civilisations » érigé dans ce contexte de balkanisation —> une lente macération —> un processus de démondialisation idéologico-identitaire dans le vent… Et si tout ceci s’était un peu joué aussi à l’Hotel Jugoslavija ?

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Un documentaire de Nicolas Wagnières, 2017

« L’Hotel Jugoslavija, bâtiment mythique construit au début des années 70 à Novi Belgrade en Yougoslavie, a été un symbole et un témoin des différents moments qui ont façonné l’ex-Yougoslavie : de Tito à Milosevic ; du socialisme au nationalisme, des bombardements de l’OTAN au libéralisme corrompu. Aujourd’hui il hante toujours le paysage belgradois comme un miroir tendu à une Serbie en quête de nouveaux repères.
En proposant un voyage à travers les époques et les espaces de ce bâtiment, le réalisateur – d’origine yougoslave par sa mère mais né et ayant vécu en Suisse – crée un espace-temps singulier d’où émergent une forme d’inconscient collectif ainsi qu’une part de sa propre identité. »  Lien

Effondrement d’une nation, nouveaux mythes et mondialisation de la nostalgie

La Yougoslavie, littéralement pays des Slaves du Sud, indifféremment de leur ethnie ou de leur religion. Fédération de nationS. Pays qui a choisi d’élever son mythe à cette échelle-là.

Balkanisation, Huntington et… aujourd’hui. La démulticulturalisation ambiante, résultat d’un mythe (choc des civilisations) qui s’appuie sur un mythe qui se fonde sur un mythe (nation). Le monde n’est que construction. Mythologie, récit, idéologies… Tout s’invente et tout s’écrit.

Et le lieu dans tout ça ? le contenant, la page où peut s’ancrer, s’incarner le mythe.

La Yougoslavie n’est plus mais l’Hôtel Jugolavija est toujours là

« J’ai eu enfant le passeport yougoslave. Je porte l’étrange nostalgie d’un pays où je n’ai jamais vécu. Comme le lieu mythologique d’une origine, d’un royaume perdu. Quelque chose qu’on ne retrouvera jamais, et qui pourtant nous constitue. »

« Ce pays n’a-t-il existé que de manière artificielle ? N’a-t-il existé que parce qu’il est sorti du bloc soviétique ? N’a-t-il existé que par l’autoritarisme et l’opportunisme de son président ? Son art de s’adapter aux circonstances ? N’a-t-il existé que parce que le monde se divisait en deux ? N’y avait-il vraiment rien de bon à hériter de cette Yougoslavie ? »

Comment croire ? Et en quoi croire aujourd’hui ?

Si le réalisateur voudrait encore croire à un idéal socialiste, au-delà des puissants qui l’ont porté, un de ses interlocuteurs, lui, n’y a guère jamais cru …

« Même avant, je ne croyais pas au communisme. (…) il y avait toujours la notion de propriété étatique, nous l’appelions « sociale » et de propriété individuelle. Et dans ce conflit, l’intérêt personnel l’emportait toujours. Si on pouvait profiter du système, comme on dit, on le faisait volontiers. Personne n’est parfait, il n’existe pas de système idéal. Et…

… cette société autogestionnaire était conçue sur un idéal, comme si propriété privée et sociale pouvaient être mises au même niveau. Mais c’est impossible, le « moi » passera toujours avant le reste. Et c’est pour ça que ça n’a pas marché. »

A méditer…

 

Demeurer ou Partir, pourquoi choisir ?

L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson et le professeur de philosophie François-Xavier Bellamy se donnent la Réplique sur France Culture et se mettent d’accord pour réconcilier ancrage et mouvement, option locale et globale…

« L’un célèbre les vertus de l’immobilité, l’autre ne tient pas en place. Mais est-ce à dire que l’expérience et la vision du monde de François-Xavier Bellamy, philosophe, et de Sylvain Tesson, écrivain qui a consacré sa vie au voyage, s’opposent radicalement ? Pas si sûr ! »

« Demeure » pour François-Xavier Bellamy, est à la fois un substantif et un verbe à l’impératif – l’invité d’Alain Finkielkraut dit « une invitation ». Il en a fait l’emblème de son livre paru à l’automne pour répondre à « la frénésie de mouvement » de l’époque, « ou plutôt le fait que le mouvement y soit devenu à soi seul un but ».

Sylvain Tesson, lui, répond de son itinérance perpétuelle et vagabonde par sa vie. Mais n’en fait pas prophétie et encore moins proposition politique : 

J’ai fondé ma vie sur un mouvement et je voue au mouvement physique, musculaire, un amour autour duquel j’ai organisé ma vie. Mais ce qui serait faux, ce serait d’imaginer que je me sois livré au cours des vingt dernières années, à une proposition théorique à un appel au mouvement comme modalité d’organisation des sociétés. Pour moi le mouvement n’est sûrement pas une option politique. »    Lien vers Répliques, France Culture

 

 

 

 

Enjeu de Mobilité ?

Nomades vs Sédentaires, Mobiles vs Ancrés… Avec la Mondialisation le capital géographique a supplanté le capital financier. A l’heure du trumpisme, du Brexit et des Gilets jaunes, la réconciliation des « Somewhere » et des « Anywhere » n’est plus une option… En Route vers une hybridation du Territoire et du Réseau !

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« Several decades of greater economic and cultural openness in the West have not benefited all our citizens. Among those who have been left behind, a populist politics of culture and identity has successfully challenged the traditional politics of Left and Right, creating a new division: between the mobile ‘achieved’ identity of the people from Anywhere, and the marginalised, roots-based identity of the people from Somewhere. This schism accounts for the Brexit vote, the election of Donald Trump, the decline of the centre-left, and the rise of populism across Europe.

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David Goodhart’s compelling investigation of the new global politics reveals how the Somewhere backlash is a democratic response to the dominance of Anywhere interests, in everything from mass higher education to mass immigration. »

Lien

 

 

 

Retour sur… Le Projet Cosmopolis Cohabitations dans le Monde mobile. Un Récit en 4 temps

Le temps 4 est celui de la Réconciliation du Territoire et du Réseau, le temps de l’ordre dans le chaos et du métissage dans l’ordre. Le temps de l’équilibre entre ancrage et mouvement.

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis L’État, cette grosse bête malade et acculée

Voix off. L’île & l’enclave

25 novembre 2018. L’isolation de la Grande-Bretagne est entérinée au parlement européen. Côté suisse, la pente isolationniste amorcée l’historique 9 février 2014 est enterrée. Ses fruits ? De la peur, du bruit et du vent… Précurseurs, les citoyens enclavés ont voulu, vu, et en sont revenus. Vive l’eau tiède, le consensus et la démocratie. CQFD.

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« L’initiative de l’UDC pour « Le droit suisse au lieu de juges étrangers », généralement appelée « initiative pour l’autodétermination », a été rejetée dimanche par tous les cantons et par 66,25% des votants. »

« A l’heure en effet où les nationalismes soufflent sur la planète c’est une signal important. La Suisse au fond a dit ce soir d’une certaine manière qu’elle ne souhaitait pas fermer la porte. »

Bernard Rappaz, rédacteur en chef Actualité RTS

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« Les dirigeants européens ont approuvé dimanche lors d’un sommet spécial à Bruxelles un accord historique sur le retrait du Royaume-Uni de l’UE. Retrait qualifié de « tragédie » par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. »
Source carte et textes RTS.ch

Le Projet Cosmopolis. 3 ans déjà…

22 novembre 2015 – 22 novembre 2018. Alors quelle route le voyage a-t-il pris ? Retour sur la fin d’une aventure. Trois ans déjà… Morceaux choisis.

22 novembre 2015. L’épilogue de la Mobilité

Nous sommes arrivés au terme de ce voyage. L’occasion de faire le point sur l’état du Monde mobile, de revenir sur mes errances en Villes-Monde ainsi que sur quelques vieilles connaissances dont on a parlé durant cette réflexion.

Épilogue des voyages urbains

Je suis partie faire l’autopsie, sonder l’état de la mondialisation dans les Villes-Monde. Je suis partie errer pour ramener bribes et échos du monde mobile. Et j’ai pu constater que le monde mobile se porte mieux sur le bitume que dans les discours. J’ai découvert que le monde n’était pas si hostile. Que le monde médiatique interconnecté était en décalage avec mon expérience vécue. Que le monde interconnecté anxiogène est la somme de micro-événements épars et indépendants, réunis dans une réalité virtuelle, déconnectée de nos micro-territoires du quotidien pris indépendamment. Que l’échec annoncé du Vivre ensemble s’apparente davantage (…)

(…) Les Villes-Monde ressemblent à des bricolages géants, grâce à l’empreinte laissée par les populations qui les traversent inlassablement. Des populations hybrides qui bâtissent des villes hybrides. Dans les Villes-Monde j’ai appris qu’on n’est jamais définis par là d’où l’on vient, mais nourris de là où on vient. Et qu’on enrichit les lieux où on passe.

J’étais aussi partie à la recherche de la Cosmopolis, la cité capable d’abriter et de faire cohabiter un échantillon du Monde. (…)

Été 2015. La crise des migrants

La fin du voyage ? Pas pour le monde assurément. Les forces de repli ont paradoxalement mis ce dernier en mouvement, avec une cadence plus égalée depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Plus le monde se referme, plus il va créer des réfugiés. Balkanisation, démondialisation et grand exode. À l’heure où le monde se referme, on assiste pas si paradoxalement à un déplacement de populations sans précédent. Après les migrants de la colonisation, les migrants de la décolonisation, les migrants de la mondialisation, voici venus les migrants de la démondialisation. Quatorze ans après le choc des civilisations.

Ainsi le printemps-été 2015 aura été marqué par la désormais tristement célèbre « crise des migrants ». Sur visibilité de la mobilité. Sur focalisation sur les hordes invasives. Scènes d’applaudissements, de trains, coups de pieds et barbelés. Images qui jouent sur l’émotion. Et l’autre reste toujours l’autre. On le prend en grippe ou en pitié, on ne le considère jamais à égalité. Et comment pourrait-il en être autrement, dans un monde qui a tendance à dramatiser la mobilité. Où celui qui bouge pour se protéger ou simplement pour un aller-retour n’a droit qu’à un aller simple. N’a le choix qu’entre un statut de sans-papiers ou de réfugié. Le choix entre n’être plus de nulle part ou renoncer définitivement à là-bas. Il est temps de fluidifier nos visions de la mobilité, et de proposer des voies médianes, des solutions adaptées au monde mobile. Envisager d’autres choix que l’aller sans retour. (…)

A la fin de l’été, migrants et tracteurs convergent vers Paris. Monde perdu et régions en colère. Régions mises au ban de la mondialisation et migrants de la démondialisation. (…) Il y a de la place sur le territoire, y’en-a-t-il dans la territorialité ? La rencontre migrants de la démondialisation – marges de la mondialisation  pourrait-elle fonctionner ?

(…) Les États doivent se remondialiser globalement, pour offrir une réponse globale aux migrants de la démondialisation. Aucun État ne peut régler la question seul. Aucun État ne peut endosser la mission de régler le sort des persécutés d’un autre État ou de ceux qui fuient la balkanisation civilisationnelle.

Les nations paniquent. Mais il ne faut blâmer ni ceux qui réclament juste leur droit au mouvement, ni ceux à qui on a tellement rabattu qu’ils étaient finis, en déclin, qu’ils l’ont maintenant intégré et voudraient désormais juste qu’on les laisse décliner tranquillement. La peur de l’engloutissement est tout aussi viscérale que le mouvement est organique. Si on peut travailler sur les manifestations de la première, on peut organiser le deuxième avec fluidité. (…)

L’Europe

En attendant, L’Europe a peut-être une carte à jouer. (…) Je me suis souvenue d’un article d’Amin Ash (2004) qui posait la question de l’identité européenne et proposait qu’elle soit définie par deux notions : hospitalité et mutualité. Une Europe où ceux qui sont accueillis avec empathie s’engageraient ensemble pour construire a « common public sphere », un espace sans identité culturelle prédéfinie mais sans cesse renégociée, selon un principe de mutualité. L’essence de l’européanité pourrait être définie par « a certain ethos, one of empathy for the stranger and of becoming through interaction, supported by a framework of rights that draws upon elements of European political philosophy » (13). (…)

L’État, le Marché, l’Identité

(…) la question de l’état de l’État au moment où je m’apprête à clore la réflexion. Quelle évolution idéologique ? Gauche libérale ou  gauche souverainiste ? Réconciliation des nationalistes et des transnationalistes ? Les gouvernants progressistes ont peur de l’avenir. Pour se maintenir ils doivent laisser vivre et s’accumuler les identités. Laisser les citoyens, qui ont besoin à la fois de racines et d’ailes, de cadre et d’horizons, être à la fois bien en campagne et bien en ville, à la fois patriotes et globaux. Pour que Nation et État soient un peu moins fragiles. Dernièrement, en sus du goût pour le monde et la région, les citoyens semblent également réinvestir l’échelle identitaire nationale (…)

(…) Poursuivre la mondialisation sous d’autres formes, mission de la génération mondialisation ? Cette génération qui ne veut plus de cette mondialisation synonyme d’excès du capitalisme et de la finance. Mais qui n’est pas prête pour autant à rester chez elle ou faire rentrer à la maison.

En fait cette crise économique est plus largement liée à une crise identitaire. Et prend souvent la forme de revendications identitaires. Cet automne un million et demi de Catalans défilent pour leur sécession, mais dans le même temps ont lieu les assises du « Made in France ». Et si Régions en sécession et micro-nations voulaient prendre de distance avec la nation non pas uniquement pour se replier culturellement, mais pour mieux s’inclure dans la mondialisation, sortir du territoire pour mieux entrer dans le réseau ?(…)

Épilogue du voyage réflexif

Il est temps de faire le bilan d’un an de voyages et de rédaction. Après avoir beaucoup transité entre les mondes théoriques, urbains, littéraires, et les Mots des autres, je vais laisser mon cerveau faire une escale. (…)

J’ai vécu une année d’ascenseur émotionnel. Tantôt encouragée par un sourire, tantôt déprimée par le repli. J’ai oscillé entre de nombreux états émotionnels. J’ai connu des moments de panique et des moments de plénitude. J’ai été exaltée, écœurée, obsédée, fatiguée. (…)

Ce projet s’est nourri et a vécu du mouvement. Mais comment écrire en vol, terminer un travail comme celui-là ? On ne fige pas plus une réflexion qu’on ne fige le monde… Ma réflexion, pensée nomade, incapable de se fixer, toujours en mouvement, butine et devient folle.

(…) L’envie souvent de ne pas se contenter de décrire le monde tel qu’il est mais tel qu’il pourrait être. Tout en regardant le monde bien en face. Et en l’observant, j’ai le sentiment que le monde cherche son désaccord harmonieux. Il cherche à passer de la mosaïque au jazz. A atteindre sa phase de résilience. La résilience. Remède pour les maux incurables du passé, solution qu’on a inventée de mieux jusqu’ici. Remède à utiliser sans modération. (…)

Et j’ai vécu un été étouffant. Il a fallu traverser la canicule et la crise des migrants. J’en suis arrivée à me demander si avec les milliooooooons d’ajoutés annoncés tout ce que j’avais préalablement dit sur la cohabitation était désormais à jeter. Oui on a manqué d’air cet été. Entre l’asphyxie due à une masse d’air qui a oublié de circuler et l’asphyxie annoncée à cause de ceux dont on disait qu’ils circulaient trop et dans la même direction, et viendraient saturer encore un peu plus l’air si jamais on les laissait faire… Personnellement, je n’ai pas été concernée par un surplus de présence. Car durant cette année, j’ai aussi connu la plénitude de la solitude (…)

Au final le Projet Cosmopolis a évolué vers une ode à l’hybridité (…)

Novembre 2015… « État » d’urgence

Je crois que la conviction la plus ancrée que j’ai acquise durant cette année c’est que notre monde ne forme qu’un. On vit dans un monde globalisé et interconnecté. Où les événements globaux prennent souvent plus de place que les réalités locales. Et globalement, on dit de ce monde qu’il est en guerre. Guerre contre la mobilité pour les uns. Guerre contre la vie pour quelques-uns. Guerre contre ceux qui sont contre la vie enfin. Cette bataille-là ne se gagnera pas si on croit aux vertus de la fermeture et souscrit au choc des civilisations. La meilleure des armes, c’est d’avoir quelque chose de solide à opposer idéologiquement. Renverser le mouvement, réhabiliter le mouvement. (…)

(…) Dans les Villes-Monde, j’ai constaté que les citoyens se regroupaient souvent en aires culturelles. Oui les transnations culturelles existent. Pas la guerre des civilisations. Les civilisations existent. Et elles sont faites pour se rencontrer. Voilà pourquoi elles prennent la route, elles prennent le chemin de l’exil. Voilà pourquoi pour répondre à la barbarie elles allument ensemble des bougies.

Ce projet a commencé par une recherche académique pour s’interroger sur le futur sort de l’État dans un monde transnational. (…)  non l’État ne disparaîtra pas. Maintenant que l’État a rassuré sa nation en lui montrant qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour la protéger, qu’il a réaffirmé son utilité, et qu’il la fait sans diviser, donnant au sentiment national un nouvel élan, maintenant que le patriotisme devient tendance et n’est plus considéré comme réac’, maintenant que l’État n’est plus en danger, il est temps de rouvrir les portes. L’État et la nation doivent rouvrir les portes ensemble, même si le chantier est immense, même si ça prendra du temps. Aujourd’hui la peur domine, et c’est compréhensible. Elle vient clore un long processus de fermeture. Elle en est son terrifiant résultat. (…) Cette réflexion est une réponse plus généralement à tous ceux qui souscrivent à la funeste ineptie du choc des civilisations. Le choc des civilisations n’existe pas ! La guerre d’aujourd’hui ne le corrobore pas. Elle n’est que le résultat d’une prophétie auto-réalisatrice et de dynamiques géopolitiques anciennes et très concrètes. Le résultat d’une double récupération. Récupération par des politiques opportunistes puis re-récupération par des fous qui ont donné raison aux arguments des premiers et les ont retournés pour semer la mort.

(…) l’authenticité. Ce qui est pur c’est ce qui est vrai. Ce qui est vrai, c’est ce qui subit les influences de son environnement. Ce qui est vrai c’est ce qui est là aujourd’hui.

Ce qu’il y a à opposer, c’est la gourmandise contre l’austérité. Le vivre ensemble banalisé contre le fanatisme. Plus de gens, plus d’identités, plus de mobilité, plus de vie, plus de chaos, plus de bruit, et surtout plus de complexité. Et la confiance dans le fait qu’il ne faut pas craindre les flux, car le gros corps vivant finit toujours pas s’équilibrer.

Il est temps de banaliser, dédramatiser, déhiérarchiser les mobilités. Prendre conscience de notre interdépendance et de celle de nos mouvements. L’homme qui bouge c’est nous tous. L’homme aux multiples identités, c’est nous tous. Il y a un « nous ».

A défaut d’avoir encouragé les identités transnationales, on écope d’une guerre transnationale. (…) Il faut remondialiser le monde pour qu’il n’y ait pas seulement la guerre qui soit « ici, là-bas et ailleurs »….

Je regardais des enfants jouer dans le parc l’autre jour et je me disais qu’ils ne connaîtraient peut-être pas le monde que j’ai connu. Plaider pour un monde en mouvement implique-t-il d’en accepter ses contre-mouvements ? Je ne puis m’y résoudre. Leur droit au monde se limitera-t-il à l’espace virtuel et à des voyages tout aussi virtuels ? A des balades dans des parcs d’attractions sécurisés composés de morceaux de monde importés et figés eux aussi ?

La fin du monde mobile ? Aujourd’hui on parle de guerre, aujourd’hui les frontières se referment. Un nouveau cap a été franchi. Le choix d’un mot aussi. En cette semaine de conclusion, j’ai essayé d’aller me noyer dans les lieux bondés et emplis de chahuts adolescents, et d’oublier la télé. Eteint ma télé pour que cette conclusion ne soit pas trop empreinte d’émotions. Mais on n’échappe pas aux informations. Et par bribes, j’ai vu des jeunes prêts à s’engager dans l’armée. Alors que la réponse c’est de changer notre société pas de grossir nos armées… Intégrer toute la société, pas intégrer l’armée ! J’ai vu que Schengen faisait une pause, un mouvement de fermeture qui vient clore celui amorcé durant la crise des migrants. J’ai entendu que les États-Unis  demanderont désormais des visas aux ressortissants européens. Mais cette semaine a aussi rimé avec gardes-frontières qui ont fait leur réapparition devant ma maison. Rassemblements interdits. Gens priés de se barricader. Pause dans l’accueil des Syriens. En temps de guerre, la première chose qui s’arrête c’est la mobilité. Silence glaçant.

Situation d’exception. État d’urgence = oubliez tout ce que je vous ai dit, rendu caduque et remplacé par une seule réalité, simple et lisible pour le coup, la guerre ? A court d’arguments. J’ai désormais le sentiment de vous avoir parlé d’un temps d’avant, d’un temps déjà révolu. D’un temps démenti par une récente actualité. L’impression de n’avoir rien à vous dire sur ce qui est en train d’arriver. Prochainement le monde mobile lumineux va être occulté, une grande place va être réservée à stopper la mobilité de la tyrannie d’une minorité. Mise en suspens de la réflexion, adhésion totale à notre protection. Je n’ai rien de plus à dire sur ce monde-là. Si ce n’est que le monde de tous les autres, de la majorité de ceux qui veulent vivre ensemble, continue à exister. J’espère qu’on parlera d’eux aussi. Beaucoup.

J’ai l’espoir que ce flux-là ne s’ancre pas. Pour que les autres flux reprennent, sinon on va étouffer. En attendant, pour renverser la tendance, il faut mettre le holà non pas au mouvement mais à la quête illusoire de pureté et d’authenticité. (…)  la vraie pureté, la seule authenticité authentique, c’est le monde qui change et se brasse naturellement.

J’aurais tellement souhaité d’autres conclusions. Après plus d’un an de labeur acharné, la rédaction de cette conclusion aurait dû être un moment de joie. Or la tristesse ne semble pas décidée à me quitter. Car même l’émotion de la première semaine passée, elle perdure face au constat de l’état du monde, qui s’est bien trop démobilisé à mon goût. Ma génération est quand même passée de Génération Erasmus à Génération Bataclan De la génération mobilité à la génération qu’on cherche à éliminer… Avons-nous manqué l’occasion de nous réconcilier ? De construire le monde post-moderne que je vous ai rabâché, tant vanté ? En fait peut-être que la violence des attaques prouve justement qu’on était sur la bonne route. Pour vivre ensemble, il faut commencer par « désethniciser » les questions sociales. Pour garder le monde ouvert il faut aussi responsabiliser le grand marché, pour pouvoir continuer à commercer, échanger et se mélanger. Pour vivre ensemble et garder le monde ouvert, il faut enterrer pour de bon la théorie du choc des civilisations.

Je vous laisse ici en ce 22 novembre, avec le secret espoir de pouvoir revenir dans quelques années vous proposer de refaire le chemin inverse. Celui qui mènera de la démondialisation à la remondialisation identitaire.

On m’a toujours dit que j’étais une rêveuse. S’il vous plaît, rêvez avec moi.

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Péché glocal

Mea culpa mea culpa mea culpa mais je rêve de ça moi souvent…

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Et davantage encore en période d’assignation prolongée…

Sorry sorry sorry pour cette entorse à l’idéologie localiste en vogue mais le Mouvement est ancré en moi. C’est irrésistible, je ne pourrai jamais me passer de ça là.

De me passer du Monde et de ces espaces neutres où on le croise. 

De ces non-lieux où la poésie peut éclore inopinément de la lumière blafarde des néons.

De ces moments brumeux propices à la rêverie vu l’heure à laquelle souvent on s’est levés.

De ces moments où on se laisse embarquer à inventer ces vies en transit.

De ces escales d’où je reviendrai plus ouverte plus courageuse peut-être mieux chez moi sûrement, plus complète assurément. De ces ailleurs qui m’auront nourrie.

De ces instants suspendus où on peut être flottants à soi-même.

Alors oui mea culpa pour mon péché mignon (avec les sushis un peu aussi… et le chocolat qui vient de loin forcément).

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La Gazette Avril 2018. Chronique d’une gentrification

Genève ma cité-monde souvent étonnante, toujours inspirante, un peu pudique parfois. Terrain de jeux inépuisable de mes explorations urbaines en périodes d’ancrage. Suivez-moi une fois encore pour une balade dans les murs d’une petite cité qui incarne les grandes tendances urbaines post-modernes…

 

Entamons nos déambulations par une escale dans un de mes cafés préférés, où je goûte ma passion pour la contemplation et le gâteau au chocolat… et prends le pouls de la cité dans la gazette locale…

 

Régularisation de sans-papiers, fin du triomphe populiste aux dernières élections, mutations et fermetures de mes cafés fétiches, états généraux du tourisme… décidément ma cité est une avant-gardiste…

Allez, cette petite mise en appétit  me donne envie d’aller digérer-déambuler-décrypter ma cité. Mais avant, petit détour pour un lèche-vitrines tout trouvé avec l’exposition THIS IS GVA ! au Centre de la Photographie, l’occasion d’une immersion dans un Quartier des Bains en pleine gentrification

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ça c’est genève ! THIS IS GVA ! ALAIN JULLIARD, FRANCIS TRAUNIG, FRANÇOIS VERMOT

L’exposition ‘ça c’est genève!  THIS IS GVA !’ présente trois photographes romands, dont deux genevois, qui ont porté, ces dernières années, un regard spécifique Genève. Ce ne sont donc pas des commandes et les angles d’attaque choisi par Alain Julliard (Murmure aveugle), Francis Traunig (Devanture) et François Vermot (Palais des Nations) attirent notre attention sur des lieux que nous fréquentons peu (mis à part les personnes travaillant au sein de la Genève Internationale) ou seulement en voiture ou auxquels nous ne prêtons tout simplement pas attention. Lien

Une exposition qui fait écho à ma passion de la lecture des murs, avec Francis Traunig, un autre adepte de ce jeu, qui avec Devanture, explore « la peau de la ville« .

 

« La peau de la ville. La mise en scène de marchandises, la pléthorique richesse de signes qui se bousculent dans les vitrines, me pousse à m’interroger sur ce que peut me révéler du monde dans lequel je vis, cette peau de verre, où s’accroche mon regard et le réfléchit.

Mais la vitrine est bien plus qu’un étal de biens de consommation et d’objets sacralisés. Elle est un miroir dans lequel se reflètent le désir du chaland, le mouvement de la rue, les passants et, derrière eux, l’architecture. Elle révèle de nouvelles formes de sollicitations visuelles, corollaire du brasse ethnique des villes. La vitrine nous renseigne sur le dépérissement de certaines rues, sur la spéculation, sur la nature et habitudes des habitants de certains quartiers. Elle raconte la vitalité commerciale ou son déclin. Mais elle est aussi ce qui anime la ville, l’éclaire la nuit et rend les trottoirs moins sinistres. » Francis Traunig « La peau de la ville »

Allez, il est déjà temps de quitter ce quartier en pleine mutation, qui ambitionne de devenir le petit Soho local (rien que ça), centre des galeries, des beautiful minds et de l’art contemporain, pour une balade nostalgique dans le quartier historiquement populaire des Eaux-Vives, autre symbole de gentrification.

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Les Eaux-Vives, lieu d’arrivée de mes aïeux et de tant d’autres après eux, quartier traditionnel des pizzerias, bodegas et autres marisqueiras… Écrin à deux pas du lac, noyé dans la verdure de ses parcs, qui ne pouvait évidemment échapper indéfiniment au mouvement… le quartier connaît dernièrement une mutation accélérée et voit hebdomadairement un lieu populaire céder le pavé aux Coffee Roasters, Vegan Cafés, poke bowls counters, lounges et autres trendy bars à vins…

Les Eaux-Vives, un quartier où je vécus un temps en collocation avec mon ami J. dans une vieille bâtisse à deux pas du lac où les plombs défaillaient trop souvent. Que J. vient finalement de se résoudre à quitter, usé par le « mouvement » des p20180525_151031romoteurs…

Les Eaux-Vives, où les bars à hipsters poussent comme des champignons, où on parle anglais, beaucoup, où mon bar préféré, à l’ambition plus populaire, vient de rendre sa clé. Alors quoi, bientôt quid des gambas à gogo et spaghettis bolos, mon plat de prédilection ???

Aux Eaux-Vives heureusement subsiste encore mon cinéma d’art et d’essai préféré, où  j’ai d’ailleurs rendez-vous en fin de journée avec mon amie M. En attendant,  en quête d’un ptit en-cas je m’arrête dans une de ces nouvelles adresses « in » qu’on trouve sur les chase-food-applis de toute Ville-Monde qui se respecte. Outre des bowls (décidément) on y sert un granola (aux graines de chia) au prix de la bonne vieille pizza (celle d’en-face exceptée, concept « une nouvelle idée de la pizza« oblige) ;-). Ca va ça va merci je vais plutôt goûter le matcha cake (gluten free forcément).

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… que je déguste en plongeant dans l’histoire du quartier, en revisitant son âme d’antan.

Après la lecture des Murs, un voyage dans les Murs…

Trêve de rêverie il est déjà temps de retrouver mon amie M. pour voir Human Flow, le voyage dans les murs d’Ai Wei Wei. Ceux qui poussent à travers le monde. Embarquement pour la prison à ciel ouvert qu’est Gaza, pour les futures anciennes routes de l’exil de l’Est, pour les camps de Jordanie, du Liban… Des Rohingas à la frontière mexicaine, tous ces non-lieux témoignent de la démulticulturalisation du globe, portée par des rois autoritaires qui augurent et appellent de leur voeux des sociétés monolithiques, ordrées, sécuritaires. Une réalité géopolitique (que vient de nous rappeler encore les dernières élections en Russie ou en Egypte) en parfaite dichotomie avec ces flux incessants de femmes et d’hommes que l’artiste Ai Wei Wei cherche à désinvisibiliser, lui-même réfugié d’un territoire autoritaire. Artiste engagé pour adoucir la cohabitation du monde, porte-voix. Qui utilise son aura pour mettre en lumières d’autres marcheurs.

Human FlowEh oui, il n’est pas que ma cité qui soit en perpétuelle mouvement, le monde aussi. Le monde bouge, bonne nouvelle (?). En tout cas dans tous ces camps subsiste l’espoir, un espoir qui se heurte aux murs de la peur des installés. Dans ces camps, on continue à y faire des enfants. Et on se déplace en familles. Ce qui n’est pas le cas des MNA (mineurs non accompagnés) dont le jeune A., qui à 13 ans a traversé le continent depuis la Guinée, et que je rencontre par le biais d’une ONG.

La vie, le mouvement. Tout le temps. Inlassablement.

Après le ciné, un brin éprouvées, on s’installe à la mythique Bodega en quête d’une bonne vieille sangria-tapas bien gras. Sauf que notre Bodega a opéré sa mue elle aussi. C’est désormais Bodega 21 et sa carte de vins très raffinée… Bref, on débriefe et on prépare mon futur voyage en territoire israélo-palestinien, ses murs, check points,…. sa réalité géopolitique en parfaite lignée avec le doc d’Ai Wei Wei. 

Contre-Mouvement du Territoire et Mouvement chaotique du Réseau : Mouvement global

Bientôt le monde entier finira éventuellement pas se rencontrer sur la route,  éventuellement contraint de se mettre en mouvement par ses dictateurs. Et le consensus anti-mouvements des États semble être la grande tendance du moment. L’Europe s’accorde avec la Turquie pour stopper les marcheurs. Nombre d’entre eux sont accueillis en Jordanie ou au Liban. Mais quel type d’accueil est à préconiser ? Simple permission de « se poser sur la géographie » et d’évoluer dans une société parallèle ? Intégration à minima dans la société ? Accueil par les ONG ? Prise en charge par les États ?

Avec la montée des Territoires fermés et clivants, fatalement ces derniers ne pourront plus pour longtemps invisibiliser ces mondes parallèles devenus trop nombreux ! Alors les Routes deviendront des mondes en soi, parallèles aux États. Et … aux Villes-Monde aussi ? Hier cités-rencontre des mondes, demain, devenues trop gentrifiées pour laisser entrer ? Villes fermées, faute de quartiers populaires pour s’ajouter ?

« Autour d’elle, la métropole s’étendait sur des dizaines de kilomètres carrés. Sorcière millénaire (…) Des corps de sans-logis plongés dans le sommeil, têtes succédant aux pieds, s’égrenaient le long de leurs trottoirs surélevés (…). D’anciens secrets se repliaient dans les sillons de la peau flasque et parcheminée de la ville. (…) Mais l’aube à venir devait être celle de sa résurrection. Ses nouveaux maîtres voulaient cacher ses varices noueuses sous des bas résille (…) Ils voulaient la voir balancer ses vieilles hanches raidies et redresser la courbe de ses lèvres dans un sourire vide et figé.

On l’avait programmée pour s’épanouir en supercapitale de la nouvelle superpuissance favorite du monde. India ! India ! Le chant s’était élevé (…) Par toute la ville, d’énormes affiches financées par un journal anglais et la dernière marque de crème éclaircissante (il s’en vendait par tonnes) disaient : Pour nous, c’est maintenant ! Kmart arrivait, Walmart et Starbucks arrivaient et dans la publicité de Brithish Airways qui passait à la télé, les Peuples du Monde (blancs, bruns, noirs, jaunes) psalmodiaient le Gayatri mantra : (…) du moins dans la publicité, l’histoire s’écrivait à l’envers (Qui s’inclinait à présent ? Et qui souriait ? Qui était demandeur ? Et qui sollicitait-on ?). Dans leur sommeil, les citoyens favoris de l’Inde leur rendaient leur sourire.

Gratte-ciel et aciéries surgissaient là où avaient vécu des forêts (…) Des digues imposantes éclairaient les villes tels des arbres de Noël. Tout le monde était heureux. Loin des lumières et des publicités, des villages se vidaient. Des villes, aussi. Des millions de gens étaient déplacés, personne ne savait où. « Les gens qui n’ont pas les moyens d’habiter les villes ne devraient pas chercher à s’y installer« , avait déclaré un juge de la Cour suprême avant d’ordonner l’expulsion immédiate des pauvres. (…) » Le Ministère du Bonheur suprême (124-126)

Tout résonne, tout le temps… D’ailleurs rappelez-vous pas plus tard que le mois dernier on défilait pour le « droit à la Ville » dans ma cité … Bref, pour me consoler au retour j’emprunte la rue de Carouge, mon sas préféré…

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La Rue de Carouge, rue populaire et vivante, métissée, mélangée… fatalement destinée à la gentrification dont l’oeuvre ici est tout juste entamée.

La Rue de Carouge, son âme brute, son gris, ses dépanneurs, ses cafés-librairies, ses lieux de rencontres et de culture, ses boutiques de seconde main de tous acabits, ses vieux bistrots, centres commerciaux, magasin bio, son offre culinaire diversifiée, son théâtre, ses modestes salles de concerts, son école, son tram, ses bars pmu, ses coiffeurs à 6 sous et barbiers à 200. Ici on est bien loin de la « Diversité marketing » et de sa mise en scène ethno-folklorique. Ici vous mangez valaisan, vietnamien, coréen, italien, turc, indien ou érythréen mais sans chichi. Si seulement les touristes avec lesquels j’arpente ma cité pouvaient voir ce que je vois ici. Une richesse à peine dissimulée pour qui à percer sa coquille à force d’immersion. Genève dans toute son authenticité, dans ses paradoxes aussi. La Rue de Carouge, un quartier populaire qui résiste (encore).

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La Rue de Carouge, rue vibrante qui conduit tout droit à la très bourgeoise Carouge, où un appartement vient de m’être proposé… Après une décennie d’errance immobilière dans ma cité d’adoption, impossible de refuser ?… Affaire à suivre en mai donc. En attendant je « célèbre » les un an de mon retour avorté sous les pins ainsi que le mariage de deux proches qui après avoir achevé leur cercle ont choisi de s’ancrer sur le lieu de mon image d’enfance. Drôle de sentiment. Celui d’un processus sans fin, celui d’allers-retours, qui, inlassablement me ramènent dans ce là-bas avec lequel décidément j’en aurai jamais « fini ». Comme si la vie se chargeait de ne jamais nous laisser trancher, comme si elle penchait toujours pour les allers-retours, comme si elle choisissait pour nous l’Option Deux Maisons. Ainsi soit-il, j’anglerai mon wedding speech sur la géographie…

Alors oui en avril en attendant le prochain voyage je me balade et je danse. J’exploite à travers le swing une autre philosophie du mouvement. Le swing, danse vintage, mouvement d’un temps aussi troublé que le contemporain, d’un temps aux similitudes troublantes. Le swing. Une danse qui rend joyeux. Une danse pour s’évader. Corps qui bouge, corps en mouvement. Besoin de légèreté. Musique métissée aussi, qui a permis de se révéler d’immenses artistes discriminés. Des artistes en mouvement, se jouant des soubresauts de l’Histoire, tantôt d’un côté tantôt de l’autre de l’Atlantique. Le swing, une Poésie.

 

11 novembre 2018… Nostalgie canadienne

« Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est la trahison. »

Emmanuel Macron, commémoration du centenaire de l’Armistice

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Photo Francois Mori. AFP

So true…

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«  »Optimiste » face au populisme, Trudeau a foi dans les citoyens. » La Croix

Macron, Trudeau, Canada sans transition mon 11 novembre à moi, ptite séquence nostalgie, Le Projet Cosmopolis, Toronto, 4 ans déjà…

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Novembre en Europe vous donne froid ? Evadez-vous avec moi au Canada…

Highlight : Fuite territoriale du Goncourt

Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

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Leurs enfants après eux, roman de Nicolas Mathieu, 2018, Actes Sud, 432 pages

Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.
Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

« AU DÉPART, ON POURRAIT TENTER CETTE HYPOTHÈSE : un roman, ça s’écrit toujours à la croisée des blessures. Ici, j’en verrais trois, disons les miennes.
D’abord, l’adolescence. J’ai été cet enfant qui finit, qui rêve de sortir avec la plus belle fille du bahut, et veut sa part du gâteau. Et puis la plus belle fille ne veut rien savoir, le monde reste insaisissable, le temps passe et c’est encore le pire. Il y aura des étés, des flirts, les poils qui poussent, la voix qui mue. Ce sera le plus beau de la vie, et le plus cruel aussi. Dans une histoire, j’essaierai de mettre des mots là-dessus, la cicatrice à partir de quoi tout commence.
L’autre plaie, ce serait celle du social et des distances. Quand j’étais petit, on m’a raconté un mensonge, que le monde s’offrait à moi tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut. Mais un jour, peut-être grâce aux livres, le voile s’est déchiré et j’ai commencé à comprendre. Cette leçon des écarts, des legs et des signes distinctifs, cette vérité des places et des hiérarchies, ce sera mon carburant.
Enfin, il y a ce départ. Je suis né dans un monde que j’ai voulu fuir à tout prix. Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans. Ce monde, je n’en serai plus jamais vraiment, j’ai réussi mon coup. Et pourtant, je ne peux parler que de lui. Alors j’ai écrit ce roman, parce que je suis cet orphelin volontaire. » N. M

Lien Actes Sud

Highlight : Plaidoyer pour la Foi

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«Autant vous prévenir tout de suite : ceci n’est pas un ouvrage de théologie. Si c’est ce que vous attendez, débarrassez-vous-en sans tarder. J’ai un grand respect pour elle mais, à haute dose, il me semble qu’elle peut tuer la foi.
Or, mon sujet, c’est précisément la foi. La foi du charbonnier, celle qui vous donne un sourire stupide du lever au coucher, celle qui vous porte vers les autres, les fleurs, les enfants, les bêtes, celle qui ne s’apprend pas dans les livres.
L’existence de Dieu ne se prouve pas, elle ne se prouvera jamais. Elle se sent. Dieu est une chose trop importante pour être confiée aux religions.
J’ai écrit ces pages pour vous raconter le roman vrai de mon Dieu tout en partageant avec vous les moments où je l’ai rencontré. J’ai aussi écrit ces pages pour vous convaincre des bienfaits de la réconciliation entre le cosmos et soi, qu’on appelle le panthéisme. Il est temps d’en mettre dans toutes les religions. Il les apaisera, les embellira.» Gallimard

La dernière fois que j’ai rencontré Dieu. Franz-Olivier Giesbert, Collection blanche, Gallimard, octobre 2018

Highlight : Mouvement réconciliateur pour un Nous

Raphaël Glucksmann lance un mouvement citoyen horizontal, « Place publique » pour proposer une voie entre libéralisme et nationalisme aux prochaines élections européennes. Cette voie ? Un mouvement écologiste radical, que le moment justifie d’après lui.

L’intellectuel assure avoir fait l’autocritique de la communauté à laquelle on l’assigne et vouloir désormais l’ouvrir à une nation qu’il veut cosmopolite et non multiculturaliste (cf. Le Projet Cosmopolis). Mais cette société nationale, pour la (re)construire, il faut recréer du collectif, en réintroduisant entre autres la notion de contrainte.

 

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Essai, octobre 2018

« Notre échec est grandiose.

Nous pensions que la démocratie allait s’étendre sur le globe, mais elle est en crise partout.

Nous chantions les bienfaits des échanges, mais la mixité sociale recule et de nouveaux murs s’érigent chaque jour.

Nous avions la religion du progrès, mais le réchauffement climatique prépare la pire des régressions.

L’insurrection populiste et le désastre écologique en cours montrent que le logiciel néolibéral nous mène dans l’abîme.

Pour ne pas tout perdre, nous devons sortir de l’individualisme et du nombrilisme.Si nos aînés ont vécu dans un monde saturé de dogmes et de mythes, nous sommes nés dans une société vide de sens. Leur mission était de briser des chaînes, la nôtre sera de retisser des liens et de réinventer du commun.

Des chemins existent pour sortir de l’impasse. Saurons-nous les emprunter ? »

Lien Allary Editions

«Quand je vais à New-York ou à Berlin, je me sens plus chez moi, a priori, culturellement, que quand je me rends en Picardie, et c’est bien ça le problème, confessait Raphaël Glucksmann dans 28 Minutes sur Arte. Ce qu’il faut essayer de faire, c’est sortir de soi-même… » Marianne.net

Ceux qui ont connu l(es)'(A)M(o)urs…

Tant qu’il y aura du grand cinéma… Amour, exils, géopolitique, patrie, poésie, folklore, Europe, liberté (?) des hommes des hommes des hommes… Bouleversée

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« Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible. » lien distributeur

Chef d’oeuvre d’intelligence, de finesse, d’émotion, de concision, fresque historique, composition de l’art avec la géopolitique, biographie sublimée et dramatisée … Cold War, un souffle dans lequel l’intime se débat avec les murs… L’Histoire qui s’écrit et nos vies, nos vies, nos vies… Cold War c’est tout ça.

Au-delà du chef d’oeuvre esthétique, Cold War, ou l’élégance de l’ellipse…

Ou quand dans une autre Europe nos allers-retours se font chassés-croisés…

Jazz d’une société libre et métissée, folklore d’une société uniforme et contrôlée… A chaque fois, l’Art, toujours, tire son épingle du jeu. Pas de hiérarchie dans la beauté.

+ de Cold War dans le –> Dossier de presse

Voix off. Brésil 0 – France 1

#Fandel’eautiède, de Genève, du consensus helvète et du pragmatisme…

Tour du monde des pays touchés par la vague du populisme

Figaro.fr /Alexis Feertchak  /

… Et moins de l’état géopolitique global ambiant qui clive nos Sociétés inclusives en Communautés exclusives.

Élections européennes : la croisade de Macron contre les populistes est mal partie

http://www.bvoltaire.fr/elections-europeennes-la-croisade-de-macron-contre-les-populistes-est-mal-partie/

#Consolons-nous avec le Local du coup

Bricolez-vous Deux Maisons

Composez, amusez-vous, ouvrez-vous !

Alan-Stivell

Qui a dit qu’identité culturelle affirmée et ouverture étaient en opposition ? Certainement pas la théorie du « transnationalisme » ou dans sa version élargie, l’option des Deux Maisons, mantra du Projet Glocal… CQFD.

Journaliste « Vous êtes un ardent défenseur on l’a compris de votre culture bretonne certes mais pour autant il n’y a pas on le sent bien dans votre propos et tout au long de votre carrière il n’y a pas de repli communautaire justement; votre vision elle est plurielle, elle est ouverte au monde.« 

« Oui je pense que ma musique en tout cas a peut-être prouvé qu’on pouvait à la fois être passionné par sa culture par ses racines et tout ça mais cette passion-là elle amène au contraire une curiosité peut-être encore plus grande. Alors c’est vrai évidemment de terres qui sont des terres de confins comme la Bretagne parce qu’en fait la Corse on pourrait en dire autant sur la Méditerranée tout ça c’est parce qu’il y a effectivement une ouverture vers d’autres cultures, c’est une évidence. » Alain Stivell

Soir/3, France 3, 27 octobre 2018