La Gazette Mars 2018. Festival de voix nomades

Un week-end à Genève, Porte et Ponts sur le Monde

Première escale – Les Routes de la Traduction

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Visite des expositions Les Routes de la Traduction & Jazz & Lettres proposées par la Fondation Bodmer à Cologny

L’occasion de se rappeler que la bonne cohabitation d’un Monde en mouvement est une histoire de Traduction… L’occasion aussi de glaner quelques inspirations parallèles. Comme cette exposition sur le jazz, qui rappelle le goût pour une époque dont on parle beaucoup, une époque aux relents très…actuels…

L’occasion aussi de redécouvrir le mythe de la Tour de Babel ou la punition des hommes pour leur audace d’avoir voulu créer ensemble une tour qui tutoie les cieux. Des hommes dispersés par un Dieu en colère. Des hommes qui ne parlent plus la même langue et ne se comprennent plus. L’exposition montre que ce n’est pas la multiplicité des langages qui pose problème, mais l’absence de traduction. Un manque qu’ont tenté de combler grands passeurs de la Route de la traduction, Bibliothèque d’Alexandrie ou autres passionnés dont l’empreinte et les traductions ont parfois modifié jusqu’aux lieux d’origine eux-mêmes…

Babel – Cohabitation paisible ou cité explosive ?

A droite la version d’Abel Grimmer (1604), à gauche une vision contemporaine inspirée par Dubaï et sa Burj Khalifa.

Alors quelle « traduction », Villes-Monde carrefour de l’humanité ou Villes-Monde trop arrogantes, Villes-Monde uniformisantes, villes en feu ?

Genève Babel sereine…

« Martin Bodmer a construit sa collection autour de l’idée de Weltliteratur. La traduction est au fondement même de cette idée. Les cinq piliers de son édifice, Homère, la Bible, Dante, Shakespeare et Goethe, sont autant d’aventures de traduction. Les routes de la traduction sont les routes de la culture, mais aussi les routes du pouvoir – grec, latin, arabe, langues vernaculaires. C’est de politique qu’il s’agit avec la pratique des traducteurs, un savoir-faire avec les différences, qui accueille la langue de l’autre et se transforme en retour. La Suisse, Genève sont des Babel qui parlent quotidiennement plus d’une langue – à moins que ne triomphe une seule, plus pauvre, l’anglais mondialisé… »

Peut-être que l’anglais mondialisé appauvrit mais enfin il reste un pont pour le monde… à l’image de ce week-end à Genève. 

Deuxième escale – Projet FrontièreS

Petite saut à la frontière, à Veyrier…

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Le Projet: « Depuis plusieurs décennies, les communes françaises et suisses du Bas-Salève se rencontrent pour échanger sur leurs problématiques transfrontalières commune. Le 7 octobre 2015, les nouveaux élus du Bas-Salève (Veyrier, Bossey, Troinex, Collonges-sous-Salève, Bardonnex et Archamps se sont retrouvés à Archamps. De cette rencontre est né le souhait d’organiser une réflexion citoyenne territoriale et une célébration de nos « FrontièreS ». Les communes se sont regroupées de part et d’autre de la frontière pour vous proposer différents événements autour de cette thématique. »

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… pour découvrir une initiative des communes du Grand Genève qui proposent expositions, rencontres et documentaires (portraits de travailleurs et familles frontaliers, Frontières mouvantes, etc.). Chaque commune présente également sa variante (g)locale d’une exposition autour des frontières conçue par le Musée national français de l’Histoire de l’Immigration.

« Le premier, qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargné au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant les fossés, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous croyez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne » » Discours sur l’origine de l’inégalité, Jean-Jacques Rousseau, 1755

Troisième escale – St Patrick’s day

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Il est temps de communier, de s’aérer les idées avec un petit détour au Grand-Saconnex, commune genevoise à la population internationale qui propose de célébrer Saint-Patrick avec la communauté anglo-saxonne expatriée… Avec au menu danses folkloriques, concerts de cornemuse, stands de spécialités culinaires, et… personnalités politiques locales en campagne…

Une manifestation organisée par l’association Sac O’nnex, qui œuvre à développer la culture et la musique celte, promouvoir ses traditions animer la vie locale avec divers événements (cours, compétitions de musique et d’histoire ; conférences sur la culture celte ; joutes sportives celtiques; événements festifs).

Les motivés pourront poursuivre avec la version nocturne et festoyer tout de vert vêtus dans l’un des nombreux Irish Bars de la cité. Santé !

Quatrième escale – Soirée de l’égalité

On termine la journée par cette soirée de concerts donnés dans le cadre de la Journée internationale pour les droits des femmes, qui met le multiculturalisme à l’honneur.

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Cinquième escale – Exposition Exil

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Le lendemain, dans le cadre du FIFDH on visite l’exposition Exil au Musée international de la Croix Rouge. Conduite par une réfugiée syrienne émue aux larmes alors qu’Afrin est assiégée et qu’elle est sans nouvelles de ses parents depuis plusieurs jours. Elle nous parle de son exil en deux temps, avec une première étape en Irak. De ses enfants, dont elle veut qu’ils se sentent chez eux à Genève. Du bonheur de vivre dans une paix qu’on croit acquise… De la colère contre un monde qui donne plus d’humanité aux chiens qu’aux exilés. De l’humanité des familles en route et du drame du doudou qu’on a oublié d’emporter…

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L’exposition est conçue comme un flux, avec des photos qu’on peut déplacer, à l’image des exilés dont les histoires sont contées. Des exilés d’hier et d’aujourd’hui. Et une trouble similarité des situations…

« L’exil est rond : un cercle, un anneau : tes pieds en font le tour, tu traverses la terre et ce n’est pas ta terre, le jour t’éveille et ce n’est pas le tien, la nuit arrive : il manque tes étoiles, tu te trouves des frères : et ce n’est pas ton sang. Tu es comme un fantôme qui rougit de ne pas aimer plus ceux qui t’aiment si fort, et n’est-il pas vraiment étrange que te manquent les épines ennemies de ta patrie, l’âpre détresse de ton peuple, les ennuis qui t’attendent et qui te montreront les dents dès le seuil de la porte. » Exil – Pablo Neruda

Mer Méditerranée – Lac Léman. L’eau qui nous sépare ou qui nous unit…

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Après avoir arpenté les expositions Frontières et Exil, je me dis que malgré les résistances au Grand Genève, peut-être avons-nous plus de chances de voir émerger prochainement une Communauté lémanique qu’une Communauté méditerranéenne

Désir de villes… en feu ?

Tout résonne, tout le temps… Si Frontières et Exil s’entrechoquent, War in Cities, l’autre exposition que je visite au CICR fait elle écho aux Routes de la Traduction et ses visions de villes en feu…

Alors quelle traduction, Villes-Monde carrefour de l’humanité ou Villes-Monde trop arrogantes, Villes-Monde appauvrissantes, villes en feu et…

… villes en démulticulturalisation dans un monde interdépendant ?

« Cela venait réellement de se passer. En Amérique. Dans une ville du nom de New York. (…) Dans les trois mois qui suivirent, le Vieux Dehli fut submergé par une marée de réfugiés afghans qui fuyaient les avions de chasse (…) Le reste de la population, quant à elle, ne comprenait pas très bien le rapport entre ces pauvres gens et les hauts bâtiments d’Amérique. Comment l’aurait-elle pu ? (…) Les avions qui avaient été précipités dans les gratte-ciel d’Amérique servirent les intérêts d’un bon nombre d’individus, en Inde également. Le Premier-Ministre-et-Poète du pays ainsi que plusieurs des membres âgés de son Gouvernement appartenaient à une organisation qui croyait que l’Inde était essentiellement une nation hindoue. Selon elle, l’Inde devait se proclamer République hindoue de la même façon que le Pakistan s’était déclaré République islamique. Certains de ses partisans et idéologues admiraient ouvertement Hitler et comparaient les musulmans d’Inde aux juifs d’Allemagne. Soudain, tandis que l’hostilité allait croissant envers les musulmans, il semblait à l’Organisation que le monde entier se ralliait à son point de vue. (58-60) Extrait Le Ministère du Bonheur suprême d’Arundhati Roy

Rubrique Et pendant ce temps-là

Une Inde en mode division des « civilisations » ? A voir… car pendant ce temps-là  Emmanuel M. en revient d’un voyage économico-triomphal, et affirme que le Maître des lieux, issu du BJP, aurait maintenant qu’il est aux commandes apparemment pris en compte de la richesse de la Diversité de sa Nation… Rhétorique vs Pragmatisme vous dites ?

Affaire à suivre donc.. car pendant ce temps-là on vote en Italie… où on porte les populistes au pouvoir…  20180318_133948Et pendant ce temps-là les derniers bastions de Syrie sont assiégés et on découvre une nouvelle série télé…

Et pendant ce temps-là aussi juste « à côté », on vote en Russie…

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Ambassade russe quartier des Nations à Genève

Et pendant ce temps-là, on lit des histoires d’ingérences transnationales… Une histoire d’espion russe assassiné en Grande Bretagne, une ingérence d’un autre Etat, turc cette fois, en Suisse, et un journal qui titre « La diaspora turque en danger », un Président chinois désormais rééligible à vie… 20180318_133811

Et pendant ce temps-là en fait, le Territoire devient fou et le Réseau s’en fout ?

En tout cas subsiste la certitude que plus les États se durciront, plus les exilés se compteront par millions

 

 

En tout cas pendant ce temps-là, il y en a un qui est très critiqué pour sa politique migratoire...

en contexte. Car Emmanuel M. a une grande obsession : faire barrage au retour des années 30′. Une obsession qui guide ses actions. Dans le contexte actuel de démondialisation, reconduire les arpenteurs du Réseau (les « migrants économiques ») et protéger les réfugiés du Territoire (les « migrants politiques »), une contradiction ? du pragmatisme ?

Je ne saurais trancher. En attendant, la remondialisation idéologique commence en chacun de nous. Principe du Bottom-Up, un mouvement du bas vers le haut. Le citoyen donne le ton, le politique s’inscrit dans une nouvelle donne et s’adapte. ABE.

Car pendant ce temps-là, les déçus de ces mêmes villes, de cette mondialisation, les Green et les populistes se retrouvent et s’entendent sur les plateaux télé pour louer le « local »…

Meilleure option : la Babel internationale ?

Un désir de villes intactes et des villes en feu... Pour mes prochaines errances, devrais-je délaisser les Villes pour la Route ? me tourner vers les Routes de la Soie ? J’hésite, car si les anciennes Routes de la Soie, celles des voyageurs, ont depuis longtemps été épuisées par d’autres, les Nouvelles Routes de la Soie semblent elles dévolues surtout… au fret. Alors quoi demain ? Des Routes créées par des États surpuissants et réservées aux marchandises ? Conjonction d’un Territoire et d’un Réseau paroxysmiques ? Alors quoi, m’engager sur des Nouvelles Routes de la Soie qui au lieu de finir à Shanghai, la Ville-Monde du Réseau, aboutiront à Pékin, la capitale du Territoire ? Tant pis, partir quand même, comme Ella Maillart, avec la même obsession de fuir cette Europe sous tension.

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Et si, LA VILLE SOLUTION, c’était Genève, LA VILLE INTERNATIONALE ? Celle qui conjugue RÉSEAU ET TERRITOIRE ? Laisse s’exprimer de concert États et Mondialisation ?

En tout cas, sereinement ancré à l’Avenue de la Paix, y’en a un que rien ne semble pouvoir ébranler et m’aide à trancher…20180318_155439

Alors vive Genève moi je dis… Où j’achève ce week-end par une visite d’un charmant camping lacustre de la région, futur refuge pour les amis et autres communautés éphémères… Après tout chacun se créé sa propre utopie. La mienne serait d’accueillir tout mon ptit monde ici…

Oui la mise à distance des exilés résulte de la conjonction du pire du Territoire et du pire du Réseau… Mais Babel, la Ville-Monde, c’est aussi autre chose. Mythe de Babel, folklore multiculturel, frontières, exil,… A Genève, ce week-end, toutes ces thématiques étaient explorées. Tout de confond et se répond. Dans un Grand Jazz.

… Mais pendant ce temps-là dans cette même Genève-Pont célébrée tout le week-end durant pour ses vitrines de métissage, des milliers de personnes défilaient pour le « Droit à la Ville »… Allez, see you en avril, pour la Chronique d’une gentrification…

Séquence Agenda

Festivals de films, reflets et pouls du Monde. Pouls, mouvement, monde en mouvement… Alors on s’ancre à Genève pour…

Le FIFDH qui propose à son menu

fifdh

Stranger in Paradise

Migration : les compétences s’exilent aussi

« Intégration : Récits en images (IRIS) »

Un jour ça ira

Autour de Human Flow This crisis is our crisis

Les personnes migrantes nous accueillent

Toute la programmation ici

Avant de s’envoler pour… une autre cité glocale et sa

Berlinale

berlinale

Dont l’édition 2018 fait la part belle aux voix nomades et routes de l’exil. Avec :

  • After/Life, route du désert mexicain vers un eldorado américain.
  • Eldorado, parallèle entre le cimetière méditerranéen et une ancienne réfugiée italienne en Suisse. Histoire en mouvement.
  • Transit, Marseille, DGM, parallèle avec aujourd’hui, des réfugiés des nazis attendant un visa avec …
  • Fortuna ou la solitude d’une « mineure non accompagnée » éthiopienne réfugiée dans les montagnes suisses.
  • Zentralflughafen THF, l’ironie d’un lieu de mouvement désaffecté devenu lieu d’assignation invisible pour des réfugiés qui en ont fait leur maison de fortune.

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