Erasme. Trois moments d’Europe

Chapitre I. 1936. Rêve d’Europe

« L’Europe est coincée entre fascistes et démocrates, comme jadis entre catholiques et protestants. Erasme s’est posté entre les fronts. Pour rassembler. Nous, qui croyons en l’Europe, rappelons-nous ce premier Européen, ce pacifiste enthousiaste. Même s’il a échoué.« 

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« Je crois en une Europe libre. Je crois que frontières et passeports appartiendront un jour au passé. Mais je doute que nous puissions le voir. Mon pessimisme sur l’avenir proche, hélas, a toujours été justifié. Mon seul espoir repose sur ces grands mouvements qui traversent les siècles. Pour moi et aussi, hélas, pour vous, ils viendront trop tard. »

Stefan Zweig – Buenos Aires, septembre 1936

Adieu à l’Europe et… à la vie

« Avant de quitter la vie de mon propre gré et l’esprit clair, je me sens tenu de remplir un dernier devoir : remercier sincèrement le Brésil, ce merveilleux pays qui a offert une halte si hospitalière à mon travail et à ma personne. Chaque jour, j’ai appris à aimer un peu plus ce pays, que j’aurais préféré à tout autre pour reconstruire une nouvelle vie après que j’aie vu disparaître le monde de ma propre langue et ma patrie spirituelle, l’Europe, se détruire elle-même. Mais passé soixante ans, il eut fallut des forces exceptionnelles pour tout recommencer et les miennes, après ces longues années d’errance apatride, sont épuisées. Je crois donc qu’il vaut mieux, pendant qu’il est temps, et la tête haute, mettre un terme à une vie où le travail de l’esprit fut la plus grande joie et la liberté personnelle la plus haute valeur en ce monde. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir l’aurore après la longue nuit ! Trop impatient que je suis, je les devance. »

Stefan Zweig – Petropolis, 22 février 1942

Chapitre II. 2002. Hymne à l’Europe

Rappelez-vous, en 2002 sortait L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, l’hymne de la Génération Erasmus. Ere de la mobilité triomphante et de la foi en une Europe multiculturelle. affiche

«Les inscriptions en Erasmus ont doublé après L’Auberge espagnole»

Depuis sa création, 5 millions de jeunes Européens ont bénéficié du programme. Et ils ont donné naissance à plein de bébés Erasmus ;-).

Chapitre III. 2016. Europe malade

L’Europe au seuil de changements sociaux et économiques. Gros plan sur les opinions et le désenchantement de quatre couples, sur leurs luttes quotidiennes, leurs combats, les enfants, le sexe et la passion. Un film sur la politique de l’amour. Séville, Tallinn, Dublin, Thessalonique: Europe, she loves. Lien distributeur

MV5BMTU1Nzk2Nzg1NF5BMl5BanBnXkFtZTgwMjI3NjIwODE@._V1_Et demain ?

Crise idéologique, tendance localiste et ancrage des nationalismes… Une Europe à réinventer !

Les autres, que sont-ils devenus ? Ont-ils toujours foi en cette Europe qui a scellé notre amitié ou sont-ils sensibles au climat de repli ?

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Le programme Erasmus a 30 ans. Les premiers étudiants à en avoir bénéficié ont autour de 50 ans. Hier, ils étaient cette nouvelle jeunesse européenne, unifiée par le programme d’échanges. Que sont-ils devenus ? Qu’ont-ils gardé de l’esprit d’Erasmus ? Pour Sébastien Legay, l’immersion a eu lieu à Amsterdam, en 1992. Il vivait dans un appartement avec 17 colocataires, qu’il a entrepris de retrouver. (Infrarouge – France 2 – 2017 – 52′)

On ne tombe pas amoureux d’un marché unique. Il faut avoir un aspect qui permette aux citoyens et aux citoyennes de s’identifier beaucoup plus avec l’Europe.

Alain Smith – Premier directeur du bureau Erasmus

On voulait inventer cette Europe qui fait que les gens se connaissent, que les gens puissent communiquer entre eux, et puissent à partir de là concevoir une Europe qui leur appartienne.

Albert Prévos – Fondateur de l’agence Erasmus France

Dans le joyeux documentaire de Sébastien Legay, on croise aussi un jeune anglais qui a voté en faveur du Brexit sans y voir de contradiction avec son échange imminent. Il a voté pour que change cet « énorme corps inconnu« , cette « union très économique » et ne voit pas d’incompatibilité entre Brexit et Erasmus, convaincu que le programme d’échanges restera toujours ouvert aux Britanniques. Quentin, jeune français qui bien qu’il respecte ces arguments regrette « de remettre des barrières alors qu’on a réussi à créer quelque chose de grand » et redoute que les prochaines générations ne puissent être aussi ouvertes, « Et ça, ça fait peur« .

Il y est aussi question du caractère élitiste du programme, argument défendu par le Secrétaire général du parti Podemos Espagne, qui a en son temps bénéficié pour compléter les aides publiques et la bourse Erasmus, du soutien financier d’un père inspecteur du travail et d’une mère avocate. Une vision loin de l’expérience du réalisateur, qui donnait des cours de français pour compléter sa bourse et n’a lui pas connu cette soi-disant bulle élitiste.

A lire ou à relire Le Projet Cosmopolis – La Génération Erasmus et la crise

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